‹ Le fond de la société sous la CommuneChapitre 48 sur 117 · COMMUNE DE PARTS. COMMISSION DES RELATIONS EXTÉRIEURES · texte numérisé non relu

COMMUNE DE PARTS. COMMISSION DES RELATIONS EXTÉRIEURES

(i Paris, le 6 mai 1871.

u Bon à livrer par le ministère de la guerre à la commission des relations extérieures :

r Sabres, soixante-quinze 75

Revolvers, cent. 100

Fusils Chassepot, cent , . . . . 100

« Le membre de la Commune délégué aux relations extérieures,

u Signé : Pasghal Grousset^

« Pour le comité de salut public, « Signé : Ant. Arnaud, Ch. Gomeier, G. Ranvier.

u Avrial^ vous donnera des explications. Nous n'avons plus de sabres.

« Signé : Droughon. »

« Paris, 6 mai 1871.

u Bon à livrer par le ministère de la g^uerre à la commission des relations extérieures : ,

Cartouches de revolvers, dix mille 10,000

Cartouches de chassepots , vingt mille. . . . 20,000

« Le membre de la Commune délégué aux relations extérieures.

u Signé : Pasghal Grousset.

K Pour le comité du salut public.

u Signé : Ant. Arnaud, Ch. Gomeier, 6. Ranvier.

« Je n'ai en ce moment aucuns revolvers. J'en attends de province.

« Signé : Avrial. »

Rapportdu général commandant toile gauche^ Worms Wiblewski.

«... J'ai l'honneur de porter à votre connaissance qu'un noyau jésuitiquQ étant venu s'organiser à Arcueil, sous prétexte d'ambulance , je viens de prendre des mesures énergiques pour l'étouffer -dans son germe. »

sous LA COMMUNE. 231

On voit par cette pièce et par la suivante de qui partent les

premières persécutions contre ces Dominicains d'Arcueil qui

consacrent noblement leur vie à l'éducation de la jeunesse.

* Rapport du 12 mai. — Perquisition dans le couvent de la

rue de l'Assomption, Religieuses accusées de complicité avec

Versailles (carton Police),

INVASION DE PARIS PAR l'iNTERNATIONALE.

a 6 mai 1871.

« Citoyen ,

« J'appelle votre attention sur les faits qui me sont signalés, et je vous recommande d'en faire une enquête sérieuse.

« Citoyen Landeau. »

u J'apprends qu'on jette par les épaules de V Internationale tous les patriotes. Je vous demande des explications immédiates à ce sujet.

« On ne se donne pas la peine de donner des motifs : une sentinelle les empêche d'entrer, et le tour est joué. Cela ne peut pas durer.

u Salut et fraternité.

« Tridon. »

U parait que V Internationale avait envahi Paris. La Commune voulut s^ opposer à cette invasion; de là l'irritation de Tridon.

RAPPORT DE POLICE

Bourse. — «La Commune, dit-on, vient de faire supprimer encore six journaux y cela fait déjà quinze en trois semaines ; dans quinze jours il n'en restera plus. Ceci est fait pour obliger les ouvriers de ces administrations à faire partie de la garde nationale , car le nombre des fédérés diminue, bien qu'à chaque combat il n'y ait que deux ou trois hommes tués et huit ou dix blessés. Au lieu de gagner quatre à cinq francs par jour, ces ouvriers ne gagneront que trente sous pour aller se faire tuer. Voilà toujours la liberté.

il Comme la colonne Vendôme , la chapelle Louis XVI va , diton, être démolie. Après, ce sera le tour de la porte Maillot, des portes Saint-Denis et Saint-Martin ; en un mol , de tous, les monuments. Tout cela porte ombrage aux citoyens de l'Hôtel de ville, qui ne veulent absolument que la destruction.

u On dit que les citoyens de la Commune ne demandent pas seulement les franchises municipales; avec cela ils veulent rester les maîtres de choisir pour eux des emplois bien rétribués pour gagner de l'argent , ce dont ils ont grand besoin. Une conciliation n'est pas possible, parce qu'ils sont trop exigeants.

il On dit qu'il y a des commandants de la garde nationale qui sont partis à Versailles, qui ont des intelligences avec les fédérés, et que le jour où les Versaillais entreront à Paris, beaucoup de gardes nationaux se rallieront à eux au moyen d'un mot d'ordre donné par ces commandants , qui seront revêtus d'un insigne particulièrement connu. M

