DÉPÊCHES DU GOUVERNEMENT
Versailles, 28 mars, 3 heures 35 matin.
Le Chef du pouvoir exécutif à préfets et sous-préfets.
L'ordre , déjà rétabli à Lyon , vient de l'être à Toulouse d'une manière prompte et complète. Le nouveau préfet, M» de Kératry, qui s'était arrêté à Agen , est entré hier à Toulouse, a dispersé les représentants de la Commune, expulsé M. Duportal, qui était l'oppresseur ridicule et odieux de cette grande cité. Il a fallu à peine cinq cents hommes pour opérer cette révolution, grâce au
concours des bons citoyens, indignés du joug^ qu'on leur Faisait subir.
Le plan d'insurger les grandes villes a donc complètement échoué. Les auteurs de ces désordres auront à en rendre compte devant la justice. Ils n'ont conservé une sorte d'influence que sur Marseille, Narbonne et Saint-Étienne , où cependant la Commune est expirante.
La France est tout entière ralliée derrière le Gouvernement légal et librement élu.
A Paris règne un calme tout matériel. Les élections, auxquelles une partie des maires s'étaient résignés , ont été désertées par les citoyens amis de l'ordre. Là où ils ont pris le parti de voter, ils ont obtenu la majorité , qu'ils obtiendront toujours lorsqu'ils voudront U9er de leurs droits.
On va voir ce qui sortira de ces illégalités accumulées.
En attendant , les commandes , qui commençaient à venir dans tous les centres industriels , se sont tout à coup arrêtées, et il faut que les bons ouvriers , si nombreux par rapport aux mauvais , sachent que si le pain s'éloigne encore de leur bouche, ils le doivent aux adeptes de V Internationale y qui sont les tyrans du travail, dont ils se prétendent les libérateurs.
Il faut aussi que les. agriculteui-s , si pressés de voir l'ennemi s'éloigner de leurs champs, sachent que, si cet ennemi prolonge son séjour au milieu de nous , ils le doivent à ces mêmes perturbateurs , devant lesquels l'armée allemande a retardé son départ.
La France , déjà si malheureuse , leur doit encore ses derniers malheurs, et sait bien qu'elle ne les doit qu'à eux.
Le Journal des Débats, qui continue à parattre à Paris, constate qu'au palais de l'Institut plusieurs électeurs s' étant présentés pour voter , trouvèrent le président dans un état d'ivresse complet; on se prit de querelle, le chef de poste fut appelé ; mais il était tellement ivre lui-même, qu'on fut obligé de réquisitionner un matelas chez le concierge pour le coucher.
Cependant l'insurrection prenait entièrement possession de la capitale. M. Malon , dans son Histoire de la troisième défaite du prolétariat français (Neufchâtel, 1871, in-12), voulant
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donner une idée de la résolution des chefs de l'insurrection, rapporte le fait suivant :
u Quand le général de la Commune Duval vint , à la tête des troupes, s'emparer de la mairie du P' arrondissement, cardée par les g^ens de l'ordre , il leur dit ce grand mot , qui fit tomber leurs armes : « Croyez-moi, vous ne pourrez tenir, toutes vos femmes sont en larmes, et les nôtres ne pleurent pas. n
Le 28 mars, le Comité central,, après avoir proclamé la Commune, avait déclaré son mandat expiré. Ce fut, on le sait, une pure gasconnade. Il continua à gouverner pendant que la Commune régnait.
Il avait dans cette circonstance publié un programme que Vésinier {Histoire de la Commune) qualifie dé fort remarquable, programme des réformes que devaient mettre à exécution la Commune à Paris et après elle les Communes de France, dans toutes les villes du territoire de la République.,
Programme des réunions électorales du X/P arrondissement, imposé aux trois candidats qui y ont été élus : Biltioray, Descamps et Martelet.
