AMPUTÉS MALTRAITÉS PAR DES INFIRMIERS CIVILS
On avait substitué dans les ambulances les infirmiers militaires , c'-est-à-dire des employés civils gagés par la Commune » aux Frères ignorantins, pauvres gens qui ne sont point tous sans doute des modèles de savoir-vivre et de propreté, mais qui consacrent péniblement leur vie à l'instruction des enfants du peuple, et dont plusieurs avaient payé héroïquement de leur vie, pendant le siège, leur dévouement aux blessés. Sous la Commune, quiconque appartenait à la religion, de loin ou de près , était proscrit. Il ne parait pas cependant, si l'on en juge par les pièces qu'on va lire, que les communeux blessés aient eu beau-i coup à se louer du remplacement des Frères de la Doctrine chrétienne par les frères de la doctrine humanitaire , tels que les recrutait la Commune.
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
COMMUNE DE PARIS
Au Citoyen Henri j colonel général de la place de Paris.
« Citoyen Général,
« J'ai l'honneur de vous prier, afin d'assurer le service tant administratif que disciplinaire, de vouloir bien me faire donner un poste de gardes nationaux, ne seraient-ce que des vétérans, qui seraient chargées de la police de l'ambulance de Longchamps , occupée précédemment par les Frères ignorantins, et que je viens de remplacer par des infirmiers militaires.
« Salut et fraternité.
« Le citoyen officier dC administration , « Signé : J. Gagedois. m
Au Citoyen colonel commandant la place de Paris,
ti CiTOïEN Colonel,
« J'ai l'honneur de vous adresser ci-joint un rapport du caporal Marix, du 94" bataillon de la g^arde nationale, ainsi qu'une plainte motivée du médecin principal de l'aml}ulance de Longchamps, contre le citoyen Noël (Jean-Marie), soldat de 2" classe à la 1'^ section d'infirmiers militaires, avec prière de vouloir bien juger cette affaire.
u Si besoin était de témoins, les infirmiers de la salle sont les citoyens Guillo-Lagasse et Grandpierj'e.
« Salut et fraternité.
« L'officier d^ administration, chargé du service de t ambulance^
« Signé : J. Gagedois. »
Suite.
« Je me plains amèrement de V infirmier Noël, qui se grise la nuit , maltraite les amputés.
u 11 faut une punition exemplaire.
« Signé : Le docteur Démarquât.
u 5 mai, ambulance de LongcKamps. »
Aux Citoyens membres délégués par la Commune à la commission militaire.
Il Citoyens,
<« Vous avez cru utile qu'un rapport vous soit adressé sur les prisons du Cbercbe-Midi , sur la cour martiale, et même sur les différents tribunaux militaires qui doivent être appelés à juger les prévenus écroués actuellement dans les différentes prisons de Paris.
« Depuis que la cour martiale a suspendu ses séances par suite de la démission de son président et de celle de plusieurs de ses membres (23 ou 24 avril, je crois), chaque jour la prison s'est en- ' gorgée, et aujourd'hui , tel que je vous l'ai signalé dans mon rapport d'hier, elle renferme plus de cent prévenus, coupables à différents titres.
u Suivant moi. Citoyens, la cour martiale est un tribunal suprême,
sous LA COMMUNE. 219
devant lequel ne doivent comparaître que les ennemis acharnés de la Révolution, dont les menées et les actes n'ont jamais eu pour but que la perte de la Commune , la défaite de la cité , la rentrée dans ses murs des hommes sanguinaires qui siég;ent à Versailles;
« V officier qui refuse de marcher à t ennemi, C espion qui visite nos camps, le journaliste effronté qui clmque jour bave sur la Corn-' mune, le capitaliste qui favorise de ses deniers les enrôlements pour t ennemi; enfin, tous ceux qui sont hostiles systématiquement aux institutions que Paris s'est données j doivent être jugés par la cour martiale. Je voudrais aussi ^ Citoyens, voir paraître devant ce tribunal ceux qui ont assez d'impudence pour parler d'armistice et de compromis 5 et proposent de traiter avec Versailles.
