‹ Le fond de la société sous la CommuneChapitre 50 sur 117 · LES PRCS8IEN8 SONT NOS FRERES ! GENDARMES TUES ▲ COUPS DE BOTTE · texte numérisé non relu

LES PRCS8IEN8 SONT NOS FRERES ! GENDARMES TUES ▲ COUPS DE BOTTE

Quartiers populeux.

u Journée des plus calmes. La mairie du XP arrondissement est tendue de noir. C'est le deuil pour le plébiscite du 8 mai 1870.. Cela produit un très-bon effet sur les masses. « Oui , disent les femmes, ce jour doit être consacré à la mort, il a fait assez de veuves et d'orphelins. »

u Ce qui prime surtout dans les conversations des rues , c'est la ^glorification du Prussien. La Prusse est dans toutes les bouches. u Àh! c'est bien, dit-on, ce qu'ils font aujourd'hui. Voyez comme ils respectent la neutralité. 11 ne dépendrait que d'eux que la balance penchât du côté des Yersaillais. Qu'ils nous affament , et c'en est fait -de la Commune. Oui ; mais ils ne le veulent pas , parce que, quoi qu'on en dise, il y a de la loyauté chez ces hommeslà , et qu'ils savent bien que le bon droit est à Paris — Oui, répondon en chœur^ ce sont des hommes loyaux ! Ils n'ont fait chez nous que ce que nous, aurions fait chez eux , si Bismarck , à l'égal de Trochu et consorts , avait vendu son pays. Ils ont horreur de ces Judas , et si leurs canons ne devaient rester neutres , ils cracheraient peut-être au nez du Mont-Yalérien , etc. , etc. L'ennemi d'aujourd'hui nous fait oublier celui d'hier. » Tout en ne partageant pas au même degré l'admiration que l'on a pour nos envahisseurs, j'y applaudis de tout cœur, puisqu'elle dissipe les craintes que les forts occupés par les Allemands faisaient naître.

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« Les élections de province accentuant de plus en plus l'esprit de la France , remontent le moral. C'est en quelque sorte le seul objectif dés conversations d'aujourd'hui. Que les listes républicaines l'emportent dans le ballottante , et Paris ne doutera plus du triomphe commun. Paris est une tête fprte, mais encore lui faut-il un corps, quelque frêle soil-il.

u Un citoyen blessé légèrement à la main dans une des dernières affaires raconte qu'à Issy, à la suite d'un combat acharné , il a vu des monceaux de gendarmes gisant à terre. ( Parmi eux , quelques soldats du despotisme n'étaient point encore morts, mais la rage des fédérés était tellement grande, qu'ils furent achevés à coups de botte sur la tête. ) Ce garde ajoute : « Nous avions fait prisonniers beaucoup de lignards. Ceux-ci nous dénoncèrent dix sergents de ville qui se trouvaient parmi eux. Nous les fîmes sortir des rangs, et nous les fusillâmes immédiatement. » Eh bien, j'ai regardé toutes les figures durant ce récit. Elles étaient mornes. Pas de joie dans les yeux... Non. Ces actes barbares^ commis par des républicains , venaient éteindre complètement le charme qu'aurait produit la nouvelle d'un succès, sans représailles de notre part.

« Le peuple est bon. Qui l'ignore? Il maudit nos ennemis, parce qu'ils sont les apôtres du mal ; il aime la République , parce qu'elle est la prêtresse du bien. Donc, nous soldats, nous ne devons combattre que sous le drapeau qui a pour devise : Humanité, n

Renouvellement du Comité de salut public; sont nommés-: Ranvier, Antoine Arnaud, Cambon, Eudes, Delescluze. A partir de ce jour, où Rossel donna sa démission, l'influence de Delescluze est prépondérante dans le gouvernement et la direction des opérations militaires. Désormais , il est évident pour tous les hommes qui raisonnent un peu, que la partie engagée par la Commune est perdue. Delescluze était mieux placé que personne pour le savoir ; le patriotisme , dans cette nature ardente et rongée par la fièvre, malade comme Marat au moment où l'avait frappé le couteau de Charlotte de Corday, avait été étouffé par la rage et par la haine.

