LE F^OND DE LA SOCIÉTÉ
ment soient, autant que possible , livrés à la corporation des ouvriers tailleurs.
u Association f chambre syndicale , société de résistance^ ces trois groupes , qui en sont les mandataires , viennent de déposer entre nos mains un contrat fédératif qui met à notre dis'position les vingt ou trente mille ouvriers de cette profession.
u Les délégués de t habillement militaire.
u Signé : Lév\-Lazare, Évette. n
Séance du Comité central,
u La VALETTE est nommé président.
u JossELiN dit de nommer un président pour quelques jours.
«Appel nominal est fait.
u Lacorre demande l'application du règlement pour les commissions qui manquent.
« Lecture de l'affiche du citoyen Lacord.
u Lacorre approuve Taffiche , mais il blâme la commission qui fait afficher sans en donner connaissance au Comité.
a Heùzelot a dit à Lacord que toutes les signatures du Comité devaient figurer sur l'affiche.
u La commission d'infanterie explique son retard.
u Baroud dit qu'on n'a pas donné connaissance de l'affiche parce qu'il y avait urgence.
u Rousseau dit qu'un citoyen vient de lui demander des mitrailleuses pour chasser les Versaillais d'Issy.
u Prudhomme dit de soumettre la question à Rossel.
« Rousseau dit que c'est inutile ; que Rossel ne veut pas.
« Avoine dit que l'armée fédérée à Issy n'a aucun canon , et que lorsque la demande en a été faite à Rossel , il a répondu : Allez chercher ceux qui sont à Issy, que vous avez laissés.
u Lacorre dit que Rossel connaît la situation^ et que l'on doit s'en rapporter à lui.
« Prudhomme dit : Aujourd'hui on nous tend un piège, et on veut nous faire peser une grande responsabilité si nous voulons nous mêler de l'action.
« Pyat dit de faire une réponse à l'article du Père Duchéne, et lit une affiche constatant les pouvoirs du Comité central ; il proteste contre les propos malveillants qui lui sont adressés.
sous LA COMMUNE. 255
u Lagorre n'approuve pas ]a rédaction , et dit de nommer une commission à l'effet de rectifier la rédaction.
u La famille du colonel Meyer demande que l'on statue sur la position de ce citoyen; il est malade, il souffre; elle demande les causes de son arrestation.
« SouDRY dit que Meyer est un réactionnaire de la pire espèce. Il donnera des renseignements.
u Avoine dit qu'il s'est opposé à un arrêt.
ti Prudhomme dit qu'on lui a demandé si Meyer est un ami du nommé Levis qui est à Versailles , et qui a des correspondances . avec lui.
« SouDRY dit que Lévis est un ami intime à Meyer.
« Renvoyé à la commission d'enquête.
« La VALETTE dit que son nom a été employé pour des actes arbitraires, il ajoute que c'est déplorable.
« Le président lit une lettre du XIII' arrondissement, annonçant au Comité central qu'un vote a été fait, le I*' mai , à l'effet d'élire le citoyen Censier ; un mandat d'arrêt a été envoyé contre lui.
« Avoine dit de faire des enquêtes dans toutes les légions, car les élections ne sont que des cabales.
« Rousseau lit la rédaction. — Elle est adoptée.
« Prudhomme demande d'envoyer immédiatement à quelques journaux,
« Mvlley donne la commission du XVIP arrondissement. Les élections faites dans le XVII" arrondissement, autorisées par le Comité central , sont nulles et non avenues , ne l'ayant pas été par la commission executive.
M DucAMP dit que le XVIP arrondissement a deux légions , dont l'une est réglementairement élue , et l'autre qui est opposée au Comité central.
u AuDOYNAUD dit quc tout conseil de légion n'a besoin du conseil d'aucun délégué.
u Lagorre demande de ne pas rentrer en discussion, et de faire venir Rossel.
u Lacorre, Marceau et Rousseau sont délégués auprès de Rossel. — Le président lit un rapport d'un -commissaire de police , constatant que neuf pièces ont été trouvées rue Oberkampf. Ces pièces s'y trouvent encore. Elles devraient être ailleurs.
u Prudhomme dit qu'il a signalé quatre pièces à la mairie du XIP arrondissement.
a Le président lit un rapport disant que le drapeau roug^e flotte sur Issy.
« AuDOYNAUD dit que si les Prussiens avaient évacué les forts, les citoyens de son arrondissement s'en seraient emparés avant les Versa il lais.
a GouHiER dit que Ton va afficher dans Paris que le drapeau tricolore flotte sur le fortd'Issy.
« Le président lit : — Le contrôle extrormuros est-il permis aux conseils de légion?
