MESURE URGENTE
Appel à Punion et à la concorde,
« Aux ÉLECTEURS DE l'aRRONDISSEMENT DE PaSSY (XVP).
a Considérant que le chef du pouvoir exécutif et tous ses ministres ont quitté Paris, le dimanche 19 mars, laissant à l'abandon les intérêts de la Cité;
a Considérant que dans cette situation les électeurs ont incontestablement le droit de pourvoir au remplacement des mandataires qni ont abandonné leur poste ;
« Considérant que depuis la révolution du 4 septembre 1870, malgré les manifestations légitimes de Topinion publique^ les hommes qui avaient pris le pouvoir ont obstinément refusé à la ville de Paris le droit, que toutes les villes et communes de France exercent, de s'administrer par un conseil municipal élu; que le Gouvernement issu des élections générales du 8 février n'a rien fait encore , malgré Turgence , pour donner satisfaction à ce besoin de premier ordre ;
« Vu la fin de non-reçpvoir opposée par l'Assemblée nationale, dans la séance du 21 mars, à la proposition des députés de la Seine, qui, au lieu de statuer, en raison de l'urgence par elle reconnue dans la séance de la veille, a passé à l'ordre du jour dans les termes suivants :
« L'Assemblée nationale, de concert avec le pouvoir exécutif, « déclarant que l'administration municipale de Paris et des dépar-
u tements sera établie à bref délai sur le principe des conseils élus , u passe à l'ordre du jour v ;
tt Vu les troubles et les collisions fratricides qui peuvent être le résultat des manifestations que nos ennemis org^anisent depuis deux jours dans les rues de Paris ;
u En présence de l'invitation qui est faite aux électeurs de procéder, demain 23 mars, à l'élection d'un conseil municipal ayant pleins pouvoirs pour l'administration de tous les intérêts de la ville de Paris; '
u L'assemblée électorale du XVP arrondissement de Passy, réunie dans les salles des écoles , Grande rue de Passy, 27,
tt Déclare :
« Que le devoir de tous les bons citoyens est de se rendre demain au scrutin , dans la section de son quartier, afin de procéder, au scrutin de liste, à l'élection de deux membres du conseil municipal de Paris, représentant l'arrondissement de Passy, ]a ville de Paris ne pouvant rester plus longtemps sans une administration rég;u- Hère ; les élus du suffrag^e universel pouvant seuls prendre légalement toutes les mesures nécessitées par les graves circonstances où les fautes du Gouvernement nous ont amenés.
« Â la suite de cette motion , votée à l'unanimité par la réunion électorale de Passy, salle des écoles, Grande rue, 27, le citoyen Sanglier, assesseur de la réunion , a été arrêté , et se trouve détenu au 6* secteur, par les ordres de la municipalité du XVI», Il est urgent de faire mettre au plus tôt ce citoyen en liberté. Un ordre des comités , appuyé de quelques gardes nationaux, sera exécuté sans le moindre conflit.
■ Paris, ce 22 mars.
tt Le président de la réunion électorale de Passy,
If Signé : L. Vigault. »
Le maire du IX* arrondissement fait savoir que les élections sont fixées par l'Assemblée au 3 avril , — et puis tout sera pardonné aux gardes nationaux égarés. M. Saisset promet solennellement de donner sa vie à l'œuvre d'ordre et de cpnciliation. Il avait comité sans les maires.
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Les maires se sont joints au Comité central. Ils acceptent la date du 26, du lendemain, pour les élections, c'est-à-dire qu'ils se soumettent au triomphe, inévitable désormais, des candidats du Comité central. Les signataires de cette déclaration méritent une mention particulière : ce sont MM. Lockroy, Floquet, Tolain, Clemenceau, Greppo. L'amiral est averti qu'on ne répond plus de sa liberté. Il congédie les gardes nationaux qu'il avait ralliés , et quitte Paris précipitamment.
La lassitude s'empare déjà de certains bataillons de la garde fédérée. Ici commence une série de notes de même nature qui sont nombreuses dans les papiers de la Commune.
PAPIERS DE LA COMMUNE
Ministre de la guerre.
M Paris, 25 mars 1871 '.
« Citoyen La Cécilia ,
« On me signale le 254« bataillon de la 4" légion de garde à Auteuil (depuis plus de vingt-quatre soirs (?) il est sur pied de service) ; il lui feut avoir quelques jours de repos. Quelques cas de gale se sont produits. Veuillez donc, je vous prie, faire procéder à ce relevé.
