LES ÉLUS DU 2 AVRIU
M. Malon, en faisant connaître la composition de la Commune, apprécie le caractère, le rôle politique et social de chacun de ses membres. Nous lui laissons la responsabilité de ses jugements, qu'il était en situation de porter avec quelque autorité.
On remarquera que nous nous occupons en général fort peu des individualités. La plupart sont moins qu'ordinaires. Le hasard et le club les ont fait surgir. Les autres sont des types, mais des types comme malheureusement il y en a toujours un certain nombre : Bossel, type de Tambition ardente, impérieuse et sans scrupule ; Delescluze, type du révolutionnaire aigri par les déceptions, par la colère, la persécution, Tàge et la maladie, fruit sec du barreau, comme Marat, le médecin des écuries du comte d'Artois, avait été fruit sec de la science ; Rigault, type de l'étudiant méchant, débauché, cynique, un héros de dépravation à une époque oii la jeunesse des écoles n'en manquait pas.
Nous ne prétendons pas dire qu'il ne s' est point trouvé d'honnêtes gens dans la Commune. -Mais nous affirmons qu'aucune individualité remarquable ne s'y est produite. Toutes les fois que des agitations profondes feront remonter le fond boueux à la surface de la société, on trouvera pour représenter les passions, les appétits et les doctrines de la revendication sociale, des éléments de même nature que ceux qui ont formé la Com-
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mune. Pourquoi alors nous occuperions-nous d'individus dont aucun n'a joué un rôle distinct et exercé une influence prépondérante sur les hommes et sur les événements ? Il vaut mieux s'en rapporter au membre de la Commune historien de la Commune. Il nous fournit sur les forces diverses qui forment le parti de la révolution des renseignements qui pourront ne pas être, un jour, sans utilité.
— Avant d'aller plus loin , dit M. Malon (pages 154 et suiv.), il n'est pas sans intérêt de s'arrêter sur la composition de la Commune.
U Internationale eut dix-sept élus : Varlin, Theisz , Avrial , Malon, Langevin, Victor Clément, Duval, Frankel, Assi, Vaillant, Beslay, Pindy, Chalain, Clémence, Eugène Gérardin, Lefrançais, Dereure.
Le Comité central eut treize élus : Bergeret, Ranvier, Billioray, Henri Fortuné, Babick, Géresme, Eudes (blanquiste), lourde, Blanchet, Bninel, Clovis Dupont, Mortier et Antoine Arnaud.
Le groupe des Blanquîstes eut sept élus : Blanqui (déjà emprisonné par Versailles), Tridon, Ranc, Protot, Rigault, Ferré et Chardon. — Eudes, du Comité central , appartenait également aux blanquistes. Ranc, Tridon et Protot ne suivaient plus les réunions du groupe. Ranc s'était attaché à la fortune de Gambetta ; Tridon, intelligence élevée, cœur dévoué à la cause populaire, s'était rapproché de V Internationale.
La presse radicale et le parti révolutionnaire eurent neuf élus : Arthur Arnould, Jean-Baptiste Clément, Paschal Grousset, Jules Miot, Gambon et Félix Pyat. — Delescluze, Vermorel, Flourens et Robinet, qui se rattachaient à ce groupe par certains côtés, méritent cependant d'être mentionnés à part.
Les clubs eurent vingt et un élus : Amouroux, Jules Alix, Champy, Emile Clément, Demay, Charles Gérardin, Goupil, Ledroit, Lefèvre, Léo Meillet, Martelet, Ostyn, Oudet, Puget, Régère, Rastoul, Urbain, Ulysse Parent, Fruneau, Parisel et Descainps.
Le parti modéré ou bourgeois eut quinze élus : Desmarest, E. Ferry, Nast, A. Adam, Méline, Rochard, Barré, Beslay, Loiseau-Pinson, Tirard, Chéron, A. Leroy, Ch. Murât, Marmottan et de Bouteillier.
Ces derniers ne siégèrent pas pour la plupart, et quelques jours après ils étaient tous démissionnaires.
Dans les dix premiers jours d'avril, il y eut six démissions nouvelles, celles de Ranc, Ulysse Parent, Robinet, Lefèvre, Fruneau et Goupil.
