‹ Le fond de la société sous la CommuneChapitre 28 sur 117 · ÉTAT-MAJOR GENERAL. BUREAU DB LA JUSTICE · texte numérisé non relu

ÉTAT-MAJOR GENERAL. BUREAU DB LA JUSTICE

176* bataillon.

«Paris, le 20 avril 1871.

Au Citoyen membre de la justice,

a Citoyen ,

u Le citoyen Baudon (Jacques), surveillant de voitures de place, demeurant rue Lebrun , n<* 50,

M A l'honneur de vous informer que dans la journée du dimanche 16 avril 1871,

« Le citoyen Réjade, sergent-fourrier au 176* bataillon, a i^equis

' le citoyen chef de poste de la Manufacture nationale des Gobélins, pour arrêter la citoyenne Baudon , sous prétexte que son mari était à Versailles et que cette dernière avait des relations a\ev. son mari.

« Le citoyen Baudon proteste énerg^iquement contre cette arrestation illégale et contre la violation de son domicile , et demande que le citoyen Réjade soit poursuivi conformément aux lois.

« La citoyenne Baudon a été conduite au 9« secteur et a été mise immédiatement en liberté.

i( Salut et fraternité.

« Signé : J. Baudon. »

(c L'an mil huit cent soixante et onze , le 20 avril , à cinq heures du)soir, moi, officier d'état-major commandant la justice, ai reçu, la déclaration du citoyen Leveugle (Alphonse), huissier à la légation de Belgique, séant à Paris, faubourg Saint-Honoré, 153, laquelle est conçue en ces termes :

u Samedi dernier, vers^huit heures du soir, quatre marins et un individu en blouse (grise, je crois) se sont présentés à mon bureau, me demandant, Tun d'eux, si je voulais lui permettre d'aller dans les cabinets , situés dans la cour. Je ne refusai pas un service aussi simple , ils me remercièrent et partirent. Vers neuf heures, j'eus une seconde fois leur visite, mais celte fois ils étaient suivis d'une vingtaine de gardes nationaux, parmi lesquels deux ou ti*ois individus en blouse. Ils se présentèrent en me disant qu'ils venaient au nom de la Commune pour me mettre en état d'arrestation. Je leur demandai en vertu de quel pouvoir et pourquoi. Ils me répondirent que la maison leur semblait suspecte, et qu'ils n'avaient pas d'autres explications à me donner. Ils me sommèrent de leur prouver, par la visite de' mes papiers, à quel titre j'appartenais à la légation et quelle était ma nationalité. Pour éviter un conflit, je fis droit à leur demande. Après cette visite, ilsreconnurent être dans l'erreur, et se retirèrent. — Une troisième fois , à minuit et demi , ils revinrerit et sonnèrent avec force ; ils frappèrent même à la porte avec la crosse de leurs fusils. Je me dirigeai vers la porte, au-dessus de laquelle je pus constater qu'ils étaient au même nombre, et me sommèrent encore une fois, au nom de la Commune, de leur ouvrir. Je leur refusai, en leur disant que s'ils avaient besoin de moi, ils pourraient revenir le lendemain matin.

ti Sur mon refus, l'un d'eux me répondit : u Eh bien , nous ver-

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rons. » Et deux d'entre eux se soulevèrent au-dessus de la grille, derrière laquelle est appliqué un panneau de fer plein, et cherchèrent à voir dans l'intérieur. Cependant ils s'en tinrent là, et après un instant de conversation, quelques-uns se retirèrent et les autres rôdèrent pendant quelque temps aux alentours, et enfin deux, parmi eux , se sont couchés en travers de la porte. — Ce n'est que vers quatre heures et demie du matin, et après avoir mis le drapeau de la légation au-dessus de la grille , que, montant au premier étage, je constatai qu'ils étaient enfin partis.

« Je dois ajouter que les gardes nationaux étaient armés, et que c'est le même marin auquel j'avais rendu le service demandé qui me fit des sommations au nom de la Commune. »

Dès cinq ou six heures du matin, au lever du jour, les canons du Mont-Valérien commençaient à tonner; ils balayaient avecle boulet et les boites à mitraille toutes les avenues qui aboutissent à l'Arc de triomphe. Amis ou ennemis, le boulet n'e connaissait personne. II fallait du courage, ce dont les départements ne paraissent point se douter, de la part des habitants de Paris anticommuneux , pour circuler dans des quartiers où le devoir les attachait , sans être jamais certains de pouvoir rentrer ou de potivoir sortir, car la mort planait sur eux comme dans un champ de bataille.