u Maintenant, que dans chaque lé^j^ion, ou dans chaque arrondissement, il soit constitué un conseil de guerre devant lequel auront à comparaître ceux qui ne passeront pas devant la cour martiale. Qu'également dans chaque bataillon , il existe un conseil de discipline, qui prononcera sur la troisième catégorie des détenus.
it Les différentes pénalités prononcées et par la cour martiale, et par les conseils de discipline , jointes aux peines que tout supérieur peut infliger à son subordonné, constitueront un ensemble de répressions suffisantes pour tous les cas qui peuvent se présenter.
u Ainsi donc , chaque prévenu serait écroué dans la maison d'arrêt qui serait la plus rapprochée du tribunal qui devrait prononcer sur son compte.
« Par là on évitera et la confusion et l'encombrement, l'in-. struction deviendra" plus facile et plus prompte.
u Maintenant, Citoyens, je n'ai pas qualité pour vous indiquer les éléments constitutifs de la cour; seulement permettez-moi une observation, que vous apprécierez.
(( En admettant que la cour soit composée d'un colonel , président, de deux officiers supérieurs, de deux officiers et de deux gardes, il serait utile que, sauf le colonel président, les autres membres fussent doublés, afin qu'à chacune de ses séances la cour soit bien au complet, et qu'un accident ou une absence ne puisse pas diminuer le nombre de ses membres.
« Le colonel rapporteur, ainsi que son personnel , logeront à la prison du Cherche-Midi, dans les logements qui seront mis à leur disposition par le commandant directeur de la prison. ' a Un piquet de douze hommes sera toujours à la disposition du colonel rapporteur. Il sera fourni par...
« Le colonel rapporteur devra avec le commandant directeur visiter soigneusement les prisons du Cherche-Midi et leurs dépendances, faire dresser un inventaire sérieux des objets meublant les différents appartements ; il dressera ég^alement un état du personnel, tant ancien que nouveau, attaché au service des prisonniers. Cet état renfermera une colonne particulière dans laquelle le directeur donnera son opinion sur l'intellig^ence, la moralité et le républicanisme de l'employé, enfin tout détail sommaire qu'il croira utile pour éclairer la relig^ion de la commission militaire auquel ce rapport sera soumis.
« Je me propose de faire aujourd'hui un relevé complet du registre d'écrou , et de vous adresser demain un duplicata de ce relevé, où tous les détenus seront placés par catégories, suivant mon appréciation, bien entendu. Ce travail nous éclairera onutuellement, et pourra me fournir des renseignements qui me manquent.
li Je joins ici le bordereau des détenus à élargir aujourd'hui, et je vous prie de me le retourner de suite à la prison du Cherche-Midi.
« J'attends, Citoyens, une prompte réponse à cette lettre, afin de pouvoir agir suivant les instructions que vous me donnerez.
« Salut et fraternité.
« Ce 5 mai 1871.
« Le colonel rapporteur à la cour martiale ,
a Signé : E. Gois. »
On voit par les phrases que nous avons soulignées, que le citoyen était disposé à ne pas y aller de main morte, et qu'il voulait faire de cette cour martiale un véritable tribunal révolutionnaire dont il aurait été le Fouquier-Tin ville*, à la férocité près ; nous nous plaisons à nous arrêter à cette dernière hypothèse.
Au Citoyen directeur de la Manufacture des tabacs.
u Citoyen ,
« Il importe que vous ayez, en vue.des prochaines opérations militaires, un stock d'approvisionnement de six mois; je vous prie de me faire savoir en quoi je puis vous aider à compléter ce stock. Je tiens beaucoup à ce que le soldat ne manque pas de tabac.
a N. ROSSEL. n
sous LA COMMUNE. 221
Au Citoyen Gérardm^ membre du Comité de salut public,
uMoN CHER GéRARDIN,
« Dombrowski est toujours votre général en chef; il fait des opérations à Issy et Glamart, et il y a eu entre nous ce matin un échangée de regards qui est de nature à compromettre toutes nos opérations.
a II faut que vous lui fassiez dire de rester à Neuilly et de m'obéir, c'est-à-dire le contraire de ce qu'il est disposé à faire.
