‹ Le folk-lore du pays basqueChapitre 40 sur 177 · XII. — Le Fou et le Tartaro · texte numérisé non relu

XII. — Le Fou et le Tartaro

JOMME souvent dans le monde, il y avait un monsieur et une dame. Ils avaient un #2) fils, mais très méchant et fou. Il ne faisait que des méchancetés et des vilenies, et ils se décidèrent à l’envoyer en service; le garçon voulait aussi y aller.

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Il part donc et va, va, va; il arrive dans un pays. Là il demande si l’on a besoin d’un garçon. On en avait besoin dans une certaine maison; il y va, et là on fait les conditions, pour tant de mois, qu’à celui qui ne serait pas content — maître ou domestique — on enlèverait la peau du dos (1).

Le maître envoie ce garçon au bois (en lui disant) d’apporter le bois le plus tordu, le plus tordu possible. Auprès de ce bois, il y avait une vigne, et ce garçon coupa toute la vigne et l’apporta à la maison. Le maître lui demande où est son bois; il lui montre la vigne coupée. Le maître ne dit rien, mais il n’était pas content.

Le lendemain, il lui dit de mettre les vaches aux champs, sans ouvrir aucune porte ni aucune barrière. Notre fou coupe tout le bétail en morceaux qu’il jette (par dessus les haies) dans les champs. Le maître fut encore en colère; mais il ne voulait rien dire pour ne pas avoir la peau du dos ôtée. Que fait-il ? Il lui achète un troupeau de cochons et l’envoie à la montagne [avec sept cochons, sans lui donner rien à manger. Le garçon lui dit: « Que mangerai-je? des cailloux? » Le maître lui dit: « Ce que vous

(x) Variation : Sile maître n’était pas content du domestique et le renvoyait, il devait lui donner tous ses biens.

voudrez ». Il y avait sur le toit, au-dessus de la cheminée, un quarteron de noix à sécher. Le garçon les prend'ét les emporte avec lui au bois.] Il savait qu’il y avait it Là un Tartaro, mais cela jui était bièn égal.

Il part et va, va, va. Il arrive à une cabane. Cellé” du Tartaro était tout près de là. Les cochons du Tartaro et ceux du fou allaient ensemble. [Le Tartaro lui arrive et lui dit: « Où vas-tu et que fais-tu ici ? » Il reste à surveiller ses cochons, et prenant une noix, la met dans sa bouche et la brise entre ses dents; puis il dit au Tartaro : « Je mange des os de Éradéns » ]

Le Taïtaro lui dit un jour s’il voulait parier avec lui à qui jetterait le plus loin une pierte. Il accépte le pari; mais le soir, notre fou était très triste. Il se met en prière, et il lui arrive une petité vieille. Elle lui démande ce qu Aa à) être si triste. Il lui raconté quel pari il a fait avec lé Tartaro. ‘« Si ce n’est que cela, ce n’est rien», dit la’ vieille, et elle lui donne un oiseau en lui disant de lancer cet oiseau à à la place de la pierre. | Il fait le lendemain comme cette petite vieille lui a dit. La pierre du Tartaro alla à une hauteur effräyante, mais enfin elle retomba. L'oiseau du fou ne révint point, et notre Tartaro fut stupéfait de ne pas le revoir.

Ils ou un autre pari à “qui. lancera Je plus

loin une palenka de sept quintaux. Le garçon en était très triste. Il se met en prière, et la même vieille lui arrive. Elle lui demande ce qu’il a. Il lui dit comment il a parié avec le Tartaro à qui lancera le plus loin une palenka, et qu’il en est fort triste. Elle lui répond : « Si ce n’est que cela, ce n’est rien; quand vous prendrez la palenka, vous n'aurez qu'à dire: Hisse à la palenka!

garde à la Salamanca! » Le lendemain, le Tartaro prend une palenka terrible et la lance à une distance épouvantable. Le fou soulève doucement un bout de la palenka et dit: « Hisse à la palenka! Ici garde à la Salamanca! » Dès qu’il entend cela, le Tartaro lui dit: « Laisse, laisse; tu as gagné le pari; j'ai là-bas mon père et ma mère; ne jette pas là-bas la palenka, de grâce, tu pourrais les écraser ». Notre fou était bien content.

