‹ Le Fond de l'Œil dans les Affections Du Systeme NerveuxChapitre 64 sur 74 · E. —— MÉNINGITE CÉRÉBRO-SPINALE ÉPIDÉMIQUE · texte numérisé non relu

E. —— MÉNINGITE CÉRÉBRO-SPINALE ÉPIDÉMIQUE

Les lésions oculaires sont fréquentes dans la méningite cérébrospinale épidémique. Randolph sur 35 cas qu'il a examinés à trouvé 19 fois de la stase veineuse, se traduisant par un aspect tortueux et variqueux des veines; 6 fois la névrite optique el 11 fois la thrombose de la veine centrale de la rétine avec de nombreuses hémorragies rétiniennes.

Cependant les troubles de la vue peuvent être dus à une simple compression momentanée des voies optiques par l’exsudat purulent; celte compression cause une cécité passagère qui disparait quand cesse la compression.

La névrite optique, lorsqu'elle se produit, présente les mêmes caractères que la névrite des méningites simples : je n°y reviendrai pas.

Je viens d'observer dans le service de M. le Prof. Raymond un cas de méningite cérébro-spinale dans lequel la marche de la névrite optique a été très intéresssante.

L'observation de cette méningite cérébro-spinale est publiée in extenso dans la thèse de mon ami le D° Courtellemont (51).

Une jeune fille de 19 ans est prise subitement, le 20 mars dernier, après son diner, de frissons, vomissements, grincement de dents et de douleurs à la nuque et dans les yeux. La vue parait un peu troublée dans l'œil gauche. Le lendemain, l’état général s’agorave : la malade ressent de violents maux de tête; la vue de l'œil gauche est très diminuée. La malade est transportée à l'hôpital Broussais : on constate de la raideur de la nuque, un léger délire, de larachialgie, une constipation opiniâtre. La vue de l'œil gauche est totalement abolie. La température est de 40°5. Cet état dure huit jours. Les vomissements et les maux de tête s'amendent alors. Quinze jours après le début, la fièvre tombe.

La malade entre alors à la Salpêtrière. On constate chez elle des douleurs de tête, des douleurs dans le côté gauche du ventre et du thorax. Une nn lombaire permet de trouver de la lymphocytose dans le liquide céphalo-rachidien.

La vue de l'œil gauche est restée abolie du 20 mars jusqu'au 17 avril. La malade ne distinguait pas, de cet œil, le jour de la nuit. La vue de l'œil droit était normale.

Depuis le 17 avril, la vision est revenue peu à peu; mais alors, la malade à accusé de la diplopie et on a pu constater une parésie du droit externe gauche. [fuit jours après, la malade compte les doigts à 20 centimètres. Le 4 mai, l’acuité visuelle est de 1/2. Le 18 mai, celle est de 2/3; la parésie du droit externe a disparu et il n'ya “te de lésions ophtalmoscopiques.

Quand la malade est entrée à la Salpètrière, l'examen ophtalmoscopique révélait une stase papillaire assez marquée : la papille était rouge et saillante, présentant un aspect radié. Les veines élaient dilatées : tout autour de la papille, des exsudats grisätres et demi-transparents couvraient la rétine et s’étendaient de préférence le long des vaisseaux. L'aspect ophtalmoscopique était identique dans les deux yeux, et cependant Pacuité de l'œil droit était

MÉNINGITES 129 Loujours restée normale. C'est le fond de l'œil de cette malade que J'ai représenté dans la figure 2 de la planche IL.

J'ai pu suivre, avec le D: Dapuy-Dutemps, l'amélioration qui se produisait journellement dans le fond de l'œil.

En même temps que l'acuité visuelle s’améliorait, la saillie et la rougeur disparaissaient, les exsudats se résorbaient.

Ainsi, dans ce cas, il s'était produit, dès le début, une double névrite oplique avec stase : pendant un mois, cette névrite qui avait laissé intacte Ja vue de l’œil droit et avait amené la cécité de l'œil gauche, est restée stationnaire. Puis l'amélioration s’est produite et en un mois tout trouble à disparu.

En dehors des lésions du nerf optique, il ÿ a aussi une autre HDhcation oculaire grave de la méningite cérébro-spinale épidcmique : c’est l'irido-choroïdite suppurée qui amène l’atrophie du globe oculaire.

Plusieurs théories ont été émises pour expliquer cette iridochoroïdite : pour les uns [Saltini (40)], elle serait due au passage du pus par les espaces arachnoïdiens du nerf optique dans les espaces supra-choroïdiens; pour d’autres auteurs elle serait due à une mélastase. L'examen bactériologique manque encore; mais il est plus que probable que l’on y rencontrerait le diplocoque de Wechselbaum.

C’est vers la fin de la phase aiguë de la méningite cérébrospinale que survient cette complication : elle se manifeste par une injection conjonctivale et périkératique intense. L'iris se trouble et change de couleur, la pupille est irrégulière et louche; au premier abord l’on pense ä une iritis. L'examen ophtalmoscopique décèle un aspect œdémateux de la rétine et de la choroïde. Le corps vitré devient bientôt trouble laissant difficilement voir la papille. Peu à peu le trouble augmente : on ne peut plus éclairer le fond de l'œil. La pupille a un reflet jaune verdâtre. L’injection augmente encore; 1l peut se produire de l’œdème des paupières qui, s’il est considérable, empêche de voir le globe oculaire. Finalementle cristallin lui-même peut s'opacifier : il se produit une cataracte choroïdienne. Les troubles visuels sont très prononcés; il n’y a plus que perception lumineuse : le malade (si l’état général permet de s’en assurer) ne peut plus distinguer aucun objet. Si le champ visuel est bien conservé (ce qui indique qu’il n’y a pas de décollement de la rétine), le pronostic peut être favorable. Deux solutions

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peuvent alors intervenir : ou l’inflammation choroïdienne s’accentue et il se produit une panophtalmie; ou la choroïdite s’amende, l'injection disparait; tous les phénomènes diminuent d'intensité ; mais petit à petit l’œil s’atrophie : il devient mou; les muscles tracent des sillons dans la sclérotique. L'iris garde une couleur jaune sale; la pupille est le plus souvent obstruée; la vision est alors nulle. Dans quelques cas cependant, après la période inflammatoire il peut y avoir guérison.

L'irido-choroïdite peut être localisée à un œ1l ou s'étendre aux deux. Sur dix cas Knapp (3) a trouvé neuf fois un seul œil atteint et une fois les deux.

Enfin, on peut rencontrer des troubles de la vue sans lésions -ophtalmoscopiques. Jacobi (5) rapporte le cas d’une fillette de cinq ans, qui, au cours d’une méningite cérébro-spinale, eut une amaurose bilatérale totale. Au bout de huit jours la perception lumineuse revint un peu et trois semaines plus lard elle pouvait compter les doigts à 2 mètres.

HÉMORRAGIES MÉNINGÉES

Que l’hémorragie des méninges soit enkystée (hématome de la dure-mère, pachyméningite hémorragique), ou qu’elle soit libre entre les feuillets des méninges, les symptômes oculaires sont les mêmes;on rencontre toujours de l’œdème de la papille; c’est la stasé papillaire des tumeurs et des compressions cérébrales; elle a été étudiée dans le chapitre consacré aux néoplasmes intra-cräniens.

Manz (16) a décrit un cas de pachyméningite hémorragique où il y avait des hémorragies du nerf optique, le sang ayant fusé le long des gaines.

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