‹ Le fond de la société sous la CommuneChapitre 46 sur 117 · PRÉFECTURE DE POLICE. POLICE MUNICIPALE · texte numérisé non relu

PRÉFECTURE DE POLICE. POLICE MUNICIPALE

« Paris, 2 mai 1871.

A t état-major de la place.

u Citoyen chef , ^

« Je prends la liberté de vous soumettre l'avis suivant , qui concerne une association non autorisée par la Commune et qui prend le nom de Fédération artistique.

u L'organisation de cette fédération est militaire, elle prend la forme d'un bataillon de la garde nationale portant le n° 54.

« Son siège est à la salle de l'Alcazar lyrique , faubourg Poissonnière.

« Le bataillon est commandé parle nommé Mouplot, personnage inconnu, qui excite les jeunes artistes à quitter leurs bataillons respectifs, et les détourne de leurs devoirs civiques.

a L'état-major de ce bataillon est composé en grande partie de souteneurs de filles et des chevaliers d'industrie qui y trouvent leur bénéfice.

^ Ce sont les sentiments que nous avons entendu exprimer maintes fois par des fédérés, auxquels la perspective de Cayenne donnait l'énergie d'un courage digne assurément d'une cause moins criminelle.

« Veuillez , Citoyen , prendre des mesures énergiques , soit pour dissoudre ce bataillon , dont les membres se vantent publiquement d'échapper à la loi, ou bien de hâter sa formation, et de l'envoyer aux avant-postes.

« Nous croyons que si vous adoptez cette dernière mesure , le bataillon ne tardera pas à se dissoudre de lui-même.

« Le chef de la police municipale y u Signé : Jame. »

Note. — Le bureau de justice militaire va de suite informer, et faire venir le commandant.

RAPPOÎIT DE POLICE.

Quartiers populeux.

« Dans les quartiers que j'ai parcourus aujourd'hui, toutes les conversations roulent sur le même sujet , l'arrestation du général Cluseret.

« Que de doutes amers aujourd'hui dans le cœur de ce pauvre peuple !

« — A qui se fier, monsieur , à qui se fier?

« — Trochu encore , toujours Trochu !

c( Voilà ce que j'entends partout.*

« Que d'énergie, que de résultats heureux il faudra obtenir pour rétablir l'équilibre dans ces âmes découragées !

" Est-ce le dernier mot de l'infamie? se demande-t-on. — L'ange noir de la trahison doit-il encore nous frapper de son aile ?

« Ce découragement ne devrait pourtant pas exister dans le peuple , car tout en ne sachant pas au juste d'où provenaient cette mollesse et presque cette ineptie qui a déjà fourni tant de proies à la terre, il ne cessait de répéter (et je l'ai signalé dix fois) :

« Guerre à la Trochu !

u Ah ! si l'on voulait tenir compte de tout ce que le peuple dit ! Le peuple, non pas seulement celui des clubs (que de beaux discours j'ai entendus là dedahs , et que de frénétiques applaudissements les suivaient ! Mais combien peu de ces piliers de réunions publiques sont allés le 31 octobre à thôtel de ville î Les Romains des clubs , je les connais ; il y en avait quatre sur mon carré, et tous quatre aujourd'hui sont à Saint-Denis), le vrai peuple est celui avec

sous LA COMMUNE. 199

lequel on doit compter, c'est celui que je ^ois tous les jours , « le peuple de la rue n , celui que Ton doit écouter, et auquel il faut obéir, parce qu'il ne veut que ce qui est sage et ne dit que ce qui est vrai. — Salomon consultait souvent le peuple avant de rendre ses jugements. — Que nos élus fassent comme lui , et ils triompheront.— Eh bien, aujourd'hui encore, le peuple parle, et pour la dernière fois peut-être. — Il veut bien continuer la lutte , quoique meurtri par les défaillances d'en haut : en bas, l'on ne trahit jamais. Mais c'est à cette suprême condition que ces mots : Comité ^de salut public, ne seront pas seulement une étiquette remplaçant celle qui portait Commission executive; que la plus grande énergie va présider aux opérations militaires ; que pas un seul citoyen ne pourra se soustraire à la défense nationale; qu'enfin tous les engins de guerre qui s'étiolent loin de la lutte ,*seront immédiatement braqués sur l'ennemi , afin qu'une grande bataille, quelque terrible qu'elle soit, mette fin à tous ces petits combats, fils de la routine, et qui coûtent tant de sang.

u Nous avons eu assez de cyprès!... il nous faut des lauriers, dit le peuple, et il finit par cette phrase (je l'ai entendue aujourd'hui, et elle m'a fait frissonner) : « L'on ne joue pas aux soldats en plomb avec de la chair humaine, »

« J'entends aussi les bruitsles plus étranges, comme ceux-ci :

a II y a eu quatre bataillons de gardes nationaux portant tous quatre le n® 72. Trois de ces bataillons , conduits par la réaction , devaient s'emparer du fort de Vincennes et le livrer aux Versaillais.

« L'on dit aussi que nous avons eu un grand revers à Issy (beaucoup de prisonniers et de morts).

u L'on dit encore qu'un commandant du fort d'Issy était tellement ivre, qu'il avait roulé à terre durant un combat acharné.

« Et aussi, comme bouquet de nouvelles , l'on annonce (ceci est insensé) les démissions de Thiers et de Mac-Mahon.