[Le Tartaro le conduit à une fontaine, et ils parient à qui emportera le plus d’eau à la maison. Le Tartaro emplit deux barriques; mais le garçon lui dit: « Quoi ! rien que ces deux barriques |! Moi, je vais emporter toute l’eau! » Et il commence à secouer la fontaine. Le Tartaro lui dit : « Non, non, laisse; tu as gagné, partons : où irais-je boire, si tu enlèves toute cette eau ? »]

Le Tartaro lui dit qu’il emportera de la forêt un énorme chène et qu’il en fasse autant. Le soir,

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notre fou était encore plus triste qu'avant. Il se met en prière, et la même vieille lui arrive. Il lui dit quel pari il a fait avec le Tartaro et comment celui-ci emportera un énorme chêne. La vieille lui donne trois pelotons de fil et lui dit : « Quand il abattra son arbre, tu conimenceras avec ton fil à entourer tous les autres arbres ». Ils vont au bois le lendemain, et le Tartaro s'attaque à un chêne terrible. Le fou prend son fil et attache, attache, attache. Le Tartaro lui demande : « Que fais-tu 12? — Toi un arbre, et moi tous ceuxcil » Le Tartaro lui dit: « Non, non; comment engraisserai-je mes cochons sans glands? Tu as gagné le pari! » Le Tartaro ne savait que penser; il avait trouvé plus habile que lui.

[IL lui dit: « Tu n’as pas de maison ici; viens chez moi; là tu souperas, et tu auras un lit ». Le garçon lui dit que oui. Quand ils y sont arrivés, le Tartaro met au feu la moitié d’un bœuf. Le garçon lui dit: « Quel appétit tu as ! et moi qui mange beaucoup moins, j’ai autant de force que toil — Nous verrons cela tout à l'heure ».

Notre garçon mange tant qu’il peut manger et laisse le Tartaro achever le repas, et lui dit qu’il va se coucher. Le Tartaro reste debout. Le garçon regarde sous son lit; il y voit trois cadavres. Il en prend un et le couche à sa place, la pipe à la bouche. Quand le Tartaro croit le

garçon endormi, il arrive avec sa palenka de sept quintaux et lui en donne de grands coups. Le lendemain matin,] le Tartaro se lève comme à son ordinaire et va aux cochons. Le garçon sort de dessous le lit et arrive aussi aux cochons. Le Tartaro est épouvanté de le voir. Il ne sait que penser et se dit que vraiment ce fou est plus habile que lui. Il lui demande s’il a bien dormi. Il lui répond : [« Oui; seulement j'ai été bien piqué par des punaises.. Est-ce que le déjeuner est prêt ? »]

Comme les cochons étaient bien engraissés, c'était le moment de partir; mais ils étaient confondus. Le Tartaro demanda au fou quelle marque avaient ses cochons. Le fou lui dit : « Les miens ont sous la queue un trou ou deux ». Ils se mettent à regarder et trouvent cette marque à tous. Notre fou part donc avec tous les cochons. Il va, va, va et arrive dans une ville. C'était précisément le jour du marché. Il vend tous les cochons, excepté deux; mais il avait mis pour condition qu'il se réservait toutes les queues. IL les coupe et les serre dans sa poche.

Comme vous le pensez, il avait peur du Tartaro; il le voit qui arrive en haut de la montagne. Il tue un de ses cochons et met les tripes sur sa poitrine. Il y avait sur le côté de la route une troupe d'hommes. En passant auprès d’eux, il

prend son couteau, se l’enfonce dans l'estomac; les tripes tombent, et notre fou se met à courir précédé de son cochon encore plus vite qu’auparavant. Quand le Tartaro arrive auprès de ces hommes, il leur demande s’ils ont vu tel homme: — « Oui, oui, il allait vite, et pour aller plus vite, il s’est ici même donné un coup de couteau, a jeté là ses tripes et est reparti encore plus vite ». Le Tartaro, pour aller également plus vite, se donne un grand coup de couteau; mais il tombe raide mort.

