PREFECTURE DE POLICE. POLICE MUNICIPALE
« 12 avril 1871.
« Mon cher Cluseret ,
« En ce moment j aucun détail quel qu'il soit ne doit être négligé : c'est pourquoi je vous envoie les renseignements suivants sur le citoyen Dombrowski , renseignements que je tiens de plusieurs de ses compatriotes qui ont été ses compagnons d'armes.
u Excellent républicain , honnête et loyal surtout , possédant toutes les qualités d'un bon général , Dombrovsrski n'a qu'un défaut, mais immense : excès d'audace.
« Gomme notre pauvre et regretté Flourens , c'est un homme à risquer tout sur un coup de dés. Si mes renseignements sont exacts, à vous d'aviser.
« Salut fraternel- « A. Dupont. »
sous LA COMMUNE. 89
Dombrowski. — « H vivait de la vie et de la nourriture du soldat, et soumettait son état-major à toutes. ses épreuves. On a calculé que ses aides de camp vivaient en moyenne trois jours. » (Malon.)
Dans un rapport de Clément ( J. B. ), du 12 avril :
Executive à place.
u II serait indispensable aussi , Citoyen , .de donner aux soldats qui servent dans nos ranges des habits de g^arde nationale. Ils seraient plus rassurés.
« Ensuite; il faudrait aussi enrôler ceux qui errent dans nos arrondissements. Ils nous ruinent et se promènent;
' c( Cependant ils ne demandent pas mieux que de taper sur les g^endarmes. Leur refuser ce plaisir, c'est les priver^ de leurs droits civils et politiques. »
Curieux ! instructif! Il a de l'esprit , cet ami du soldat, inexorable pour le gendarme.
RAPPORT DE POLICE
Nuit du 12 au Vd. — Asnières,
ti Les positions sont gardées avec vigilance. Quelques obus sont tombés de loin en loin sans qu'il en soit résulté aucun accident.
«Des bandes d'hommes, jeunes pour la plupart, au nombre de dix à douze , se font remarquer voyageant tant, sur le terrain occupé par la garde nationale que sur le terrain ennemi. Ils ont été arrêtés et dirigés sur l' état-major.
M Un détachement de Seine-et-Oise est venu se joindre à nos troupes; le meilleur esprit règne dans ses rangs, n
Arc de triomphe, — Neuilly.
Une heure et demie. — « Un obus éclate sur la place de l'Étoile, auprès d'un enfant qui n'a heureusement pas été touché. Dès que le projectile eut éclaté, le bambin, loin de s'effrayer, courut en ramasser un débris, aux applaudissements des spectateurs ^ »
* Nous avons vu tomber celte bombe. Ce n'est point un gamin , mais dix gamins qui coururent s'en disputer les débris.
L'insurrection n'avait encore aucun caractère bien sérieux, et de jour en jour on s'attendait à voir. entrer les troupes nationales.
« Quatorze obus ont déjà frappé l'Arc de triomphe, laissant une trace noire qui , grâce à Versailles , nous est à présent bien connue. Il est à remarquer que jus(ju'à présent aucun bas-relief n'a été atteint.
« Malgré les avertissements énergiques des gardes nationaux, les curieux im'prudents continuent à stationner et à circuler sur l'avenue de la Grande-Armée. Il est à remarquer que le nombre des femmes et des enfants est relativement considérable. »
Trois heures. — « De l'avenue de la Grande-Armée on entend la canonnade et un violent feu de mousqij^eterie dans la direction de Neuilly.
« Le bruit court que le commandant du 173* bataillon aurait été tué en avant de Courcelles.
« La contenance de nos blessés est admirable. C'est surtout en les voyant' que l'on peut reconnaître le caractère particulier de cette * guerre.
« Il faudrait, nous écrit la directrice d'une ambulance volante, que les Versaillais pussent les voir, pour ouvrir les yeux sur l'infamie de leurs attaques. Nous n'en citons qu'un exemple : un canonnier a les deux bras emportés pendant qu'il chargeait une pièce dont la lumière était mal bouchée. Au moment où on l'emportait à l'ambulance : «Dépêchez-vous de me remettre sur pied, dit-il, afin que j'aille apprendre le métier à ceux qui ont encore leurs deux bras. »
« Les quartiers les plus réactionnaires se rattachent à la Commune. L'agression de Versailles et les insultes de Jules Favre à la garde nationale ne peuvent résister à l'examen de la bonne foi la plus élémentaire. Le Comité central reçoit de partout des adhésions nouvelles, et tous comprennent que c'est dans la fédération que se trouvent les plus solides garanties contre la guerre civile. »
Au fort (fissy.