Les démissions des élus de la bourg^eoisie étaient prévues; ils n'acceptaient pas la Commune, encore moins les tendances socialistes des élus des-faubourg[s. Les six dernières démissions furent moins explicables. La Commune considéra comme une fuite cette retraite avant le combat. Au point de vue des événements qui suivirent , cette retraite peut être plus sévèrement jugée encore. Bien souvent les mesures qui eurent les conséquences les plus graves ne furent votées qu'à la majorité de quelques voix. Par exemple, la formation du Comité de salut public ne fut décrétée qu'à la majorité de six voix. Il est soutenable que si Ranc, Goupil, Fruneau, Robinet, Lefèvre et Ulysse Parent avaient moins craint d'engager leur responsabilité , la minorité socialiste serait devenue la majorité , et les conséquences de ce fait auraient été inappréciables.
Parmi les membres restants , les internationaux étaient les plus connus de la population ouvrière depuis 1865. En 1809, époque où Y Internationale eut son moment de crise, ces citoyens, aidés de Combault et d'autres hommes dévoués, continuèrent fructueusement la propagande de V Internationale, Ils n'étaient pas sans influence, Varlin surtout, dans les sections internationales et dans les sociétés ouvrières, et ils avaient réussi à fonder des groupes nombreux, tant à Paris que dans les départements. Theisz, Àvrial, Langevin , Pindy, étaient les principaux représentants de la chambre fédérale des sociétés ouvrières. Assi était connu depuis la grève du Creusot. Frankel (citoyen autrichien) avait fondé une section allemande de V Internationale à Paris. Eugène Gérardin, Clémence, Chalain , Victor Clément et Dereure étaient également très-connus ^dans les sociétés ouvrières. Lefrancais, moins exclusivement international^ était connu surtout par son active propagande socialiste dans les clubs. 11 va sans dire que tous avaient été plus ou moins condamnés par les tribunaux de l'Empire. Tous ces ouvriers se connaissaient; ils avaient lutté ensemble, habité ensemble les prisons impériales : c'était un groupe d'amis. Leurs tendances fédéralistes, leurs convictions socialistes, leur pratique organisatrice et administrative, les éloignaient du terrorisme empirique de 1793. Ils formèrent, dès les premiers jours (à l'exception de Dereure et de Chalain, qui passèrent à la majorité), un groupe compacte qui siégea à gauche et s'intitula socialiste^ et que Jules Vallès , Vermorel,
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Ostyn, Arthur Arnould, Tridon, Beslay, lourde, Verdure et Babick vinrent successivement renforcer.
La minorité socialiste voulait d'abord qu'un manifeste fût adressé à la France et une sorte à^ ultimatum envoyé à Versailles, pour préciser les limites de la révolution communale et arriver, si c'était possible , à une reconnaissance par la France des franchises communales de Paris. Elle vota ^généralement contre les mesures qu'elle qualifiait d'arbitraires, entre autres la suppression des journaux, et protesta contre diverses arrestations qu'elle jugeait inutiles. Vermorel, lourde, Lefrançais et Theisz furent ses orateurs les plus écoulés.
Les autres élus constituèrent la majorité, qui avait pour chefe Félix Pyat , Miot , Grousset et Gambon , tous bien connus du parti républicain. Ferré, Rigault, Billioray, Ghalain, Amouroux, Chardon , Urbain , Ledroit , Parisel , Ranvier, Henry Fortuné , étaient ses porte-voix les plus habituels. '
De ce côté de la Commune , le jacobinisme dominait , grâce à l'influence de quelques hommes de 1848 qui s'y trouvaient, et du passage dans les sociétés secrètes de la plupart des jeunes révolutionnaires qui les suivaient. La prépondérance du jacobinisme, du reste, portait seulement sur la politique, que les membres de la majorité ne voyaient que par son côté autoritaire ; elle n'excluait nullement le socialisme, dont la légitimité n'était contestée que par deux ou trois membres. Il est à remarquer que les décrets socialistes furent généralement votés à l'unanimité.
