J88 LE FOND DE LA SOCIETE
dre gorge aux riches , aux bourgeois , aux exploitants , et avec le produit de cette institution, soit en .meubles, soit en argent, soit en produits alimentaires , initier enfin le prolétaire aux jouissances de Paisance et même du luxe, on lui fiait, non ^ je me trompe, on se propose de lui faire le beau cadeau de cinquante francs, puis on recule, on hésite j pour ne pas désobliger les actionnaires du Mont-de-piété.
« Qu'a-t-on fait pour l'alimentation? Des cantines municipales où l'on débite d'affreuses compotes , tandis qu'à côté on voit encore des restaurants de luxe où le riche et le bourgeois vont se goberger, et cela lorsqu'il est si facile de mettre la main sur les caves et les réserves' des jouissants actuels et des marchands qui les alimentent !
« Qu'entend-on à l'Hôtel de ville ? Des paroles surannées de respect, de droit, de probité, de décence, et même, le diable m'emporte! de délicatesse, toutes fadaises pour couvrir et excuser l'oppression des prolétaires par les riches et les bourgeois. On y parle aussi , crois-moi , Citoyen , de capitaux et d'intérêts !
« Je te le demande à toi et à tes collègues, n'est-ce pas là la défaillance, la défection et la trahison ?
« En ce moment, il n'y a qu'un droit, c'est celui du prolétaire contre le propriétaire et le capitaliste, du pauvre contre le riche et le bourgeois, du déshérité depuis des siècles contre l'aisé et le jouissant. Pauvres et prolétaires, nous n'en avons pas, nous n'en voulons pas d'autres à la jouissance, à l'aisance. Si le gâteau n'est pas assez grand pour que tous y aient une part égale, à nous d'abord avant tous : il y a assez longtemps que nous attendons : les aisés et les riches d'aujourd'hui attendront à leur tour. Voilà l'égalité comme il nous la faut. Compensons d'abord le passé ; quant à l'avenir, nous verrons.
« Qu'on ne berne donc plus le peuple avec ces mots vides de sens et vieux, de probité, respect de la propriété, de droit, de produit du travail et de l'épargne; tout wons revient, à nous prolétaires, tout est à nous, et nous le prendrons, entendez-le bien, beaux parleurs de l'Hôtel de ville. L'air des salons dorés vous a déjà corrompus! Nous le prendrons, vous dis-je, et si vous n'avisez pas par des mesures générales et régulières, nous le prendrons, comme nous l'entendrons , à notre heure , à notre aise , mais nous le prendrons. Vous aurez beau écrire, afficher : Mort aux pillards , mort aux voleurs! qu'est-ce que cela nous fait? nous serons les plus forts.
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Ce sera tant pis que tout cela , car le préjugé contre nous est encore bien enraciné, d'une part, et de l'autre il y aura beaucoup de gaspillante, de valeurs perdues. Mais tout cela c'est votre faute, parlementaires de l'Hôtel de ville ^ au lieu de détruire les vieux préjugés, vous les alimentez, vous les arrosez de vos phrases sentimentales et morales; au lieu de régulariser, par une mesure générale, la restitution qui nous est due, vous parlez et vous agissez comme des gens qui n'ont point la moindre notion de ce que Veut et exige le prolétariat.