« Le 4 avril , des gardes nationaux du 122" viennent demander au général Eudes ^uels sont les ordres , vu que les bataillons qui gardaient le plateau de Châtillon sont disparus, manquant de vivres, de munitions et de commandement. Eudes, qui était encore couché à neuf heures du matin , répondit que les gardes qui , manquant de tout, n'avaient pas su conserver leurs positions, n'étaient pas des solda,
(( Le commandant du fort d'Issy ayant été arrêté par ordre du
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g^énéral Eudes , ce fort est resté sans commandant tout un jour, le 4 avril.
u Du 11 au 12, le fort de Montrouge ne possédait que six coups pour son artillerie, qui était insuffisante. On s'adressa au commandant pour avoir des munitions et des armes. Il mit à la porte les délégués réclamants. Par exemple , ce commandant . reconduisit très-poiiment un Dominicain qui lui avait rendu visite.
« On avait signalé le couvent des Dames-Blanches, 12^' arrondissement, rue de Picpus, comme contenant des armes cachées; une visite fut faite. Le couvent était gardé intérieurement par une quarantaine de gardes du XP arrondissement , qui avaient été placés à ce poste par le commissaire de la place du Trône. Le capitaine commandant le détachement du XP voulait s'opposer à la perquisition , qui n'a fait découvrir que des effets civils et militaires, chaussures, campement, et un havre^ac caché dans un tombeau.
« Ce commissaire de la place du Trône , sur Tordre de l'ex-préfecture de police, faisait enlever les baraques en planches qui avaient été faites pour les gardes mobiles ; mais comme les gardes nationaux font la police , ils arrêtèrent le voiturier qui enlevait les planches.
et Signé :■ Audoïnaud.
« Il faut dans notre journal créer une tribune fédérale. »
Au milieu d'un peuple dont ils faisaient le bonheur, MM. de la Commune n'étaient pas très -rassurés. Les citoyens du Comité central partageaient les mêmes inquiétudes. Ils s'étaient feit, ainsi que d'autres fonctionnaires, distribuer des revolvers. Les membres de la Commune suivirent cet exemple, comme le prouvent les pièces ci-dessous :
« Bon à prendre livraison de quarante revolvers , déposés au chef du matériel des travaux publics à l'Hôtel de ville.
« Paris, le 13 avril 1871.
« Le chef de ta commission et enquête,
* • « Lebreton. n (En note. )
« La Commune de Paris a reçu hier quarante revolvers pour l'ar-
nlemen^de ses membres. Elle en a besoin d'un plus gr^ind nombre.
Ces quarante revolvers sont à la questure, n
Ces magistrats populaires, armes jusqu'aux dents, ne donnent pas une idée bien riante du séjour de Paris. La lettre d'un prudent réactionnaire que nous reproduisons complète le tableau. Cependant, il ne faudrait rien exagérer. Le séjour de Paris était parfaitement tolérable à la condition de laisser tout faire, de ne pas exprimer un blâme , et d'être arrivé à cet âge favorisé où l'on ne compte plus les années par les printemps.
« Messieurs ,
« C*est avec juste raison que la garde nationale s'inquiétait de voir nommer un étranger commandant de place de Paris.
« La Commune en impose en faisant l'éloge de ceDombrowski. Vous n'avez qu^à lire le Petit journal du 13 avril, et vous verrez, s'il est flatteur pour Paris de se voir commander par un gaillard qui se moque positivement de vous.
«Au reste, la Commune d'aujourd'hui n'y regarde pas de si près :
« Un Américain, M. Cluseret;
« Un Prussien, M. Dombrowski.
« C'est à faire croire que nous devenons fous, et que les Français n'ont pas d'hommes capables.
« Mais espérons que les prochaines élections forceront tous ces gens-là à faire leurs malles, car c'est honteux d'être conduits à la boucherie par de pareils misérables.
« Oui, mille fois oui, la garde nationale a eu raison de s'inquiéter.
« C'est à elle à exiger que la Commune change de conduite ^ car elle fatigue tous les honnêtes gens.
u Un véritable Français et républicain, qui refuserait d'obéir à des étrangers , s'il était dans la garde nationale.
« Signé : A.
« P. S* Je ne signe pas , parce que la liberté individuelle est si peu respectée, que je. préfère coucher dans mon lit qu'en prison. »
La pièce suivante, trouvée dans les papiers du gouvernement communal et écrite probablement à l'époque des premiers engagements militaires , donne une idée de la présomption des
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chefs de la Commune. C'est un monument de délire et de rage. Nous en recommandons la lecture à tous ceux qui, ayant eu la faiblesse de flatter la multitude dans ses premiers égarements , se sont séparés d'elle , alors qu'elle s'était trop avancée pour reculer. Une défection en ce moment devait lui paraître le plus grand des crimes, et elle ne la pardonna jamais. Elle eût été, pour ses ennemis déclarés, moins implacable que pour ses demialliés. N'est-ce point là l'étemel enseignement de l'histoire que vient confirmer ce document?