« Je fais arrêter le colonel Mayer*, qui fait des petite^ convocations avec les chefs de légion. C'est de lui que viennent tous les désordres, dont le Comité central se fait l'organe. Je compte sur votre appui dans cette affaire.'
« Tout à vous ,
' <c Le délégué à la guerre ,
li Rosse L. »
Au Citoyen Wiblewski , comm,andant à Gentilly.
u Je reçois à chaque instant du comité de salut public des dépêches qui m'indiquent que vous êtes en relation directe avec cette autorité.
a II y a là un malentendu que j'ai éclairci hier en présence de la
Commune et en présence du comité de salut public. Voiis n'avez
donc d'ordre à recevoir que de moi , et vous n'avez de rapport à
adresser qu'à la délégation de la guerre.
« Votre tout dévoué ,
« Le délégué à la guerre y
a ROSSEL. »
Au Citoyen délégué à la guerre. Citoyen RosseL (Orthographe conservée.)
a Citoyen, déjà, sous Cluseret, nous avons voulu ouvrir les yeux de l'administration à l'effet du gaspillage de nos sergents-majors du 104% et notamment la 5* compagnie. Nous avons la preuve que l'argent des non-payés n'est jamais retourné au Trésor, argent qui nous serait si utile pour aider nos frères malheureux. Est-il
^ Mayer a bien été arrêté. On trouve plus loin une lettre de Gbis qui demande ce qu'il devait en faire, car il n'existe aucune pièce à sa charge.
jamais de mémoire d'homme, que dans des calamités semblables, on est vus les comptables et détenteurs de fonds d'autrui faire de pareille bombance, dix francs, quinze francs par jour de noce !
« Vous n'ig^norez point, Citoyen , que g^rand nombre de garde ne reçoive point à cause de leur situation plus heureuse, et puis que beaucoup de gardes sont sujets à faire quelques journées de travail, ce qui les prives de la solde. Voyez , ces messieurs avec cela n'en ont pas encore assez , puisqu'ils veulent que pour celui qu'il dépouille à cause de. son travail lui voler encore la solde de sa femme et de ses enfants. La cupidité est à son comble, la débauche, aidée de nos comptables , aidée de beaucoup de nos officiers , nous décourage.
« Salut et fraternité.
ti Un dévoué, A. D . »
«Nous tenons d'une bouche »cer ta i ne, un payeur, qui nous affirme que depuis la formation, le bataillon a fait par jour 395 fr. d'économie.
u Les raports ne nous ont jamais rien dit. »
RAPPORT DE POLICE
Quartiers populeux.
« Pas de trêve ! pas de* trêve ! Voilà ce qu'on répète sur tous les tons. Les médiateurs, aujourd'hui, sont les aéronautes chargés de monter les ballons d'essai de Versailles. Dans les quartiers que j'ai parcourus aujourd'hui , l'on commence à s'apercevoir qu'il y a un changement heureux dans l'organisation. On y applaudi^ de tout cœur. Ce dont on se plaint encore vivement , c'est le renchérissement subit des vivres. Les Prussiens conservant une stricte neutralité, laissent tout entrer. Pourquoi alors payer une livre de viande un franc cinquante, et tout à l'avenant? Le premier acte du comité de salut public ne serait-il pas de frapper ceux qui, voulant affamer Paris, font alliance avec nos ennemis? Le comité de salut public peut agir, puisqu'il est approuvé par le peuple. Et à ce sujet, je dirai qu'aujourd'hui encore j'ai entendu blâmer vertement les membres de la Commune qui ont voté contre le comité de salut public, et qui ne s'inclinant pas même devant la majorité , ont cru pouvoir s'abstenir pour la nomination de ceux qui devaient le composer. 11 est pourtant bien facile de se faire aimer du peuple! Af-
