‹ Le fond de la société sous la CommuneChapitre 42 sur 117 · LES OFFICIERS DE LA COMMUNE · texte numérisé non relu

LES OFFICIERS DE LA COMMUNE

Le citoyen Mérigot est un citoyen «arré par la base. Il a remarqué que les officiers ne se rendaient jamais au lieu de réunion du bataillon quand on battait le rappel, de sorte qu'on n'était pas commandé. Il propose qu'on les dégrade et qu'on leur mette un fusil dans la patte, en les faisant marcher au premier rang. De cette manière on aura toujours des citoyens à la tète des autres, et ils serviront de paraballes aux braves b... du second rang, où Mérigot a sans doute l'habitude de se placer. Et puis il ne faut plus de marchands de moutarde et de sucre , dont il parait que l'on avait abusé dans la formation de l'étatmajor.. Il a remarqué que le marchand de pommade lui-même était indigne de sa confiance, parce qu'il aime mieux parader avec un grand sabre que de se servir utilementd'un fusil, chose plus précieuse que le, pain, avec laquelle il a d'ailleurs aussi peu de rapports que possible. Au surplus, voici la lettre du citoyen Mérigot, qui pourra servir d'argument à ceux qui soutiennent la thèse de la perfectibilité humaine indéfinie.

Aux Citoyens membres de la Commune.

u De la part dès citoyens faisants partie du 59* bataillion 1 h compagnie du 5* arrondissement.

« 1« Attendue que ce bataillion né pas habillier et bien armé, très peu -de garde non que des fusils à piston;

u 2" Beaucoup dé gardes croit que cest la un motif pour ne pas marcher ;

« 3" Les officier auxlieu de réclamer auprès de vous ne le font pas quante Ion bas le rappel dans le quartier pour la compagnie eus qui devrait montrer ce grand exemple, être toujours les premier à la tête de leur compagnie, ny sont jamais.

« Nous demandons à ce qu'il soit révoquer immédiatement et que nous ayons une réunion demain aux plus tard et que les officier qui seront nommer jure de marcher jusque à la mort pour la grande cause que nous défendons ; tout officier ou garde insoumis a cet demande que un citoyen et deux délégués aux commîtes du 9' reçoivent un mandat d'ammener contre, qu'il soit dégrader immédiatement devant toute la compagnie et que Ton leur colle un fusil dans

les pâtes et quMl marche aux premier rang; ; en sévissant de la sorte nous aurons des citoyens à notre tête et les garde marcheron en voyant noschefsàleurs poste. A cette nomination ou jassisteraî pour que l'on et [n'ait] pas à nommer des marchands de sucre et de moutarde qui deshonorent larme qu'il porte quesque c'est un marchand de pommade sergent major qui porte un grand sahre aux côtés auslieur davoir un fusils et des cartouches qui plus précieuses que le p^in. Regarder, Citoyens membres de la Commune, autorisé nous à ce que nous vous demandons et je vous jure que nous sévirons avec rigueur contre les insoumis. Qu'il y et aussi une recherche de passer à domicile qui ont déserter Paris qui viendront crier plus haut que nous vive la Commune vive la République quil soit traité de lâches et de traitre a la patrie. Aux lieur que Ion envoit les bons citoyens à Cayènne et bien cest eux même qui iron pa^sque nous les,cotinaisons. Plutôt la mort que l'esclavage. Ma dernière parote quant la mort me surprendra sera vive la liberté pour mes concitoyens, moi j'en et [je n'en ai] plus besoin.

« C'est avec le plus profonds respecte que je vous salue.

«Vive la Commune. Vive la République une -et -indivisible, démocratique et sociale.

« En attendants l'alliances de tous les peuples qui prochaines.

« Pierre Mérigot rue des Lavendières place Maubert n» &, ex chasseur a pied au 19 bataillion. »

LA FORCE DES CANDIDATS AUX FONCTIONS DE l'ÉTAT-MAJOR.

Nous trouvons dans le dossier Casernes, palais, forts, dans la chemise Fort d'Ivry, ce spécimen de la capacité des candidats aux fonctions de l'élat-major :

ministère de la guerre.

Question à développer,

it Les avantages du gouvernement républicain sur le gouvernement monarchique (d'une nature différente de celle qui suit.)

