‹ Le fond de la société sous la CommuneChapitre 12 sur 117 · SS MARS · texte numérisé non relu

SS MARS

Manifestation pacifique accueillie, place Vendôme, par les coups de fîisil des troupes du Comité central.

Le lendemain même, l'amiral Saisset avait annoncé d^ns une affiche qu'il était nommé, par les maires, commandant supérieur de la garde nationale» que les lois sur les échéances et sur les loyers seraient modifiées, et que le principe de l'élection de tous les officiers de la milice citoyenne était admis. Plus, d'un côté, on paraissait disposé à la conciliation, plus, de l'autre, on paraissait pressé de verser le sang , pour rendre toute conciliation impossible.

Les élections sont fixées par le Comité central au 26 mars.

— Je passais par la rue Neuve-des-Petits-Champs lorsque les

coups de feu furent tirés. L'épouvante se répandit avec une rapidité extraordinaire dans tout le quartier. Des hommes, couverts de boue et de poussière, parcouraient les rues en criant : On a tiré sur nous ; aux armes! aux armes! En un instant, toutes les boutiques furent fermées. Â des boutiquiers qui se hâtaient de placer leurs volets, je dis : « On assassine là-bas. Prenez vos fusils. » Plusieurs me répondirent d'un air résolu : (( C'est ce que nous allons faire. » J'allai sur le boulevard, près du nouvel Opéra. Devant nous défilèrent les hommes qui venaient de se signaler par le meurtre de gens désarmés , mais dont le nombre et les cris avaient pu leur inspirer quelque crainte. Il v avait en tète des officiers revêtus d'uniformes de l'armée régulière qui agitaient leur képi ; chefs et soldats criaient Vive la République ! Vive la Commune ! en provoquant, par leurs gestes, des acclamations semblables. Peu de cris répondirent. Celui de A bas le désordre ! fut poussé à côté de moi avec fureur, sans paraître attirer l'attention ou mériter la colère des gardes nationaux. {Note écrite en mars 1871.)

Voici un acte sublime, digne d'être comparé à celui du jeune Desilles, que nous a raconté un témoin oculaire, M. Lemai. gnen, blessé à la manifestation.

Au moment de la première décharge, un mobile faisant partie des groupes pacifiques se précipite au-devant des fédérés qui s'apprêtaient à redoubler : « Misérables! vous n'êtes pas des Français, puisque vous êtes des assassins; tuez-moi donc! » s'écrie-t-il en ouvrant violemment son gilet et en présentant sa poiirine nue. A peine avait-il prononcé cette parole qu'un officier des fédérés abaisse un fusil, et l'obscur héros de l'humanité, dont le nom est resté inconnu, tombe mort.

Le fait a été établi devant le conseil de guerre, l'officier a été déclaré coupable, mais il n'a pas été condamné à mort. Peut-être la mort a-t-elle paru trop douce pour ce monstre !

Dans YHistoire de la Commune qu'il a publiée à Londres en 1871, Vésinier, l'ancien membre et secrétaire de la Com-

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mune , délégué au Journal officiel, appelle émeutiers les auteurs de ce mouvement pacifique. Les gardes nationaux campés sur la place Vendôme auraient été assaillis à coups de pistolet par ces émeutiers. Et il ajoute : La répression de V agression faite par les amis de V ordre a été plus que modérée.

Si nous avions l'intention d'écrire une histoire de la Commune, nous raconterions la marche et l'issue de la manifestation, à laquelle bien des éléments ont participé, mais où dominait le sentiment le plus généreux. On vient de voir quelle justice et quelle exactitude nous devons attendre des hommes de la Commune dans le récit de leurs œuvres.

PAPIERS D£ LA COMMUNE

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