Voici la lettre insolente par laquelle Rossel rendit compte publiquement des motifs de sa retraite.

tt Paris, 9 mai 1871.

« Citoyens Membres de la Commune ,

« Chargé jiar vous à titre provisoire de la délég^ation de la guerre, je me sens incapable de porter plus longtemps la responsabilité d'un commandement où tout le monde délibère et où personne n'obéit.

« Lorsqu'il a fallu organiser l'artillerie, le comité central d'artillerie a délibéré et n'a rien prescrit. Après deux mois de révolution , tout le service de vos canons repose sur l'énergie de quelques volontaires , dont le nombre est insuffisant.

u A mon arrivée au ministère, lorsque j'ai voulu favoriser la concentration des armes, la réquisition des chevaux, la poursuite des réfràctaires, j'ai demandé à la Commune de développer les municipalités d'arrondissement.

« La Commune a délibéré et n'a rien résolu.

u Plus tard, le Comitécentral'de la Fédération est venu offrir près- . que impérieusement son concours à l'administration de la guerre. Consulté par le comité de salut public, j'ai accepté ce concours de la manière la plus nette, et je me suis dessaisi en faveur dès membres de ce comité de tous les renseignements que j'avais sur l'organisation. Depuis ce temps-là , le Comité central délibère, et n'a pas encore su agir. Pendant ce délai , l'ennemi enveloppait le fort d'issy d'attaques aventureuses et imprudentes dont je le punirais si j'avais la moindre force militaire disponible.

(( La garnison, mal commandée, prenait peur, et les officiers délibéraient, chassaient du fort le capitaine Dumont, homme énergique qui arrivait pour les commander, et tout en délibérant évacuaient le fort, après avoir sottement parlé de le faire sauter, chose plus impossible pour eux que de le défendre.

(( Ce n'est pas assez. Hier, pendant que chacun devait être au travail ou au feu, les chefs de légion délibéraient jiour substituer un nouveau système d'organisation à celui que j'avais adopté , afin de suppléer à l'imprévoyance de leur autorité, toujours mobile et mal obéie. Il résulta de leur conciliabule un projet au moment où il fallait des hommes , et une déclaration de principes au moment où il fallait des actes.

u Mon iîidignation les ramena à d'autres pensées , et ils ne me promirent pour aujourd'hui , comme le dernier terme de leurs efforts , qu'une force organisée de douze mille hommes avec lesquels

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je m'engage à marcher à l'ennemi. Ces hommes devaient être réunis à onze heures et demie ; il est une heure , et ils ne sont pas prêts; au lieu d'être douze mille, ils sont environ sept mille. Ce n'est pas du tout la même chose.

u Ainsi , la nullité du comité d'artillerie empêche l'organisation de l'artillerie ; les incertitudes du Comité central de la Fédération arrêtent Tadministration ; les préoccupations mesquines des chefs de légion paralysent la mobilisation des troupes.

u Je ne suis pas homme à reculer devant la répressio*n , et hier, pendant que les chefs de légion discutaient, le peloton d'exécution les attendait dans la cour. Mais je ne veux pas prendre seul l'initiative d'une mesure énergique , endosser seul l'odieux des exécutions qu'il faudrait faire pour tirer de ce chaos l'organisation , l'obéissance et la victoire. Encore si j'étais protégé par la publicité de mes actes et de mon impuissance , je pourrais conserver mon mandat. Mais la Commune n'a pas eu le courage d'affronter la publicité. Deux fois déjà je vous ai donné des éclaircissements nécessaires , et deux fois , malgré moi , vous avez voulu avoir le comité secret.

u Mon prédécesseur a eu le tort de se débattre au milieu de cette situation absurde.

« Éclairé par son exemple, sachant que la force d'un révolutionnaire ne consiste que dans la netteté de la situation, j*ai deux lignes à choisir : briser l'obstacle qui entrave mon action ou me retirer.

