‹ Le fond de la société sous la CommuneChapitre 27 sur 117 · COMMUNE DE PARIS. ^- COMMISSION EXECUTIVE · texte numérisé non relu

COMMUNE DE PARIS. ^- COMMISSION EXECUTIVE

« Paris, le 19 avril 1871.

n Monsieur ,

« Je crois devoir porter à votre connaissance les nouveaux abus commis en l'hôtel de M. Laffitte.

« Hier mardi, et aujourd'hui mercredi, un lieutenant-colonel, accompagné d'un capitaine, tous deux sans numéro au képi, se sont présentés rue Rabelais avec une formule de réquisition ne portant aucun timbre de la délégation de la guerre.

« Ils ont enlevé :

« Deux caisses de vin;

« Deux coupés ;

« Tous les harnais pour sellerie, etc., etc.

M Sur l'observation, faite par le concierge, que leur mandat n'était pas régulier, puisqu'il y manquait l'autorisation de la Ijuerre, ils ont répondu que Cluseret n'avait rien à voir dans leurs actes.

M Je crois devoir vous faire part de mes craintes au sujet de ce qui se passe.

« Ces messieurs, par leur façon d'agir, me font l'effet d'outrepasser leur mandat, ou plutôt de n'en tenir aucun, si ce n'est d'eux-mêmes.

« Promesse a été faite par eux. au gardien de la maison que leurs visites continueraient à se produire, et qu'ils enverraient cinquante hommes coucher dans l'hôtel , si tel était leur bon plaisir.

« Les mêmes gardes nationaux qui s'étaient déjà présentés la semaine dernière accompagnaient ces soi-disant officiers supérieurs, dont les actes et les paroles étaient de la dernière brutalité.

a Permettez-moi , Monsieur, de vous signaler le danger sérieux existant pour la Commune, à ce que de pareils actes se renouvellent, et la pressante nécessité de les faire cesser.

« Aujourd'hui , je ne parle plus seulement pour l'hôtel Laffitte, mais jugez vous-même de l'effet que peut produire sur tout citoyen

la connaissance des faits qui précèdent, si le gouvernement n'en peut empêcher le retour.

u .Ce que je vous demande personnellement , en mon nom , c'est de vouloir bien intervenir, s'il vous est possible, en faisant occuper l'hôtel militairement par des hommes à vous.

« Agréez, Monsieur, l'assurance de mes sentiments distingués.»

(Non signé.)

Lutte vive à Asnières , à Neuilly.

C'est M. M alon qui le dit : « A Versailles, la délégation de la Ligue de la paix reçut un accueil plus que froid ; Thiers ne voulait pas entendre parler de traiter avec les insurgés , il se contenta de répondre : -

« Que l'insurrection désarme; ceux qui auront déposé les armes auront la vie sauve , nous ne punirons de tnort que les assassins de Clément Thomas etLecomte. » Mais il nous semble que M. Thiers accordait beaucoup, etqu à moins de se faire luimême le complice des assassins , il ne pouvait accorder davantage. Nous nous en rapportons au lecteur.

RAPPORT DE POLICE

Bourse, — « Les Versaillais sont maintenant en nombre suffisant (200,000 hommes) pour exécuter leur entrée dans Paris. Le moment est proche et le moyen facile.

M La Commune a supprimé les journaux parce qu'ils disaient la vérité.

«La Commune, reconnaissant sa faiblesse, a fait un dernier' appel au peuple parisien par la déclaration de ce jour ; si elle s'était crue assez forte, elle aurait gardé le silence.

« Le Gouvernement de Versailles doit payer l'indemnité à la Prusse afin de prendre possession des forts qu'elle occupe encore et faire la grande attaque ensuite.

« Il est question de laisser avancer les fédérés jusqu'à Asnières afin de pouvoir les cerner. Gennevilliers est fortement occupé par les Versaillais.

sous LA COMMUNE. 109

« La Commune n'a pas d'ar^jent, il faut donc qu'elle pille les églises et les administrations.

« Un garde national revenant de Neuilly ce matin , a dit à un monsieur des Ternes qite sur 500 qu'ils étaient, il y en a 100 seulement qui sont revenus, et qu'il n'est pas disposé à' y retourner de sitôt.

u On blâme le Gouvernement de Versailles.

« Le gouvernement de la Commune n'est pas reconnu. Les élections de dimanche dernier l'ont prouvé.' Celui de Versailles est le seul du reste. Les Prussiens n'en reconnaissent pas d'autre. La France non plus. »

Concorde, — « Un soldat de Versailles a écrit hier à son ami, à Paris; il lui dit qu'il était à la dernière affaire d'Asnières. Ils ont perdu pas mal de monde : 5 officiers de son bataillon ont été tués. U n'y a pas de courage parmi eux.

« On blâme partout le Gouvernement de Versailles, n

MINISTERE DE LA GUERRE

Informations. — Quartiers populeux.

u En face du grand drame qui se déroule là-bas, les jours à Paris se suivent et se ressemblent peu.