Les conciliateurs de la liberté de la presse,
a Au premier sang ! Grand Dieu , qu'en veux-tu faire de ce sang, bête féroce? Le veux-tu boire? Le premier sang, vous l'avez bu, monstres! •
« Eh quoi ! vous frappez Paris insulté ; Paris , vous le frappe» , petit Thiers, pour venir ensuite comme une cohorte de conciliateurs nous promettant votre clémence ! Vous assassinez , vous fusillez , et nous irions à vous en suppliants! Nous avons reçu le premier -coup d'épée, et nous ne sommes pas morts.
« Vos journaux chantent victoire sur tous les tons, et vous pensez nous faire peur !
« Vous êtes fou !
M De conciliation , nous n'en voulons pas.
« Vos espérances de succès nous font rire.
« Nous commençons à croire ici que vous n'êtes pas rassuré. Voyez comme cela change les rôles.
« Et vous n'avez peut-être pas tort.
« Vos conciliateurs échouent , et nous nous organisons pour aller tout prochainement vous visiter.
« Vous n'avez jamais connu Paris voulant à tout prix être ville libre !
a Et il le sera, entendez bien !
« Et vous et votre clique vous avez à prendre garde de n'être pas pendus ailleurs.
a Votre presse menteuse, qui acclame les brigands dont vous vous êtes à grand' peine entourés, les Desmarets, les Saint-Aignan , et autres dont nous tenon$ les noms en mémoire , nous est très-utile. Elle est votre sanguinaire histoire.
a Vous comptez vous-même les têtes qu'il nous faut, et que' nous aurons.
u Trompez la province , vous n'avez jamais fait que cela; mais Paris est levé en masse, et vous donnera bientôt de ses nouvelles. >»
PIÈGES SANS DATE PARAISSANT SE RAPPORTER AU MOIS d' AVRIL.
Nous reproduisons ici quelques pièces qui ne portent pas de date.
La première est encore due à un iaventeur dont l'invention n'avait point été utilisée; de là ses fureurs.
A cette époque , la Commune commençait activement à rechercher ces armes , ces canons , ces engins de destruction dont le gouvernement de la défense nationale avait fait la commande à l'industrie privée et dont il avait négligé de prendre livraison. Encore une queue du siège! Le siège et la Commune sont deux actes, deux actions enchevêtrées du même drame.
Aux citoyens membres de la commission executive et de la Commune
de Paris,
u Les hommes de Versailles sont capables de tout aujourd'hui.
u Vous les avez vus à l'œuvre, et nous pensons avec vous qu'ils sont suffisamment jugés.
u Nous devons donc nous mettre en garde pour paralyser leur action, afin de ne pas nous trouver en retard, afin que le sang français , celui des bons citoyens , ne soit pas versé inutilement, une fois encore, comme en juin 1848 et en décembre 1851.
u Nous avons déjà eu l'honneur, à la date des 20 mars, 25 et 1er avril , de proposer au Comité central et aux généraux chargés de la guerre, l'emploi du feu grégeois contre les trQupes versaillaises, dont l'inventeur se trouve à Paris depuis le 17 septembre
« Envoyé de Marseille à Paris pour offrir au Gouvernement de la défense cet engin de destruction, l'inventeur» un citoyen de cinquante ans, fit des expériences à la commission d'armement, aux travaux publics d'abord.
u D'autres expériences eurent lieu ensuite, et la commission des barricades, présidée par Rochefort, assisté de Dorian, adopta pour défendre les barricades l'emploi du feu grégeois. Une commande
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en fût ordonnée , mais Trochu refusa cet engin de destruction, employé en bombes à la main, comme inhumain, et réprouvé par la convention de Genèvq.
« On offrit alors à l'inventeur une récompense de trente mille franc», qu'il refusa, ajoutant qu'il réclamerait une récompense luimême à la future Assemblée nationale.
u Bref, un mois plus tard , Trochu refusa à Tinventeur une autorisation de faire des essais nouveaux au polygone de Vîncennes. L'inventeur fit alors quelques expériences au pont d'Asnières , et plus tard, en novembre, il continua ses expériences à la rue de Vaugirard, à l'usine du citoyen Glairin, où les officiers de tout grade de la garde nationale, les ingénieurs et rédacteurs de journaux , assistèrent tour à tour.
« Les expériences de la rue de Vaugirard furent on ne peut plus concluantes.
« Le citoyen Pyat lui-même se plaisait à en donner les détails et les résultats, quoique l'inventeur lui fût inconnu.
u En effet, l'inventeur préparait ses produits pendant les essais, et on ne voyait guère au milieu des spectateurs qu'un citoyen à la stature colossale, qui avait demandé à l'inventeur, avant son départ de Marseille, la faveur de l'accompagner à Paris.