« J'ai dit hier que cent cinquante et deux cents citoyens se trouvaient à la porte du théâtre du Cirque national. Renseignements pris aujourd'hui, ma nouvelle n'était qu'à moitié vraie. A trois heures , il y avait plus de quatre mille citoyens dans la salle ; mais quant au four de la réaction , le programme de l'Alliance républicaine des départements , qui n'est autre que celui de la Commune , avait été voté à une écrasante majorité, n

Bourse. — « On dit que les Versaillais ont fait la nuit dernière

deux mille prisonniers fédérés sur Bicêtre. — Les Yersaillais gag^nent, dit-on, du terrain chaque jour, et s'ils n'entrent pas dans Paris^ c^est parce qu'ils ne le veulent pas. Ils cherchent à fatiguer la population, et à Tindisposer contre les hommes de l'Hôtel de ville.

u On dit que M. Thiers et.Mac-Mahon ont donné leur démission.

u Les hommes de l'Hôtel de ville sont , dit-on, dans la plus grande désunion. Us ne vont pas tarder à déguerpir. Des ballons sont déjà préparas pour cela.

u On dit que parmi les citoyens de la Commune il y a des bonapartistes qui sont grassement payés. On demande une république honnête, et non pas la Commune révolutionnaire. La Commune ne devrait s'occuper que de faire des décrets pour Paris; elle fait des lois pour la France; c'est trop de protection. La Commune n'a pas le droit de gouverner la province. »

Concorde. — «On dit que les lignards de Versailles ont massacré un bataillon de fédérés à Issy. Ils ont feint de mettre la crosse en l'air comme pour se rendre, et lorsqu'ils se sont trouvés à portée, ils ont tiré sur eux. Il y a eu pas mal de tués et de prisonniers. Le fort est presque cerné.

« On dit que c'est une dérision de faire démolir la colonne Vendôme. Elle fait partie des monuments de Paris. Ces monuments attirent dans la capitale un grand nombre d'étrangers , qui font gagner beaucoup d'argent aux maisons de commerce. Une quête produirait beaucoup plus d'argent que la colonne n'en fournira, et tous les habitants donneront pour qu'elle ne soit pas démolie. »

Réaction.

Bourse. — « On dit que l'armée des fédérés s'affaiblit et se démoralise de plus en plus. Plusieurs gardes qui se trouvaient aux avant-postes à Neuilly, ces jours derniers, disent 'qu'il n'y a chez eux aucune discipline, et que le service se fait fort mal. Beaucoup sont constamment en état d'ivresse , et tirent souvent des coups de fusil sans commandement et sans nécessité. Non-seulement ils envoient la poudre au vent; mais, ce qui est plus grave, ils se font tuer eux et leurs camarades.

u Parmi les citoyens de la Commune, il y en a quelques-uns qui travaillent loyalement pour la cause de la République; mais le plus grand nombre sont rétribués avec l'argent de l'Empire et de la Prusse pour agir autrement. ,

sous LA COMMUNE. 201

« Paris sera vaincu , dit-on ; les Yersaillais occupent en ce moment des positions très-importantes. Ils ont une bonne armée, une forte artillerie ; ils reçoivent tous les jours de nouvelles troupes. Si cinquante mille hommes ne suffisent pas, ils en mettront cent mille ou cent cinquante mille. Rien ne leur manque pour réussir.

u On dit que les membres de la Commune ont toujours protesté contre le Gouvernement de la défense nationale , parce qu'ils ne disent pas la vérité ; et aujourd'hui ce sont eux qui nous trompent ; ils mentent plus que les autres. Chaque rapport militaire affiché , ils nous annoncent des victoires; ils* n'ont jamais plus d'un ou deux tués et trois ou quatre blessés , et l'on voit tous les jours des voitures de cadavres rentrer par les barrières, et les ambulances reg^orgent de blessés. Il en est de même pour toutes les autres affaires. Ils mentent toujours, n

Concorde. — « On blâme partout le Gouvernement de la défense nationale, n

La Commune rappelant un décret qui supprime le travail de nuit chez les boulangers, ordonne la confiscation des pains fabriqués pendant la nuit. l

Bel exemple du respect ppur la liberté du travail , conquise au profit de tous par nos pères de 1789!

« Le même soir, dit M. Malon , le nouveau gouverneur du fort d'Issy, Dumont, caporal dans la garde nationale, choisi pour son énergie , reçut la sommation suivante :

Sommation.

U Au nom et par ordre de M. le maréchal commandant en chef de l'armée, nous, major de tranchée, sommons le commandant des insurgés réunis en ce moment au fort d'issy, d'avoir à se rendre, lui et tout le personnel enfermé dans ledit fort.

a Un délai <f un quart d heure est accordé pour répondre à la présente sommation.

il Si le commandant des forces insurgées déclare par écrit, en son nom et au nom de la garnison tout entière du fort d'issy, qu'il se soumet, lui et les siens, à la présente sommation, sans autre condition que d'obtenir la vie sauve et la liberté, moins l'autorisation de résider à Paris, cette faveur sera accordée.

u Faute par lui de ne pas répondre dans le délai indiqué plus haut, toute la g^arnison sera passée par les armes.

tt Tranchées devant le fortd'lssy, 20 avril 1871.

