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DELEGATION DES ARRONDISSEMENTS DE PARIS

Place de la Corderie, 6.

Guerre.

a La délégation des vingt arrondissements ayant eu connaissance que des chefs (Rétablissement empêchent systématiquement leurs employés de remplir leurs devoirs de gardes nationaux;

u Considérant que le service de la garde nationale est oblig^aloire pour tous les citoyens valides ;

« Attendu que ni chef d'administration ni chef d'industrie ne peut, sans encourir une responsabilité, mettre, pour un motif quelconque , obstacle à ce service oblig^atoire ;

u Invite la Commune de Paris , tout en prenant dès maintenant les mesures qu'exige la position grave où ton se trouve ^ à insérer dans le décret de réorg^anisation de la g^arde nationale des stipulations portant peine contre quiconque aura sciemment entravé le service de la garde nationale.

« Le président, Gaillard père; l'assesseur, Napias Piquet; le secrétaire (non signé). »

sous LA COMMUNE. 167

Les chefs d'industrie n'étaient pas, comme on le voit, sur un lit de roses. S'ils fermaient les ateliers, on les accusait de vouloir faire mourir de faim les ouvriers, on les menaçait de les exproprier, autrement dit, de mettre en leur lieu et place les ouvriers qu'ils avaient cessé d'employer. Les ateliers étaient-ils ouverts? on accusait les patrons de détourner les ouvriers du service de la garde nationale. Quoi qu'ils fissent, ils avaient tort. Au fond , le différend était une question de propriété qui aurait fini par se vid^r, au profit non des prolétaires, comme ils le croyaient, mais au profit de l'étranger, par la ruine de l'industrie et du commerce, et par une épouvantable détresse des classes ouvrières.

Au milieu de cette guerre fratricide, qui inspire les propositions les plus atroces et des résolutions dont on ne peut encore soupçonner l'horreur, un étranger offre à la Commune de prendre sa place dans la lutte, afin, dit-il, ^épargner à P Europe le spectacle douloureux du sang français, répandu par des mains françaises . Jamais sévère leçon n'arrivait plus à propos , jamais elle n'avait été mieux méritée; mais elle ne fut pas comprise par les insensés auxquels elle s'adressait. La pièce suivante n'en est pas moins digne de figurer ici. Elle est la moralité de cette triste histoire et la voix du chœur dans la tragédie antique.

Poublon Villamayor, ancien major d'état-major de l'armée ' italienne , a été chargé par de nombreux étrangers qui habitent Paris et la France d'offrir de former une légion étrangère de- 4,500 hommes volontaires, à la seule condition qu'elle marchera « en tête de la garde nationale française pour combattre Vennetni, afin <P épargner autant que possible à l'Europe le spectacle douloureux du sang français répandu par des mains françaises. »

Les preuves de l'anarchie militaire abondent, et plus on approchera du dénoûment fatal, plus elles seront nombreuses.

Pons, républicain, et faisant partie de la grande famille maçonnigue, vient (3 mai) demander un emploi : « Capitaine aux

éclaireurs du 173* bataillon, devant l'insubordination des hommes que j'avais l'honneur de commander, j'ai dû me retirer. »

Grand honneur^ en effet, d'avoir commandé à de tels hommes !

a Le commandant Borg^ella brûlerait Yalérien, mais il n'a pas de soldats. Les hommes refusent le service. Ils étaient cent à cent ving^ à la soupe du matin, treize seulement répondent à mon ordre de prendre la position de combat. Ils allèguent que depuis huit ou dix jours ils n'ont pas reçu de solde; que depuis deux jours seulement ils mang^ent! — Le lieutenant Lecœur du 45« et ses hommes ont été charmants pour moi. Avec eux j'ai pu traîner mes pièces sur les plates-formes, car j'étais alors le seul de mes canonniers. »

Nous avons placé ici la lettre du commandant Borgella parce qu'elle n'est pas datée ; mais évidemment elle se rapporte aux derniers événements qui ont marqué l'existence de la Commune. La défense était absolument désorganisée sur toute la partie des remparts exposée au feu du Mont-Valérien. Il n'y avait que les généraux de l'armée nationale qui parussent l'ignorer.