RAPPORT DE POLICE

Bourse, — « Les fédérés sont pour la plupart des malheureux qui vont se faire tuer pour trente sous. On les grise avant d'aller au feu.

« On dit que quelques grandes villes de province (on cite Rouen) ont fait don au Gouvernement de Versailles de plusieurs pièces d'artillerie pour combattre l'insurrection. Il en est déjà arrivé un grand nombre. Les Versaillais ont une artillerie formidable.

u II y a une nouvelle insurrection à Bordeaux en faveur de la

Commune.

« Lé gouvernement de la Commune , lorsqu'il aura pillé les églises et les administrations, forcera les rentiers à lui donner de

l'argent.

« Le Gouvernement de Versailles devrait laisser Paris s'arranger

comme il l'entendrait (ville libre), et choisir une ville de province pour capitale. — Paris ne doit pas gouverner la Franpe.

u On blâme beaucoup le Gouvernement du 4 septembre , ainsi que l'Assemblée. »

Concorde, — .« Une conciliation n'est pas probable. La Commune ne veut pas en entendre parler.

« Les gros propriétaires de Paris ne s'opposeront au bombardement que lorsque leurs propriétés seront menacées , c'est-^-dire les beaux quartiers. Peut;-être qu'alors ils tenteront une démarche auprès du Gouvernement de Versailles pour la conciliation.

a On blâme tous les gouvernements monarchiques , et l'on demande la République, n

Boulevard SébastopoL — « Un maraîcher est passé ce matin à Saint-Denis avec une voiture de légumes pour Paris. Il a entendu dire que les Prussiens devaient évacuer la ville aujourd'hui , et que les troupes de Versailles allaient l'occuper. Les Prussiens font l'inspection des voitures , et demandent si l'on n'apporte pas des munitions à Paris. »

Bourse. — «On dit que le Gouvernement de Versailles a payé le premier terme à la Prusse, et que Saint-Denis, ainsi que les forts de droite et du Sud, vont être occupés par les troupes versaillaises. Les gendarmes sont arrivés hier au soir à Saint-Denis. La résistance devient impossible maintenant. On ne pourra pas empêcher les Versaillais d'entrer par Charenton. Le jour de leur entrée , plus de cinquante mille gardes nationaux déposeront les armes. Beaucoup de chefs ne sont pas pour la Commune.

« N'ayant plus de gouvernement à Paris, la Commune a dû s'occuper, bien qu'elle n'en avait pas le droit, des affaires gouvernementales. En cela, elle n'a fait qu'imiter le Gouvernement de la défense nationale.

« On dit que Paris va être investi, et qu'on nous prendra par la famine. Il n'y a pas pour plus de deux mois de vivres.

c( La Commune va tout réquisitionner pour la garde nationale. Les citoyens qui voudront manger seix)nt obligés alors de prendre un fusil , et de marcher avec les autres , s'ils ne veulent pas mourir de faim.

« On blâme beaucoup le Gouvernement de Versailles. »

Concorde. — a M. Thiers a dit en 1848 que* les forts ne bombarderaient jamais Paris. U nous en donne lui-même la preuve aujourd'hui.

u La Commune aurait dû faire sa déclaration plus tôt. On sait ce qu'elle demande. Beaucoup l'ignoraient.

u On blâme beaucoup le Gouvernement de Versailles.

u Ce soir,. à cinq heures, un voyag^eur arrive de Saint-Denis. Il dit que les Prussiens y sont encore, et qu'il n'a pas vu de Versaillais. n

On trouve dans ces rapports: l'expression de l'inquiétude qui commence à s'emparer des communeux au sujet de deux choses : la disette,' — la rentrée des troupes à Paris. Aussi voyait-on des femmes aller chercher leurs maris aux avantpostes pour les ramener au logis. Nous nous souvenons d'avoir entendu les doléances faites par l'une d'elles dans un omnibus à des dames qui paraissaient approuver toutes ses paroles : a Je ne trouve pas mauvais que mon mari ait des opinions et combatte pour elles; mais alors il devait rester garçon. C'est aux garçons de se battre et de se faire tuer. Puisqu'ils ne se battent pas , je vais chercher mon mari , qui est père de famille, et le faire rentrer à la maison. » Pas un mot de blâme dans l'auditoire sur la cause au service de laquelle cet homme s'était mis. La moralité aussi bien que la sincérité courageuse faisaient défaut partout.

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