A l'occasion des élections complémentaires du 16 avril, appelées à combler les vides faits dans la Commune par des démissions, et qui furent ratifiées, bien que les candidats les plus favorisés n'eussent pas obtenu la majorité absolue des suffrages» M. Malon dit (page 158) :
u Les nouveaux venus n« changèrent en rien les* forces relatives de la Commune.... Ce furent les citoyens Cluseret, Pottîer et Johannard (tous trois de V Internationale)^ Pillot, J. Durand, Sicard, Phi* lippe, Lonclas, À: Dupont, Viard et Trinquet, qui se rangèrent du côté de la majorité ; J. Andrieu , Serrallier et Longuet (tous trois de V Internationale)^ Courbet et Arnold, qui passèrent à la minorité. »
PAPIERS DE LA COMMUNE
M. Josselin, membre du Comité de la garde nationale, à V Hôtel de ville ^ Paris.
a Paris, 29 mars 1871.
u Mon cher Josseun ,
u L'ami T me dit que c'est le Josselin que j'ai connu qui
est au Comité central. Poste dang;ereux à tous ég^ards ! Puissie^vous jusqu'au bout faire de bonne besog;ne.
u Au moment où l'Assemblée va examiner un projet de loi pour les loyers, la Commune traitera aussi cette question.
a II y a quinze jours que j'ai rédigée un projet qui parait satisfaire beaucoup de personnes.
u J'en ai envoyé une copie à mon ennemi intime J. Simon ^ une autre à un journal ; je vous en adresse une troisième.
u Faites-en ce que bon vous semble.
u Je suis votre voisin de l'Hôtel de ville. Gare aux boulets , s'il y a bataille ! Si vous avez une minute à perdre, venez causer un instant. Je m'occupe un peu de journalisme et de politique en province. C'est une pénible tâche. Mes renseignements pourraient vous être utiles.
u Tout vôtre. X...
LES LOTERS A PARIS.
u La question des loyers ne tardera guère à recevoir une solution.
u II faut une loi qui réponde aux besoins des populations et au sentiment de l'équité.
u Cette loi est nécessaire , parce que la législation en vigueur confère au propriétaire des droits terribles contre le locataire qui ne paye pas son terme, sans qu'il ait à se préoccuper du motif qui l'empêche de payer.
u II a fallu que ie cas de force majeure devint général dans Paris, par suite du siège, pour que l'on comprît enfin ce qu'il y a d'exagéré , de cruel , et parfois d'injuste dans les prescriptions de la loi.
« Il convient done de désarmer le propriétaire , en présence du cas de force majeure reconnu.
« Mais là doit se borner le rôle du législateur ou à peu près.
(c Si le législateur prétend exonérer de sa dette certaine classe de locataires aux dépens d'une catégorie de propriétaires; s'il veut
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créer des distinctions, des immunités, il basera une loi surPinjustice, portera atteinte à la moralité^ et donnera un prétexte et un appui à la mauvaise foi : il favorisera les uns et ruinera les autres sans motifs plausibles, sans droit, sans raisons qui justifient les préférences et les défaveurs.
u Si le législateur déclare exonérés de leur dette tous les locataires sans exception, le prix des loyers se trouvera nivelé, sans distinction de grandeur et de nombre des pièces qui composent les appartements , du luxe et du confortable qui y sont dus au propriétaire. La mansarde et l'appartement seront confondus dans l'appréciation de la valeur locative. Combien regrettera l'homme qui a grelotté dans sa mansarde , de n'avoir pas choisi un de ces fastueux hôtels pour sa demeure! C'était le même prix. Rien à payer. Il était donc bien niais de se reléguer dans un chenil par un motif d'économie hors de propos !
« Si le législateur déclare libérés les seuls locataires qui ne peuvent pas payer, sans aller plus loin en ce qui concerne l'intérêt du propriétaire . voilà nos propriétaires qui ont , sans s'en douter, mis à la loterie en acceptant leurs locataires. Les numéros sont-ils bons, tant mieux pour eux; sont-ils mauvais, tant pis. Est-ce juste?
« Enfin il résulterait d'une loi aussi radicale, que tel qui aurait payé, parce que sa conscience, son bon sens lui disent qu'après tout c'est le toit d'autrui qui lui a servi d'abri , et que son propriétaire a payé sa maison pour la louer, qu'il l'entretient , y gage un concierge, y fait des frais d'éclairage, etc., celui-là sera tenté de se dire : a En définitive^ puisque la loi my autorise, à quoi bon payer? »
« Or, une loi peut-elle abaisser le niveau de la moralité publique et porter atteinte à la bonne foi ?