« Les avantages du gouvernement républicain sur le gouvernement monarchique sont immenses, c'esl-à-dire que chaque citoyen peut, sous une forme d'un véritable gouvernement républicain , jouir de ses droits, et de plus ne pas être opprimé par des ignobles despotes qui nous ont toujours plongés dans un abiihe infini. Mon

sous LA COMMUNE. 17

opinion est celle-ci : je combattrai jusqu'au dernier instant pour sauver notre chère patrie et' notre chère république. En outre, j'insisterai jusqu'au dernier moment que la Commune règne pour toujours.

« Vive la Commune ! Vive la République démocratique sociale !

ti Bernabd, lieutenant attaché au gouverneur, fort d'Yvry. n

Ce programme, signé Bernard, n'est-il pas celui des défenseurs de la Commune? Nous voulons parler, bien entendu, des plus intelligents. Se payer de phrases sonores, creuses et bétes, n'est-ce pas le propre de tous ces pauvres gens sans idées, qui ne savent de quelles formules revêtir leur mécontentement et leur révolte? La femme de la Commune crie contre les préjugés et la superstition, contre l'autorité du prêtre; l'homme de la Commune déclame contre l'infâme despotisme de la monarchie. Qu'on relise cette lettre, qu'on en pèse lés expressions : on aura le véritable degré de la valeur, intellectuelle de la Commune. Son niais partisan souhaite que la Commune règne pour toujours, parce qu'il aime l'égalité et parce qu'il ne veut d'aucune royauté.

Le citoyen M. Grognard prétend ne contraindre personne à aimer la République et à la servir, pour une raison bien simple, c'est qu'il est convaincu que cet amour est au fond de tous les cœurs, ou à peu près. Il ne s'agit que d'en obtenir l'éclatante manifestation. Eh bien, une douce violence est nécessaire pour arriver à cette expansion d'un sentiment qui déborde : que de braves gens discrètement attendent le moment d'être requis, enrôlés, poussés à coups de crosse aux remparts! Hésiterait-on à faire leur bonheur? Grognard espère que non. II est persuasif, insinuant, pressant et irrésistible. C'est un homme qui a voulu faire bien des heureux , mais qui aura fait bien des ingrats]

' Aux Citoyens membres de la Commune, « Citoyens, M La rentrée des armes , des effets d'habillement et d'équipe-

ment des émig^rés, se faisant avec une extrême lenteur, et même pas du tout dans certains quartiers , ne pourriez-vous pas inviter les concierges à grouper par maison ces objets, que vous n^auriez plus qu'à faire enlever ?

d Le mode de recensement adopté dans le II' arrondissement devrait être étendu à tous les autres arrondissements. Ce travail par les concierges pouvant être contrôlé par-ci par-là, aucun ne s'exposerait à faire de fausses déclarations.

a II conviendrait de faire ce recensement par étages, de façon à connaître les absents aussi bien que les présents , garde national ou non, armé ou non, la compagnie, le bataillon, s'il touche l'allocation , s'il a été militaire, le grade dans l'armée.

« La plupart des citoyens qui se trouvent à présent à Paris sont dévoués au principe communal et républicain. Ceux qui sont dans la limite d'âge pour faire le service actif, n'attendent que le moment d'être requis , sans pourtant se déranger. Quant aux hommes de quarante à soix£^nte ans, ou peut-être mieux de quarante-cinq à soixante , ils ne demandent pas mieux que d'être organisés en bataillons, par quartiers, pour faire le service des postes intérieurs, la police municipale, voirie, moralité, etc., etc., rondes et patrouilles de nuit, surveillance nécessaire aussi contre l'espionnage.

^( Il faut que toutes les municipalités agissent à l'unisson pour ce service, qui doit être uniforme. Elles ne doivent point préjuger de la volonté de leurs administrés par tel ou tel écho. La majorité, je le répète, est acquise au principe que vous défendez. Une plus grande lenteur est préjudiciable.

u Les armes et effets que vous trouverez en grand nombre permettront d'équiper de suite ceux qui sont disponibles.

u Vous allez former votre cavalerie, surveillez achat et direction; le contrôle pour cheval doit être comme pour homme , à peine de gaspillage.

a Saluts fraternels.

« Vive la Commune ! vive la République !

(( Signé : M. Grognard, n

u p. «s. Il y a des fuyards sous le couvert de telle ou telle nationalité; dans le doute, constatez l'identité. Fait fréquent. Faire signer sur le permis pour voir si la signature est la même. Il y a nombre de domestiques , de marrons bourgeois qui rient à vos dépens. Prenez ce modèle-là. »

SOCJS LA COMMUNE. 175

La femme Ballanche, rue de la Procession , 24, à Vaugirard, herboriste et sage-femme, se plaint que , vers minuit, une douzaine de gardes nationaux se soient présentés chez elle après avoir brisé deux portes pour faire une réquisition ; elle a été injuriée^ menacée de mort par ces forcenés, auxquels il a fallu donner de Teau-de-vie. On a fracturé les meubles, on lui a volé des billets de banque, une théière d'argent. Sans cette soustraction , elle ne se fût pas plainte.