Le fou va à la maison de son maître. Près de la maison il y avait un puits tout plein de vase. Il y met son cochon en vie et les queues de tous les autres, et va à la maison. Le maître, tout étonné de le voir, lui demande où sont les cochons. Il lui répond : « Ils sont entrés dans la vase, parce qu'il sont bien fatigués ». Ils vont tous deux au puits et commencent à retirer le véritable cochon. Entre eux deux, ils letirent très bien; mais pour le reste il ne venait jamais que des queues. Le fou dit à son maître : « Voyez comme ils sont gras:et lourds ! c’est pour cela que leurs queues seulement viennent! » Le maître l'envoie chercher la pioche et la pelle. Au lieu de les prendre, il commence à battre la maîtresse, puis il crie au maître : « Une seulement ou toutes les deux ? — Toutes les deux, toutes les deux! »

Et il se met également à rouer de coups la servante.

Il prend la pelle et la pioche, et, en arrivant auprès de son maître, le bat, lui aussi, et quand il l’a bien battu à coups de pelle et de pioche, il lui enlève la peau du dos. Il prend son cochon et va retrouver son père et sa mère, et s’il vécut bien, il mourut bien.

[Autre conclusion. — On l’envoie couper une pièce de fougère, et on lui dit que s’il n’a pas tout coupé avant que le coucou ait chanté, on le tuera. Il y va avant le jour et commence par allumer sa pipe, mais le coucou fait: « Coucou! » En colère, notre garçon prend son fusil et tire sur l'arbre d’où on avait fait: « Coucou! » Au lieu du coucou, ce fut la maîtresse qui tomba de l'arbre.

Furieux, le maître envoie le garçon chez le diable avec une lettre. Comme le diable ne voulait pas lui donner de réponse, que fait-il? Il prend le diable par la peau du dos et arrive ainsi à la maison. Le maître, l’ayant aperçu de loin, lui crie: « Laisse-le 1à, laisse-le là: qu'il n'entre pas chez moi! » Et il l’envoie chez un autre diable (avec ordre) de rapporter les trois bagues de ce diable.

Le garçon part. En route, il rencontre un homme qui avait sur le dos une pierre de moulin,

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et qui lui demande où il va. Il lui répond:

« Chez tel diable. — Dis-lui donc de ma part que je suis là depuis douze ans avec cette pierre sur le dos. — Oui, certes ». Il fait

encore un peu de chemin et rencontre une jeune fille qui était malade depuis quatorze ans, et qui lui demande où il va. Elle lui dit qu’elle est ainsi depuis quatorze ans et (le prie) de le dire au diable. — « Oui, certes ! » Il fait encore un peu de chemin et trouve un vieillard avec deux troncs de chênes aux pieds, et quand celui-ci sut où il allait, il lui dit également qu'il était ainsi depuis tant de temps et (le pria) d’apprendre du diable le moyen de le délivrer de ces chênes. Il lui promet qu'il le lui dira.

Il arrive chez le diable. Il y trouve une vieille femme. Il lui dit pourquoi il vient et lui raconte comment il a trouvé sur sa route trois personnes, l’une avec une pierre de moulin, l’autre malade et l’autre avec deux chênes aux pieds, et comment les trois l’ont chargé de dire au diable de se souvenir d’eux. Cette femme lui répond: « Mon diable mange tous les chrétiens! Comment êtesvous venu ici? — On m'y a envoyé, mais vous m'aiderez ». Elle lui dit que oui et le cache dans un coin.