« Le colonel (f état-major, major de la tranchée,

a R. Laperche. »

Dûment ne tint pas compte de cette sommation, et Rossel répondit :

« Paris, l«r mai 1871.

j4u citoyen Laperche , major des tranchées devant le fort dlssy.

M Mon cher Camarade ,

« La prochaine fois que vous vous permettrez de nous envoyer une sommation aussi insolente que votre lettre autographe d'hier, je ferai fusiller votre parlementaire, conformément aux usagées de la guerre.

« Votre dévoué camarade,

u RoSSEL, « Délégué de la Commune de Paris. ■

Quand on oublie Ja situation respective des deux partis, ces * deux pièces semblent être à peu près dans le même ton et se motiver l'une par l'autre; mais quand on considère qu'il y a d'un côté le droit, de Tautre le crime , on trouve le langage du commandant Laperche aussi légitime que le langage de Rossel parait outrecuidant. Rossel avait des qualités réelles 9 mais il manquait absolument et du sens moral et du sens commun. Il sacrifiait sa vie à la satisfaction vaniteuse de voir figurer ces impertinences adressées à son cher camarade sur les murailles de Paris. Nous nous rappelons les avoir lues là avec douleur et confusion, pendant qu'à côté de nous un de ces demibourgeois qui ne pardonnent point à la société de ne leur avoir reconnu qu'une demi-importance, s'écriait : « Bien touché! au moins voilà un homme ! » Que de gens prennent l'insolence pour le signe de la force et de la supériorité !

sous LA COMMUNE. 203

RAPPORT DE POLICE

Quartiers populeux,

u L'on parle d'un armistice de quelques jours : ce bruit prend même une certaine consistance dans les g^roupes.

K Pas de concessions surtout , pas de concessions , nous n'en voulons pas ! Voilà ce que l'on répond aux reporters de cette nouvelle.

« Que le sang qui a coulé , ajoute-t-on , rapporte au peuple. La semence nous coûte assez cher : que la récolte alimente le monde entier!

u La réponse du citoyen Rossel au commandant Laperche est ^ande comme tout ce qui est révolutionnaire. Aussi le peuple la comprend et l'approuve. Il n'aurait pas répondu autrement.

«Le nouveau délégué est, dit-on, sur la route du vrai 5 qu'il n'en dévie pas : elle conduit au succès.

u II est déjà récompensé, car voici ce que l'on dit de lui à peu près partout : Voilà un gars qui n'a pas froid aux yeux,

M Cela est beau à force de simplicité. Voulez-vous traduire autrement cet épanchement populaire , vous aurez alors : Marche ! le peuple est avec toi; et si tu veux escalader le ciel, il te fera la courte échelle,

u Depuis hier il y a un changement extraordinaire dans l'esprit des masses. Hier, ciel gris et sans rayons; aujourd'hui^ du bleu... du bleu partout ! Pourquoi ? Sont-ce les nouvelles de la démission de Mac-Mahon; celles de la démission en perspective de M. Thiers ; de la Commune proclamée à Lyon ; des élections radicales de beaucoup de villes, y compris Versailles ; de l'appui franc-maçonnique ? Est-ce tout cela? ou bien ce je ne sais quoique l'on appelle pressentiment heureux, qui vient réchauffer le cœur de tous? Ce qu'il y a de certain, c'est que l'espérance déploie aujourd'hui sur Paris ses grandes ailes d'or.

« La confiance est à ce point que l'on ne me parle des nombreux martyrs de cette semaine que pour jurer de les venger. Pas de concessions, disait-on ce matin : ce soir l'on va plus loin.

« Ce n'est pas seulement la République française qu'il nous faut, mais bien {'universelle. Est-ce qu'il y a plusieurs soleils? ajoute-t-on ; pourquoi donc plusieurs peuples ? Nous ne voulons plus qu'une seule et même langue : celle de la fraternité (langue morte jusqu^à ce jour).

« Moi, je crois ne pas me tromper en disant que cettfe confiance,

qui renaît si brusquement, est due entièrement à l'énergie déployée depuis deux jours. Que cette énergie se décuple, se centuple, et vous verrez , vous verrez,

a Le comité de salut public est approuvé presque unanimement par tous ceux que j'écoute. On donne des accessit aux membres de la Commune qui ont voté pour; des pensum à ceux qui ont voté contre.

«Fils de l'urne, prenez garde, semblent dire les citoyens; les peuples n'aiment pas les atermoiements. Il est vrai qu'en ce moment la popularité est un faible arbuste qu'un peu d'ouragan peut arracher. Mais en marchant de l'avant , vous bravez les plus terribles tempêtes. L'arbuste sera devenu forêt.

u Les deux affiches apposées hier sur les murs de Paris touchant les parlementaires et l'artillerie sont aussi d'un très-bon effet.

« L'on s'organise, l'on s'organise ! à la bonne heure !

u Telles sont les paroles prononcées par tous ceux qui lisent ces affiches.

« Mais il y a encore beaucoup à dire , ajoute-t-on. Les gardes nationaux se plaignent amèrement du retard qui existe encore aujourd'hui dans l'envoi des vivres. L'on reste quelquefois douze et quinze heures sans manger. Gela amène souvent de grandes défections.

« Nourrissez bien mes soldats, disait un général, et j'en ferai des remparts, n

« L'armée républicaine est moins exigeante. Nourrissez-la à peu près, elle se fera citadelle. Les munitions aussi manquent. Les chassepots ont faim quelquefois. Ah ! ne les laissez jamais sur leur appétit.