« Je viens vous supplier, Messieurs, de faire votre possible pour retrouver ces hommes, qu'ils me rendent cet argent. Je ne leur demande que cela et leur pardonne.

u Dites-leur que j'ai perdu mon fils à la bataille de Gravelotte , mon soutien, tout mon espoir; que j'ai recueilli deux enfants qui ont besoin de tout mon dévouement; ils les ont vus; que j'en adopte une pour ma fille, que je suis ruinée par cette maudite guerre , qu'il me faut fermer ma maison ; qu'ils aient pitié , et je leur pardonne de tout mon cœur ! n

Pauvre femme! sa plainte n'est-elle pas touchante? Mais pourquoi son fils s'est-il fait tuer à Gravelotte, aurait-on pu lui dire; et on aurait ajouté spirituellement : Fallait pas quily aille! Vivent les vivants, et tant pis pour les morts! Des mères prudentes avaient dit à leur fils au moment de leur enrôlement dans la mobile : A la première occasion ; arrange-toi pour te laisser prendre. Si Ballanche eût reçu et suivi ce conseil, il ne fût pas mort, et peut-être se serait-il trouvé là, à Vaugirard, pour défendre sa mère contre les pillards.

Déposition de la femme d'un orfèvre , qui déclare qu*en tah^ sence de son mari, un garde national lui a apporté un kilo et quelques grammes de débris de vases sacrés et autres qu'elle a achetés, 16 mai, déposition signée Bondon.

Tous ceux qui marchaient, ne marchaient pas, on le sait, de leur plein gré. Quel drame douloureux on entrevoit dans cette lettre!

• Paris, il mai 1871.

Au Citoyen colonel Goù, rapporteur à la cour martiale, «Mon Colonel,

tt Le nommé Gâche, déclarant ne savoir point écrire , me charge de vons instruire quMl reconnaît avoir manqué à tous ses devoirs de citoyen et d'honnête homme en faisant une fausse déclaration dans le but de se faire dispenser du service de la garde nationale, et qu'il s'engage à partir avec son batsdllon, dès que la liberté lui sera rendue.

u Sa femme devant accoucher le 20 courant , il aurait désiré être auprès d'elle à cette époque ; de là sa malheureuse idée de dissimuler son âge.

a J'espère que vous voudrez bien agréer ses vœux et l'envoyer de suite dans un bataillon, où il pourra rendre des services puisqu'il

est ANCIEN MILITAIRE.

ce Agréez, mon Colonel, mes très-humbles salutations,

u Charles Bobche. »

Une main tremblante a écrit au bas :

u Luce a pauve Gâche. »

Guyonnet envoie à Delescluze (29 floréal) une lettre de leur ami commun Bourachot, qu^il avait soigneusement cachée. La photographie accusatrice de Bourachot se trouve jointe au doS' sier, qui fait partie des Archives de la justice militaire. Imprudent Bourachot! ,

u Citoyen général (La Cecilia),

u II vient de m'étre envoyé des délégations d'officiers pour me demander que l'on brûle le village de Bagneux et les environs au pétrole. Comme je n'ai pas ces engins en ma possession, je les envoie près de vous , etc.

u Le commandant du fort,

u GiLLARD. »

(19 mai.)

On voit que ce n*est pas la bonne volonté qui manquait de brûler tout avec du pétrole.

sous LA COMMUNE. 177

Il parait que chaque arrondissement était doté d'un Comité central, comme le prouve la pièce suivante (sans date) :

COMITÉ CENTRAL

Permanence du XV* arrondissemenU

u Déclaration que Ton nous fait à l'instant, qu'il se formerait

u une certaine collision a*yant pour but de diminuer les hommes de

«garde à la place Vendôme, en leur faisant parvenir quelques

u feuillettes de vin, et puis les surprendre. ^

« Tenez- vous sur vos gardes.

« Le délégué ,

« G. SOLER. ))

Si le délégué Soler voulait empêcher, par la crainte d'un danger imaginaire, les fédérés de s'enivrer chaque jour, l'intention était bonne. C'est tout ce qu'on peut diie de cette intéressante communication.