Le diable arrive, et quand ils sont au lit, la femme attend qu’il soit endormi et lui Ôôte un

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anneau. Le diable se réveille et lui dit: « Que faites-vous, femme? — Je rêvais que je voyais un homme portant une pierre de moulin sur le dos; que devrait-il faire pour ne plus lPavoir? — La jeter à la première personne qui passera, et celui-ci devra la porter ». Le diable se rendort, et la femme lui ôte la seconde bague. Le diable se fâche, et la femme lui dit: « Je rêvais que je voyais une jeune fille malade depuis quatorze ans ». Le diable lui répond:

« Sous la pierre de l’âtre de la cheminée, il y a un terrible crapaud; jusqu’à ce qu’il soit écrasé, elle sera malade ». Il se rendort de nouveau, et la femme lui ôte la troisième bague. Le diable était encore plus fâché. La femme lui dit: « Je rêvais que je voyais un homme qui ne pouvait marcher, parce qu’il avait aux pieds deux chênes ». Le diable répond : « Dans l’un de ces chênes il y a un serpent; jusqu’à ce qu’il soit tué, l’homme sera ainsi ».

La femme dit tout cela au garçon et lui donne les trois anneaux. Notre garçon sauve ces trois malheureux en leur disant ce qu’ils avaient à faire.

Il arrive chez son maître et lui donne les trois anneaux un à un. Quand il prit le premier, il se mit à danser. Quand il prit le second, il s’éleva un peu dans l'air. Mais quand il prit le troisième,

il s’envola si haut qu’il ne revint plus. Notre garçon alla chercher sa mère, et comme il avait une fiancée, il épousa. Ils eurent des fils et des filles, et vécurent très heureux, grâce aux anneaux.

(Pierre Bertrand et X**. — Saint-Jean-de-Luz, 187$.)

XIIT. — Le triple Serpent

3 N roi avait trois fils. Ils se disputèrent l’um avec l’autre, et le plus jeune voulut s’en aller de la maison. Il part, après avoir pris beaucoup d’argent. Il se met de vieux vêtements et arrive, avec l’air d’un travailleur, à une maison. Il demande si l’on a besoin d’un garçon. On lui répond que oui, que le garçon est parti et qu'il aura à garder les vaches le soir. Il achète un jeu de cartes et un marteau formidable armé de dents. Le lendemain, le maître de la maison lui dit de ne pas aller dans telles prairies, parce qu’elles appartiennent à des Tartaro, que les vaches veulent toujours y aller et qu’il y prenne bien garde.

Il le leur promet et s’en va avec ses vaches. Les vaches lui échappent et vont dans les terrains défendus. Tout de suite arrive un Tartaro qui lui dit: « Comment as-tu eu l’audace de venir

ici? Il faut que je te mange à l'instant ». Notre garçon lui. répond : & Un instant, un instant, monsieur; ne vous fâchez pas comme ça, mais faisons plutôt une petite partie de cartes ». Ils se mettent donc à jouer. Le Tartaro fait tomber une carte à terre et dit au garçon de la ramasser. Le garçon lui dit de le faire lui-même, puisqu'il Va laissée tomber. Les Tartaro avaient l’habitude de faire ainsi, et ils profitaient de ce moment pour vous tuer. Le Tartaro est donc obligé de se baisser pour ramasser la carte. Notre garçon prend son marteau qu’il avait caché sous ses vêtements, et en donne un tel coup au Tartaro sur le derrière de la tête qu’il le tue net.

Le lendemain, il en fait de même à un autre.

Il savait qu’il n’y en avait que trois.

Le troisième jour, arrive le dernier Tartaro, plus en colère que les autres, et il lui demande comment il est venu là, dans ses terres, et ajoute qu’il va le châtier. Le garçon lui dit: « Doucement, doucement, mon ami; il faut que nous fassions d’abord une partie de cartes; nous verrons après ». Le Tartaro jette une carte et lui dit de la ramasser. Le garçon lui dit que non, qu'il la ramasse lui-même, puisqu'il la fait tomber. Enfin, le Tartaro se baisse pour la relever, et le garçon lui donne un coup avec le marteau; mais il ne le tue pas tout à fait.