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faire de tempérament. L'on disait ce matin, dans un groupe composé de nombreux citoyens , que la Commune devait trouver quand même un moyen de triompher. « Il y a là , ajoutait-on , une réunion d'hommes marquants ; eh bien , de ces creusets intellectuels doit sortir le travail sauveur, — Si j'étais de la Commune, dit l'un, je proposerais ceci. — Et moi, fait un citoyen avec un ^ir presque inspiré ^eci me parait sérieux), je proposerais à la Commune de lancer un manifeste à l'armée de Versailles, Tâme surtout guidant la pensée dans ce manifeste : « Frères , s'écrierait-on , il en frappant sur nous, vous frappez sur vous, sur vos enfants, u sur votre bien-être à tous. Vous faites une çuerrQ sauvage à « vos propres défenseurs , à ceux qui se font tuer pour vous don- « ner la vie, tandis que vous défendez vos propres bourreaux, «ceux qui veulent vous opprimer, ceux qui vous fouleront aux « pieds le jour où vous aurez sauvé leur tête. Vos généraux à « vous, ce sont ceux qui ne gagnent leurs éperons que lorsque vous « perdrez vos libertés. Ils n'ont même pas la conscience du bandit tt qui assassine soi-même , tandis qu'eux massacrent par procura- « tion. Venez à nous, tous, jg^endarmes et sergents de ville : assez « de haine! Ce qui vous fait battre aujourd'hui, c'est l'instinct de « conservation. Car vous pensez être poursuivis de notre haine en « entrant à Paris. Erreur ! La République ne sait que pardonner. M Venez à nous, et, loin de vous maudire, le peuple, au contraire, « dira : Malheur à qui touchera à nos frères!... Car vous serez nos tt frères bien-aimés, car pouvant continuer la lutte longtemps en- M core peut-être, vous auriez mis fin au massacre. Vos pensions, « vos retraites , vous ne perdrez rien. La plupart de vous n'a pas «d'état, qu'importe! l'on vous trouvera des occupations faciles, « s'harmonisant avec vos aptitudes, vos moyens, votre tempéra- « ment, et votre existence, celle de vos femmes, de vos pauvres pe- « tits enfants, seront assurées à jamais. Et dans quelque temps ce « ne sera pas seulement la bouche de chacun de vous , mais l'âme « qui dira : Moi aussi, je suis républicain, n
« Je répèle que j'ai trouvé cela assez sérieux pour le relater.
« Je m'approche d'un groupe formé au rond-point des Champs- Elysées. Je crois avoir affaire à des réactionnaires. Erreur ! J'entends faire l'historique de tous les généraux delà défense... pardon, de l'infamie... nationale. Leurs biographies écœurantes, faites au milieu des obus que nous envoient ces restants de galons , produisent le meilleur effet sur les auditeurs.
u — Oh! les brigands, oh! les brig^ands ! voilà ce qu^ Ton dit à chaque pause du narrateur. Du reste , et je suis heureux de le sig^naler, plus nous allons , et plus la haine prend racine dans le cœur des citoyens. L'on parle beaucoup de réaction, et moi je me demande où elle se trouve. Je n'ai jamais entendu dire depuis un mois : « Thiers est un honnête homme, n
u Dans un autre groupe, l'on raconte ceci ': Il a été demandé à certains bataillons s'ils voulaient aller, sans armes, travailler aux tranchées. Ces bataillons s'y sont refusés.
il — Nous voulons bien, ont-ils dit, combattre; mais travailler aux tranchas, mille fois non!
u A cela , tout le monde se demande pourquoi l'on ne prendrait pas pour travailler aux tranchées ceux qui ne veulent pas marcher^ sous prétexte qu'il leur répugne de tirer sur des Français. Qu'on les incorpore dans des compagnies de travailleurs. De cette façon , ils rendront de grands services sans combattre leurs frères.:, de Versailles.
u Ceci est à prendre au sérieux.
u Que la défense en fasse son profit. »
Rossel avait assigné aux généraux de la Commune les quartiers suivants à l'intérieur de la ville :
Le général Dombrov>rskî , à la place Vendôme ;
— La Cécilia, à l'Ecole militaire;
— Wrobleski , à TÉlysée ;
— Bergeret, au Corps législatif;
— Eudes , à la Légion d'honneur.