« L'inventeur , ancien maître de veyrerie à Paris , de 1852 à 1861 , poussa la générosité jusqu'à bien vouloir accorder à ce citoyen, ayant nom Decanis, un tiers sur la récompense qu'il pourrait avoir du gouvernement , pour l'avoir accompagné à Paris alors qu'il était malade.
u Vous dire. Citoyens membres de la Commune, ceq u'est devenu le sieur Decanis , nous l'ignorons. Nous avons formé des souscriptions par groupes, nous avons versé des sommes même assez rondes à la rue Vivienne; mais d'effet, point.
« Le sieur Decanis est parti de son logement , rue d'Jssy, ne laissant que des dettes dans le quartier. Bref, il est disparu, et avec lui est disparu aussi le montant de nos souscriptions recueillies sou à sou pendant le siège; mais l'inventeur, lui, n'est pas disparu, il est à Paris, et s'est généreusement et patriotiquement mis à la disposition du Comité central d'abord , de la Commune ensuite. L'inventeur n'a nullement trempé dans ces souscriptions, dans ces quêtes faites à domicile, et dont les recettes dépassaient souvent quinze cents francs en une seule journée.
u De nombreuses plaintes ayant été portées par ceux qui avaient
versé de fortes sommes dans leurs domiciles, un mandat d'arrêt fut lancé contre le sieur Decanis , pour escroquerie, et c'est depuis lors qu'il a furtivement quitté Paris.
« Le feu grégeois, citoyens membres de la Commune et de la commission executive, a été retrouvé par l'inventeur depuis- 1844. A cette époque, l'amiral Mackau, après essais, le refusa comme arme déloyale.
«En 1848, Arago, ministre de la marine, le refusa comme moyen inhumain dans un combat naval.
u En 1849, mêmes expériences, et même refus.
« En 1854^ l'inventeur fut envoyé à Lorient pour préparer des bombes et boulets creux percutants , afin d'incendier la flotte russe devant Sébastopol.
« Huit jours plus tard , le ministre de la marine fit arrêter les essais ; l'Angleterre , alliée de la France dans cette guerre , ayant déclaré à Bonaparte qu'elle refuserait son concours à la France si Bonaparte persistait à employer ce moyen de destruction ; et l'inventeur revint à Paris , sans indemnité.
«Enfin, en 1870, l'inventeur est venu à Paris, tout maladif., passant des semaines entières au lit, subir les horreurs du siège, et , aussitôt l'armistice conclu, on lui signifie, à la date du 8 février, d'avoir à retourner à Marseille. On lui donne même un laisserpasser tout prêt, afin qu'il ait à déguerpir de Paris dans les quarante-huit heures.
« L'inventeur, en bon patriote, est resté à Paris quand même, et depuis lors il s'est mis à votre disposition.
u Bref, surveillé par les espions prussiens pendant ses expériences publiques , le Gouvernement du 4 septembre espérait Je voir quitter Paris, et le voir arrêter en traversant les lignes prussiennes. Voilà la récompense qui lui était destinée par les hommes du 4 septembre.
« Le feu grégeois peut être employé en bombes à la main , faisant explosion.
« Il peut être lancé en fusées de 1 , 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9 , et 10,000 mètres de distance.
u 11 peut être lancé par les croisées dans la rue.
(( 11 peut remplir les obus et les bombes.
u Le kilogramme revient à 2 francs; la fusée de 5 à 6,000 mètres, à 5 francs ;
u Les fusées de 4,000 mètres , 4 francs ;
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u Celles de 2 à 3,000 mètres , 3 francs ;
u Celles de 1 à 2,000 mètres, 2 francs;
«En éclatant, une pluie de feu couvre infanterie, cavalerie, artillerie. Les chevaux non atteints se collent à la fourchette du sabot ce qui tombe à terre, et désarçonnent le cavalier.
u Ses brûlures sont de trois degrés :
« Le premier degré, 8 jours d'ambulance ;
il Le deuxième degré, 1 mois d'ambulance;
u Le troisième degré , inguérissable aux trois quarts.
tt Si le feu grégeois était connu , vulgarisé , dans Paris et les villes, nulle troupe, nulle armée, n'oserait parcourir les rues: personne n'oserait affronter une pluie de feu , et les matières les composant, inoffensives tant qu'elles ne sont pas employées, deviennent terribles dans leurs effets.
« Tout citoyen peut le préparer avec l'indication écrite. C'est un mélange de six matières , et un enfant de dix ans peut agir tout seul.
u II se conserve intact pendant dix ans une fois préparé.
u Si la ville de Paris avait en ses mains cet engin de défense , jamais on ne verrait un képi rouge dans les casernes de la capitale.