Concorde, — « Les membres du Gouvernement de Ja défense nationale sont responsables de la guerre civile actuelle ; s'ils étaient venus directement à Paris siéger, au lieu d'aller à Versailles, cela ne serait pas arrivé. Mais l'affaire était combinée d'avance, comme la guerre avec les Prussiens.

u On les traite de brigands. »

Concorde, — « La Commune a tort, dit-on , de vouloir que tous les citoyens fassent partie de la garde nationale; il y en a un grand nombre qui ont leurs enfants, d'autres leurs frères, dans l'armée de Versailles, et c'est pour celte raison qu'ils ne veulent pas aller se battre.

a On ne fera jamais de bons soldats avec des hommes que l'on force à marcher. Ils seront plutôt nuisibles qu'utiles.

« On dit que si les fédérés sont victorieux , nous ne serons pas longtemps tranquilles, parce que les membres de l'Hôtel de ville ne sauront pas s'entendre. Car depuis qu'ils siègent , ils sont toujours en dissidence, et cela, parce qu'ils sont tous plus ambitieux les uns que les autres. Si cela arrivait, dit-on, vous verriez bientôt les Prussiens occuper Paris , attendu que la Commune n'offre pas assez de garanties. Ce n'est jamais elle qui payera l'indemnité à la Prusse.

« On accuse les Prussiens de. Versailles (Gouvernement du 4 septembre) d'être moins humains que les Prussiens de Bismarck. »

sous LA COMMUNE. 233

Quartiers populeux,

(( Beaucoup de citoyens ont déménagée, croyant pouvoir facilement louer ailleurs; mais il parait que plus Paris se dépeuple, et moins les appartements se dégarnissent (problème que mon peu de mathématiques ne me permet pas de résoudre). Voilà le mot d'or" dre des concierges. — Et si, par hasard , un Pipelet humanitaire se décide à mettre l'écriteau , alors la dragée est tellement haut placée qu'il vous est impossible de l'atteindre. Une chambre, trois cents francs, et, condition sine qua non y trois mois payés d'avance. L'armée la plus dangereuse de M. Thiers n'est pas à Versailles. Voilà ce que j'eptends dire aujourd'hui ; voilà quelque chose qui mérite d'être pris au sérieux. — Un citoyen, au milieu d'un groupe dont il captive l'attention , raconte qu'il arrive de Juvisy ; que là une grande quantité de voitures chargées de céréales , en destination pour Paris, ont été arrêtées, et que ces voitures sont gardées par un escadron de cuirassiers. — Ayant reconnu des camarades parmi ces soldats, il a bu chopine avec eux (comme l'eût fait le Père Duchêne). Les ayant interrogés sur feiir^ intentions^ ils lui firent . cette réponse : « Que la garde nationale vienne donc , nous ne demandons qu'à f. .... notre camp, n -

« L'on dit qu'un bataillon de ligne s'est rendu. Si cela se confirme, l'effet moral en sera énorme. Car il ne faut pas se le dissimuler , Paris en ce moment se tâte, et je crois même qu'il est en train de faire la traînée qui doit mettre le feu aux poudres. Quelques heureuses nouvelles, et l'explosion aura lieu. Ce seraWéritablement'la dévolution qui pointera les canons. Alors, adieu Thiers, Mont-Valérien est mort !

« Ce qui inquiète encore aujourd'hui, ce sont toutes ces batteries ve^saillaises démasquées ces jours-ci. Comment ont-elles pu s'élever sans que nos chefs le sussent? Comment se fait-il qu'aujourd'hui même d'autres batteries encore sont en voie de construction, et que l'on ne foudroie pas les travailleurs?- N'avez-vous pas de canons dans Paris? s'écrie-t-on. Montmartre, que fait-il? Il dort avant d'avoir travaillé. Braquez deux cents pièces s'il le faut, puisque vous les possédez. Exterminez nos ennemis avant qu'ils nous aient exterminés. Répondez à la foudre par la foudre. Poudre, munitions , pièces ne manquent pas. Quant aux artilleurs , il y en a à chaque coin de rue.