« Enfin, dans le service des estafettes, il y a une grande négligence. Hier un soldat, porteur de dépêches très-pressées, disait ceci : Les dépêches ! c'est très-joli ça. Mais je n'ai pas mangé aujourd'hui, ety^ vais dîner d'abord. Plus tard, il fera jour, n

Au Citoyen Jourde^ aux finances.

« CiTOTEN,

« J'ai l'honneur de vous informer que je viens d'acheter aux Prussiens mille chevaux au prix de 400 francs.

sous LA COMMUNE. 205

u Dans deux jours probablement vous aurez à payer tout ou partie de ces dépenses.

u Salut et fraternité.

« Le délégué à la guerre,

u ROSSEL. n

Nous croyons devoir nous abstenir de tout commentaire sur cette pièce, que nous avons copiée sur Toriginal de la ms^in de Rossel, dans son registre buvard.

MINISTEBE DE LA GUERRE

« A prendre chez le citoyen Godillot,

u Savoir :

« Trois habillements complets pour cochers et un garde d'écurie pour le service du colonel-major de l' état-major.

« Paris, 3 mai 1871. » (Sans signature.)

a Paris, 4 mai 1871.

« Citoyen,

« Le premier devoir d'un gouvernement est de faire exécuter ses décrets; s'il n'a pas cette fermeté, ses adversaires ne manquent pas d'exploiter cette faiblesse, et ses partisans, même les plus chauds, se démoralisent. C'est ce qui arrive en ce moment. La fleur des républicains verse son sang , tandis que la non-exécution des décrets permet à une foule de gens valides, non-seulement de vaquer tranquillement à leurs affaires, mais encore de ridiculiser les combattants. Si cet état de choses dure encore quelques vingt-quatre heures , la Commune se trouve sans défenseurs. Elle n'aura pas à s'en étonner, ce sera son œuvre ; car. Citoyen , si je me suis permis de vous adresser ces quelques mots , c'est que j'ai la preuve de ce que j'avance. Mon mari fait partie de la 7* compagnie de marche du 14<1* bataillon; il est au fort d'issy depuis dimanche, 30 avril; là il combat pour la défense de nos droits. Je ne i*egretfe pas cela, car moi-même l'ai encouragé à le faire , car c'est son devoir. Mais aussi j'ai le cœur saigné de voir qu'il n'y a absolument que ceux qui le veulent qui combattent. La lâcheté des réfractaires reste impunie. Déjà une partie des citoyens formant l'effectif du batail-

Ion sont rentrés chez eux , ayant lâchement abandonné leurs frères restés fidèles à leur poste d'honneur. Ce qui ne les empêche nullement de percevoir les secours alloués à la carde nationale. Ce n'est point , Citoyen délégué , une dénonciation que je viens vous faire, loin de moi cette idée; mais mon cœur de citoyenne craint que la faiblesse des membres de la Commune ne fasse avorter nos beaux projets d'avenir. Le sentiment des combattants est que la Commune doit au plus vite procéder au recensement g^énéral de la population et à l'incorporation immédiate de tous les citoyens valides. Que la Commune agisse en ce sens, les bi^aves, se sentant soutenus, redoubleront d'énergie, et tout seraa sauvé.

« Je vous prie, Citoyen délégué, de vouloir bien agréer mes sentiments fraternels.

M E., femme Gérard,

tt Rue Amelot, 159. "

Cette lettre est une des plus fermes que nous ayons rencontrées, et c'est parce queTaccent n'en manque pas d'élévation que nous la reproduisons ici. Mon cœur de citoyenne craint que la faiblesse ne fasse manquer nos beaux projets d' avenir ^ rappelle le langage des femmes héroïques de la Révolution. Mais l'analogie s'arrête là. S'il était légitime de nourrir en 1792 de beaux projets d'avenir, quel avenir pouvaient rêver les communeux de 1871 , devant la France abattue et mutilée? Qu'aurait amené le triomphe de la Commune que souhaitait ardemment la femme Gérard , si ce n^est le fractionnement du territoire? Et pour arriver à la consommation de la ruine nationale, quel moyen propose-t-elle? L'enrôlement forcé! Il faut contraindre tout le monde à travailler à nos désastres, et le contraindre au nom de la patrie ! Quel trouble profond de la conscience, quelle perturbation du sens moral, quel égarement d'esprit dans les natures mêmes qui paraissent le plus portées à de généreux sacrifices et à de viriles résolutions!...

Nous reproduisons, d'après la minute, le procès-verbal d'une séance du Comité central; c'est un échantillon des questions

sous LA COMMUNE. 207

qui y élaient débattues. On verra que les intérêts généraux de la Commune y occupent fort peu de place. A l'unanimité, les membres du Comité s'allouent dix francs par jour et admettent le cumul avec d'autres indemnités. Une proposition relative à la répression de l'ivrognerie est repoussée. Que serait devenue la Commune, si elle avait maltraité les ivrognes? On discute à perte de vue sur les droits des membres du Comité central. Le titre de membre du Comité devra laisser une marque d'honneur indélébile sur celui qui en a été revêtu, et tout membre sortant restera de droit membre honoraire. Dans le sénat égalitaire même avidité de distinctions que dans le sénat impérial.

Séance du 4 mai 1871.