« Ce serait le moment de le vulgariser, les royalistes y seraient pris les premiers , et cette vulgarisation , faite par la Communie , jetterait la terreur dans le camp de Versailles. La troupe ne voudrait jamais affronter une bataille des rues , et la Commune en agissant ainsi deviendrait libre dans Paris.
il Cette vulgarisation , cet engin de destruction mis dans la main de tous les citoyens , vaudrait à la Commune 500,000 chassepots et 500,000 hommes de plus.
« T. Martin, « Rue de l'Arbre-Sec, no 66. »
Nulle troupe , dit l'inventeur, ne pourrait tenir contre le feu grégeois, et un enfant, une fois la formule connue, pourrait le préparer. L'inventeur n'oublie qu'une chose : c'est que la formule, connue de tout le monde, n'aurait pu rester un secret pour le Prussien et pour le Versaillais. Ces prétendus inventeurs sont des enfants terribles ou des fous furieux. Nous leur donnons une assez grande place dans ce livre , parce que c'est surtout au moment des catastrophes qu'ils surgissent. Dans les temps ordinaires, ils fournissent à Bicétre une partie de sa clientèle.
La pièce manuscrite suivante , avec un en-tête imprimé : Mairie de Parisy est extraite du dossier du Comité centrai qui fait partie des archives de la justice militaire :
« La presse réactionnaire a recours au mensonge et à la calomnie pour jeter la déconsidération sur les patriotes qui ont fait triompher le droit du peuple. Nous ne pensons pas attenter à la liberté de la presse ; seulement , les lentes formalités de la justice étant supprimées, nous prévenons les écrivains Je mauvaise foi qu'ils seront livrés au Comité central de la garde nationale pour qu'il en soit fait prompte justice.
il Les hommes de Septembre nous représentent comme des incendiaires, des dévastateurs et des propagateurs de doctrines subversives. Formuler notre programme, c'est réfuter leurs lâches calomnies :
« !• Le budget de l'instruction publique est largement doté, afin que tous les esprits soient mis devant les mêmes avantages matériels et intellectuels. Leurs diverses aptitudes reçoivent les plus complets développements;
a 2° Séparation absolue de l'Église et de l'État. Nous sommes également opposés à ce qu'on constitue de grands avantages aux prêtres, et nous sommes d'avis qu'on les assimile aux devins, aux sorciers, et qu'on les rende passibles des mêmes peines et des mêmes condamnations;
« 3<* Réorganisation complète de notre système de production et de consommation. Les économistes disent que toute richesse donne du travail. Nous prouverons que dans notre société actuelle, si ceux qui travaillent toujours possèdent rarement, ceux qui ne travaillent jamais possèdent presque tout.
u Fénelon disait : Si la terre était mieux cultivée, elle produirait cent fois plus. Nous qui avons sérieusement étudié les éléments de production et de consommation de notre pays... n
La suite de ce morceau manque.
Demandes de places adressées à Gluseret : sur la lecture de l'une , Yalentin fut nommé commandant des prisons militaires. Après avoir proposé à Gluseret de former une cinquième compagnie dans chaque bataillon avec les célibataires de dix-sept à trente-cinq ans, inexpérimentés au maniement des armes, il ajoute : '
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u Si je me suis permis ces observations , c'est que je ne suis pas tout à fait novice dans Fart de la guerre. (Je n'eu jamais été à t Ecole polytechnique , je suis de t école du soldat. ) Je compte quatorze ans de service, dont onze comme sous-officier dans l'armée active, etc. Si mes pauvres connaissances peuvent être utiles au salut de la République, usez-en, citoyen g^énéral. Vous oblig^erez un homme qui, sans vous connaître particulièrement, partagée depuis longtemps vos opinions. »
u Le nommé Gilard , détenu à Mazas , condamné le 22 octobre 1870 à un an de prison, a l'honneur de solliciter sa mise en liberté pour s'engager dans les bataillons de marche.
(( Il est ancien zouave , et ne demande qu'à prendre un fusil. »
En marge, de la main de Gluseret :
u Condamné pour quel motif? n
Était-ce parce qu'il se montrait si disposé à accueillir et à enrôler dans la milice communarde tous ceux qu) se présentaient, que Gluseret mérita d'être dénoncé comme agent bona^ partiste ? Si l'on pouvait, en cette histoire, s'étonner de quelque chose, on*s'étonnerait d'une pareille découverte.