— Décret qui ordonne la délivrance gratuite de tous les objets engagés au Mont-de-piété pour un prêt de vingt franc» au plus.
Aux Citoyens membres du comité de salut public.
• Paris, 6 mai 1871.
a Citoyens,
a Les questions de finances ont eu, de tout temps, et pour tous les gouvernements , une impoctance capitale. Pour celui de la Commune, engagé dans une lutte formidable, et dont il est diffi-
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cile de fixer le terme, elles pourraient être l'écueil contre lequel viendraient se briser impuissantes les énerg^ies les mieux trempées. Je considère donc comme un devoir pour moi, vieux républicain militant, partisan et défenseur conscient des principes pour le triomphe desquels Paris s'est armé et combat héroïquement , de venir appeler d'urgence l'attention du comité de salut public sur l'administration des finances de la Commune.
« Je ne puis me livrer ici à une appréciation positive sur l'ensemble des services de la trésorerie communale , ne m' étant pas trouvé en situation de les étudier tout personnellement; mais, s'il m'est permis de conclure du particulier au général , je puis , de ce qui se passe dans le plus important de ces services, celui, de la garde nationale, déduire que les ressources financières du gouvernement de Paris sont livrées à une gestion déplorable.
u La solde allouée aux gardes nationaux , la prestation en vivres pour les hommes de service ou en expédition, enfin le subside accordé aux femmes des soldats-citoyens , absorbent quotidiennement des sommes considérables; Eh bien, cette dépense énorme n'est l'objet d'aucun contrôle sérieux , et donne lieu à un gaspillage sans frein.
tt Je précise :
a Les appels faits tous les jours dans les compagnies sont l'occasion de nombreuses éliminations de solde. Les soldes non payées à titre disciplinaire doivent être reversées au Trésor. Les trésoriers des bataillons devraient donc se trouver toujours en mesure d'en vérifier l'importance. Or, leur contrôle, recommandé en principe, n'a pas de forme prescrite , ne s'exerce pas en fait , ou est généralement négligé. Les appels sont faits dans les compagnies par les sergents-majors, hors de la présence des trésoriers, et le plus souvent hors de celle des officiers du cadre, qui, d'ailleurs, par tradition, et un grand nombre pour ne point divulguer leur ignorance, ne s'immiscent presque jamais dans le détail de la comptabilité de leur compagnie.
« Les feuilles de solde sont dressées sur un effectif factice, en ce sens qu'il n'est tenu à jour que pour les incorporations courantes, et qu'on y laisse figurer des hommes manquant depuis longtemps à la compagnie, sans qu'on sache ce qu'ils sont devenus. — Il arrive même, quoique la chose semble incroyable,* qu'on y maintient des hommes qui ont changé de bataillon; mieux encore , des gardes trépassés ! — Ainsi fai vu , de mes propres yeux
vu y dès sergents-majors continuer à porter sur leurs feuilles de solde des effectifs de cent vingt y cent quarante et jusqu'à cent quatre-vingts hommes, alors que les compagnies ne comptaient pas au delà de soixante-dix y quatre-vingt-cinq et cent dix présents et part prenants.
il Pourquoi tire-t-on du Trésor des sommes dont l'on sait à l'avance n'avoir pas à faire d'emploi régulier? Gomment se fait-il que les trésoriers ne soient pas instruits de ces agissements, ou, s'ils les connaissent , pourquoi les tolèrent-ils ? Du moins les excédants qui en résultent sont-ils reversés par les sergents-majors aux mains des trésoriers, et ceux-ci les reversent-ils à leur tour au Trésor? Je voudrais croire qu'il en est généralement ainsi , mais cela m'est absolument impossible lorsque je vois de ces manipulateurs de deniers publics , à moi très-connus , vivre largement , et dépenser, haut la main , huit cents à mille francs par mois, et qu'il est notoire qu'ils ne possèdent aucune fortune personnelle , que leurs ressources se bornaient , avant leur entrée en fonctions dans la garde nationale, au mince produit d'un emploi de quinze cents à dix-huit cents francs par an.