« Le citoyen Moreau est nommé président.

« Un procès-verbal d'élections de trois délégués au Comité central n'est pas validé, à cause d'un dfeuxième tour de scrutin non marqué sur le procès-verbal.

« Lavalette propose un projet concernant l'ivrognerie.

« Le projet est remis à demain.

« MoREAU dit qu'il faut s'occuper de la prise de possession des ministères et de Torganisation. Donne un moyen d'organisation.

<c Spinoy dit qu'il ne faut pas de commission disciplinaire , mais une commission d'examen disciplinaire.

« Brin ne voit pas l'utilité d'un programme. Il demande un état-major.

« CoMBATz dit qu'il ne faut pas partout l' état-major, que ce n'est qu'une branche.

il MoREAU dit que le Comité central ne doit pas donner tous les services à ses officiers d'état-major, mais qu'il doit prendre tous les services.

« More AU rappelle les commissions.

» Trois commissions responsables sont nommées.

« Fabre dit que la cavalerie est à part du train des équipages et de l'artillerie.

« Fabre dit que le train des équipages et l'artillerie doivent être ensemble.

« Lavalette est de l'avis contraire.

«< MoREÀU dit que l'artillerie et le train des équipages d'artillerie

doivent faire deux. Car la commission d'artillerie devra s'occuper de la fonte de ses canons.

« On vient annoncer que le Moulin-Saquet est pris, a Spinoy dit que le 55* est massacré à une heure du matin, mais que la position est reprise et que des pièces d'artillerie y ont été remises. L'ancien commandant du 55*, actuellement à Versailles, promet au commandant du 55" de lui laisser la vie sauve s'il se rend. Spinoy demande justice contre le commandant, pour ne pas avoir communiqué cette lettre à la Commune.

« Le chef était ivre. Fabre appuie ce dire. A Issy, tout le monde était ivre.

Il Pyat a rencontré Lefrançais et Clemenceau, qui lui ont dit que la Commune a une séance justement pour le Comité. La Commune voudrait revenir sur son vote d'hier, et réunirait le Comité central au comité de salut public.

« AuDO\NAUD dit que la Commune est souveraine, et que le comité de salut public en référerait à la Commune.

u MoREAu dit que c'est le comité de salut public qui est souverain au-dessus de tous.

u Nauzelot dit que les cinq délégués à la Commune lui fassent bien ressortir que c'est un contrôle sur toutes les org^anisations , et afin qu'il n'y ait pas de difficultés avec les officiers . supérieurs , d'avoir un signe quelconque.

« MoREAU fait voir un signe distinctif pour n'obéir ni commander personne.

Il L'assemblée admet, pour aller à la Commune, les mêmes délégués qu'hier.

a Brin fait remarquer qu'il manque un ou deux sténographes. u Brin demande qu'on valide son élection. « Elle n'est pas validée, mais il est admis comme membre adjoint.

M Avoine fils vient annoncer que le Moulin-Saquet nous réappartient.

« Nauzelot dit qu'à trois heures du matin on est venu le prévenir qu'une patrouille ennemie était entrée dans la redoute avec le mot d'ordre.

u Moreau étant parti , Lavalette est nommé président. « Lecture du procès-verbal d'élection du chef de léf^ion du XIX" arrondissement.

u L'élection du citoyen Dubuisson est validée.

sous LA COMMUNE. 209

u Geisy demande à faire une communication. Le 185' bataillon, les officiers et sous-officiers veulent donner leur démission, à cause d'un différend avec le commandant du fort de Bicôtre.

(( Babreux dit qu'il faut s'adresser à qui de droit pour obtenir justice avant de donner leur démission.

u DuBuissoN dit qu'aucun officier ne peut donner sa démission en face de l'ennemi sans être traître.

« Lacobre dit qu'on doit envoyer deux délég^ués.

u Les délégués sont Navarre et Josselin.

u Lacorre propose une organisation. On lui dit que c'est fait et envoyé en ce moment à la Commune.

a Lecture d'une demande de réunion de l'assemblée générale par le 123" bataillon.

« BissoN propose d'encourager le 123« bataillon par un mot d'écrit.

« Lacorre dit qu'il faut donner au plus dix francs aux membres du Comité central, puisque les chefs de bataillon n'ont pas plus.

u Lacord parle dans le même sens.

u Nauzelot demande pour ceux qui n'ont pas touché depuis près de quinze jours.

u La VALETTE dit que l'on payera une somme de.... pour ceux-là.

u La somme est fixée à cinquante francs et votée à l'unanimité.

uhe citoyen Gdiral demande quelle est*.la situation des membres remplacés du Comité central.

u Lavalette dit qu'ils sont membres honoraires.

u GuiRAL explique son absence depuis le 12.

u II est décidé que la somme de 50 francs, allouée comme indemnité, est pour les jours écoulés du 22 avril au 3 mai inclus.

. c< Lecture du procès-verbal du commissaire de police pour le vol fait au Comité central.

« Prudhomme dit qu'on ne doit pas toucher de deux côtés à la fois.

« Lacorre dit que c'est l'af^ire du règlement.

« Nauzelot fait une motion d'ordre pour ramener à la question.

« On procède au vote pour savoir si les membres du Comité central doivent toucher dix francs.

c( Il est bien entendu que ni les membres honoraires ni les membres adjoints ne doivent toucher.