Quoi qu'il en soit , la défense était encore bien mal organisée, et la rentrée des troupes nationales à Paris eût été facile dès cette époque , si nous en croyons Lacord et Ghouteau , qui ont adressé à Gluseret, de la part du Comité central, un rapport auquel nous empruntons les lignes suivantes (fin avril?) :
tt Ca porte de Nenilly est mal gardée. Les hommes sont ivres, les chefs aussi. Il y a trop longtemps qu'ils sont de service, et les vivres ne leur sont pas servis avec régularité...
« Il y a un bataillon de piquet dans l'avenue des Cfeamps-ÉIysées. 11 est exposé aux bombes, qui tombent jusque-là. Ces hommes seraient mieux placés dans les rues adjacentes de l'avenue de la Grande- Armée. D'abord ils seraient à portée de secourir la porte de Neuilly; ils seraient abrités, et l'effet moral ne serait pas désastreux comme celui que produit leur présence aux Champs-Elysées, où un simple cordon de sentinelles suffirait , etc. »
iOO LE FOND DE LA SOCIETE
u Lullier, Ganier, d'Albain , du Bisson et tous les g^énéraux du 18 mars dont la Commune n'avait pas jug^é à propos de se servir, avaient été gagnés.
u Le Comité central ne fut pas plus heureux en installant les frères Brin à Saint-Thomas d'Aquin comme directeurs de la pyrotechnie. Ces deux messieurs centralisèrent dans leurs mains tous les *. moyens chimiques de défense dont on avait effrayé les Versaillais, et le 22 mai ils déclarèrent, en plein Comité central, que les membres de la Commune étant trop indignés, on ne se servirait pas de ces moyens. J'ai dit et je répète que ce Comité central ni les chef^ de légion ne trempèrent jamais dans une conspiration versaillaise; mais il est hors de doute que, par la complaisance qu'ils mirent à écouter dans leurs déclamations contre la Commune des agents versaillais qui se couvraient devant eux d'un masque de révolutionnaires et accusaient le pouvoir communal de réaction , ils firent souvent, sans s'en douter, le jeu des ennemis de Paris. » (Malon, p. 297-298.)
Général Eudes au général Cluseret,
« Tout semble fini : la nuit a été terrible. La bataille n'a pas cessé depuis dix heures du soir. C'est le fort de Vanves qui a supporté l'attaque la plus violente. Les royahstes ont fait des pertes énormes. Ils sont repoussés sur toute la ligne, etc. »
Les Parisiens n'oublieront pas cette nuit du 14; au 15. Le vacarme sur la rive gauche a été prodigieux, et la quantité de poudre brûlée par les fédérés défie toute évaluation. Nos fédérés sont de.s héros. Il faut toutefois, excepter un ancien commis libraire dont on avait fait un commandant, et qui ne se souciait guère, comme tant d'autres, d'aller se faire casser la tête pour une pareille câuse«
RAPPORT
« Paris, le 15 avril 1871.
(( L'an mil huit cent soixante et onze, le 15 avril, à dix heures
du soir, le commandant Girot , 74* bataillon , est venu à mon bu-
.: feau déclarer que son bataillon, commandé pour un service inté-
sous LA COMMUNE. 101
rieur, ne pouvait pas marcher. Le 74* bataillon devait aller en réserve à la porte Maillot. J'ai répliqué au commandant que la place ne demandait au 74*" bataillon que le service qu'il devait à la ville de Paris , qu'il ne marchait point à l'ennemi , que la mauvaise qualité des armes dont il était porteur ne pouvait pas lui faire refuser le service, puisqu'il n'avait pas un seul coup de fusil à tirer. Malgré mon observation , le commandant persista dans son refus , disant qu'il ne pouvait pas faire marcher ses hommes. Je rappelai alors au commandant qu'un chef de bataillon devait, avant de faire une pareille déclaration , user de son influence pour ramener ses hommes dans le devoir. Ne pouvant obtenir du commandant autre chose, et l'ayant encore une fois engagé à partir, il refusa. Alors je le fis arrêter et conduire au Cherche-Midi. Je me rendis ensuite au casernement du 74'' bataillon. Je parlai aux hommes , que je finis par faire partir aux remparts. Je constate que l'on peut toujours faire marcher un bataillon quand les officiers font leur devoir, car, soutenu seule^ient .par le capitaine , le lieutenant et le sous* lieutenant de la 5* compagnie, je suis arrivé à faire partir le 74^ bataillon, malgré l'opposition de tous les autres officiers, qui, chaque fois que j'obtenais l'adhésion des hommes, les détournaient de l'obéissance, ou reprenaient avec moi la discussion sur le vêtement, les armes et les munitions.
«J'ai été forcé de faire, au milieu de ces pourparlers, arrêter un lieutenant plus récalcitrant que les autres , et enfin, après avoir prouvé aux hommes qu'ils devaient obéir à un ordre de marcher, le 74- bataillon se rendit à son poste.