« Je ne briserai pas l'obstacle , car l'obstacle, c'est vous et votre faiblesse : je ne veux pas attenter à la souveraineté publique.

u Je me retire, et j'ai l'honneur de vous demander une cellule à

Mazas.

u Signé : Rossel. «

«Rossel, dit M.Malon, n'attendit pourtant pas sa cellule à Mazas ; il réussit à s'échapper, grâce au concours de Charles Gérardin, dont la conduite, en cette circonstance, ne mérite pas les

accusations emportées dont elle fut l'objet 11 y eut un peu de

fermentation à Montmartre, et les BatignoUes furent militairement occupées par quatre bataillons de Belleville. Aucun trouble n'eut lieu néanmoins : la situation était trop tendue pour que l'on pût faire y sans crime, une agitation à l'intérieur. »

Nous reproduisons avec intention ee passage de M. Malon, comme un exemple curieux du désordre intellectuel de ces

malheureux apôtres de la Commune. Ypilà un homme qui trouve qu'une émeute aux BatignoUes, à l'occasion de la destitution de Rossel , aurait reçu de la gravité de la situation le caractère d'un crime, et à ce même homme il parait on ne peut plus légitime pt méritoire que Paris se soit insurgé contre la nation elle-même, représentée par l'Assemblée, en face d'un ennemi victorieux , tout-puissant et mattre de la moitié de la France!... La situation n était pas tendue; la Commune ne créait pas une agitation à l'intérieur! M. Malon l'admire, mais il n'eût pas trouvé de parole assez sévère pour qualifier une fermentation trop bruyante à Montmartre et aux Batignolles !

. Nous avons feuilleté, aux Archives de la justice militaire, un registre composé de feuilles de papier buvard renfermant les dépêches expédiées par les délégués à la guerre et presque toutes écrites de leur main. On y trouve les traces de l'activité qu'ils ont déployée, particulièrement Rossel. Dans l'espace de huit jours à peu près qu'a duré son règne , il n'a pas écrit moins de deux cents dépêches. Donnons un aperçu du contenu de ce registre :

Le 1*' mai, 31 ordres ou missives, entre autres la réponse au commandant Laperche ;

2 mai, 27;

3 mai , de la page 89 à la page 114 ;

4 mai, de la page 114 à la pageU43;

5 mai, de la page 144 à la page 182;.

Du 6 au 9 mai inclusivement, de la page 182 à la page 236.

Léon Arnold prend la- signature , après la retraite de Bossel, à partir du 10 mai; Delescluze, à partir du II, et il la gardé jusqu'au 21 mai. Coïncidence singulière ! L'existence de la Commune finit avec la contenance du cahier, dont la dernière page, 300, est remplie. Il ne restait plus à la Commune un jour à vivre et au cahier une page à donner à son histoire.

Aussitôt que Bossel eut été fait prisonnier, quelques jours après

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l'insurrection, il fut conduit à Versailles et subit devant le grand prévôt, M. Hincker, un premier interrogatoire. A la question qui lui fut posée sur le motif qui l'avait fait entrer dans le parti de la Commune, il répondit quil^ la croyait la plus forte; qu'à la vérité il s'était trompé, mais que si la Commune l'eût emporté, non-seulement t armée avec les maréchaux de France , mais la magistrature elle-même, mais tous les corps constitués, se fussent empressés de faire acte d* adhésion : n'est-ce point ainsi que les choses s'étaient passées au 29 juillet 1830, au 24i février 1848, au 2 décembre 1851, et, en dernier lieu, au 4 septembre 1870?

Si détestable que fût l'argument de Rossel, il était celui des partisans de la Commune les plus éclairés. Je voyais souvent alors un ancien élève de FEcoie polytechnique, comme Rossel, qui avouait hautement ses sympathies insurrectionnelles. Il n'y a pas d'exemple, disait-il, qu'une révolution faite à Paris n'ait pas été acceptée en province. Nous avons pour nous le peuple et tout ce qui se rattache à lui par les intérêts , dans l'armée et ailleurs. Reste la question de force. Nous nous croyons les plus forts derrière des remparts inexpugnables. L'avenir décidera : attendons la fin du spectacle.