« Avoine dit que Roza a été nommé chef de légion. Il ajoute que Ton ne doit v attacher aucune confiance, car c'est un réactionnaire»
a Baroud dit qu'un délégué doit marcher avec sa compagnie; il ajoute que la qualification... ~
a Réponse de la délégation près de Rossel. Il dit que ça ne le regarde nullement , et que c'est au Comité central de faire respecter les statuts de la Fédération ; il ne s'occupe...
u DucAMP dit que Rossel devrait dire que Jaclard donne sa démission. «
« Rousseau dit pourquoi qu'on ne fait pas sauter Issy.
u Lacorre dit que des questions très-graves se passent.
u La Cécilia a donné sa démission.
a Une délégation est envoyée au comité de salut public.
u Le commandant du fort d'Issy dit qu'à midi le bruit courait à Issy que le drapeau tricolore flottait sur le fort. Mais c'est faux.
« L'imprimeur dit qu'une dépêche est arrivée à la guerre , qui porte : « Le fort d'Issy est évacué par les défenseurs , et le drapeau u tricolore flotte. » Il y a eu des affiches dans Paris. Ordre est donné d'arracher les affiches.
« Deux membres sont proposés pour inviter Rossel à venir à l'assemblée.
u MoREAu fait remarquer que l'affiche au citoyen Lacorre pèche en ce qu'elle est signée par délégation.
a Rossel
« Le président demande des renseignements à Rossel.
u Lacorre demande des nouvelles à Rossel sur l'affichage de la dépêche.
u Rossel dit : Je ne suis plus le délégué à la guerre.
« Prudhomme demande si le Comité central a empêché l'action.
u Rossel dit qu'il parle devant tout le monde quand il s'agit de sa vie politique.
sous LA COMMUNE. 257
u II ajoute que. les forces ne manquent pas^ et qu'elles sont plus que suffisantes. Les chefs de lég^ion sont nuls.
u MoREAu dit que le Comité central a eu une opposition de la part de la commission de la guerre. Il ajoute que dans trois jours la situation ne pourrait gfuère changer.
u Rousseau dit que Ton trouve partout des obstacles.
u RossEL dit : Vous vous êtes trouvés en face de ce que je me suis trouvé tous les jours.
« More AU dit que Rossel seul a organisé quelque chose. Mais il ajoute qu'il n'a pas le droit de se retirer.
« AuDOYNAUD dit que le Comité peut s'en sauver. Procurer des chefs à la place de ceux qui manquent. Enfin provoquer demain une assemblée générale.
- a R. Lagorre demande la permanence du Comité.
« Boursier pose ainsi la situation. Ordonner à Rossel de rester ou se mettre en permanence pour le remplacer.
« MoREAij trouve le moyen impraticable. On ne peut former des généraux du jour au lendemain. Il cite Dombrowski , qui , avec des forces ridicules , tient tête à des forces très-sérieuses. Moreau dit qu'il faut, dans de certains cas, une dictature, et qu'en ce momentci il la faut.
u Boursier ne voit aucun homme capable de prendre cette dictature.
« Lacorre croit que Rossel veut d'un côté ou de l'autre obtenir la dictature. Du côté du Salut public elle n'aurait pas de valeur, tandis que, venant du Comité centrai elle aurait une force immense.
u GouHiER demande comment Faffaire du Moulin-Saquet n'a pas été affichée avec la même promptitude.
« Pttat est du même avis que B. Lacorre.
a Pbudhomme demande si pour la dictature -Rossel est bon.
« AuDOYNAUD est de l'avis contraire. Le Comité central doit pouvoir nommer ses chefs.
«Boursier dit que la dictature militaire n'existe pas de fait, ràrmée n'existant pas. Il est en cela de Tavis contraire à Heuzelot.
« MoREAU dit qu'il faut se mettre avec le comité de salut public.
« SouDRY demande si l'on connaît un autre que Rossel pour nommer un dictateur.
u Rousseau et Lacorre font des motions d'ordre .
u Lacorre demande le vote de la dictature.
u Pyat s'oppose à la demande Êiite par Rousseau.
u Le président propofse le vote.
« 19 pour.
(c 9 contre.
u Une délégfation est demandée.