« Le vote à l'unanimité est pour toucher les dix francs par jour à partir du 4 mai y compris.

u GouHiER demande ce que doivent toucher les secrétaires et le trésorier.

(( Lacorre dit qu'il faut que ce soit remis.

a Nauzelot demande si le trésorier ne devrait pas être pris dans le sein du Comité.

« Prudhomme dit que le trésorier doit être pris dans le Comité, et pourra s'adjoindre un secrétaire-trésorier.

u Faltot demande à être entendu.

« Lacorre dit que le Comité n'a pas encore les pouvoirs pour l'entendre.

u Lacord demande si les deux caisses de la fédération et de la guerre doivent être dans la même main.

u La VALETTE dit que les cotisations devraient être versées à ]a légion , et de là au Comité central.

« Prudhomme foit observer que des légions à qui on les a versées ont gardé l'argent.

« Un membre fait observer qu'on devrait attribuer double solde au conseil de légion.

u Lacorre fait une motion d'ordre pour ramener à la question.

« Fabre dit que le trésorier doit l'être des deux caisses.

u Prudhomme est renommé caissier à l'unanimité.

« Lecture du règlement.

u Prud'homme dit que le commandant du 131* bataillon est élu et non accepté par la légion, qui garde l'ancien.

u Lacorre, par rapport au règlement, demande l'amendement suivant : Le renvoi des membres hfirognes *.

u II est passé outre.

u Lecture de Lavalette, d'un projet de décret pour les gardes ivrognes. Il est combattu par Lacord : Lacord dit qu'on devrait plutôt donner la ration à chacun et supprimer les cantinefs. Il parle contre le règlement punissant les membres dans la solde. Il dit, en outre, que tous les présidents se sont écartés de leurs devoirs. Il voudrait qu'ils. fussent nommés pour huit jours, un mois, pour toujours.

(I Tournois est de l'avis contraire, et veut qu'ils soient nommés tous les jours.

u Fabre dit que le président n'est président que quand l'assemblée siège, et n'est donc pas une espèce de contrôleur.

' Souligné dans roriginal.

sous LA COMMUNE. 211

u Lacorre dit que si un président plaît, il est toujours rééligible les lendemain , surlendemain , etc.

u Lacord demande l'abrog^ation des amendes et qu'elles soient remplacées par des blâmes.

« Pyat dit que l'ouvrier ne touche pas quand il ne travaille pas , et qu'il doit en être de même pour les membres du Comité central. Il dit que la deuxième journée, la suppression ne doit être que d'un jour.

« AusER veut maintenir le règlement.

« Lacord et Nauzelot, de même.

u La clôture et le règlement sont adoptés à l'unanimité moins une voix.

« Proposition d'un membre du Comité : Garder un membre , quand il n'est plus élu, à cause d'une réorganisation de compagnie, jusqu'à la prochaine assemblée.

u Barroux demande comment un membre du Comité central se trouverait non élu à cause d'une réorganisation de compagnie.

« Lacorre explique qu'une compagnie s' étant fondue dans deux ou trois autres , chacune de ces compagnies envoie son délégué.

u Communication à Audoynaud : Le fort de Vincennes n'est pas entre les mains de -gens sûrs. Les commandants n'ont pas voulu assister à la proclamation de la Commune de Vincennes.

« La VALETTE dit que le maire de Vincennes est arrêté, et le 23 avril est venu protester au Comité central de ses bonnes dispositions.

« La communication est envoyée à la commission militaire.

« AuDOTNAUD dit que n'étant plus délégué de compagnie, il ne peut plus être du Comité central.

u Lacord dit que les délégués de compagnie, délégués à la légion et au Comité, sont de suite remplacés , et qu'on peut être dé' légué au Comité sans passer par les trois degrés.

a Lacorre dit qu'on ne peut être délégué au Comité central sans * être délégué de compagnie.

« Nauzelot proteste dans le même sens.

u Barroux dit que quand on est délégué au Comité central , on est le représentant de toutes les compagnies de la légion, et l'on ne peut être révoqué par sa compagnie.

« Lacord dit que c'est une délibération du Comité central qui l'a amené à dire que les délégués du Comité central peuvent ne pas passer par ces trois degrés.

« Pyat parle dans le même sens que Barroux.

u Lacorre demande pour les nouveaux membres la même prérog^ative que pour les anciens , de rester comme membres adjoints ou honoraires jusqu'à la prochaine assemblée.

« Pyat dit que les membres du Comité central ne peuvent être révoqués que par les membres du conseil de légion, et par un changement de bataillon d'un arrondissement dans un autre.

« Lacorre dit que l'on doit annuler alors l'avant-dernier procèsverbal à cause de Moreau.

u Pyat donne des explications sur Moreau, qui a donné sa démission et qui a été soumis à de nouvelles élections.

u II est convenu que les membres nouveaux, comme les anciens,* auraient droit à être membres honoraires jusqu'à la suivante assemblée. En plus, ils peuvent être conservés comme membres adjoints.

u Lacord dit que les » (La.suite manque.)

rapport de police.

Quartiers populeux.

u Le Paris d'aujourd'hui n'est pas celui d'hier. La confiance existe encore, mais on voit le danger, et ce que l'on conseillait jadis, on l'exige maintenant. Plus les points noirs s'élargissent, plus le flot populaire monte et menace tempête.

