‹ Le fond de la merChapitre 3 sur 15 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

Si la navigation est périlleuse, que dira-t-on des travaux sous-marins, des pèches, où Thomme descend lui-même dans l'Océan pour lui disputer ses Irésors gardés par des monstres plus terribles que ceux de la Fable?

Ce n'est plus à ciel ouvert, dans un milieu respirable et adapté à notre constitulion ; c'est au sein des eaux que se poursuivent les recherches. Et si, appelant la science à notre aide, nous emportons dans cet élément inhospitalier la provision d'air nécessaire à notre respiration, la lumière sans laquelle nos yeux ne sont qu'un ornement superflu, nos explorations sont limitées encore par la difficulté de descendre à une grande profondeur. Pénétrons-nous dans l'air trop raréfié des hautes régions de l'atmosphère, notre sang déborde et sort par tous nos pores, devenus impuissants à le retenir. Descendons-nous à plusieurs dizaines de mètres au-dessous de la surface des mers, le milieu qui nous entoure est bientôt trop comprimé pour nous, et la vie y devient impossible. Dans le vide des espaces planétaires, nous éclatons ; nous serions écrasés sous les énormes pressions du fond des mers.

Malgré toutes ces difticultés, nous avons reconnu les principales inégalilés des terres submergées, nous savons que des myriades de petits êtres y travaillent sans relâche à l'édification de nouveaux continents.

INTRODUCTION. ii

Nous avons étudié les mouvements continuels de l'écorce terrestre. Les lois en sont encore inconnues; ils s'accomplissent en général avec une extrême lenteur, et le déplacement des eaux à la surface du globe est le moyen le plus sûr de les bien constater. Des contrées jadis florissantes sont aujourd'hui submergées ; forêts, prairies, villes, tout a disparu. D'autre part, nous voyons presque partout des traces du séjour de l'Océan. Les monlagnes les plus élevées ont retenu sur leurs flancs, sur leur sommet, les débris pétrifiés de poissons et de coquillages marins. Leur présence atteste parfois de grandes révolutions, mais, le plus souvent, des changements survenus avec une extrême lenteur. Les siècles deviennent des minutes, et notre esprit se perd en impuissantes conjectures sur la durée de ces transformations.

Nous n'avons pas la vaine prétention d'épuiser, dans le cours de cet ouvrage, toutes les merveilles du fond de la mer. Une rapide excursion sur les terres submergées ressemble beaucoup à une course d'un instant à travers un vaste musée ou une exposition universelle de tout le globe. Si l'on veut embrasser l'ensemble du tableau, les détails, vus de trop loin, passent inaperçus. Veut-on fouiller dans les recoins les plus obscurs, on est forcé de s'éloigner après avoir soulevé seulement un coin du voile qui cache trop de merveilles.

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