« Vous ne pourrez jamais faire accroire au peuple qu'il vous a

été impossible d'empêcher la construction des batteries qui nous massacrent aujourd'hui, et de celles de Gennevilliers, qui vont peutêtre demain nous envoyer leurs projectiles.

a Je répète presque textuellement tout ce que j'ai entendu à ce sujet.

u La suppression de plusieurs .journaux par le comité de salut public est généralement approuvée. — Ces gueux-là, dit -on, ils nous ont assez calomniés ! Puisqu'ils mangent aux râteliers de nos ennemis , qu'ils aillent à Versailles.

« Ce que l'on reproche au comité de salut public , c'est de ne pas encore s'être emparé de l'affaire du Moulin-Saquet pour faire un exemple terrible des complices , sinon du principal auteur de cet exécrable crime. Le peuplé veut aussi (voilà plusieurs fois que j'entends parler de cela) que Cluseret soit jugé. S'il est coupable^ qu'il soit puni; s'il est innocent, qu'il soit relâché et réhabilité d'une façon éclatante.

u Bref, la confiance se soutient. »

Plan d'une forte tête.

« Paris, le 7 mai 1871.

« Citoyen Général (La Cécilia),

« De la révolution, suite de nos désastres, il doit surgir un mouvement général, spontané, dont la France est seule capable au monde.

« L'Algérie se révolte Bien.

tt Lyon s'insurge Très-bien,

« Paris lutte avec énergie Encore mieux.

il Versailles organise Cela doit être.

u La lutte suprême ne peut ni ne doit avoir lieu. Il faut un armistice. La France y gagnera un mois , la flotte s'organisera en dehors de nos ports de guerre.

«Paris organisera à son tour, soi-disant, contre Versailles.

« Les vastes champs de l'Algérie serviront aux rassemblements formidables de troupes , sous le prétexte de l'insurrection africaine. (Les embarquements et débarquements soigneusement contrôlés.)

« L'emprunt prussien nourrira nos sangsues étrangères. (Ruine pour la Prusse, donc, reprise des hostilités.)

sous LA COMMUNE.] 235

a Le retour des hostilités viendra de la Prusse, et par-devant les nations européennes. Il sera question du démembrement de la France. (Question d'intérêt européen.)

a La France frémira , sentant sa nationalité submerg^ée par les banques diverses. Elle comprendra son rôle misérable, et voudra la lutte à outrance.

« Bismarck déclare que l'Allemag^ne ne peut être tranquille qu'autant que la France sera morte, et il traite avec elle pour la ruiner, parce qu'il n'a pas confiance dans ses troupes , et surtout dans l'empire d'occasion dit Empire d'Allemag^ne.

a Le soleil indispensable aux troupes françaises se lève , et avec lui la victoire ou la mort : cette mort étant lentement combinée par l'étranger, la France ne peut mourir qu'étendue sur ses armes brisées.

« L'opération de banque de cinq milliards doit être tentée pendant la trêve. Elle en produira deux au minimum. La Prusse alléchée , et croyant aux efforts financiers de sa rivale , désireuse de se débarrasser de ses hordes, sera bernée, et le militarisme bavarois s'usera. Avec ces fonds en caisse , la lutte est possible et la victoire est probable.

«Dans le cas où ce prog^ramme serait dans votre manière de voir, veuillez bien croire , mon Général, que je mets ma vie à votre disposition pour l'amour de mon pays , et daig^nez ag^réer, je vous prie,

a L'assurance de mon profond dévouement ,

u Signé : Lebreton ,

« Employé k TEst, ■ Comptabilité générale, bureau des livres. »

VILLE DE PARIS. — COMMISSARIAT DU QUARTIER d'aUTEUIL,

« Paris, 8 mai 1871.

« Citoyen Dupont,

u La rumeur publique accuse depuis longtemps tout le personnel ûe la maison d'arrêt de la garde nationale, rue de Boulainvilliers, de faits tellement graves que je viens d'être obligé de faire consigner le directeur, le surveillant et le concierge, et de les empêcher d'avoir communication avec le dehors. Ces faits, les voici :

u Depuis le mois de septembre , tout le quartier était indigné d'entendre le portier concierg^e Lacoste de cette prison déblatérer contre la République, et chacun s'étonnait que la République laissât en place tous les partisans de l'ex-Empereur, et qu'ils avaient l'impudeur de lui créer des ennemis et de recevoir son argent. Ces bruits me parvenaient sans cesse. J'en fis plusieurs fois des rapports. Je demandai leur cbang^ement , mais on ne tient compte de rien à la préfecture.

ii Maintenant, voici les nouveaux bruitsf que je vous signale. Le surveillant Guerber a une fille, mariée à un sous-officier des gardes de Paris.