« Ne prenant que le plus sérieux de ce que j'entends, je le relate par à peu près.

u Le fort d'Issy et Issy même se trouvent fort compromis. Le fort de Vanves est attaqué avec rage par les Versaillais. Des masses terribles vont nous entourer, et bientôt , s emparant de toutes nos positions, nous refouler au delà des fortifications. Notre défense evient molle , l'attaque versaillaise furibonde. L'on n'entend plus parler de Dombrowski : lui aussi, sans doute, est tombé au pouvoir de nos ennemis. La porte Maillot fléchit ; l'on brûle les Ternes et Clichy. Levallois va être abandonné par ses habitants. Nous sommes écrasés de-toutes parts , et cela n'est pas surprenant, puisque des persbnnes bien informées disent que nos ennemis ont, à l'heure qu'il est, huit cents canons. E tutti quanti!

« Conclusion, Les Versaillais sont dans Paris ; voilà ce qu'on dit aujourd'hui.

a Heureusement, comme fiche de consolation, l'on ajoute : Eh

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bien qu'ils viennent dans Paris, c^est là oii nous les attendrons. Hommes, femmes, enfants, tous s'y mettront.

« Après avoir sig;nalé le danger, voici le remède d'après le peuple.

u La levée en masse, sinon la défaite. La levée en masse sans que personne puisse s'y soustraire, et alors vous aurez contenté le peuple, dit-on. En place de rester dix ou quinze jours aux barricades, l'on n'y restera que trois. Personne alors ne pourra nous insulter en nous appelant les soldats de trente sous. Nos femmes sentiront qu'elles ne doivent plus nous empêcher de marcher. Enfin, et là est surtout l'important, tout Paris étant sous les armes, Versailles aura peur, et demandera lui-même à entrer en arrangements.

u II faut aussi mettre plus de canons en jeu. Car tous les gardes nationaux qui prennent part aux discussions affirment qu'il y a dix batteries versaillaises que l'on a laissées s'établir à plaisir, entre autres la batterie du Moulin de Pierres, que l'on a laissée s'élever sans seulement l'inquiéter, et qui nous fait tant de mal aujourd'hui. (J'ai signalé cela dans un de mes rapports.) - u L'on dit partout , à l'appui de ces faits , qu'il y a beaucoup d'endroits où des bouches à feu, placées intelligemment, réduiraient au silence, et cela en peu de temps, plusieurs batteries ennemies.

« L'on crie à pleins poumons que jusqu'ici il y a eu une telle mollesse, une telle incurie dans la défense, qu'il a fallu être imbécile ou traître pour la diriger de cette façon. Les jeunes gens quittent Paris sans la moindre opposition , les uns allant à Versailles, les autres en province (et ce sont ceux-là qui trompent). D'autres, les bras croisés, assistent à la boucherie humaine.

u Touchant la défense, si vous avez une communication à faire de la dernière impoltance , l'on vous fait promener de bureau en bureau, puis Ton revient chez soi harassé et beaucoup désillusionné, sans avoir pu trouver l'homme ad hoc y tout le monde vous ayant fait la même réponse : Citoyen, ce rCest pas de mon ressort. Enfin des chefs dont les soldats sont aux tranchées se promènent dans les rues de Paris.

« Voilà ce qui provoque aujourd'hui la colère de chacun.

«Bref: levée en masse; punitions exemplaires pour les traîtres; précision et intelligeiice dans les ordres ; énergie de fer à les exécuter, et tout peut encore être sauvé. Voilà l'opinion du peuple. »

Bourse. — « Les Versaillais préparent, dit-on, une nouvelle attaque sur Issy et Clamart avec 40,000 hommes. Ils doivent simuler

une défaite, afin de laisser avancer les fédérés pour pouvoir mieux les battre. Les batteries qui doivent favoriser cette opération sont déjà prêtes; établies entre Montretout et Meudon, elles serviront à couper la retraite aux fédérés.

« On dit que les Gompag^nies de chemins de fer ont payé les impôts arriérés à la Commune, pour empêcher le pilla^^e par celle-ci.

u Depuis le 18 mars, les dépenses de la Commune se sont, diton, élevées à vingt-cinq millions, et les recettes n'ont produit que cinq millions. L'Empire et la Prusse ont fourni la différence.

« On dit que les fédérés ne pourront pas tenir bien longtemps maintenant , car les munitions vont manquer d'un jour à l'autre. C'est pour cela que le général Cluseret a recommandé, il y a une quinzaine de jours, la plus grande économie. L'armée des fédérés, dit-on, est composée, en grande partie, d'étrangers qui ont été chassés de leur pays. Il y a environ 5,000 Anglais, 2,000 Belges, et un plus grand nombre d'Italiens, de Polonais, etc., etc. Les chefs sont étrangers également. En un mot, ce ne sont plus des Français qui nous gouvernent.

u On dit que la Commune proclame la liberté et le droit du travail dans chaque déclaration qu'elle fait. Et à côté de cela , elle supprime les journaux et fait fermer les ateliers. Voilà de quelle manière elle entend la liberté. » * »

Concorde. — « On traite de canailles et de brigands les membres du Gouvernement de la défense nationale. »

Bourse. — « On dit que les fédérés seront forcément battus, parce qu'un grand nombre de leurs chefs sont incapables : la preuve, l'affaire du fort d'Issy. Depuis plusieurs jours ils étaient prévenus que les Versaillais cherchaient à cerner ce fort, chose que l'on aurait bien pu empêcher ; aujourd'hui , le fort de Vanves se trouve dans la même situation, c'est-à-dire qu'il est cerné aussi. Ce mouvement a été porté à la connaissance des chefs il y a quatre ou cinq jours; ils n'ont rien fait pour l'empêcher. Enfin, chaque fois que les Versaillais leur tendent un piège, ils s'y laissent prendre.