u De toutes ces considérations , il résulte que la loi doit sauvegarder, dans une égale proportion , tous les propriétaires , et que, s'il y a une concession à faire aux locataires , elle doit être supportée proportionnellement à leurs revenus en loyers par tous les propriétaires. »
Nous n'avons donné place ici à cette lettre que parce qu'elle se rattache à l'un des grands griefs d'une partie de la population parisienne contre F Assemblée nationale. La guerre avait suspendu Te payement des échéances et des loyers, en arrêtant
tout commerce, et en tarissant toutes sources de revenu. Ilfal-
lait rentrer dans l'état normal. L'Assemblée fit sur les loyers et sur les échéances une loi détestable qui mécontenta tout le monde à Paris. Il y eut cependant quelque chose de pire que la loi, ce fut la manière dont on l'appliqua, et qui varia selon la composition de chaque tribunal. Ici on sacrifiait entièrement les propriétaires aux locataires, et là les locataires aux propriétaires. Cette justice fonctionnait à* la turque, sans appel, et sabrant de belle façon les affaires. Nous regrettons de ne pouvoir en donner des exemples. Nous nous bornerons à dire que nous avons vu un de ces tribunaux , en deux heures , prononcer sur quarante affaires, sans instruction préalable. Il aurait mieux valu pour un malheureux locataire être jugé par n'importe quel pacha que par MM. Edouard Delessert, Jacquet^ Remondon et Guilmin, que présidait ou plutôt que régentait un M. Baulant, ancien avoué. Plus royalistes que le roi, nous avons vu ces pontifes de la propriété refuser à un locataire un dégrèvement de loyer que le propriétaire lui avait accordé, comme s'ils étaient chargés de protéger la propriété contre ses propres faiblesses ! C'est à la discrétion de juges si expéditifs que s'est trouvée livrée la population parisienne, car il n'y avait contre leurs arrêts que le recours en cassation, et on sait ce qu'il coûte.
Il semble que le Comité central eût dû se dissoudre aussitôt les élections terminées. Il l'avait annoncé solennellement. Après les élections, il changea de langage ; la Commune eut deux pouvoirs qui ne cessèrent de se trouver en rivalité. Nous donnerons sur ce point l'opinion d'un de ses ardents et fidèles partisans, M. Lissagaray, qui a publié à Bruxelles une histoire apologétique de la Commune sous ce titre : Les Huit journées de mai derrière les barricades. (Bruxelles, 1871, in-18.) Nous ferons ^ cet ouvrage et à celui de M. Malon, que nous atons déjà cité, d'assez nombreux emprunts. Bien de plus instructif pour nous que ce que pensent et que ce qu'impriment les défenseurs de la Commune à l'étranger, où ils se sont réfugiés. D'ailleurs, l'historien a le devoir d'entendre les vaincus aussi bien que les vainqueurs , et de contrôler les uns par les autres leurs témoignages.
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La Commune laissa vivre cette autorité (le Comité central) qui n'avait plus de raison d'être*, et le plus(jrand désordre s'ensuivit. Tel bataillon, commandé parla Commune, exigeait le contre-seings du Comité central ; tel autre se mettait en mouvement sur un simple ordre du Comité. C'était bien la Commune qui donnait le drapeau, passait les revues , présidait au départ des bataillons ; mais le Comité, s'appuyant sur la place Vendôme, réglait le roulement , étendait ses attributions de conseil de famille, et, comme ceux dé la Commune, ses membres portaient l'écharpe et le ruban rouge, différencié seulement par une frange d'argent.
A la moindre difficulté avec leur commandant, les gardes nationaux portaient plainte au Comité central , qui , pour- ménager sa popularité, donnait presque toujours raison aux réclamants. La discipline était aussi inconnue aux officiers qu'aux simples gardes.
(LiSSAGARAY, p. 18.)
M. Lissagaray accuse presque le Comité central d'avoir été secrètement favorable à une soumission à» Versailles , et d'avoir contribué à affaiblir la défense.
La bourgeoisie commence à émigrer. C'est un mouvement analogue à celui qu'on avait vu dans le temps qu'a procédé le siège, lorsque tant de gens bien portants étaient partis avec leurs bagages pour la Belgique et TAngleten'e, car la Bretagne et la Provence étaient encore trop rapprochées de l'armée prussienne. On est heureux de voir ces bons citoyens, gracieux et potelés, faire l'ornement de la Bourse et de nos promenades.
Le Gouvernement avait alors pour forces quelques sergents de ville, quelques gendarnfies et peu de bourgeois. Les jeunes fugitifs étaient allés s'amuser ou se distraire au loin. Avaientils tort? Au point de vue du devoir, certainement ; au point de vue des encouragements et des récompenses qu'on donne chez nous à Faccomplissement du devoir, ils avaient raison. Ils sont aujourd'hui ex œquo avec les braves qui sont vivants, et des braves morts ils se moquent; ils disent, en marchant sur la terre qui couvre leurs restes :
Vaut mieux lâche debout que vaillant enterré.