« On a beaucoup remarqué ses va-et-vient à Versailles.

u J'ai fîiit venir cet homme; il m'a avoué que sa fille était à Versailles, et qu'elle venait souvent le voir à Paris. Les gens du quartier le savent bien, et affirment qu'elle porte des nouvelles de ce qui se passe à Paris, et que le directeur, M. Vanheldeghem , 'n'est nullement étranger à toutes ces menées réactionnaires. J'ai fait venir le directeur. Il m'a donné à entendre que s'il avait des relations avec Versailles, ce ne pourrait être que pour toucher l'argent qu'on lui doit, attendu, m'a-t-il dit, que ^Versailles pas plus que la Commune ne paieraient leurs appointements. J'ai donc dû , d'après tous ces bruits et ces plaintes de la rumeur, les £aiire consigner par la garde nationale, et je vous avertis pour que vous avisiez. Répondez-moi le plus tôt possible ce que je dois faire à leur sujet.

u Le commissaire de police cfAuteuil, u Signé : Adrien Delaibe. »

LETTRE DU CHEF d'ÉTAT-MAJOR PRUSSIEN.

Commandement supérieur, î\ I® armée, section 169, n® d'ordre 746.

, . « Quarder général, Gompiègne, 7 mai 1871.

Au commandant en chef de Paris,

M Au combat du 2 décembre 1870, le sous-officier Modersilzki du 108*' régiment de chasseurs Royal-saxon a été blessé et fait prisonnier. Il est resté jusqu'au 14 mars à l'hôpital du boulevard des BatignoUes, à cette date il fut transféré à l'Asile suisse, avenue

sous LA COMMUNE. 837

Saînt-Mandé. Comme depuis quelque temps les parents du blessé sont sans nouvelles de leur fils, le commandant supérieur prie instamment de vouloir bien donner des nouvelles dndit Modersilzki et vouloir bien le rendi*e à l'avant-poste des troupes allemandes le plus proche. Au besoin, la dame qui a soigné le blessé, Diackomisse, à Sorger, rue de Reuilly, 95 , pourra donner tous les renseignements voulus.

n En même temps, le commandant supérieur prie de vouloir bien donner des nouvelles sur l'état du blessé E. Schwartz, qui se trouve à l'hôpital de la Presse, rue de Longchamps. Il faisait partie du 7« régiment d'artillerie saxon ; il avait reçu un coup de fusil qui lui atteignit les deux yeux, le 30 novembre dernier. Par suite de cette blessure , il doit avoir perdu la vue.

u De la part du commandant supérieur de la IIP armée.

« Le chef (T état-major,

u Signé : de Schlotheim, ■ Général-major. »

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

COMMUNE DE PABIS. COMITÉ DE SALUT PUBLIC

M Paris, 7 mai 1871.

u Citoyen Délégué,

« Le comité reçoit de nouvelles plaintes sur l'état-major du colonel Wetzel à Issy , que l'on accuse , et non sans raison , d'après ce qui est rapporté, de négligence et d'abus de boisson. ■ u Nous vous signalons ce fait, Citoyen, afin que vous puissiez prendre des mesures en conséquence, u Salut fraternel ,

u Pour le comité de salut public ,

« Le secrétaire de la guerre ,

u Signé : A. Héruette. n

L'intempérance du zèle est un des mensonges ordinaires de la conscience et l'expédient de la lâcheté. Pendant que la voix intérieure condamne une cause , la main se montre féroce pour la servir. Un soir, j'étais allé me promener du côté de la place