« Le citoyen Clément, membre de la Commune pour le IV* arrondissement, m'apporte lui-même cette réclamation.
« Le délégué : Gust. Arnold. »
Nous avons trouvé dans les papiers de la Commune une lettre de M. Gust. Arnold à M. Guéroult, en date du 10 mars, dans laquelle il proteste hautement contre l'accusation d'avoir voulu établir un gouvernement à Montmartre, huit jours juste avant l'insurrection du 18 mars. La lettre a dû être publiée dans V Opinion nationale du temps.
* Nous insérons à sa date ce document, qui ne laisse pas de nous étonne un peu.
Ces gens de la Commune invoquaient en faveur de F autonomie communale tous les arguments qu'ils avaient entendus ressasser par les journaux radicaux en faveur de Rome autonome, c'est-à-dire piémontaise : « Est-ce que les Parisiens n'ont pas le droit de disposer d'eux-mêmes comme ils l'entendent? Est-ce que les Romains ne sont pas libres de chasser le Pape si cela leur convient? Qu'a donc à voir la France dans la nomination d'un conseil municipal de Paris? Qu'a donc à faire l'Europe dans le choix du souverain et de la constitution de Rome? L'étrange prétention que de vouloir enchaîner Paris , sous prétexte que Paris est le patrimoine» l'œuvre delà France, le fruit des siècles, des sacrifices et des travaux accumulés là par la nation ! Quelle tyrannie envers les Romains que de les asservir au pouvoir temporel du Pape, par ce motif que Rome serait la propriété, l'œuvre de la munificence de la catholicité tout entière , un terrain neutre pour tous les peuples du monde ! »
Les dispositions de la province à l'égard de Paris, à cette époque, étaient empreintes de défiance et de colère. Des deux côtés il y avait eu des déceptions, et on se reprochait mutuellement de n'avoir pas sauvé la patrie. Le 22 janvier, jour où le Gouvernement de la défense nationale, craignant une manifestation hostile, avait concentré plusieurs bataillons de mobiles dans les Champs-Elysées, j'allai causer avec ces hommes dont on se croyait sûr, afin de connaître leurs dispositions. « Pourquoi nous ont-ils fait venir ici? me dit l'un d'eux au milieu de ses camarades qui l' écoutaient, et dont il exprimait évidemment l'opinion. S'ils croient que nous allons tirer sur les Parisiens, ils se trompent bien. Qu'ils règlent leurs affaires comme ils l'entendent, cela ne nous regarde pas. Ils nous ont fait venir à Paris au commencement du siège; pourquoi ne nous ont-ils pas laissés chez nous? Nous aurions^ bien mieux combattu les Prussiens ; mais, en fin de compte, nous aurions été battus, car, voyez-vous, nous ne sommes pas de force. Lés Allemands sont des soldats, eux , mais non pas nous , qui ne pouvons ni ne savons faire la guerre. » Ces hommes paraissaient convaincus que les Fran-
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çais avaient toujours été inférieurs aux Allemands. Ils étaient démoralisés et irrités; irrités contre Paris, pour la défense duquel ils avaient dû s'éloigner de leur province et de leurs foyers. Ce ressentiment s'est retrouvé dans le langage de la presse départementale pendant et après la Commune.
se MARS.
On lit dans le Journal officiel de Versailles :
Lyon est tout à fait rentré dans l'ordre.
A Marseille, des étrangers, appuyant les anarchistes, ont occasionné une émotion passagère , que des forces , envoyées sur les lieux , auront bientôt réprimée.
Toulouse essaye d'imiter ce triste exemple , mais sans force véritable.
Sauf ces tentatives insignifiantes, la France, résolue et indignée, se serre autour du Gouvernement et de l'Assemblée nationale pour réprimer l'anarchie; cette anarchie essaye toujours de dominer Paris.
Un accord , auquel le Gouvernement est resté étranger, s'est établi entre la prétendue Commune et les maires, pour en appeler aux élections; elles se feront aujourd'hui probablement, sans liberté, et dès lors sans autorité morale.
Que le pays ne s'en préoccupe point et ait confiance : l'ordre sera rétabli à Paris comme ailleurs.
A. Thiers.