‹ Le fond de Giboyer dialogue avec prologue et pièces justificativesChapitre 3 sur 14 · LE FOND · texte numérisé non relu

LE FOND

le m'auqcis. '

Calmez-vous, neveu. Je l'ai lu, ce foudroyant Çiboyer, Cela manque de vertu dans tous les sens du mot, y compris « le sens courant. » Ce n'est nullement ce que la chanson de Roland appelle un coup de baron. II y en a pour deux ou trois mois.

LE COMTE

Deux ou trois mois de pilori pour les honnêtes gens, mon oncle. »

LE M a n uns.

En fussent-ils toujours quittes à si bon marché,

mon neveul Nous y passons nos jours au pilprit Nu vous souvenez-vous plus d'avoir été hué de toute la jeunesse éclairée du Comtat, pour cause de bonnes mœurs? Neles-vous pas un peu flétri comme membre des Conférences de Saint-Vincent de Paul, un peu privé de vos droits civiques comme soldat du Pape? Vous voulez être homme de bien, et vous prétendez que la comédie vous honore I

M. d'aiGHEMOST.

Folle jeunesse!

LE MARQUIS

Mes vieux amis d'Aigremont et Couturier, que voilà, Déodat, madame de Pfefïcrs, tout ce que je fréquente de braves gens, je n'ai cessé de les voir, et moi avec eux, à un pilori quelconque. Le journal, la caricature, le théâtre vivent de nous. Restez homme de cœur, vous apprendrez à connaître les industries et les justices de Giboyer. C'est lui qui nous siffle, qui ameute le parterre, qui nous marque au fer rouge de son génie... A moins pourtant qu'il ne soit dans nos maisons, comme parasite ou laquais : alors il nous flatte, nous trahit et nous

Lu J.I.:'J"J Liy LilH

pille. Mais, encore une fois, le Giboyer du jour n'est pas fort et n'ira pas loin. -

LE COUTE

Je crois que vous vous trompez, mon oncle.

Vous n'avez pas vu le spectacle, l'insolence de la scène, la rumeur satisfaite du parterre. Je suis sorti indigné et désolé. Indigné, car l'œuvre est inique; désolé, parce que c'est plein d'esprit. .

LE MARQUIS

Tasse pour l'indignation. Elle est naturelle à votre âge. Certaines choses ne doivent pas encore vous trouver patient. Mais que l'esprit qui paraît là dedans vous désole, cela me fait de la peine. II n'y a point d'esprit, ou je ne m'y connais plus.

M. COUTURIER

Vous vous y connaissez très-bien, monsieur le marquis, et néanmoins il y en a.

LE MARQUIS

A l'autre! Mon neveu sent sa province, et mon ami Couturier est un de ces sérieux que la grosse bouffonnerie surprend et détend. On les amuse

avec des calembours. Vous, Couturier, et ce petit soldat, vous êtes des innocents. Vous vous laissez prendre à la voix mordante du comédien qui fait vibrer des platitudes, à sa grimace qui chatouille le parterre.

COUTURIER

Peut-être. Dans ma jeunesse, quand je faisais mon ménage, je recevais toujours de la fausse monnaie. Au théâtre, les coups de pied dans le derrière me font toujours rire, je pleure toujours quand l'entant trouvé reconnaît son père; et j'ai eu pour domestique pendant vingt ans, sous différents noms et sous différents visages, le même coquin, sans le reconnaîlre jamais qu'après qu'il m'avait voté.

LE il A ROUIS.

Ce n'est pas ma faute.

Non. Je vous entends encore : Couturier, prenez garde ! Vous confiez vos clefs à maître Laurent, valet du bon monsieur Tartufe. Mais le moyen de reconnaître Laurent, lorsqu'il se présenta sous

le nom de Dubois? Ali! je confesse mes misères. Comme le disait un de mes anciens amis politiques, je me laisse prendre à toutes les ficelles. Cependant, j'ai remarqué dans Giboyer beaucoup de mots alertes, qui volent au but et s'y enfoncent comme des flèches barbelées.

LE MARQUIS

Des mots, tout le monde en fait, et tous les auteurs en ramassent. Dans une comédie, je voudrais voir des traits comiques. Ici, il y a des mois, — pas beaucoup! Et de ce peu, plusieurs sont ramassés. H est ramasseur, votre archer.

d'aigbemont.

■ Retrou veur, marquis. 11 prend son bien où il le trouve.

le Marquis.

Alors sa richesse est faite de bien retrouvé. Je sais où il trouve. Une fois par mois, je fais acheter quelques bottes de petits journaux. Vous n'en connaissez qu'un, souvent plus littéraire et plus courageusement sensé que toute la grande presse; j'en connais une demi-douzaine. J'y vois Où en est

l'esprit des Athéniens. Malgré quelques jets de bonne verve, c'est hideux; cela sent le soulier percé, le rogomme , la honteuse famine et le reste. Votre homme,"mon cher Couturier, pèche là dedans: De ce clinquant et de ces odeurs, il étonne là bonne compagnie. Cela monte au nez, cela pique, et l'on dit : C'est très-fort! A l'autre bout du Palais-Royal, ce style ne fait plus merveille; le vaudeville et la farce en abusent. Plusieurs des jolis mots dont vous parlez n'ont point passé devant moi pour la première fois. Je me suis cepeudant abstenu de les saluer, parce que ce sont de mauvaises connaissances.

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