d'Eylau. Un ceitain nombre de fédérés y causaient et y buvaient. Je remarquai bientôt que j'étais suivi par un militaire en* veloppé dans un large manteau. Après avoir fait cinquante pas à peu près , je m'arrêtai brusquement pour laisser passer devant moi le personnage. Il passa en effet, mais se détournant de mon côté : a Vous allez à Paris, sans doute? me dit-il. — Et que vous importe! ai-je à vous rendre compte de ma conduite? Je vais où bon me semble. — Soit. Mais mes camarades m'ont chargé de vous surveiller. Vous savez , en ce temps-ci, on ne sait trop à, qui on a affaire. — Je ne croyais pas avoir, quant à moi, affaire à un mouchard. Dites à vos camarades, qui vous ont chargé de me surveiller, de venir me trouver. » A ce mot moticAaré/,- voilà un homme qui se recule, ouvre son manteau , jette un cri d'indignation et i^it de grands gestes, a Alors, puisque c'est comme ça, je vais vous conduire au poste. — A la bonne heure , je suis prêt à m'y rendre. J'y trouverai d'honnêtes gens. » Le terrible homme se rapproche tout à coup de moi, et changeant de ton : « Au fait, vous avez raison, me dit-il, il n'y en a plus que là. » Et puis , avec cette intempérance française de langage que l'usage du vin porte à l'excès, il m'ouvre son cœur, me fait des confidences : a Cette existence lui est odieuse; plût à Dieu qu'on en finisse aujourd'hui, cette nuit même! Il appartenait à l'infanterie de marine , et la Commune a fait de lui un artilleur, chef de pièce au Point-du-Jour, où il sert un canon de 30 qui tire sur le Mont-Valérien et blouse à chaque coup. C'est une guerre stupide , abominable ! Ah ! quel malheur ! » Enfin , mon ami récent, qui a bien voulu me rendre son estime en m' accordant sa confiance , m'invite à boire, seule consolation raisonnable en ces temps douloureux !

Voilà un homme qui aura été sûrement fusillé ; il le méritait sans doute beaucoup plus que d'autres qui ont partagé son sort, pauvres diables auxquels il n'a pas convenu de fuir le péril à l'heure inévitable de la défaite d'une cause qu'ils avaient servie à contre-cœur.

C'était par un usage ou un abus continuel de l'alcool qu'oa parvenait à rendre ces malheureux insensibles à leur honte et

sous LA COMMUNE. 239

à leurs remords, ou qu'eux-mêmes y échappaient en s'étourdissant. Aussi, après m^avoir invité à boire avec lui, le marin, devenu artilleur, entra seul au cabaret, et peut-être n'avait-ii fait mine de m'arrêter que dans l'espoir que je l'y conduirais.

D'autres fois, vous étiez tout surpris d'entendre exprimer les sentiments les plus élevés. « — Je tiens autant à la liberté pour les autres peuples, disait devant moi un garde national, que pour la France. » Où diable cet imbécile allait-il placer sa sollicitude ! Comme c'était bien le moment, lorsque la France était agonisante et qu'on travaillait à la tuer tout à fait , de se préoccuper du bonheur du genre humain ! Mais cet apôtre de la félicité universelle avait été touché du souffle de V Internationale , qui enseigne que tous les pays doivent être indifférents au travailleur, et que le véritable ennemi pour celui-ci est le détenteur du capital. Les Prussiens sont nos frères!!!

Bien ne va mieux à la jactance française. Dans un vaste cœur, le genre humain prend tant de place, qu'il n'en laisse plus à l'amour du sol natal. Patriotisme?., rengaine, préjugé, sottise! Nos frères sont ceux qui ont nos sentiments, c'est-àdire nos intérêts, nos appétits et nos colères, qu'ils soient en Allemagne , en Angleterre , en Russie ou en France !

RAPPORTS DE POLICE

Quartiers populeux.

it L'écho antique changeait, dit-on, en paroles de louanges les imprécations que le peuple lançait parfois à l'Olympe. Aussi Jupiter se croyait adoré. Moi , fidèle écho de la rue , je ne cherche pas plus à pallier les attaques qu'à amoindrir les éloges. Sifflets et bravos , tout entre dans ma besace de reporter. Aussi l'on peu,t me croire quand je dis qu'aujourd'hui, quoique nouvellement arrivé sur la grande scène , le citoyen Rossel a déjà beaucoup d'admirateurs.