« Le chef (f escadrons (f état-major, u Signé : Gaudin.
M La cour martiale délègue le chef d'escadrons d'état-major Gaudin comme rapporteur de la présente affaire. » (Suivent les signatures.)
Les observateurs de l'esprit public, qui s'appellent reporters, parcourent, avons-nous dit, les différents quartiers. Leurs rapports sont résumés par le reporter en chef Moreau , pour le délégué à la guerre. Moreau ne fait de ces informations qu'un seul rapport , où il rassemble les principales observations faites
dans chaque quartier, d'abord dans les quartiers réactionnaires, voisins de la Bourse , ensuite dans les quartiers populeux. Nous" respecterons celte division.
RAPPORT DE POLICE
Bourse. — « La Commune devait faire connaître par des affiches le compte rendu de chaque séance à l'hôtel de ville; jusqu'à présent on ne nous en a jamais donné connaissance. Du reste , ils ne tiennent pas à nous satisfaire. Ils ne travaillent que pour s'enrichir et contenter leur ambition.
«Nous avons nommé des représentants, aujourd'hui ils ne valent rien. Donnez-leur-en d'autres demain , dans huit jours ils n'en voudront plus, w
Boulevard des Italiens. — « Un monsieur est allé à Versailles il y a quelques jours. Il a eu des renseignements d'un de %es amis qui est à l'Assemblée. Il lui a dit que l'on ferait entrer ving^t-cinq mille hommes dans Paris quand on voudra; il pense que ce sera bientôt. Ce joui>là tous les gens d'ordre se grouperont autour, et plus de la moitié de la garde nationale déposera les armes; la plus grande partie de ces hommes sont induits en erreur.
« Le Gouvernement de Versailles payera la solde à tous les gardes jusqu'au moment où ils auront repris le travail.
« Il y a à Paris vingt-cinq ou trente mille Anglais, Italiens, etc., le rebut des nations. (Ces. gens-là se rangent avec le parti de* la Commune. ) »
Concorde. — « Le Gouvernement de Versailles traite de pillards les citoyens de la Commune, quand ils ont pillé eux-mêmes avant de s'en aller; ils n'ont rien laissé dans les mairies. Ils rie se sont pas contentés d'emporter seulement les registres , ils ont emporté jusqu'aux tapis. Quand on va pour faire enregistrer un enfant, on est fort embarrassé.
« Les commerçants se plaignent que les fournisseurs ne veulent plus vendre de marchandises, parce qu'ils sont payés avec des bons de la Commune. Ils n'en veulent point. On augmente tous les jours le prix des denrées. On a vendu ce matin à la Villette deux francs quarante centimes le kilogramme de viande, que l'on vendait un franc quatre-vingts centimes il y a deux jours ; les côtelettes de mouton de trente à trente-cinq centimes ont été vendues ce matin cinquante. Les marchands disent que la viande va manquer sous peu;
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ils sont forcés de l'augmenter. Il faudrait empêcher cela. Les épiciers cachent déjà une partie de leurs marchandises: ils aug^mentent aussi les prix. On dit que les chemins de fer vont être tous coupés. »
11 y a une phrase stéréotypée dans tous ces rapports : On blâme le Gouvernement de Versailles , au moyen de laquelle on se permettait quelquefois des critiques.un peu vives des actes du gouvernement de Paris en les mettant au compte des réactionnaires.
RAPPORT DE POLICE
Palais-Royal, — « On dit que la garde nationale de Marseille {parti de la Commune) a déposé les armes.
«.On blâme le Gouvernement.de Versailles, m
Bourse,' — « Un monsieur dit que la garde nationale a beaucoup lire hier à Levallois pour effrayer les habitants, et que pendant ce temps d'autres gardes nationaux entraient daùs les maisons pour les piller.
« Un autre monsieur raconte qu'il vient de causer à l'instant (trois heures) avec un garde national qui arrive de Neuilly; il a encore la figure barbouilliée de poudre. Il lui a dit que la garde nationale .a été battue et mise en déroute ce matin. Sur 500 qu'ils étaient, ils sont revenus 200, et ils ont dû abandonner leurs fusils.
« Un autre monsieur dit que la Commune a validé les élections d'hier. Dans un arrondissement, un candidat élu n'a obtenu que 5(K) et quelques voix, et le même cas s'est produit dans d'autres arrondissements.
« On dit également que les citoyens de la Commune savent bien qu'ils n'ont plus longtemps à rester à l'hôtel de ville; pour cette raison ils se dépêchent de bâcler les affaires, afin de pouvoir remplir leurs poches.
