‹ Le fond de la société sous la CommuneChapitre 105 sur 117 · RACONTEE PAR M. MAGNE · texte numérisé non relu

RACONTEE PAR M. MAGNE

le retrouver. Il confirme ce que l'Impératrice avait su et avait dit elle-même en conseil des ministres.

« M. Magne chercha à rejoindre ses collègues, parce qu'il voulait leur faire partager la préoccupation qui le dominait, de leur responsabilité devant le pays. N'étaient-ils pas en effet un gouvernement légal, indépendant à certains égards de l'existence de la dynastie, un gouvernement sorti régulièrement du vote d'une assemblée représentant la nation, et investie de ses pouvoirs? Mais l'ouragan avait déjà tout dispersé. M. Palikao,qui avait- bravement payé de sa personne dans les groupes, parmi les insurgés, pour défendre le devoir et la légalité, faisait ses malles, quand il fu rejoint par son collègue, u Ma foi, moi, dit-il, je pars; l'Empire M est renversé. Trochu lui-même m'a engagé à m'en aller. Je ne c( coucherai pas ici. » M. Magne eut une intelligence plus juste de la situation ; il resta à Paris, coucha chez lui, déterminé à ne s'en aller qu'après avoir remis l'administration aux mains de son successeur, quel qu'il fût, et avoir reçu décharge de sa gestion. Le lendemain donc, il était aux finances, lorsque MM. Picard et Magnin se présentèrent. On ne savait encore lequel des deux prendrait possession de ce ministère. C'est M. Picard qui resta fort étonné, disait-il, de se voir assis dans un fauteuil où M, Magne était certes si bien à sa place. L'étonnement dut être de courte durée et moindre sans doute que celui que M. Picard a éprouvé de voir un jour qu'il avait cessé d'être ministre des finances.

M La première question de MM. les délégués du Gouvernement provisoire fiit celle-ci : « Et l'emprunt? — Mais le produit va vous « en être remis. — Gomment ! est-ce que ce succès dont vous avez « entretenu le public n'est pas une fantasmagorie? — Nullement. — u Est-ce que ce n'est pas le Trésor qui en a fait en partie les frais? — u II n'y a pas un chiffre publié dans V Officiel qui ne soit rigoufc reusement exact. L'argent touché des souscriptions à l'emprunt « a été versé à la Banque. Vous y trouverez 221 millions déposés « par moi, et dont vous allez me donner reçu. » Ces messieurs étaient émerveillés qu'on n'eût point trompé impudemment le public, comme ils en avaient été convaincus, et ils ne se sentaient pas de joie de se voir en possession d'une si grosse somme. Il fallut que M. Magne les désillusionnât un peu , en leur faisant observer qu'avec une dépense quotidienne considérable comme celle de Paris, la grosse somme qu'il leur remettait ne durerait pas long-

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