Ces comités locaux de surveillance n'étaient que des officines de dénonciation. .

Presque toutes les lettres que nous parcourons sont remplies de déclarations de même nature. L'âme se gonfle de fiel dans le contact des hommes ; la crainte seule en retient le débordement. Mats dès que la compression exercée par ce sentiment disparaît, l'injure, la calomnie, la méchanceté , la haine font irruption. Nous n'en finirions pas à reproduire ces délations qui ont pour prétexte un dévouement désintéressé à la Commune. Elles n'émanent pas toutes de personnalités obscures. Voici, par exemple , la veuve d'un officier supérieur, belle-sœur d'un général de gendaritierie , qui écrit, à la date du 14 mai, à Delescluze, une lettre de laquelle nous nous bornerons à extraire deux lignes : « Je veux vous confier quelque chose de grave... Le temps passe et la trahison fait son œuvre.» — Un bon enfant de cinquante et un ans n'a rien de plus pressé que de signaler comme réfractaires cinq camarades probablement plus jeunes que lui.

Aux membres de la Commune de Paris,

U Vous voulez recruter ! eh bien, moi, simple vieillot de cinquante

et un ans , j'ai l'honneur de vous informer que rien qu'au bureau A, 46, rue Notre-Dame des Victoires, Société générale, vous avez cinq hommes à prendre sur six dont se compose le bureau, — et je suis le sixième.

« Si vous n'agissez pas, retirez-vous. La mollesse n'est pas de saison.

a Salut et respect.

« GlARD.

« 3, rue Belhomme (Montmartre).

« Taisez mon nom , s'il vous plaît. »

Un habitant de Guérande fait acte d'adhésion à la Commune de Paris. Dans quel but? Guérande veut-il s'insurger comme Guéret et toutes les grandes villes de France? Le but du pétitionnaire est plus modeste. Il désire simplement avoir des nouvelles d'un mobile marié, « fils d'un cordonnier de la Turbale. Ce jeune homme se trouvait à l'ambulance, lorsque le siège de Paris a été recommencé par l'exécrable Thietrs et ses compères complices. Peut-être fait-il partie de vos héroïques défenseurs! Je serais bien aise d'avoir des renseignements par votre administration si pleine de sollicitude pour tous ceux qui sont sous ses ordres. Nous n'avons que des renseignements incomplets, falsifiés par Versailles, de la grande Commune de Paris; nous serons bien aises d'en avoir de véridiques et de complets. » Ce brave Guérandois croyait sans doute Versailles capable d'avoir falsijîé les renseignements relatifs à ce fils d'un cordonnier de la Turbale, et c'est pourquoi il s'adressait au représentant de la véridique et grande Commune, au citoyen Cluseret. Nous avons la douleur de lui apprendre que sa lettre n'avait pas été ouverte, et qu'un Versaillais, le colonel de Ciermont-Tonnerre, qui l'avait trouvée sur le bureau du citoyen Moreau, Fa décachetée le 29 mai et le premier en a pris connaissance , comme l'indique une note laissée par lui au dossier.-

— Un grand nombre d'officiers démissionnaires, après le siège, offrirent leurs services à la Commune, tandis que des journalistes anglais et américains, dont les cartes de visite ont été conservées , mettaient leur plume à sa disposition.

sous LA COMMUNE. 179

— Parfois on rencontre des plaintes furibondes , telles que celle-ci :

« Ce tyran de Rossel nous accuse des fautes qu'il a commises. J'ai envie de donner ma démission. » Non , mon brave , tu garderas tes galons et ton traitement. Officier d'état-major sous le siège , officier d'état-major sous la Commune, officier pour rire sous tous les régimes, tu te trouveras encore quelque chose sous la République ^

D'autres fois, on a recours à des formules bien humbles, qui auraient dû offusquer un républicain farouche. Aux yeux de Lefèvre, qui professe le dévouement le plus absolu à la Commune, Delescluze ne vaut pas moins que M. Rouher lui-même et que le glorieux maréchal Lebœuf; aussi l'appelle-t-il Son Excellence M. le ministre de la guerre. Un peu plus , le père Gaillard aurait été traité d'éminence pour les barricades qu'il a élevées!... Comment la postérité distinguera-t-elle la Commune de l'Empire? Des Excellences partout et toujours : c'est un pays condamné à la perfection. Chez les nations décrépites, la pompe des qualifications couvre la nullité des individus. Le vase dont se servait Amasis pour se laver les pieds était d'or; image de la servilité qui consacre aux plus abjects usages le plus haut fonctionnaire , vil esclave de la démagogie ou du despotisme.