«Le thermomètre politique en ce moment monte, monte, monte en faveur de la Commune. La confiance aujourd'hui est au beau fixe.

u Je disais hier que, de toutes parts, l'on mettait la Commune en demeure de formuler un programme; et voilà ce programme placardé sur tous les murs.

u On ne lit pas ce programme, on le boit..... On s'y rallié.

u Depuis huit jours, dit-on, il aurait dû paraître. Que de francs Jîleurs de moins ! Enfin , mieux vaut tard que jamais.

u Aujourd'hui la Commune a quarante mille partisans de plus.

u Je ne sais quel parfum d'espérance embaume l'air. On s'aborde, l'air souriant, en se disant : Eh bien , cela marche ! ! ! Bientôt ils auront fini de rire là-bas.

a D'après tous les bruits que je recueille, les nouvelles sont bonnes. A Asnières, à Neuilly et àrMontrouge , tout va bien.

u II fallait cela pour panser les blessures d'hier. Malheureusement un rien abat le Parisien , et il faut beaucoup pour le relever. Il est relevé et a l'air tout à fait crâne.

iiO LE FOND DE LA SOCIETE

u Je vois ua grand mouvement de gardes nationaux ,. Paris aujourd'hui est un vaste champ émaillé de képis. Tout le monde en porte , ceux même qui ne font et ne feront jamais partie d'aucun bataillon. Qu'importe ! bon signe !

tt En passant boulevard Lenoir, je regarde un bataillon prêt à partir, le 190". Ses compagnies représentent un chifire d'hommes fort respecta&le.

a La confiance renaît, la haine s'accroît.

tt La note de la Ligue républicaine, en réponse à la dépêche de Thiers envoyée par lui aux préfets de province, est , elle aussi , pour quelque chose dans le changement à vue du sentiment populaire. Une partie de la bourgeoisie tourne décidément le dos au chef du pouvoir exécutif. Demain peut-être, au milieu des fédérés, elle lui montrera sa poitrine.

u II faut du temps pour changer le peuple. Il n'aime pas la bourgeoisie, et cependant il respire plus à l'aise lorsqu'au moment du danger elle vient lui prêter son appui.

u La condamnation à mort du commandant de la garde nationale qui vient d'être prononcée parla cour martiale est, d'après ce que j'entends autour de moi , un peu trop sévère. Aussi, ajoutet-on, l'on est certain que la peine sera commuée. La commission executive ne sanctionnera pas cet arrêt. On prétend que le commandant a refusé de marcher parce que ses soldats n'avaient pas mangé depuis quinze heures. Cet homme d'ailleurs à les meilleurs antécédents. *

u Voici les gendarmes qui jouent les rôles à tiroirs. Comme ceci peut paraître insensé, je m'explique : — Plusieurs gardes arrivant d'Issy et de Neuilly m'assurent qu'ils ont vu les mêmes gendarmes déguisés un jour en mobiles , le lendemain en chasseurs , le surlendemain en lignards, même en gardes nationaux avec les numéros de nos bataillons.

a Je crois cela sans peine M. Thiers étant un grand comédien, il doit avoir des habits de rechange pour ses comparses. — Il a encore un bel avenir devant lui : directeur du ChâteleL Ceci, du reste, a dû être noté par les reporters de la guerre.

tt Une manifestation , composée . de trois cents boulangers , est venue ce matin à l'Hôtel de ville pour demander à la Commune de ne pas travailler la nuit. Voilà qui est embarrassant, à~ moins que les boulangers cuisant le pain le jour, les Parisiens passent la nuit pour le manger. Nouveau pétrin !... Le Père Duchêne eût été con-

sous LA COMMUNE. lit

tent s'il avait entendu, comme moi ce matin, rue Saint-Antoine, * un g^roupe de citoyennes déclamant de la belle façon contre nos bons frères de Versailles. Je me plaignais dernièrement de la langue féminine, mais aujourd'hui j'aurais voulu la voir de deux mètres plus longue. Un citoyen se trouvait au milieu d'elles, mise recherchée, air composé, paroles des plus doucereuses; je crus d'abord avoir affaire à un réactionnaire de la plus belle espèce. Je me trompais.... Eh! mesdames, disait-il, en vouloir pour si peu à ces gens-là ! Que voulez-vous? A leur palais délicat, vous ne pourrez refuser le filet, donc contentez-vous du gîte. Vous ne sauriez pas manger les perdreaux et lea grives ! Il faut des dents spéciales pour cela, tandis que la soupe à l'oignon, tout le monde peut manger cela. Laissez-leur les grives et croquez l'oignon , vous serez parfaitement avec eux, et Versailles et Paris s'embrasseront. Allons,

allons, mesdames, vous n'êtes pas raisonnables Vous vous

plaignez tpujours quand cela va mal..,.. £ tutti quanti..... Cet appel à la concorde montait passablement l'esprit des citoyennes.

u Voilà un homme qui vous dit cha^sepots.

a En somme, bonne journée pour Paris au point de vue moral, n

Le chef du service des reporters.

Au point de vue moral! Paris offrait en effet le spectacle le plus satisfaisant, et on peut se faire une idée, par les pièces cijointes, du degré de liberté dont jouissaient les citoyens :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

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