Il va à la maison des Tartaro. Il trouve la cuisinière en train de préparer le diner. Il se fait montrer par la cuisinière toutes les richesses de cette maison. Il y avait de l’or et de l’argent par pleines barriques, et il y avait aussi de toute espèce de choses. Il y avait trois olano (1). Il achève le Tartaro et demeure maître dans cette maison.

Quelques jours après, il allait se promener à cheval, lorsqu’en passant sur une montagne il voit une belle jeune dame. Il s’en approche, et cette dame lui dit: « Allez-vous-en vite d'ici; c'est assez qu’il mange une personne ». Il lui demande de quoi il s’agit. Elle lui répond : « Un triple serpent va m'arriver à l'instant pour me manger, et allez-vous-en d'ici ». Il lui dit que non, et qu’il faut qu’il essaie de le tuer.

À ces mots, ils entendent le triple serpent qui disait : « Cette dame est à moi; laisse-la-moi ». Le garçon prépare son marteau et lui en donne un coup qui lui coupe trois têtes. Le serpent s’en va en gémissant. La jeune dame dit au jeune homme : « Vous m’avez allongé la vie d’un jour ; mais demain il me mangera tout de même ». IL

(1) Olano. C'est, suivant la conteuse, « un animal de quelque espèce qui sert les Tartaro comme un chien, mais terrible aux autres ».

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lui répond : « Non, non; peut-être quelqu'un fera-t-il demain ce que j’ai fait aujourd’hui et achèvera ce serpent ». La princesse s’en va chez elle et le jeune homme à la maison des Tartaro.

Le lendemain, il s'habille différemment et change même de cheval. Il prend son épée et son chien. Il va à la même montagne. Il y trouve la princesse. Elle lui dit que le serpent va venir vite et que c’en est fait d’eux. Le garçon lui demande si elle a du courage ; elle lui dit que oui; il lui donne Pépée. ;

Sur ces entrefaites arrive le serpent. Le garçon, à l’aide de son marteau, lui ôte les quatre têtes qui lui restaient, et la princesse lui coupe la queue, comme le jeune homme le lui avait dit. Le garçon laisse là la princesse ; mais des sept robes de soie qu’elle portait il prend sept morceaux. Il prend aussi à chaque tête du serpent le dard, et ayant enveloppé les sept dards dans chacun des morceaux de robe, il les emporte avec lui. La princesse n’avait pas remarqué cela. Il va à sa maison de Tartaro et la princesse à la sienne. .

Le roi fit dire dans tout son royaume que celui qui a tué ce serpent aura sa fille pour femme, et il donna un grand dîner à ses amis pour montrer sa joie. Ces jours-là, le garçon qui avait tué le serpent envoie un de ses olano à la maison du roi, en lui disant de lui apporter l’un

des meïlleurs plats de la table du roi. L’olano fait comme il lui a dit et lui apporte ce plat chez lui. Mais le roi fait suivre cet olano le troisième jour par ses gens et fait inviter le maître à sa table. Il promet qu’il ira le lendemain. Il s’habille bellement et n'oublie pas les morceaux des sept robes de la princesse avec les sept dards du serpent.

Comme ïls étaient à table, un charbonnier arrive, disant qu’il a tué le serpent et qu’il vient chercher la récompense. On lui dit de montrer les preuves, et il fait paraitre les têtes. Notre garçon, là-dessus, montre les dards et les morceaux des robes de la princesse, et la princesse reconnaît bien celui qui l’a sauvée; dès qu’elle avait vu le charbonnier, elle avait dit que ce n'était pas lui, Ils se marièrent, comme le roi l'avait dit. On fit de grandes fêtes. La princesse aimait beaucoup, parce que c'était un beau garçon et très habile. Les jeunes époux allèrent à la maïson des Tartaro, et ils furent plus riches que le roi lui-même, J’avais vu tout cela, mais ils ne me donnèrent rien.

(Marie Amyot. — Saint-Jean-de-Luz, 1875.)

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