GÉNÉRALITÉ DES CHANGEMENTS DU FOND DES MEUS
des tours et les pointes des clochers s*élevant au-dessus de la surface de Teau.
Nous pourrions multiplier l)eauooup les exemples des variations dans le fond des mers» Ici des villes, des contrées entières sont recouvertes par les eaux. Là, au contraire, d'autres surgissent, comme Tile Julia, lee Açores, l'archipel de Santorin. Le port d'Aigues-Mortes se trouve maintenant à 3 lieues du rivage. Le temple ruiné de Serapis, à Pouzzoles, a été longtemps englouti, le faite seul apparaissait au-dessus des eaux; aujourd'hui, il est en* tièrement dégagé. Dans le nord de la Suède, la mer parait se retirer, tandis qu'elle envahit lentement le sud de cette contrée, et qu'elle a, à une époque peu éloignée de nous, causé de grands ravages en faisant irruption dans les plaines basses de la Poméranie.
La quantité d'eau qui recouvrera terre est sensiblement constante. — A un soulèvement en un point, correspond un affaissement en un autre. — Opinion d'Aristote sur les déluges grecs. — La terre finirait par se dessécher en se refroidissant.
Si la mer se retire d^un lieu, c'est pour en couvrir un autre. Nous sommes donc portés à admettre que la quan* tité d'eau varie peu à la surface de la terre, mais que le fond du lit qui la renferme se modifie sans cesse,
Telle était déjà du reste l'opinion d'Aristote. Il pensait que les changements apparents du niveau de la mer' dans telle ou telle localité ne pouvaient pas s'expliquer par le dessèchement des mers, comme le croyaient certains philosophes de son temps.
Voici les paroles de cet illustre savant i « Il n'y a qne ceux qui envisagent peu de rappori, et qui ont vu peu d'objets, qui attribuent ces changements partiels à un bouleversement de tout le globe. Quand ils apportent pour preuve du dessèchement des mers, qu'on voit paraître de nos jours plusieurs lieux qui ne s'apercevaient pas autrefois, ils nous donnent des faits authentiques, et en ti-
rent des inductions fausses. 11 est vrai, en effet, que plusieurs terres, jadis couvertes par les eaux, sont maintenant réunies aux continents, mais le contraire arrive aussi, et, s*ilsse donnaient la peine d'examiner les faits, ils trouveraient qu'en plusieurs points la mer a fait des irruptions. C'est ce qui arriva lors du déluge de Deucalion, qui exerça ses ravages surtout dans la Grèce. et qui, entre ses différentes provinces, se fit sentir plus terriblement dans l'ancienne Hellade, contrée qui s'étend de Dodone jusqu'à l'Achéloùs. Ce fleuve changea alors de lit plusieurs fois. Cette province était dans ce temps habitée par les Selles et par les peuples nommés Grecs, et qui s'appellent aujourd'hui Hellènes. »
Certains parages d'une même mer ne présentent en même temps que peu de variations. Le déiroit de Messine s'ensable, surtout du côté de la Sicile; mais il a subi relativement de si faibles changements, que depuis Homère il a conservé les mêmes habitants. En lisant les descriptions données de cette localité par Homère, Polybe et Spallanzani, on est fort surpris de trouver dans ces auteurs les mêmes détails sur les hôtes de ce bras de mer *. Or nous avons vu que les animaux vivant dans une mer émigraient pour laisser la place à d'autres espèces, si la profondeur changeait d'une manière notable. La pêche même de l'espadon se fait encore de nos jours comme du temps de Polybe.
Tantôt les mouvements de l'écorce terrestre sont bor-
* Polybe disait, il y a deux mille ans : « Lès espadons, les chiens de mer et les autres cétacés, s'engraissent singulièrement chaque année par la chasse des thons qui viennent par bancs le long de l'Italie, et qu'ils attendent dans le détroit... Dans des barques à deux rames, il y a deux hommes, dont l'un conduit la nacelle et l'autre se tient sur la proue, armé d'une lance. Ces différentes barques ont une vedette commune, placée sur un lieu élevé, qui indique l'approche de l'espadon, car ce poisson porte le tiers de son corps au-dessus de l'eau. Lorsqu'il s'approche de l'esquif, le harponneur le perce de sa lance, dont la tête est barbelée et fixée si légèrement dans le bois, qu'elle l'abandonne très aisément quand le lancier retire à lui le manche. Au