A la date du 17 avril, nous trouvons une lettre dont l'auteur proposé de faire sauter les wagons qui transportent V Assemblée à Bordeaux.

Par bonheur, les 'députés n'étaient point obligés d'aller prendre leurs billets à la gare de Paris. Mais il n'y a sorte d'idée infernalement méchante qui n'ait traversé la cervelle d'nn partisan de la Commune.

^ « L'état-major continua les traditions du premier siège.... Sauf de trèsrares exceptions, les états-magors aux retroussis rouges, aux bottes brillantes, aux larges ceintures, aux multiples galons, traînant avec fracas des sabres vierges, ne firent bonne mine que dans les cafés... Le comité de salut public en fil opérer un soir une razzia dans les restaurants de filles. Le 22 mai, ils disparurent, eux et leurs uniformes. On en vit bien peu derrière les barricades. » (Ll8SA6AR/kT, p. 12.)

Le citoyen Loig^non propose d'établir partout des machines système Fieschi, pour défendre les rues.

>u Général,

» . . . . Cent hommes , six mitrailleuses, placés sur le plateau de TArc de triomphe, bien munis de munitions et provisions^ bien décidés à s'en(]^]outir sous les décombres du monument et de combattre jusqu'au dernier, pourraient rendre plus de services que vingt mille hommes... Si nous succombions, du haut de leur retraite ils pourraient imposer des conditions — ou brûler les Tuileries, le Palais de l'Industrie et le Corps lég;islatif.

» A. S0&OSK.T. n

11 y a dans cette lettre deux idées : l'une propre au siège, l'autre propre à la Commune , comme tout ce qui s'est produit pendant cette période malheureuse. L'idée de défendre Paris du haut de l'Arc de triomphe vient de M. Trochu, mais l'idée d'imposer des conditions sous peine de brûler les Tuileries, le' Palais de l'Industrie et le Corps législatif , vient de A. Sokosky, et nous sommes bien aise de la voir signée d'un nom étranger. Ainsi ce n'est pas un Français qui, le premier, a fait sérieusement à des Français la proposition de brûler les édifices sur lesquels toutes les révolutions avaient pris l'habitude d'écrire, afin de les mettre à l'abri de la destruction : Propriété nationale !

Les communeux avaient une idée exagérée de la force des patriotes de la Révolution, dont ils se croyaient les imitateurs. Nous trouvons dans la minute d'une des proclamations que 1q Comité central adressait à la population parisienne, après l'entrée des troupes :

« Rappelons-nous nos pères de 1793 , qui, pieds nus et sans ARMES, luttaient contre l'Europe coalisée. »

Ce prodige de vaincre sans armes des armées coalisées ne s'est pas vu depuis le jour où Samson tua trois mille Philistins avec une mâchoire d'àne. Les mâchoires d'âne n'auraient pas manqué à la Commune, mais où trouver dçs Samson?

sous LA COMMUNE. 181

Evidemment;, le membre de la Commune auteur de la pièce ci-dessus était troublé peut-être par la peur : on l'eût été à moins. Pour être membre de la Commune on n'est pas à l'abri des misères humaines, et si nous en jugions par les deux pièces suivantes, dont nous ne garantissons nullement les assertions comme exactes, on se trouverait plus faillible que le vulgaire des honnêtes gens :

Messieurs du Comité central.

u II faudrait opposer aux misérables, tels que Jules Favre et autres , des honnêtes gens.

« Vous avez au sein de votre assemblée un homme qui laisse à désirer sur sa moralité.

a Le citoyen Assi est un déserteur et de plus un pédéraste; je lui défie de prouver le contraire.

« Un vrai républicain. »

Il y a dans tout ce qui émane de la Commune des surprises de style d'une saveur propre. Quel adorable euphémisme dans cette phrase : laisse à désirer sur sa moralité, quand on la rapproche de Tépithèle qui suit! Et que dire du défi porté par le vrai républicain au citoyen accusé?...

— « Que sont devenus les 67,000 francs remis par Gluseret à Rossel lors de son arrestation ? Demande^ à Cournet. n

La note est anonyme. Nous la reproduisons à titre de document. Pour notre compte, nous croyons à l'intégrité de Çossel.