Dès le 10 mai, Piot constate qu'on ne répond pas aux Versaillais qui criblent Paris d'obus :

« Nous avons au rempart des pièces de gros calibre encore vierges; pas de munitions, pas de chefs. Quelle incurie! C'est déplorable. Je garantis que les Versail lais pourraient venir la nuit escalader les remparts, dont ils ne sont pas loin et où on ne veille pas. Et le feu grégeois? est-il enfermé dans une sacristie? Quand vous en servirez- vous? De l'énergie! ou vous n'allez plus trouver personne pour défendre Paris, n

Comme spécimen d'organisation du travail, nous devons mentionner le projet suivant. Dans les démagogies, tout le monde se croit apte à gouverner l'Etat, à être un Lycurgue ou un Solon. En fait, le droit est égal, la capacité égale. On déraisonne du haut de l'échelle en bas :

sous LA COMMUNE. 169

Au Comité de la garde nationale,

« Citoyens , s'est a nous tous qui soufrent de trouver le remède qui puisse g^uêrire les plaies de la patrie par la réorganisation du travail imediatement par ce qui suit. Voici ce plan en substance.

« Org^aniser un ministère du commerce.

(( Établir des magasins généraux pour chaque branche.

« 1* La crise monétaire oblige de recevoir ces impôts moitié marchandise , moitié numéraire.

« 2* Le ministère acheté tous les produits du fabricant et de l'agriculteur, qu'il paie en papier, et en prélevant cinq, pour cent, comme rémunération du service qu'il rend.

« 3° Il possédera une certaine organisation pour l'écoulement des docks de produit fabriqué contre les matières premières venant de l'étranger par voie d'échange mutuel.

« Baud, fabrique d'ameublements, R. de Tarente, 4. «

Pourquoi le citoyen Marescot admire-t-il la Commune de Paris? Parce qu'elle compte dans son sein un de ses compatriotes , un Jurassien !

K 30 mars.

« Citoyen Henri (Fortuné),

ce Comme compatriote jwrûw^îien, je viens vous féliciter sur le succès de votre entreprise à fonder une république durable! 11 a fallu des hommes énergiques comme vous pour arriver à triompher! El membre de la Commune , vous saurez dignement la représenter !

« Cher compatriote , j'aurais un grand plaisir de pouvoir vous serrer la main et vous entretenir un instant sur une réflexion, etc.

« Signé : Marescot. »

Il sufBt donc d'avoir un compatriote membre de la Commune pour se croire digne de quelques égards ou même de faveurs particulières.

Râteaux, caporal (4 avril), adresse une réclamation de solde à la Commune et termine ainsi : « Recevez les salutations fraternelles d*un concitoyen du citoyen Ulisse Parrent , membre de la Commune. »

iro LE FOND DE LA SOCIETE

Le citoyen Parent avait donné sa démission, et la manière dont Râteaux écrit son nom prouve qu'il ne le connaissait paë ; mais qu'importe?

Nous avons donné quelques exemples des mobiles puérils qu'invoquent parfois les signataires de ces lettres pour expliquer leur adhésion à la Commune. Voici un vétérinaire qui par amour de l'art demande la direction morale de deux compagnies du train des équipages. Quelque opinion politique qu'on ait, il faut soigner les chevaux ! Le premier de tous les devoirs est de rester à son poste auprès d'eux. Monié espérait sans doute qu'il serait beaucoup pardonné à celui qui a beaucoup aimé — les chevaux.

« Avril.

u J'ai l'honneur de vous informer que je me suis rendu à la caserne des Gélestins. J'ai eu le regret d'y voir deux compagnies du train des équipages complètement abandonnées par des officiers qui n'ont pas compris ( quelle que soit leur opinion politique ) que le premier de tous leurs devoirs est de rester à leur poste.

u Trois cents chevaux sont confiés à un sous-officier. Point de soins hygiéniques, point de ferrure. Dans peu de temps, perte sèche énorme , si cet état de choses continue.

« Ancien officier vétérinaire démissionnaire, en date du 15 mars, j'offrirais mes services à la Commune pour prendre la direction morale de ces deux compagnies.

tt MONIÉ. )f

G. Lefrançais a écrit en note : « Pourrait être employé. »

La modestie du signataire de la lettre qu'on vient de lire est une exception. En général, ceux qui offrent leurs services à la Commune parlent bien de leurs faibles connaissances y mais pour' demander toujours des emplois et des grades supérieurs. Parfois ils se pi-ésentent pour remplacer leurs chefs, dont ils accusent l'incapacité. C'est qu'en ce moment-là l'excès de la modestie devenait un crime civique: la situation était assez grave pour que l'acte d'un citoyen qui aurait dissimulé une partie de ses talents eût paru une véritable trahison envers la Commune !

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