II. — Zes Femmes
Æ L y avait une fois dans une ville un mon-
sieur et une dame. Ils étaient assez bien, et ils avaient un fils déjà en âge qu’ils voulaient faire marier avec quelque bonne fille de cette ville. Mais comme ce jeune homme savait déjà des nouvelles des filles de ce pays-là, ül n'avait pas la moindre confiance que ces filles-là fussent demeurées sans que personne les eût touchées. Or, il voulait une femme chez qui personne n'ait été. Que fit notre jeune homme? Il se dit qu’il lui faut aller chercher quelque part une femme que n'ait jamais touchée un homme, et il part, disant à son père et à sa mère qu’il va visiter les environs, et emportant avec lui beaucoup d’argent.
Il courut pendant quelques jours, examinant bien toutes les filles qu’il rencontrait. Ce jeune homme arriva un jour dans un certain pays et il lui parut qu’il devait rester quelques jours à se reposer dans ce pays. Il va se loger à l’auberge et voit dans ce pays des jeunes filles jolies, jolies, et st
belles, que déjà il ne savait laquelle choisir. Un matin, il lui vient à l’idée d’aller à la chasse, et il part vers les montagnes. Il aperçoit sur une montagne éloignée une fumée qui sort d’une petite cabane, et il va vers cette fumée pour savoir ce qu'il y a là.
Quand il y est arrivé, il lui sort de cette cabane une jeune fille si belle, et si jolie, et si fraîche, qu’elle lui semble aussi belle qu’un astre. Ce jeune homme se dit tout de suite en la voyant : « C’est comme ceci que doit être ma femme; celle-ci ne m'échappera pas ». Il la salue et, après les politesses, lui demande si elle veut se marier avec lui. La jeune fille lui répond qu’elle ne sait pas ce que c’est que se marier, qu’elle ne comprend pas ce qu'il lui dit. En entendant cela, notre jeune homme est dans la joie : sûrement cette fille n’a jamais été avec aucun homme. Il lui demande si elle n’a pas de parents. Elle lui répond : « Oui, mon père est là, vers ces hauteurs, dans le bois ». Il lui dit que, comme elle et lui ne se comprennent pas, qu’elle aille dire à son père de venir à la maison, qu'il a besoin de lui parler.
Quand ce père arrive, ce monsieur lui dit sil veut lui donner sa fille pour femme. Le père lui répond s’il est venu là pour se moquer d’eux et si c'est pour cela qu’il le fait arriver après avoir
quitté son travail. Ce monsieur lui dit qu’il ne s’agit aucunement de moquerie, et que s’il veut lui donner sa fille pour femme, il lui donnera dans le pays une maison pour lui et tout ce dont il aura besoin pour manger et boire. Quand ce père eut entendu cela, il lui dit : « Oui, bien volontiers je vous donnerai ma fille », car il voyait qu’il avait besoin de bien passer le reste de sa vie, étant bien fatigué de vivre dans ces bois, et qu'il avait assez de peine à se sortir d’affaire. Son œil s'était même rajeuni, et il était devenu tout joyeux de voir que la fortune de sa fille était faite et que lui-même allait être bien. Le père et la fille sont donc vite d’accord avec ce monsieur. Il leur donne une grande bourse pleine d’or, (leur disant) d’attendre jusqu’à ce qu'il envoie d’autres nouvelles, et qu’il leur enverrait une voiture pour les chercher; cette fille devait aussi s’acheter les vêtements nécessaires et prendre une fille de chambre pour larranger bien. Ces ordres donnés, le monsieur s’en revient à la maison, laissant le père et la fille fort contents.
Quand il fut arrivé chez lui, il ‘dit à son père et à sa mère qu'il doit se marier et qu’il a trouvé une femme; qu’il a vu dans une montagne une fille qui fera tout à fait son affaire. Le père et la mère ne voulaient contrarier en rien leur fils
ET RÉCITS IOI
unique, quoique cela ne fût point de leur goût. Ils lui disent donc de faire comme cela lui plaît. Ils sont donc vite d'accord, et on prépare tout pour le mariage.
- On fit de très-belles noces. Il y avait de tout. Tout le monde fut rassasié. Sur le soir, l’épouse demanda à son monsieur : « Il faut que vous me disiez ce que c’est que se marier » ; elle se rappelait et avait toujours à l’esprit ce qu’il lui avait dit en se présentant dans son ancienne cabane. Il lui répondit : « Je vous le dirai tantôt, dans un moment ».
Quand un certain temps se fut passé aïnsi, la dame, qui n’était pas satisfaite, redemanda bien vite à son mari: « Il faut que vous me disiez maintenant même ce que c’est que se marier. Je ne vous laisserai plus; il faut que je le sache; il faut que vous me le disiez ». Comme le jeune homme ne voulait pas contrarier sa femme dès le premier jour, il lui dit: « Oui, je vais vous le dire maintenant », et ils congédient tous les gens qui étaient là.
Ils vont à la chambre, et là font ce que vous pensez; puis le monsieur dit à la dame : « Voilà ce que c’est que le mariage », Alors la dame lui répond : « Bah ! si ce n’est que cela, je le faisais tous les dimanches avec le sacristain de chez nous | » Ce monsieur se dit alors qu’il n’y avait
jamais à se fier aux femmes, et sa confiance en elles fut perdue pour toujours.
(J: D., de Chéraute. — Ainhoa, 1868.)
III, — La Rose
> filles ; il les aimait beaucoup, et ces filles } aussi aimaient beaucoup leur père.
Ce roi fut appelé un jour pour une grande guerre, et quand elles l’apprirent elles en furent bien tristes. Leur père leur donna à chacune une rose en leur disant : « Si vous tombez en faute, quoi que ce soit, vos roses se flétriront ; cela ne manquera point ».
Le roi parti, il arriva un jour un fils de roi qui dit à l’aînée qu’il voudrait coucher avec elle; après avoir résisté, elle finit par trouver impossible de refuser, et le lendemain matin elle trouva sa rose toute flétrie.
La même chose arriva à l’autre sœur, dont la fleur fut également flétrie.
La guerre finie, le roi revint chez lui, et trouvant tout à fait flétries les roses qu’il avait données à ses deux filles, en éprouva une trèsgrande peine.
(Saint-Jean-de-Luz, 1874.)