On le voit, le sens du respect manquait dans le personnel communard, comme il avait manqué pendant le siège. On accusait plusieurs des membres de la Commune, on accusait de toutes parts les officiers. Les officiers trahissaient ! Les officiers prétendaient donner des ordres aux bons b... de la Commune. Ils leur reprochaient de n'être point sortis de l'École polytechnique, à preuve cette plainte de leur délégué, dont nous reproduisons, avec une scrupuleuse fidélité, l'orthographe naïve :

i82 LE FOND DE LA SOCIÉTÉ

« Les garde et chef tel que capitaine du g^énies, nous mete entrave pour anlever la piesse ditte Joséphine an ce cervan des mos callifians que nous navons pas fais des étude à l'écol politiquenique.

u Veuilliés agir au plus vite pour cessi, vautre délégué.

u Renaud. »

L'École polytechnique jouit d'un tel prestige, que chez le peuple celui qui veut dire ; un littérateur, un lettré, un grammairien, un ingénieur, un général, un stratégiste, enfin un grand homme, — se sert de cette expression : Sorti de « l'École polytechnique » . Pauvre école ! combien elle se trouve compromise aujourd'hui dans ses gloires d'hier !

Moyennant une augmentation de paye de 1 franc par jour, Jules Andrieux (lettre du 15 mai) se fait fort d'employer trois mille cinq cents cantonniers à la défense des barricades.

C'était promettre beaucoup, peut-être. Au 3 mai , les hommes étaient plus chei*s, si nous nous en rapportons à la lettre du citoyen Bouillot que nous reproduisons. Payez, dit-il à la Commune, et vous aurez autant de soldats que vous voudrez. — Mais l'argent? — N'avez- vous pas les biens des fuyards et les rentes des rentiers? — A la bonne heure!

J^' argument du citoyen Bouillot serait bien de nature à faire réfléchir les honnêtes gens , c'est-à-dire les rentiers, sur les inconvénients de la déroute et de l'abstention, qui n'est qu'une fuite à r intérieur.

« Paris, 3 mai.

« CiTOïEN ROSSEL,

« On vous dit intelligent, je l'espère; dans ce cas, j'espère que vous n'allez pas laisser à la garde nationale l'organisation que les ïrochu lui ont donnée.

« ... Ouvrez les fourneaux pour les nécessiteux et payez le citoyen qui marche au moins deux francs par jour, et faites un décret qui lui alloue, après la guerre, cinq francs par jour de présence au corps, à prendre sur les biens des fuyards. — Comment ! vous payez des soldats trente sous ! L'Amérique les payait un dollar et plus. Payez, et vous aurez des soldats; allez donc, ne craignez donc pas ; la Commune n'a pas de dettes ; elle ne reconnaît pas

sous LA COMMUNE. i83

celles de PEmpire; vous pouvez contracter un milliard de dettes, et Paris sera sauvé; vous aurez des soldats qui vous arriveront de tous côtés.

Il BOUILLOT. »

Encore. un inventeur :

u 12 mai 1871.

« Je viens de faire deux cents lieues apportant à Paris sa délivrance, celle de la France, et le triomphe de l'avenir sur le passé.

« Le temps presse, l'économie du sang vous impose le devoir d'employer, sans retard , les moyens de vaincre Versailles. La négligence en pareil cas est un crime, si ce n'est pas une trahison.

« Et pourtant voilà six jours que j'ai soumis ce moyen ! m

Le signataire n'est pas égaré par V amour-propre d'auteur. L'efficacité du moyen est certaine.

« Il a été expérimenté par un spécialiste distin^^ué, professeur de chimie à l'École de médecine de Paris (le citoyen Naquet), et à Toulouse par une commission d'hommes compétents qui , à l'unanimité, ont déclaré qu'aucune armée ne pourrait résister devant les ravages de ce moyen. »

L'auteur de cette économie du sang signe Barbier (Dominique) .

Nous n'avons pas besoin de dire qu'aucune des personnes dont les noms figurent dans ce livre n'est connue de nous y et que tous les documents font partie des dossiers de la justice militaire, où ils ont été par elle examinés et scrutés cent fois. Nous décrivons une maladie sociale à laquelle les diverses classes de la société ont participé dans des proportions diverses , et dont la responsabilité remonte presque , à part égale , à chacune d'elles. Nous serions au désespoir d'avoir nui à quelqu'un par un travail que nous avons entrepris et poursuivi dans le seul but d'être utile à tous.