Rossel était un jeune homme dévoré d'ambition , travailleur ardent , esprit sans mesure , froidement exalté , comme Saint- Just, qui était son héros, rigide jusqu'à la cruauté, et qui devait peut-être à des habitudes de chasteté, bien rares à son âge, une énergie de volonté qui en eût fait un homme supérieur, s'il l'eût mise au service d'une bonne cause.

Rossel fut jugé , condamné à mort ; son exécution eut lieu le 28 novembre 1871.

M. Borgella, aide de camp de Rossel, qui s'intitule lieutenant-colonel d'artillerie de l'armée de Paris, a publié à Londres, en 1871, des petites brochures, sous enveloppe verte, qui portent pour titre : Justice ! Nous donnerons un échantillon de leur style en empruntant quelques lignes à l'une d'elles, dédiée à M, Rossel , chef d'escadron du génie, et à madame Rossel, père et mère du général Rossel. Les membres de la commission des grâces sont ainsi apostrophés :

« Vous verrez, sachez-le, se dresser un matin , et pour vous tous, les potences de Montfaucon.

(( Et vous serez là , pendus , la face convulsée , la langue grosse , toute bleue , et les yeux jaillissants.

(( Mais il serait doux, ce châtiment. 11 n'aurait rien encore de riioriible douleur que vous avez infligée à madame Rossel, cette mère qui se roulait suppliante à vos pieds. Martel ; à M. le commandant Rossel , ce brave soldat, ce père, qui vous a dit : « Vous êtes un assassin, Monsieur Thiers. »

« Aussi saurons-nous trouver vos enfants et vos femmes. — Mais ont-ils des enfants et des femmes, ces êtres-là?

u Et nous les mènerons sous les potences.

u Et sous vos cadavres , nous les ferons danser ; et ils danseront en mesure, car c'est nous qui la battrons, la mesure, avec nos cravaches, sur leurs épaules. »

On voit que c'est corsé ! Maïs ont-ils des femmes et des enfants ^ ces êtres-là! laisse peu de chose à désirer en énergie, surtout si Ton tient compte des cravaches qui battent la mesure sur les épaules des femmes et des enfants , forcés de danser la carmagnole autour des cadavres de leurs maris et de leurs pères. . Y! hébertiste dont nous avons rapporté la lettre est plus obscène, mais moins farouche. Voilà une littérature qui promet, et en prenant le raffinement de cruauté de Tun et le raffinement de lubricité de l'autre, on composerait un joli marquis de Sade , au style près.

LES PRUSSIENS i^PRÈS l'aRMISTICE.

Relations extérieures au comité de salut public,

• « Paris, 9 mai 1871.

u II résulte d'un rapport transmis hier, 8 courant, aux relations extérieures , que la commune de* Bagnolet est en armes.

(I II paraîtrait que des hommes en bourgeois sont venus dans cette commune, armés de revolvers et de cannes à épée, et ont arrêté quatre habitants du pays. Ils sont arrivés dans ce pays après l'arrestation de deux gardes nationaux par les gendarmes.

(' Ces quatre personnes sont qualifiées par les habitants de voyous

sous LA COMMDHE. Si9

et de parlageux. Actuellement les habitants , au nombre de trois cents, sont armés de fusils à tabatière et de chassepots, d'après f ordre qu'ils en ont reçu des Prussiens.

u Pour la commission des relations extérieures. « (Cachel de la Commune de Paris.)

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

COMMUNE DE PARIS. — COMITÉ DE SALUT PUBLIC

• Paris, le 9 mal 1871.

II GlTOIEN,

" Je vous adresse le citoyen Bourgeat , ex-commandant de ta canonnière la Liberté, qui s'offre pour armer les bastions de pièces de 19 , qu'il saura trouver, ainsi que leurs affûts, dans un endroit qu'il vous désignera.

H-Veuillez l'entendre un instant, et profiler, s'il y a lieu, de ses commilnica lions.

II Salut fraternel.

II Pour le comité de salut public.

a Signé : A. Héruette. "

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