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le point de vue seul était changé. Au fond, c'était toujours la théorie des bourrasques que le jeune savant poursuivait dans l'observation de cette agitation colossale, de ces bouleversements incessants, qui remuent les masses de feu, les éléments dissociés du centre de notre système planétaire ^ . »
Travailleur infatigable, Sonrel consacrait une partie de ses nuits à l'étude, et menait de front des labeurs multiples. Doué d'une remarquable intelligence, d'une puissante conception des phénomènes naturels, d'une mé moire prodigieuse, d'un profond savoir, il élait certainement destiné à attacher son nom à de grandes œuvres. Il possédait' toutes les qualités de la jeunesse, l'activité, le courage, l'entrain. Gomme toutes les natures d'élite, et tout modeste qu'il était, il avait conscience de sa valeur ; aussi se plaisait-il à parler de ses projets, des travaux qu'il méditait, du but qu'il voulait atteindre. Il aimait ù fixer ses regards sur l'avenir, comme le voyageur vers le rivage de la patrie. L'horizon de sa vie lui apparaissait riant et paisible ; mais l'infortuné comptait sans les misères de l'invasion et les coups imprévus de la mort.
Le directeur de la Bibliothèque des Merveilles a bien voulu nous confier le soin de revoir la nouvelle édition de l'ouvrage que le lecteur a sous les yeux. Nous n'avons accepté cette mission qu'en souvenir de notre amilié pour Tauteur. Nous avons respecté l'œuvre telle qu'elle a été
* Lemoine, Notice nécrologique sur Sonrel. Société météorologique de France, séance du 20 décembre 187G.
IV L. SO^JREL.
conçue ; il nous a paru seulement indispensable de tenii* Touvrage au courant de la science, qui avance sans cesse. C'est ainsi que nous avons fait connaître les récentes explorations sous-marines, celle du Challenger principalement.
Dans un chapitre additionnel, nous avons aussi indiqué et décrit quelques appareils nouveaux, sondes, thermomètre sous-marin, et autres.
Gaston Tissandier.
Juillet 1874.
INTRODU;CTION
Qu'y a-t-il de plus mystérieux que le fond de la mer? C'est à peine si toutes les ressources de la science moderne ont permis d'en sonder quelques parties.
Le sujet est vaste, •intéressant, mais hérissé de difficultés sans nombre.
L'homme a pu sillonner la surface des océans, voler sur l'aile des vents et les vaincre en leur opposant la vapeur. Il a pu transmettre instantanément sa volonté d'un bout à l'autre du globe, ou s'appuyer sur de légers gaz pour visiter l'empire des oiseaux. Il a pu multiplier à l'infini les traces de sa pensée; lire dans le ciel les lois qui régissent l'univers ; asservir la lumière, cet élément insaisissable : il n'a pu connaître en son entier la surface de la terre. Nous n'avons acquis, au prix de grands sacrifices.
Ti IKTRODUCTIOR.
qu'une idée imparfaite des continenis et des raers qui les entourent. Le centre de l'Afrique et de TAsie, TAustralie, les régions polaires ont été visités seulement par quelques hardis explorateurs, et Ton peut enregistrer plus d'une victime parmi ces courageux pionniers de la science et delà civilisation.
Le fond des mers recèle d'immenses richesses. Tous les ans, de nombreux naufrages ajoutent de nouveaux trésors à ceux qu'il nous a déjà dérobés. Combien de galiotes chargées d'or, de caravelles apportant aux rois d'Espagne et de Portugal, à Venise la magnifique, à la commerçante Albion, les produits des régions les plus lointaines, ont sombré avant d'avoir accompli leur dangereuse mission!
Quelques épaves rejetées sur la plage nous avertissent parfois que l'Océan vient d'exiger un nouveau tribut.
Que de richesses ne nous rend-il pas en échange! Les nuées de poissons qui le sillonnent en tous sens, le sel extrait de ses eaux, les algues qu'il rejette luimême sur ses rives, la perle, la nacre, l'ambre, la pourpre des anciens, ne sont-ils pas de brillantes compensations?
Mais ce n'est pas le seul avantage que nous présente rOcéan. La conquête de la mer a, de toul temps, excité chez les peuples une noble émulation. C'est toujours sur ses bords et par elle que les idées de progrès et de civilisation ont pu se propager sur
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loule la terre. La vue des eaux sans bornes élève notre âme, et les difficultés de la navigation aigoisent notre intelligence.
« Ce n'est pas seulement comme un fond de ressources inépuisables pour nos besoins matériels, a dit Jonathan Franklin ; c'est aussi comme éducateur du sentiment moral, que nous devons honorer l'Océan. Combien l'intelligence humaine a-t-elle gagné à exploiter la mer ! combien de facullés l'homme a- t-il déployées en luttant avec elle! combien d'habileté, de force, le puissant et hasardeux abîme des eaux a-t-il exigée de notre race, et cela sous peine de mort ! combien de lumières, d'expériences et de sagesse il nous a fallu acquérir, avant que nous pussions blanchir sa surface de nos voiles déployées, la couper dans toutes les directions avec la quille de nos vais'^eaux, explorer les côtes dentelées de criques et de promontoires, franchir les gouffres sans fond, changer TAtlantique en un chemin de fer ! En vérité, il y a quelque chose de plus beau que la mer elle-même, et cette chose est encore son ouvrage : c'est le génie qu'elle a développé chez ceux qui ont tenté ses vagues, jusqu'ciu jour où ils ont été à même de poser leur main sur sa crinière, de calculer, comme un problème d'algèbre, le cercle annuel de ses tem|iêtes, soumises, elles aussi, à un mouvement de rotation, à un ordre, comme les comètes et les asires. »