« Il y a encore un préjugé que je vois s'épanouir dans les affiches et les arrêtés de la préfecture de police. C'est celui de la pudeur, de la décence, de la morale publique. Dans quels vieux bouquins de morale religieuse et philosophique va-t-on chercher ces mots vides de sens ? Vides de sens , oh non ! je me trompe, ils ont un vrai sens , une vraie signification , mais surtout un but, un objet ; ils ont été créés pour enlever les jouissances de la nature aux niais, et les réserver aux riches et aux aisés : c'est un raffinement de plus qu'ils ont voulu se procurer. Arrière donc avec vos affiches et vos arrêtés, citoyens de la préfecture de police! Tl n'y a ni décence, ni pudeur, ni vice, ni prostitution. La nature s'occupe peu de ces stupidités, elle a ses besoins, ses exigences, et il faut y satisfaire comme on l'entend, à sa manière, quand et où l'on veut, à l'occasion, à la fantaisie, au hasard, après une longue attente ou à la première rencontre, avec qui plaît ^ comme nous le faisons, nous autres prolétaires, entre nous. Seulement, aujourd'hui, ce qu'il nous faut, ce sont tes filles, ô riche et aisé! ce sont tes femmes; ce qu'il nous faut, c'est qu'elles entrent, au profit des prolétaires et de tous , dans la grande famille commune. Régularise au plus tôt cette mesure, pudibonde Commune, sinon nous y procéderons nous-mêmes, et crânement, je t'en réponds. Hélas ! je n'en parle pas pour moi personnellement , car mon âge ne me permettra plus que d'assister au spectacle de cette grande et magnifique priapée qui sera l'inauguration de la véritable communauté. Au reste, quand le résultat n'en serait pas aussi grandiose qu'il apparaît à mon esprit, cette fête est due au prolétariat. Assez longtemps le riche et l'aisé ont accaparé les filles les plus belles, lui laissant les laides, les sottes et les acariâtres. Quant à les débaucher, nous savons que ce n'est pas tout à fait vrai, nous ne leur lâchions que nos restes, mais ils les gardaient et les infectaient de leur orgueil. C'est déjà trop. Mais, à vrai, le petit voisin, le petit cousin et quel-
quefois aussi le petit frère (à l'infraction d'un préjugé stupide), le petit frère savait fort bien dresser, façonner la petite voisine, la petite cousine et la petite sœur à toutes les jouissances que la g^lande aphrodite prodig^ue à ses favoris. Papa et maman s'en mêlent quelquefois , et ils ont raison , mais c'est assez rare , et ils s'en repentent trop souvent, les imbéciles, pour que nous en parlions.
« Aussi ai-je haussé les épaules en lisant l'arrêté relatif aux cafés, où l'on parle de prostitution. Il n'y a pas de prostitution , la prostitution est un vieux mot, sachez-le bien, parleurs de la Commune, comme les mots de pillage et de vol. C'est avec ces mots que l'on rive nos chaînes; tant qu'on s'en .servira, nous ne serons ni libres ni républicains. Arrière, vieux oripeaux, vieux préjugés, rentrez dans l'ombre ! Disparaissez au souffle de la raison , fantômes imaginaires de vol, de pillage, de viol, d'inceste! ou plutôt îrevenez, reparaissez tels que vous êtes réellement, forts, puissants, invincibles, nerveux et beaux, et vous appelant de votre vrai nom : les fils de la nature, les droits du peuple.
a Voilà notre déclaration à nous, prolétaires; elle n*est pas imprimée sur du beau papier communal comme la vôtre, nosseigneurs de la Commune; elle, est griffonnée parla main d'un vieillard, mais elle prévaudra, ou, je le répète, par des actes réguliers, normaux mais immédiats , exercé de voies de fait avec irruption ou débordement tels que ni Paris ni Versailles ne peuvent arrêter, sachez-le bien, nos maitres.
«Et vous, membres du Comité, inspirez-vous du grand esprit des hébertistes, rejetez les vieux préjugés de vertu, de pudeur, d'humanité , allez de l'avant ; appuyez-vous sur ce qui est vrai , sur ce qui est fort; inscrivez sur votre drapeau cette devise : TOUT A TOUS; TOUTES A TOUS ET A NUL. Mais pour le moment, i-estreignez-le au profit du PROLÉTAIRE.
a Sachez-le bien, Citoyens du Comité, l'orage gronde ; renvoyez san9 retard ces phraseurs idéalistes de la Commune, supprimez ces stupides journaux , y compris le pâle Père Duché ne, et clémenthématisez ceux qui résisteraient.
« Salut et hébertisme*. i»
^ Nous avons reproduit textuellement cette lettre, sauf quelques fautes d'orthographe, mais nous ne nous sommes pas chargé de faire disparaître des obscurités provenant de la contez ture de la phrase ou de Tomission de mot:*.