^ Après Télecdon de la Commune.
Extrait du Journal officiel de la Commune :
La Commune décide :
Les citoyens Duval, Bergperet et Eudes, retenus loin de Paris par les opérations militaires, sont remplacés à la commission executive par les citoyens Delescluze, Gournet et Vermorel.
Le citoyen Gluseret est délégué au ministère de la guerre.
Les citoyens Blanchet et Géresme sont délégués à la commission de justice.
Paris, Hôtel de ville, 3 avril 1871.
3 avril, 11 heures 20.
Colonel Bourgoin à directeur générai,
Bergeret et Flourens ont fait leur jonction; ils marchent sur Versailles. Succès certain.
3 avril , S heures.
Vers quatre heures du matin, les colonnes commandées par le général Duval et le colonel Flourens ont opéré leur jonction au rond-point de Gourbevoie. A peine arrivées, elles ont essuyé un feu nourri ouvert par le Mont-Valérien.
Les troupes se sont alors abritées derrière les murs et les maisons. Ainsi garanties, les commandants ont pu organiser un mouvement qui a complètement réussi, et les deux colonnes ont pu franchir les lignes et se mettre en marche sur Versailles.
Le général Bergeret , en tête de ses troupes , les a entraînées au cri de Vive la République ! et a eu deux chevaux tués.
Le feu de l'armée de Versailles ne nous a occasionné aucune perte appréciable.
M. Malon, Fauteur de La Troisième défaite du prolétariat français, ne raconte pas les faits de la même manière : « Les pertes furent sérieuses; beaucoup d'hommes étaient tombés, plusieurs centaines furent faits prisonniers , et Flourens n'était pas revenu. Cerné dans Ruel avec quelques braves Bellevillois, il eut la tète fendue d'un coup de sabre par un ofBcier de
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gendarmerie du nom de Desniarest. Ainsi mourut , assassiné par un sicaire, ce chevalier errant de la Révolution, » etc.
M. de Galliffiet disait de son côté : « La guerre a été déclarée par les bandes de Paris.
« Hier et aujourd'hui elles m'ont assassiné mes soldats.
(c C'est une guerre sans trêve ni pitié que je déclare à ces assassins, » etc.
Il est certain qu'à partir de ce jour les soldats n'hésitèrent plus, et que des deux côtés on se battit avec acharnement, parfois avec férocité.
L'attaque des fédérés avait été mal concertée; nous avons trouvé dans les Papiers de la Commune cette lettre de G. Flourens à Bergeret, écrite au crayon quelques heures avant sa mort.
« 10 heures un quart.
a Mon cher Bergeret,
ti J'ai dix mille hommes de la 2« légion à l'avenue des Ternes , pleins d'ardeur, et ne demandant qu'à marcher sur Versailles. Fixemoi bien si c'est toi qui commandes notre colonne , à quelle heure nous partirons (je crois que cinq heures serait le mieux), et donnemoi ma direction. Si ce n'est pas toi qui commandes l'aile droite, je demande à la commander. — L'esprit de chacun est excellent, mais il. ne faut, à aucun prix^ manquer d'aller ce soir à Versailles. Agir autrement, ce serait tuer la révolution et la Commune. Nous serons vainqueurs, cela ne peut même faire un doute, mais il faut agir énergiquement.
a Je suis à toi de cœur, et j'attends ta réponse, et surtout de savoir si c'est toi qui vas commander. Je suis pleinement d'accord avec le colonel Basché.
(c G. Flourens. »
Derrière la deuxième page double :
« Dis-moi en définitive à quelle heure il faut marcher pour être d'accord avec les autres colonnes.
« G. Flourens. »
Pendant que cette expédition des fédérés allait se briser contre Farmée nationale et qu'elle échouait misérablement , la Commune prenait des gages, ce qu'elle appelait des. otages. Même avant que le décret contre les otages fût promulgué (il porte la date du 5), Raoul Rigault avait incarcéré Farchevéque de Paris. M. Bonjean, le membre le plus libéral peut-être du Sénat, avait été arrêté au début de l'insurrection. Voici lefacsimile de Tordre d'incarcération de Mgr Darboy, de la main de Rigault. On sait comment Fabbé Lagarde échappa au sort qui le menaçait.
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE