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LA CONCURRENCE ET LE MONOPOLE SOUS LA COUUUNE

Les deux pièces qui suivent sont d'un Haut intérêt, parce qu'elles montrent l'impuissance absolue de la Commune en matière d'organisation du travail. Elle a proclamé la légitimité de la revendication sociale, établi le but de la révolulion (|iii va substituer le prolétariat à la bourgeoisie, la seule classe, ditelle, qui ait bénéficié de la révolution de 1789; mais ;iu premier pas qu'elle fait dans cette voie , elle se trouve arrctce par les difficultés de la situation. D'une part, comme gouvenicnicnt elle doit ménager les deniers des contribuables et ne pas se laisser exploiter; mais alors on l'accusera dt exploiter la détresse des citoyens auxquels elle demande du travail, à certaines conditions. On lui défend de s'adressera ta concurrence; on lui signifie que les ouvriers vont tous se concerteret signer un contrat fédératif. Ceux-ci feront la lui, et malbeur aux bourgeois.

malheur à la Commune qui a Tinfamie de suivre les anciens errements! Les réformateurs vont échouer misérablement dans une des questions les plus redoutables et les plus complexes du problème social. Hélas ! il ne suffit pas de décréter qu'on protégera le travail contre le capital, qu'on assurera au travail, en l'organisant, une rémunération légitime et suffisante; il faut pouvoir, il faut savoir, et moins qu'aucun de ceux qui ont médite et traité ces matières, la Commune savait. Un jour, elle interdisait aux boulangers le travail de nuit; un autre jour, elle ordonnait que les ateliers fussent ouverts, et elle défendait aux ouvriers de s'y rendre en leur prescrivant le service militaire. Dans notre pays , on a souvent confondu le génie de l'organisation avec la manie de la tyrannie. La Commune tyrannisait.

Rapport sur ta délégation de Lévy-Lazare et Évette à f habillement

militaire.

u Aux termes de l'arrêté de la Commune , en date du 4 mai ,

it La commission du travail et de l'échange a, par une délégation, pris connaissance des marchés conclus à l'habillement militaire.

« n résulte du rapport présenté par les délégués que, depuis le 18 mars , l'administration , séduite par les offres des industriels , aurait baissé les prix des façons dans une proportiop assez notable.

<( De prime abord , des raisons assez spécieuses viennent appuyer cette manière d'opérer. La Commune ayant à traiter des marchés, a conclu* avec les meilleurs offrants, c'est-à-dire avec ceux qui lui demandaient lès prix les moins élevés.

« Avec ce système , les façons baisseront encore bien davantage , car l'entrepreneur qui fait une pareille affaire ne court aucun risque, puisqu'il ne foit en réalité qu^ échange de salaires. Que lui importe de soumissionner au rabais? Les ouvriers et ouvrières, pressés par le besoin de travail, ne sont-ils" pas là pour supporter seuls la diminution du prix de la main-d'œuvre?

« La Commune peut ouvrir une enquête; elle est bien facile. Étant donnés les marcbés C. Monteux, Bernards, à trois francs soixante -quinze centimes les vareuses et deux francs cinquante centimes les pantalons , il est impossible que le prix des façons que les entrepreneurs payent aux ouvriers et ouvrières représente des journées suffisantes pour qu'ils puissent vivre.

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il Quant à eux , exploiteurs , ils font leur fortune sans avoir contre eux aucune chance de perte : entre le marché de la Commune et la façon qu'ils accordent, il y a toujours une différence suffisante pour qu'ils remplissent leur bourse.

Il Le Gouvernement du 4 septembre, lui-même, avait redouté l'effet d'un pareil trafic , et les marchés passés sous son administration n'ont jamais eu pour base l'enchère au rabais.

u II se présente dans le cas présent une objection : si les entrepreneurs se chargfent des vareuses à trois francs soixante-quinze centimes , peut-on recourir à l'association , en donnant à celle-ci six francs de façon? Car en admettant que l'association entreprenne pour trois francs soixaiite-quinze centimes (ce qu'elle ne veut pas) y on trouvera toujours des entrepreneurs qui soumissionneront pour trois francs; faudra-t-il alors abandonner les associations pour recourir aux exploiteurs?

a Dans cette concurrence infâme, la Commune perd sa dig^nité, et les ouvriers et ouvrières verront diminuer successivement leurs salaires déjà insuffisants.

a La question est ainsi posée : des exploiteurs profitant de la misère publique pour baisser les salaires de la Commune , assez aveugle pour prêter la main à de pareilles manœuvres.

« En effet , il est inutile et immoral d'avoir recours à un intermédiaire , qui n'a d'autres fonctions que de prélever un impôt sur la journée des travailleurs qu'il occupe. C'est continuer l'asservissement des travailleurs par la centralisation du travail entre les mains de l'exploiteur ; c'est continuer les traditions échang^istes des régimes bourg^eois, ennemis acharnés, par intérêt^ de toute émancipation de la classe ouvrière.

a On ne saurait non plus inyoquer l'état de nos finances , car, comme le fait très-bien remarquer le rapport de la délégation , si le travail ne suffit pas pour nourrir la famille , celle-ci a recours aux bureaux de bienfaisance^ qui d'un autre coté grèvent le budget. C'est une vérité économique iiicontestable : l'ouvrier viendra demander à la charité ce que le travail n'aura pu lui procurer. Seul , l'intérêt de l'exploiteur est garanti dans cette affaire, ainsi qu'il est démontré plus haut.

tt En principe, nous l'avons admis dans toutes nos études sociales. Lorsque dans Vépoque transitoire l'individu souipissionnera pour un travail de l'État , il devra, par un cahier des charges , indiquer le prix de la main-d^ œuvre, car si le prix de la main-d'œuvre

reste comme aléa dans les marchés , c'est lui seul qui supporte les rabais.

a Cela ne peut se faire autrement , et dans le cas présent , il n'existe aucun cahier des charges. Rien ! rien qui puisse garantir le travail contre l'exploitation à outrance!

« Et le travailleur est aux remparts. Il se fait tuer pour ne plus subir cette même exploitation ! »

« Les commissions du travail et de l'échange demandent que les marchés qui pourront être directement passés avec les corporations leur soient confiés.

w Les prix seront arbitralement fixés avec l'Intendance, la chambre syndicale, de la corporation , et une délégation des commissions du travail et de l'échange.

« Le membre de la Commune ^ délégué à la commission du travail et de C échange.

u Signé : Léo Frankei,. n

MARCHÉS POUR l'hARILLEMENT MI<LITAIRE.

Rapport au citoyen délégué aux travaux publics.

« Dans notre examen des marchés passés jusqu'au 25 avril 1871, nous avons constaté que les vareuses étaient payées six francs de façon par la ville , et les pantalons trois francs cinquante centimes. Avec cette rétribution, il était possible de faire manger les ouvriers et les ouvrières qui faisaient ce travail. Mais à partir de cette date, le prix de confection de ces vêtements a été offert par des exploiteurs aux prix de quatre francs et même de trois francs soixantequinze centimes par vareuse, les pantalons à deux francs cinquante centimes. Ces marchés sont en voie d'exécution. 11 résulte de ceci que le prix déjà si faible de façon sera baissé de près de moitié, et que ceux qui feront ce travail ne pourront vivre ; de sorte que la révolution aura amené ceci : que le travail de la Commune pour la garde nationale sera payé beaucoup moins que sous le Gouvernement du 4 septembre, et alors on pourra nous dire que la République sociale a fait ce que ceux qui nous assiègent actuellement n'ont pas voulu faire : diminuer les salaires.

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« Car il s'agit de savoir si la Commune veut aider le peuple à vivre par l'aumône ou par le travail. On nous dit que le g^ouvernement est forcé de compter et de faire des marchés au plus bas prix possible.

u Nous tenons' à constater et à bien établir que le cas présent n'est ni commercial ni spécial ; que , au contraire , toute la population ouvrière y est intéressée , et il est évident que, si au lieu de {ja{jner trois francs par jour, l'ouvrière ne gag^ne qu'un franc , il faut nécessairement qu'elle s'adresse aux cantines ou aux bureaux de secours ; ce qui revient au même comme déboursé par la Commune, et il est incontestable que la moralité en souffre.

u II nous est sensible d'être contraints à faire un rapport si peu en harmonie avec ce que devaient être les actes d'un .gouvernement socialiste, et nous constatons avec peine que les exploiteurs qui offrent les plus bas prix sont encore privilégiés.

« Les associations ouvrières ne peuvent se résoudre à remplir un rôle qui consiste à proBter de la misère publique pour baisser le prix du travail , et cependant, si la Commune veut avoir de bonnes fournitures et du travail bien fait, elle doit s'adresser aux ouvriers mêmes qui composent la corporation des tailleurs de Paris ; car nous afBrmons qu'il n'est pas possible d'établir des vêtements dans des conditions convenables avec les prix qui ont été soumissionnés par les derniers signataires des marchés.

« Nous tenons à mettre la Commune en garde contre un pareil écucil, qui serait un coup porté aux plus grands principes de la révolution sociale, que nous devons à tout prix conserver pure de toute tache de ce genre , et ne pas affaiblir par de petites spéculations la grandeur et le prestige du mouvement qui s'accomplit.

<( Il faut absolument que le délégué aux travaux publics fasse comprendre à la Commune qu'elle ne doit pas s'appesantir sur les bas prix qui lui sont offerts par les exploiteurs.

u II est reconnu que les associations ouvrières ne peuvent lutter aujourd'hui concurremment , et qu'elles ne le pourront jamais , si elles ne trouvent un appui matériel et moral.

u La baisse des prix de production ne viendra que lorsque les associations s'appartiendront.

u Nous concluons en demandant que les prix des façons des vêtements de la garde nationale restent tels qu'ils ont été depuis huit mois, et que tous les marchés et entreprises concernant l'habille-

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