1^ Acceptation par tous les mandataires du mandat impératif;
2» Élection immédiate de quatre délégués municipaux pour la sécurité publique , en remplacement des commissaires de police, ces fonctionnaires n'ayant plus aucun agent sous leurs ordres, mais centralisant les rapports des officiers de la garde nationale;
3» Suppression immédiate du bureau de bienfaisance , remplacé, d'une part, par les comités de famille de la garde nationale; d'autre part , par une commission civile ;
4fi Abolition de la prostitution sous toutes les formes;
5» Remplacement immédiat des congrégations religieuses par des écoles libres d'instruction exclusivement laïque et nationale;
6° Abolition des bureaux de placement autorisés , remplacement par des bureaux mis à la disposition des corporations ouvrières et d'un bureau institué à la mairie ;
7« Élection d'un jury de paix avec délimitation de pouvoirs.
En outre, les candidats se sont engagés à |)Oursuivre, dans le
conseil communal de la ville de Paris , la réclamation des réformes suivantes :
1^ Suppression du budg;et des cultes; faire rentrer dans le domaine de rËtat les biens indûment détenus par le clerg^é ;
2° Procédure civile et commerciale gratuite;
3* Suppression de la saisie mobilière;
4® Impôt unique; impôt foncier progressif;
5^ Abolition de tous les monopoles , privilèges et immunités ;
6^ Tous les emplois civils au concours et responsabilité absolue du fonctionnaire;
7<* Instruction gratuite et obligatoire à tous les degrés et pour les deux sexes ;
8® Droit d'association ; ^ , .
9* Suppression immédiate des armées permanentes.
Un article du Journal officiel de la Commune de cfe jour, portant la signature du citoyen Vaillant, un des membres les plus éclairés de la Commune, ingénieur, médecin, docteur es sciences, commençait ainsi : « L'on nous assure, mais la nouvelle n'a rien d'officiel, que le duc d'Aumale serait à Versailles. Si cela était vrai, c'est que, de Bordeaux à Versailles, le duc d'Aumale n'aurait pas rencontré un citoyen. » Il se termine par cette phrase : « La société n'a qu'un devoir envers les princes : la mort. Elle n'est tenue qu'à une formalité : \^ constatation d'identité. Les d'Orléans sont en France, les Bonapartistes veulent revenir ; que les bons citoyens avisent. » Jamais la rage d'imiter n'a produit une contrefaçon plus infâme, plus odieuse, plus lâche et plus stupide que cette contrefaçon du langage des montagnards de 1793. Elle désignait au poignard de l'assassin un des hommes les plus honnêtes et un des meilleurs Français. Heureusement que les excitations du citoyen Vaillant, qui était flegmatique comme un Allemand , n'ont paru à tout le monde que le langage d'un halluciné, et qu'on a haussé les épaules. Mais quels hommes et quels politiques !
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Les dispositions d'une fraction de l'armée étaient loin, paraft-il, d'être complètement favorables à la cause <ïe l'ordre. Diverses relations donnent à la note qu'on va lire, extraite des Papiers de la Commune^ plus de créance qu'elle ne semblerait en mériter au premier abord.
a Le commandant du 7" secteur a été prévenu par le citoyen Speiser, g[arçon boucher, venant de Versailles, «que, sur son parcours, il avait communiqué avec l'armée , que nos soldats souffraient la faim et étaient presque tous malades, que les g^endarmes et les anciens ag^ents de Piétri les conduisaient ce qu'on appelle à la baguette.
u Ils ont prié le citoyen Speiser de faire tout son possible pour en prévenir le Comité ; que si on voulait leur envoyer une trentaine de mille hommes de la g^arde nationale, ils se charg^eaient d'être bien vite dans nos murs, m Signé par le commandant du secteur et par six délégués.
Proclamation du résultat des élections. Sur 400,000 électeurs, 1 19,000 seulement ont volé.
Le Journal officiel de la Commune donne l'organisation des commissions dont devra se composer le conseil communal ou la Commune. Cette liste renferme les noms de tous les membres de la Commune.