‹ Le folk-lore des pêcheursChapitre 57 sur 281 · ET LES PÈLERINAGES · texte numérisé non relu

ET LES PÈLERINAGES

LES saints que les pêcheurs regardent comme leurs patrons spéciaux semblent avoir été plus fêtés jadis qu'ils ne le sont aujourd'hui ; des églises, comme celle de Saint-Briac, avaient été construites en grande partie au moyen de lots de poisson que chaque équipage abandondonnaitquand lapêche du maquereau avait été fructueuse ; des poissons sculptés sur les murs ou dans le bénitier, constataient cette origine. Autrefois, après une saison dépêche heureuse, les gens de Saint-Cast offraient de la raie à saint Clément, leur patron; maintenant, ilsl'invoqueat encore au moment du danger, de même que saint Lunaire « qui préserve des naufrages en mer. » Jadis, aux grandes marée^, les pê-

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cheuses de Saint-Malo allaient dire une prière à la chapelle de saint Antoine à File Harbour, pour trouver du lançon en abondance sur les bancs de sable voisins (j).

Les pêcheurs bas-Bretons rendent encore un culte à un assez grand nombre de saints; ceux du pays de Tréguier honorent saint Gildas qui préside aux grandes pêches lointaines et qui leur a appris à saler la morue. Sainte Liboubane et son fils saint Gonery sont les patrons des pêcheurs trécorrois ; de même saint Guénolé en Trévoux-Treguignec, saint Nicolas de Buguelès en Penvenan. Notre-Dame du Port-Blanc veille spécialement sur les pêcheurs d'Islande (2).

Sainte Evette est la protectrice des pêcheurs de la baie d^Audierne. Elle a reçu cette mission de Dieu, en mémoire de son naufrage à Plozévet et de sa traversée de la baie dans son auge de pierre. Son pouvoir,

1. Paul Sébillot, Petite Légende dorée^ p. 20, 36. E. Herpin, La Côte d'Emeraude, p 360.

2 G. Le Calvez, in Revue des Trad. pop., t. vil, p. 388.

00 CULTKS KT FÈTKS DES PÈCHKUHS

qui égale celui des plus grandes saintes du Paradis, a été révélé par sainte Anne d'Auray elle-même. Un jour qu'un pêcheur de Plouhinec faisait son troisième pèlerinage à la basilique, il dit à la sainte :

« Adieu pour toujours ; je suis trop vieux pour revoir une autre fois votre église. >* La sainte lui répondit : ^ Consolez-vous î vous avez près de chez vous une sainte aussi puissante que moi. Si l'on connaissait toute l'étendue de son pouvoir, ce n'est pas un pavé de galets de la mer qu'il faudrait autour de sa chapelle, mais un pavé d'acier, et encore il serait bientôt usé sous les pas des pèlerins. » Autrefois, après une tempête, les matelots sauvés du naufrage, nu-pieds, un cierge à la main, vêtus des habits qu'ils avaient au moment du danger, après être entrés dans la mer jusqu'à la ceinture, faisaient, tout mouillés,neuf fois le tour de la chapelle, pour remercier la sain te de leur a voir accordé sa protection (1). On voit à la chapelle de Notre-Dame de

1. H. Le Carguet, in Société arch. du Finistère, iSW, p. 178.

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