« La nuit dernière, des gardes nationaux sont allés, dit-on, chez des boulangers qui faisaient du pain, et, pour punition, ils ont sommé le patron de leur donner le montant de sa recette de la journée et fait ouvrir les caisses. Voilà ce que la Commune appelle la liberté. On devrait laisser les boulangers libres; leur travail est bien plus fatigant le jour que la nuit, en été surtout. Si on les ennuie trop, il va arriver qu'ils refuseront de nous faire du

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pain et s'en iront. Nous serons obligées alors , si nous voulons manger, de le foire nous-mêmes. '

Il On dit que tous les canons du Mont-Valérien ont été remplacés par de fortes pièces de marine. Les batteries que les Versaillais possèdent entre le Mont-Valérien et le château de Bécon comptent quarante-cinq pièces. Elles sont parfaitement établies dans la terre et à Fabri des projectiles des fédérés.

, « Les Versaillais ont désarmé, dit-on, les gardes nationaux de Seine-et-Oise, à l'exception de ceux qui faisaient partie des compagnies de marche. Ceux-là ont été rappelés et incorporés dans l'armée. »

Concorde, — « On dit que les membres du Gouvernement du 4 septembre n'ont jamais eu l'intention de venir siéger à Paris avec l'Assemblée nationale, attendu que tous les documents des ministères avaient été enlevés bien avant le 18 mars. On les traite de canailles, v

Le comité de salut public arrête : « Le colonel Rossel est chargé de l'initiative et de la direction des opérations militaires. »

« La chapelle expiatoire de Louis XVI sera détruite^ » Nous donnons ci-contre le fac-similé de la minute de ce décret insensé.

Nous nous rappelons que Y architecte, ou soi-disant tel, chargé de la destruction de l'édifice, vint à la Bibliothèque nationale pour rechercher les plans de la chapelle. Il n'en existe pas, et si le décret avait été exécuté, il ne serait pour ainsi dire rien resté qui pût donner une idée exacte de ce petit chefd'œuvre. Quand l'architecte nous eut fait connaître le but de sa visite, nous ne pûmes retenir cette parole : «Vous vous êtes chargé là, Monsieur, d'une bien triste besogne. — Pourquoi, Monsieur? répondit-il d'un air peu aimable. — Parce que vous allez détruire un des édifices les mieux réussis de l'architecture moderne. — Il ne s'agit pas de cela; je suis chargé de démolir et non d'apprécier l'édifice. » Il trouvait cela tout simple ,

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ce jeune homme, et il estimait, avec tant d'autres aujourd'hui , qu'il est permis de tout faire pour arriver à ce qu'on appelle gagner sa vie,

u Le Comité de salut public,

u Considérant que l'immeuble connu sous le nom de Chapelle expiatoire de Louis XVI est une insulte permanente à la première Révolution , et une protestation perpétuelle de la réaction contre la justice du peuple,

u ARRÊTE':

« Art. 1". La Chapelle dite expiatoire de Louis XVI sera détruite.

uAbt. 2. Les matériaux en seront vendus aux enchères publiques, au profit de l'administration' des domaines.

« Art. 3. Le directeur des domaines fera procéder dans les huit jours à l'exécution du présent arrêté.

M Paris, le 16 floréal an 79.

u Le Comité de salut public,

u Ant. Arnaud, Ch. Gerardin, Léo Meillét, « Félix Pyat, Ranvier. »

u Le 5 mai, Rossel vint à la Commune. Il attaqua le comité de salut public et presque nominalement F. Pyat. Miot ayant maladroitement demandé au jeune officier quels étaient ses antécédents démocratiques, celui'-ci répondit :

u J'ai aimé , j'aime ardemment la France ; mais pendant la dernière guerre j'ai bien été forcé de voir que la vieille France se mourait. J'ai vu et j'ai maudit l'incapacité et la lâcheté des chefs militaires; j'ai vu aussi qu'un ordre social oppresseur et inique touchait à son ag^onie. En haine de ceux qui ont livré ma patrie, en haine du vieil ordre social, je suis venu me ranger sous le drapeau rénovateur des ouvriers de Paris. Je ne sais ce que sera l'ordre nouveau du socialisme; je l'aime de confiance; il vaudra toujours mieux que l'ordre ancien. C'est pourquoi je me suis voué, c'est pourquoi je travaillerai de toutes mes forces à la destruction du passé , que je hais d'une haine raisonnée et réfléchie , et â la préparation de l'avenir, que je vois dans la liberté et l'égalité pour tous : en un mot, dans la justice. »

jB^l^

XZ,^

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« Pyat était vindicatif: quelques jours après il attaqua Rossel avec la dernière violence. La mise en accusation et l'arrestation de Rossel furent votées par la Commune, qui ne voulait pas donner tort à son comité de salut public, à l'unanimité moins deux voix. » (Ma- LON, p. 304 et suiv.)

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