XII AVANT-PROPOS
merveilleux du monde, il m'a été donné d’entendre parler basque, par hasard, à diverses reprises. Aux Champs-Élysées, au square Louvois, sur un banc du boulevard Suint-Michel, mon oreille a été charmée de retrouver celte langue étrange et cet accent particulier qui m'ont si souvent tenu compagnie de Bayonne à Sare, de Saint-Jean-de-Luz à Ainhoa, de Saint-Jean- Pied-de-Port à Pampelune; et tout récemment n’ai-je pas eu la douloureuse émotion, en déchiffrant une lettre toute jaunie, de rétablir l'état civil d'une pauvre Basquaise dont le cadavre venait d’être retiré du canal Saint-Martin ? Quelle succession d'aventures avait amené dans la grande ville et poussé peut-être au suicide celte fille de la montagne, sentimentale et mystique sans doute, mais fière aussi, comme tous ceux de sa race !
C’est pourquoi ce livre m'a été agréable à faire. J'ai compulsé mes carnets déjà vieillis, j'ai recherché mes notes déjà anciennes ; j'ai mis en ordre des « histoires », des chansons, des formulettes, recueillies naguère à l'ombre des forêts, au snilieu des routes, dans les vastes cuisines hospitalières, voire même sur le sable du bord de la mer ; el je me suis rappelé avec bonheur dans quelles circonstances me les avaient diles ces jolies filles, ces aimables vieillards, ces enfants déjà moins soucieux des traditions et des coutumes de leurs pères, et qui, symplome grave, commencent déjà à parler français entre eux.