‹ Le fond de GiboyerChapitre 8 sur 10 · LES DÉPARTEMENTS · texte numérisé non relu

LES DÉPARTEMENTS

L'histoire de la mission de Giboyer dans les départements serait curieuse. J'espère que quelqu'un la fera. On y verra la destination future des muses approuvées.

De tous les détails donnés par les journaux, il semble d'ailleurs résulter que, jusqu'à présent du moins, la province n'est pas mûre. Giboyer s'est montré à peu près partout, il n'a eu de grand succès nulle part, Deux ou trois représentations contestées , en certains endroits une demi-douzaine, et il a fallu lever le pied. Là où Ton ne s'est point battu, l'on a bâillé. Quand la police avait fait sortir les siffleurs, l'ennui chassait le reste. Ainsi, asphyxié dans sa victoire, Giboyer est mort à Lyon, à Marseille, à Bordeaux, à Tou-

louse, à Rennes1, à Lille. Dans cette dernière ville, la chute a été morne. Le préfet de Lille ne s'est point du tout si mal conduit que l'a prétendu M. Sarcey. et n?a fait nul obstacle au triomphe de Giboyer. On ne cite qu'un grand fonctionnaire qui se soit décidément mis en travers : c'est le maréchal duc de Malakoff, gouverneur général de l'Algérie. D'après les journaux, il aurait dit aux amateurs de la comédie sociale : « Votre Giboyer c est un drôle. Je n'ai pas besoin qu'il vienne ici « insulter les honnêtes gens, et je lui ferme la « porte. Si vous n'êtes pas contents, adressez- I vous à 1 Empereur. » Il faut croire que le zélé Sarcey n'a point su cela, car je n'ai point ouï dire qu'il ait tancé Malakotï.

A Xîmes, l'administration a mérité les éloges du zélé Sarcey, autant qu'à Alger elle aurait justifié ses plaintes.

La population catholique de Nîmes, qui forme

1 Je trouve dans les journaux le détail suivant : « À Rennes, le Fils de Giboyer avait été frénétiquement sifflé au premier acte ; le préfet ayant fait expulser les siffleurs, la pièce a pu marcher ; mai3 ce qui n'a plus marché du tout, ce sont les réceptions préfectorales. Le jour suivant, les salons de M. le préfet se trouvaient déserts. »

la grande majorité, ne voulait point de Giboyer et menaçait de lui faire un mauvais parti. Naturellement, la population protestante lui réservait un accueil contraire. Il semblait bon d'éviter le conflit; c'était le désir des catholiques. Les plus pacifiques et les plus fermes parmi eux rappelaient que sous Louis-Philippe on avait interdit la représentation des Huguenots, afin de ne point provoquer des protestations dangereuses pour la paix publique. Ces considérations parurent puériles; l'administration, éprise de la belle littérature, tint bon, et Giboyer fut représenté.

Voici un récit où l'exactitude est aussi évidente que la modération. Je l'emprunte à Y Opinion du Midi, journal catholique, rédigé par un jeune écrivain fort digne de cette tâche très-rude aujourd'hui.

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