u Beaucoup trop de faits de détournement ont été déférés aux conseils de guerre pour que j'aie à me défendre de porter ici une accusation à la légère, et encore nul ne doute que les fripons qui se sont laissé prendre ne soient seulement que les inintelligents et les maladroits. Combien plus grand , en effet , le nombre des faits d'indélicatesse assoupis par les bataillons ou les compagnies pour ne pas voir entaché l'honneur du corps ! Combien plus grand encore celui des détournements habilement et heureusement dissimulés par leurs auteurs !
il Le gaspillage auquel donne lieu la prestation en vivres peut rivaliser avec celui que je viens de signaler dans le service de la solde. Il ne constitue pas , il est vrai , un détournement dans l'acception délictueuse du mot , mais il n'en reste pas moins une exagération de dépense et une perte très-sérieuse pour la Commune.
u A presque toutes les convocations de service de la garde nationale , non-seulement les compagnies ne se trouvent jamais au complet , mais elles sont réduites le plus souvent aux deux tiers de l'effectif, et quelquefois au-dessous de la moitié. Les bons de vivres n'en sont pas moins établis sur le nombre d'hommes portés à l'effectif, de telle sorte que la Commune fournit la nourriture de cent hommes j par exemple, lorsqu'elle ne devrait pourvoir qu'aux be~
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soins de soixante-dix y ou même de cinquante seulement. — Ce ne sont pas là des allégations arbitrairc^s , les faits que je sig^nale se sont passés vingt fois sous nos yeux , et j'ai la certitude qu'ils ne sont malheureusement pas des exceptions.
tt Le troisième genre d'abus que j'ai constaté dans le service financier de la garde nationale, et qui tend, de jour en jour, à devenir plus onéreux pour le Trésor , ce n'est pas sans un certain sentiment de honte que je me résous à le signaler ici , car j'ai peine à m' expliquer comment la Commune a pu lui laisser la possibilité de se produire ; mais il peut autoriser les détracteurs du gouvernement communal à lui reprocher de patronner l'immoralité, et le lien de solidarité qui doit unir entre eux tous les défenseurs des droits de Paris me défend de garder le silence.
« Un décret a alloué un subside quotidien de soixante-quinze centimes aux femmes légitimes des gardes nationaux. Cette mesure n'a rencontré que des approbateurs, justifiée qu'elle était par les privations et les souffrances qu'un chômage sans précédent par sa durée a fait subir à la classe intéressante des travailleurs parisiens. Mais , sous prétexte qu'il peut exister, qu'il existe réellement des associés concubinaires dignes d'intérêt , on a admis au subside quelques-unes de ces femmes, malgré leur situation irrégulière. Est-ce avec l'autorisation tacite ou formelle de la Commune, je l'ignore. Si l'on se fût borné à quelques exceptions suffisamment motivées, les inconvénients qui pouvaient résulter d'une tolérance exlralégale seraient demeurés sans gravité ; mais il n'en a pas été ainsi. Comme il arrive toujours lorsqu'on laisse les interprétations arbitraires se substituer à l'esprit et à la lettre des dispositions légales y C exception est devenue la règle ^ et aujourd'hui ton admet au subside des femmes légitimes y non-seulement toutes les concubines sans exception , mais encore les femmes en état de cohabitation adultère y mais aussi ^ je rougis d'avoir à t écrire y des prostituées, que leurs vils proxénètes ont C audace de présenter à tinscription comme leurs compagnes ! ! !
« Toute réflexion est ici superflue. La Commune ignora assurément les turpitudes qu'une inconcevable incurie laisse s'abriter sous son égide. Le comité de salut public est prévenu; il agira.