« Oui , dit-on , il y a dans cette jeune enveloppe un parfum de « génie. Après le César de la tyrannie , voici peut-être le César de la délivrance.

u Heureux celui qui peut se faire un nom en servant la cause de P humanité!

u Les élections de province donnent beaucoup de confiance. L'on s'en occupe vivement dans Jes groupes , et l'avis g^énéral est que si Paris tient encore quelques jours, Versailles , à son tour assiégé par la province, sera forcé de mettre les pouces. Des citoyens demandent à passer les menottes à ces pouces-là.

u J'entends dire dans un rassemblement assez considérable qu'il n'y a plus qu'une route pour aller à Versailles, si l'on veut tenter un grand coup; on la trouverait par le plateau d'Avron, en traversant la Marne, comme le général qui aura une page dans l'histoire des revenants. — Je ne sais si cela est praticable, dit un citoyen; mais ce dont je suis sur, c'est que si nos généraux l'entreprennent, ils reviendront victorieux ou bien morts.

u Dans un autre groupe, une citoyenne raconte qu'elle arrive de province, et qu'aux alentours de Paris elle vient de voir des masses d'hommes se sauvant à pleins champs (sic). La plupart de ces hommes avaient des blouses et des pantalons rouges. Elle assure que ce sont des soldats qui s'enfuient de Versailles. (Applaudisse* ments de tous ceux qui reçoivent cette nouvelle.) Ah! si l'on pouvait apprendre un grand succès! Je le répète encore, nous verrions alors la Révolution. Nous n'avons eu jusqu'à présent que le chant du coq en annonçant le jour; ce jour est-il proche ou éloigné? Je ne sais, mais je connais son nom , il s'appelle la bonne nouvelle.

u II se dit aujourd'hui dans les groupes des choses incroyables (et pourtant ce mot incroyable devrait être rayé du dictionnaire). Il se dit que sur les tours des églises, sur les monuments élevés, l'on voit faire des signaux toutes les nuits; que ces signaux, quoique faits sur des églises^ ne semblent pas catholiques.

« Aussi tout le monde de s'écrier : Vous le voyez bien,* l'on nous trahit.

« Que le Comité central veille à cela. Si ce sont nos signaux qui marchent , que par une affiche l'on en prévienne le peuple. Si , au contraire, ces lumières se nomment phares de la trahison, que les lâches qui les dirigent soient arrêtés, et qu'on les fusille suiviechamp. (Voilà.ce que dit le peuple.) A cela l'on ajoute : A quand le premier acte véritablement énergique du comité de salut public ?

« Tous les gardes que je consulte sont très-contents de voir le Comité central ^oner enfin un rôle important dans le grand drame du moment.'

sous LA COMMUNE. 241

u Dombrowskî, lui aussi, a toute la confiance du peuple. . « Voici un joli petit trait du général de Bellemare. (Ceci se dit dans un groupe, jugez de l'effet.) Apercevant au loin un mouvement de troupes , ce Fouinard émérite commande le feu. Après cinq minutes d'un crépitement sinistre, un aide de camp arrive ventre à terre.

« Arrêtez, général, crie-t-il , faites cesser le feu. Vous avez fait tirer sur nos mobiles.

« — Bah ! fait froidement le général, il en restera toujours assez. »

« Les enterrements de nos frères se succèdent. Les corbillards, ornés des drapeaux de la Commune, passent journellement au milieu d'une foule enfiévrée par la haine. Ce n'est pas la vue de ces cortèges, au sinistre poétique, qui donne la défaillance. Non!... au contraire. Je n'entends sur leur passage que des mots comme ceux-ci :

« 11 faut bien un lac de sang, il y a tant de tyrannies à noyer!

a Paris, généralement, est calme aujourd'hui. »

Nous ne ferons pas l'injure au général de Bellemare de démentir le propos que lui prête le chroniqueur communeux. Nous rapportons les rumeurs plus ou moins insensées de la rue, nous ne les réfutons pas.

La Commune décrète : « La commission de la guerre, de concert avec le délégué à la guerre, réglementera les rapports du Comité central de la garde nationale avec l'administration de la guerre. » — « Le Comité central ne peut nommer à aucun emploi. Il propose les candidats à la commission de la guerre, qui décide. » ^

Il y avait alors quatre pouvoirs en lutte : le délégué à la guerre, Bossel; — le comité de salut public; — la Commune; — le Comité central, — sans parler des généraux, qui ne s'entendaient pas.

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