« Les Versaillais entreront dans Paris quand ils voudront. »
Boulevard des Italiens, — « On dit que, bien que la Commune serait victorieuse, elle ne pourra pas exister deux mois. Les puissances étrangères interviendront et viendront nous imposer un roi. »
u Concorde, — On blâme partout le Gouvernement de Versailles, notamment le général Trochu. On dit qu'il n'.est pas incapable,
mais qu'il nous a trahis. Mêmes plaintes qu'hier sur les bouchers et épiciers.
a On dit aussi qu'un riche banquier de Londreis aurait offert à la Commune l'argent nécessaire pour le premier payement à faire aux Prussiens. Une demande pour cela qu'un intérêt de 5 pour 100 *. w
— Nous sommes allé au-devant des gardes nationaux fugitifs, dans l'avenue de la Grande- Armée. Nous avons causéavec plusieurs : leurs dispositions n'étaient rien moins que belliqueuses. Un vicaire de Saint-Philippe du Roule se promenait en soutane au milieu des groupes , et leur répétait en se moquant d'eux presque ouvertement: « Mes amis, vous êtes trahis! retournez chez vous. » — Un sergent lui ayant dit qu'il possède douze mille livres de rente, « Comment! lui dit le curé, vous possédez douze mille francs de rente, et vous allez, avec ces genslà!... — Je ne peux pas ûi'en aller, répétait le sergent, car que diraient les camarades du quartier? »
Il n'y avait ni* canons sur les remparts , ni munitions , ni dispositions prises. On croyait dans le quartier des Champs-Elysées que les troupes allaient entrer dans les vingt-quatre heures.
La veille , avait paru au Journal officiel un arrêté réglant la procédure et les peines de la cour martiale. On va voir que leur mise en pratique ne se fera pas attendre. Il est juste d'ajouter que les condamnations à mort ne paraissent pas avoir été exécutées. A cette époque, la Commune se trouvait absolument maîtresse de Paris ; il n'y avait ni possibilité ni parti pris de lui résister. On doit presque lui savoir gré d'une modération relative qu'elle a perdue au fur et à mesure que la situation est devenue plus grave et le dénoûment fatal plus imminent.
^ Il est bien entendu que nous ne réfuterons aucune des allégations, aucun des ragots répétés et rapportés par les observateurs de Fesprit public. Tous ces commérages, plus ou moins ridicules, qui circulent dans la multitude,. aident à la peindre et à la faire connaître. Ils devaient donc trouver place dans ce livre, et ne pouvaient être négligés par ceux qui étudient le fond de la société, la crédulité et les passions qui y régnent.
sous LA COMMUNE. * 10?
— Le citoyea Henri Brissac, publiciste, a été nommé secrétaire général delà commission executive de la Commune de Paris. (Journal officiel.)
RAPPORT DE POLICE
Réaction.
Boulevard SébastopoL — « On dit que les fédérés ont été complètement battus à Asnières et qu'ils ont éprouvé de grandes pertes. Ce matin encore, ils ont été battus sur le même point. Deux bataillons sont entîèrement.détruits. »
Bourse, — « Le gouvernement de Paris et celui de Versailles ' devraient se retirer, et il faudrait procéder à de nouvelles élections immédiatement.
it La Commune a aboli la peine de mort il y a quelques jours ; elle a fait brûler la guillotine, et aujourd'hui elle établit la cour martiale. On ne vous guillotinera plus, mais on vous fusillera. C'est plus humain.
« La Commune ne veut pas de conciliation. Le comité de l'Union républicaine, à son retour de Versailles, lui a fait part des propositions de M. Thiers, qui n'ont pas été acceptées. Elle a répondu qu'elle maintenait son programme, qui est tout à fait absurde.
« On vient d'afficher qu'on avait fait une brèche au Mont-Valérien. Ce fait n'est point exact. C'est un petit mur qui se trouve au bas du fort qui a pu être atteint.
(c II y a à Versailles dix mille marins qui- ont demandé à marcher sur Paris; le chef de l'armée s'y est opposé.
« La Prusse a proposé'au Gouvernement de Versailles, dans le • cas où celui-ci ne se croirait pas assez fort, de lui prêter la main pour étouffer l'insurrection.
u La plupart des membres de la Commune sont plus bonapartistes que républicains. "
Concorde. — « On dit *que la batterie du Trocadéro n'atteint pas le Mont-Valérien. Les obus tombent en plein dans Suresnes.
Ci Les délégués de la Commune ne se montrent pas parce qu'ils n'ont pas de victoires à annoncer.
u On blâme le Gouvernement de Versailles. »
Le jugement du commandant Girot (Jean-Nicolas) , courtier en librairie, demeurant à Paris, rue de Bagnolet, 19, âgé de
cinquante ans), avait g^randement préoccupé Rossel. On trouve dans les papiers de la Commune cinq ou six libellés du jugement prononcé par lui, et un rapport du 15 avril de Gaudin.