«De l'état de choses queje viens d'esquisser, il résulte. Citoyens, que du fait seul de la garde nationale le trésor de la Commune est grevé de prélèvements considérables sans cause légitime , et qu'indépendamment de la question de probité administrative, sur la-
quelle le gouvernement communal a le devoir de se montrer plus sévère que ceux qui l'ont procédé, il y a un intérêt matériel de la plus haute importance à mettre fin à une semblable situation.
« Y a-t-il un moyen prompt et efficace de faire succéder l'ordre , la régularité et l'honnêteté , au désordre sans nom et à la friponnerie contre lescjuels je viens m' élever devant vous? Sans nul doute. Il faut seulement le vouloir sérieusement, et ne pas se borner, comme on Ta fait jusqu'à présent , à des prescriptions de contrôle purement théoriques , qui sont restées à l'état de lettre morte , car elles ne sont exécutées dans aucun bataillon.
« La réforme à opérer exige de la résolution , une surveillance permanente et active, une ténacité qu'aucun obstacle, aucun mauvais vouloir ne puisse lasser. Cest un véritable combat qu'il iaj^it de livrer à t improbité d'abord , à la négligence , à tincurie et à la routine ensuite. Ce n'est pas du fond d'un bureau d'administration seulement qu'il faut agir, à grand renfort de circulaires, d'ordres et de paperasseries : l'effet n'en serait pas moins négatif que devant. C'est sur le terrain même où se produit le désordre , c'est-àdire au sein des bataillons de la garde nationale , qu'il faut que l'action réparatrice se fasse sentir, soit toujours présente et agissante par une sévère inspection toujours en éveil, et par une forte organisation de solidarité dans la responsabilité, seuls moyens de rendre, à l'avenir, les abus impossibles.
(I Pour mener promptement à fin la rénovation du service financier de la garde nationale, il faut des hommes qui connaissent le mal à extirper, qui l'aient sondé jusque dans ses racines les plus profondes et les mieux cachées , mais surtout des hommes d'un dévouement absolu à la chose publique, et saturés' d'une assez grande dose de stoïcisme pour faire, sans hésiter, litière de toutes considérations particulières, ce dissolvant dangereux de l'intégrité civique.
u Le comité de salut public n'aura sans doute que l'embarras du choix. S'il croyait cependant devoir faire appel à mon concours, il me trouverait toujours prêt à me rendre à ses ordres.
u J'ai fini, Citoyens, et je vous adresse mon salut fraternel.
M Signé : R. Brissac du Wernoys.
« 23> boulevard Omano. »
Nous nous sommes borné à souligner les principaux passages de cette longue lettre, si curieuse, d'un grand personnage
de la Commune. Toute l'histoire de l'insurrection est là en raccourci.
Nous trouvons également dans les papiers de la Commune, à la même date, une lettre adressée à Lavalette a sur le commandant de Bicêtre qui passe sa vie avec des filles. Le fort, devenu un véritable lieu de débauche, est mal gardée etc. »
«6 mai 1871.
« La commission de la guerre arrête :
« Les officiers ne recevront plus désormais que l'habillement des gardes , plus un képi et les galons de leur grade.
w Les galons d'argent sont uniquement attribués aux officiers de la garde nationale et de légion.
« Le galon d*or est seulement réservé à l'état-major des généraux et du ministre de la guerre.
» Les membres de la commission de la guerre, u Arnold, Tridon. »
L'enfantillage de la vanité, me disait le colonel Carré, a été pour la moitié dans l'insurrection communale qu'on qualifierait de révolte d'écoliers, si elle avait eu un dénoûment moins affreux. Aujourd'hui, l'état nominatif de tous ceux qui ont participé à l'insurrection est presque complet, grâce à la rage d'uniformes que possédait, à tous les degrés, cette cohue révoltée, depuis le général jusqu'à l'employé des halles et des marchés. En endossant le costume sous lequel il paradait, le fonctionnaire de la Commune signait un reçu : tous les reçus ont été conservés, car si la Commune a détruit les archives des temps antérieurs, elle n'a pas fait disparaître une seule des pièces de son histoire , circonstance qui a singulièrement facilité la tâche des conseils de guerre appelés à apurer les comptes.
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE