‹ Le fond de GiboyerChapitre 5 sur 10 · EXTRAITS DU FILS DE GIBOYER · texte numérisé non relu

EXTRAITS DU FILS DE GIBOYER

(ACTE 1er, SCÈNE II)

LE MARQUIS

La goutte ne m'a pas empêché de lire notre journal. Savez-vous que la mort de ce pauvre Déodat s'y fait cruellement sentir?

LA BARONNE

Ah! quelle perte! quel désastre pour notre cause!

LE MARQUIS

Je l'ai pleuré.

LA BARONNE

Quel talent ! quelle verve ! quel sarcasme!

LE MARQUIS

C'était le hussard de l'orthodoxie... Il restera dans nos fastes sous le nom du pamphlétaire angélique... Conviciator angelicus. Et maintenant que nous sommes en règle avec sa grande ombre...

LA BARONNE

Vous en parlez bien légèrement, Marquis.

LE MARQUISa

Puisque je l'ai pleuré!.. Occupons-nous de son rem« plaçant.

LA BARONNE

Dites son successeur. Le ciel ne suscite pas deux hommes pareils coup sur coup.

LE MARQUIS

Et si je vous disais que j'ai mis la main sur un second exemplaire? Oui, Baronne J'ai déterré une plume endiablée, cynique, virulente, qui crache et éclabousse; un gas qui larderait son propre père d'épigrammes moyennant une modique rétribution, et le mangerait à la croque-au-sel pour cinq francs de plus.

LA BARONNE

Permettez, Déodat était de bonne foi.

LE MARQUIS

Parbleu ! c'est l'effet du combat : il n'y a plus de mercenaires dans la mêlée ; les coups qu'ils reçoivent leur font une conviction...

(ACTE 1er, SCÈNE VIII)

GIBOYER

Je veux le même traitement que Déodat... A quoi donc puis-je vous servir sinon à remplacer votre vir-

tuose? Vous avez pensé que la mauvaise honte ne m'arrêterait pas et vous avez eu raison. Ma conscience n'a pas le droit de faire la prude. Mais si vous avez cru m'avoir pour un morceau de pain, vous vous êtes trompé. Vous avez plus besoin de moi que je n'ai besoin de vous.

LE MARQUIS

Oh ! oh ! voilà de la fatuité.

G1B0YER

Non, monsieur le Marquis, vous trouveriez peut-être un garnement de lettres aussi capable que moi de vider sur quiconque une écritoire empoisonnée : mais l'inconvénient de ces auxiliaires-là, c'est qu'on n'est jamais sûr de les tenir. Or, moi, vous me tenez. C'est ce qui me met en posture de faire des conditions.

LE MARQUIS

Ce raisonnement cornu me paraît sans réplique. Déodat avait mille francs par mois ; îe comité voulait opérer une réduction sur ce chapitre; mais je lui ferai valoir vos raisons.

GIBOYER

Il ne voudra peut-être se décider que sur échantillon. Si je vous brochais d'ici à ce soir une tartine de Déodat ?

LE MARQUIS

Possédez-vous assez sa manière ?...

GIBOYER

Parbleu ! pour m'en servir en la définissant, elle consiste à rouler le libre penseur, à tomber le philosophe, en un mot à tirer la canne et le bâton devant l'arche. Un mélange de Bourdaloue et de Turlupin; la facétie appliquée à la défense des choses saintes : le Bies irœ sur le mirliton...

LE MARQUIS

Bravo ! tournez ces griffes-là contre nos adversaires, et tout ira bien.

Voici maintenant la Préface de la comédie :

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