On a dit que la Commune était la révolte des déclassés et des fruits secs. II n'y a pas de profession sociale qui ne lui ait

fourni des adhérents. Nous avons rencontré parmi les plus chauds un rédacteur de la Gazette de la Bourse, d'anciens élèves de l'École des mines, de l'École normale, le commandant Bachellery , qui se recommande de la condamnation qui a été prononcée contre lui pendant le siège, des avocats, des médecins. La situation des médecins restés à Paris, après le siège , était devenue bien difficile. S'ils donnaient leurs soins aux fédérés blessés , ils se rendaient suspects aux deux partis ; Versailles ne leur pardonnerait pas d'avoir été les alliés de la Commune, et la Commune les surveillait avec une défiance hostile. Leur liberté, leur vie pouvaient se trouver en danger, pour peu qu'un geste , une parole imprudente trahit leur médiocre sympathie pour une cause qu'ils servaient cependant en servant l'humanité soufffante. Une parole du chirurgien Maisonneuve avait été dénoncée par les journaux, et je ne sais ce qu'il serait advenu de lui , si les troupes nationales fussent entrées huit jours plus tard. Au reste, la lettre qu'on va lire permettra de se faire une idée des accusations auxquelles étaient en butte les seuls hommes qui fussent en état de donner aux fédérés blessés des soins vraiment éclairés et utiles.

« Le 18 germinal an 79.

« Citoyen,

« Chaque hôpital est un foyer de réaction , et Ton dit tout haut contre la Commune des choses atroces qui m'ont indigné.

« Le moyen de faire cesser cet état de choses serait d'envoyer, à dix heures du matin, quelques gardes nationaux dans chaque hôpital. Ils enrôleraient dans les bataillons de marche tous les étudiants de dix-sept à trente-cinq ans , sans en excepter un seul , et* on les ferait marcher contre les insurgés de Versailles.

« ... La guerre est ouverte entre l'ouvrier, qui représente l'honnêteté, le travail, et la jeunesse corrompue, débauchée des écoles, qui voudrait nous ramener au moyen âge.

« Marcellin Ballot, m

Il en venait des adhérents, surtout de ceux qui avaient guerroyé partout, avec Garibaldi, avec Flourens, avec Cluseret , véritables condottieri , jpour qui la guerre est un métier et

sous LA COMMUNE. 18?

qui, en pays tranquille, meurent d'ennui et de faim. C'est surtout à Cluseret q^u'ils s'adressaient : « Général , nous nous sommes rencontrés aux Etats-Unis en telle circonstance et en, tel endroit, etc.» Ces Français-là ne sentaient renaître leur amour pour la France que lorsqu'ils la voyaient sens dessus dessous. — D'autres adhérents étaient moins belliqueux et no brandissaient leur épée au cri de Vive la Commune ! que pour Ja remettre précipitamment dans le fourreau , en demandant du papier et une plume, témoin Léonîard Babelan. Quel fier début! En l'entendant déclarer qu'il défendra les armes à la main les principes de 93, on se sent devant un de ces hommes résolus, pour qui sa vie propre n'est pas grand' chose et la vie des autres rien du tout. Mais la fin rassure entièrement. Le siège a eu ses chevaliers de la Seringue, fort beaux hommes, ma foi! La Commune avait ses chevaliers de l'Écritoire , faibles de santé,

« Citoyen,

« Je suis républicain de cœur et de conviction. Je défendrai, les armes à la main, dans le 84» bataillon, les principes de 93, que le triomphe prochain de la Commune va nous' assurer. Faible de santé , je préférerais prêter mon concours à cette œuvre dans un bureau ) connaissant du reste la comptabilité et les écritures.

« Babelan (Léonard).

Comme ces ouragans qui soulèvent d'immenses masses d'eau, et permettent à l'œil épouvanté de voir les profondeurs de l'abtme que le soleil n'avait jamais éclairées, ces orages politiques» qu'on appelle révolutions ouvrent l'âme humaine et en démasquent les derniers mystères. Ce qui était caché se montre, ce qui était muet parle, ce qui était obscur s'explique et s'éclaircit. Si vous ne voyez pas, si vous n'écoutez pas, c'est une leçon sans fruit. La tempête finie, le gouffre se fermera sur luimême, la surface reprendra son calme habituel, couvant les germes de mort et les éléments de futurs cataclysmes.

