‹ Le folk-lore des pêcheursChapitre 236 sur 281 · Les Français peints par enw-mêmes, t. i, p · texte numérisé non relu

Les Français peints par enw-mêmes, t. i, p

.'>2() LES GRANDES PKCHES

pour leurs péchés, à revivre en baleines.

Aussi examinez-les bien, les vieux roués, quand ça s'amuse à souffler un mille au vent à nous, et que ça n'a pas Pair d'aller de Tavant; ça vous entend, aussi bien que je l'entends, le cri de notre vigie, le grand hunier que l'on masque et le branle-bas des pirogues. Ça se laisse approcher à une longueur d'aviron, puis ça vous regarde en dessous, et quand le harponneur se lève, ça s'affale sans rien dire, à je ne sais combien de brasses de fond, et ça va se relever un mille plus loin en soufflant et en riant. Ces baleines ne sont que de ci-devant baleiniers, et pas djs Français encore, ce sont des Américains . des anciens de Sag- Harbour ; ils flairent et reconnaissent l'odeur de goudron à trente milles dans le vent, et ne se laissent approcher que pour se distraire en nous entendant godemmer.

Un capitaine baleinier,qui, pendant deux campagnes consécutives, avait eu tant de malechance à la pêche qu'il lestait ses poches pour se noyer, voit sortir de l'eau un beau monsieur noir qui lui promet de

lui faire restituer son commandement et de lui faire prendre autant de baleines qu'il le désirera, à la seule condition que lui et tous les membres de sa famille deviendront baleines après leur mort. Quant à lui, il ne devait mourir que lorsqu'il y aurait quelqu'un de mort dans sa famille, et qu'il aurait fait souffler le gros sang à ce personnage, devenu baleine ou cachalot.

Le capitaine accepte et il fait quatre campagnes superbes ; lorsqu'il est sur le point de s'embarquer pour la quatrième, le cho .

léra emporte ses quatre enfants, et il ne veut plus partir ; sur les instances de sa femme, il reprend un com mandement i en se promettant bien de ne jamais tuer de petits baleineaux ; mais pendant qu'il était absent» sa femme meurt, et, transformée en baleine, est harponnée. Alors le monsieur noir apparaît et change le capitaine en baleine; c'est lui quia enseigné aux autres le mo^-en d'échapper aux harpons et aux lances (1).

l. Alexandre Dumas, t. n. p. 117 à 144.

Les baleiniers écossais connaissaient la légende d'une baleine invulnérable, vieille de deux cents ans, et dont le dos était couvert d'algues et de coquillages (1).

Les pêcheurs baleiniers de Nantukett, qui, à chaque saison, se rencontrent aux îles Malouines, ne manquaient jamais de retrouver chaque année dans leurs parages de pêche un énorme cachalot qui, maintes fois poursuivi par les plus hardis harponneurs, leur échappait toujours. Ce cachalot était en outre entièrement blanc ; aussi y avait-il, surtout parmi les matelots, une sorte de superstition craintive qui leur faisait regarder l'approche du monstre comme une circonstance défavorable au succès de leur navigation . . . Chaque nouveau navire qui arrivait du continent sur le théâtre général de la pêche ne manquait jamais de s'informer avec inquiétude de tout ce que ses devanciers avaient à lui dire sur ce fantastique animal. Un vieux capitaine de Nantukett promit sa fille en

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