Il faut bien cependant que nous sachions ce qui vit à côté de nous, et ce qu'il y a dans le sol où nous croyons avoir fondé un édifice social durable. Le devoir de l'homme politique est de

porter sans cesse ses études de ce côté, avec Taide de l'historien et du moraliste. S'il ne le fait pas, il errera dans son œuvre et il compromettra gravement le présent et l'avenir. Il jugera funestes des barrières qui étaient salutaires , bienfaisantes des doctrines funestes; il prendra pour la santé ce qui n'est qu'une apparence trompeuse de force dans un corps miné par la fièvre du mal. Nous sommes, nous Français, de nature particulièrement optimiste et présomptueuse. Nous avions l'orgueil de notre centralisation avant l'Empire, de notre organisation militaire avant Sedan, et après la Commune, nous sommes fiers encore de notre civilisation. Eh bien , qu'on lise la lettre que nous reproduisons.

Et après cette lecture , qu'on se reporte par la pensée aux temps barbares où vivaient Moïse et David , Homère et Lycurgue , Socrate et Épaminondas , au temps de Rome païenne , aux époques de l'invasion des Germains , des croisades et des guerres de religion, — et qu'on nous dise si l'homme s'est perfectionné, s'il s'est rapproché de Tidéal rêvé par la sagesse antique et par la foi chrétienne, s'il est aujourd'hui plus près de Dieu que de la brute?

De prime abord, l'expression cynique de ce programme en rend suspecte la sincérité. Mais la réflexion, l'examen attentif, ne tardent pas à dissiper cette impression. Certes, .parmi les adhérents à la Commune, il y en avait beaucoup auxquels ce document aurait causé la même horreur qu'à nous-méme. Les doctrines de Fhébertisme, qui y sont interprétées par un gredin sans vergogne^ avaient de nombreux partisans. Tridon les avait soutenues et développées à sa manière sous l'Empire. N'aurait-il pas été indigné de la signification terrible que leur donne l'auteur de la lettre au citoyen Audoynaud? Nous le croirions. Mais les théoriciens qui par jactance, par bravade littéraire, paraissent avoir à cœur de démolir tout ce qui existait avant eux : doivent être mis en face des conséquences de leur enseignement. Il se trouvera toujours, de par le monde, de plus forts logiciens qu'eux : ils parlent, ils écrivent; ceux-ci agissent ou n'attendent que le moment d'agir. S'ils n'arrivent pas à jouir à leur façon , ils détruisent et ils brûlent !

sous LA COMMUNE. 187

D'ailleurs, ce n'est pas Tridon qui est le père de Yhébertisme : Tridon avait une fortune que généreusement il mettait au service de ses folles idées. Ce n'est pas même Hébert. Qui donc l'a enfanté, qui l'a encouragé? Qui l'a glorifié et propagé? Celui aux yeux de qui la fortune seule a du prix, l'argent seul est un titre à la considération, parce que seul il procure les jouissances matérielles ; celui qui s'enrichit au moyen de l'usure, du mensonge, de manœuvres déloyales, aux dépens des honnêtes gens ; celui dont la fortune est un outrage et un défi à la justice de Dieu sur la terre.

Celui-là, adorateur du veau d'or, professeur d'hébertisme , vous pouvez maintenant le nommer, ô bourgeois ! Il a beau prêcher vertu et résignation aux pauvres, ses exemples parlent plus haut que ses préceptes, et c'est lui, oui, c'est lui qui est le principal collaborateur de l'aut«ur du programme qu'on va lire.

a Lettre sans signature. Voir le 28 avril 1871. Le timbre de la poste porte cette date. Voir l'enveloppe ci-jointe * . »

Au citoyen Audoynaud.

« Je m'adresse à toi, Citoyen, sans te connaitre, mais parce que ton nom est en tête de la liste du Comité y et que je présume que tu communiqueras mes observations à tes collègues.

« Cela ne marche pas , Citoyen , la Commune est au-dessous de sa mission, il faut y aviser au plus tôt.

« Ce sont les vieux errements monarchiques et parlementaires. Rien autre chose. Des ménagements pour les vieux préjugés économiques, philosophiques et sociaux. Nulle mesure révolutionnaire comme l'entend le peuple. Est-ce la loi relative aux loyers? Au .lieu d'installer définitivement le peuple dans le logement des riches et des bourgeois, on lui fait la remise humiliante, accompagnée de considérants plus humiliants encore, de trois termes de loyer, et on l'expose pour Tavenir aux griffes des vautours qui sauront bien le rattraper dans l'avenir. On le laisse dans le cloaque.

« Est-ce le projet relatif aux monts-de-piété? Au lieu de faire ren-

^ Cette note, d'une autre écriture que 4a lettre, est due probablement à la personne qui en a la première reconnu l'intérêt. Nous n'avons pas retrouvé l'enveloppe.

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