(( Boursier dit que si quelqu'un connaît un autre que Rossel ^ qu'il veuille bien donner les noms.
u Pyat s'oppose à la candidature du gfénéral Dombrowski , il ne lui croit pas les qualités militaires pour un général en cbef. Il ajoute que Dombrowski n'est pas Français, et qu'il serait bien malheureux de ne pas trouver un citoyen français dans Paris pour général en chef.
u Lacorre dit que Rossel lui a dit que sa position avant de venir à Paris était faite. Y a-t-il quelqu'un qui puisse prouver ses incapacités? Non ; lui seul a organisé le peu qui se trouve organisé ; il est au courant de toute l'administration dç la guerre , il a entre les mains toute la filière. Si on nomme un autre général, on recommencera une nouvelle organisation. Il a pleine confiance en Rossel. 11 est brave, et parait être un bon républicain.
u AuDOYNAUD dit que Rossel n'a rien organisé. 11 y avait des positions à prendre, on ne l'a pas fait. Depuis six jours la situation s'est aggravée de nouveau.
a Prudhomme demande si le Comité central se trouve compétent pour diriger les opérations militaires.
a 11 propose...
tt MoREAu dit que Gluseret et la réaction ont empêché Rossel d'agir. La dictature est provisoire, et sous le contrôle et entente avec le comité de salut public.
tt Geoffroy dit que dictature veut dire armée. Et sans armée y par conséquent, la dictature disparait.
tt Le président propose le vote.
tt Dombrowski , deux voix.
« Rossel a la majorité moins trois voix et une abstention.
tt Une délégation est nommée : Moreau , Rousseau , Lacorre , Prudhomme j Bouit. »
RAPPORTS DE POLICE
Bourse, — « On dit que le fort d'Issy a été évacué par les fîédérés. U faut s'attendre maintenant à voir les Yersaillaîs dans Paris
sous LA COMMUNE. 259
d'un instant à l'autre. Les citoyens de Thôtel de ville peuvent préparer leurs bag^ag;es.
« Le Gouvernement de Versailles est perdu moralement, dit-on; encore quelques joufs , et il sera usé complètement.
u On dit que M. Thiers a fait interdire le congrès de Bordeaux, parce qu'il sait d'avance qu'il ne se serait pas prononcé pour le Gouvernement de Versailles. S'il avait dû en être autrement, il en aurait autorisé plutôt deux qu'un. En faisant cela, il a travaillé à l'avantage de la Commune, u II n'est pas malin, le petit homme, n
a M. Thiers a , dit-on , fait mettre Gambetta en état d'arrestation , alléguant pour raison que c'était lui l'organisateur de ce congrès. Encore une maladresse de la part des Versaillais. Ils ne savent plus faire que cela , du reste.
u La Commune n'a pas agi avec impartialité en faisant le décret sur les loyers. Il y a un grand nombre de propriétaires qui n'ont pour vivre et payer leurs impôts que le produit des loyers. Il y a aussi des locataires qui devaient deux ou trois termes antérieurs à ceux dont on a fait la remise. Ils ont profité de cette faveur pour déménager, de sorte qu'au lieu de trois termes , certains propriétaires en perdent cinq ou six. Cela n'est pas juste. »
Concorde, — « On dit que si les Versaillais entraient dans Paris, beaucoup de citoyens èe joindraient aux fédérés. — Un monsieur ayant fait partie de la garde sédentaire pendant le siège , affirme que dans son quartier tout le moinde se lèverait pour aller défendre les barricades. — Le Gouvernement du 4 septembre ne pouvait pas trouver de canons ni de munitions pour chasser les Prussiens ; il en trouve bien aujourd'hui pour mitrailler les fédérés.
« Ils nous ont positivement trahis. »
Quartiers populeux.
« Ciel noir aujourd'hui. Paris n'est pas content.
u Beaucoup de gardes nationaux disent à qui veut l'entendre que la guerre faite de cette façon est une idiote boucherie.
«Parmi eux, quelques-uns arrivent d'Issy. Les critiques sanglantes qu'ils adressent à beaucoup de chefs commandant cette partie du théâtre de la guerre, jettent le plus grand trouble dans l'esprit des citoyens qui les écoutent. Voici les notes que je prends^ à bâtons rompus, au milieu de cette confusion de récriminations qui s'entre-croisent et vont se perdre dans les murmures de la foule :
« — Les officiers (est-ce vrai?) abandonnent les soldats, qui, mal-
gré cette désertion, continuent la lutte, n'ayant plus pour les g;uider • que ce seul chef, le courage. Ils vendent chèrement leur vie , mais ils succombent sans faire avancer d'un pouce le succès de la Commune. N'ayant personne pour les commander,' ils tombent dans les pièges tendus par les Versaillais. — Les chefs se sauvent! les chefs se sauvent! (Bruits épouvantables qui circulent de bouche en bouche.)
« Ecoutez maintenant d'autres gardes nationaux arrivant du fort d'Issy :
« Le fort, malgré tout ce que peuvent dire les journaux, est dans l'état le plus désastreux. Si les ruraux n'entrent pas, c'est qu'ils y mettent de la générosité. Hier, il n'y avait pas quatre-vingts fédérés dedans. D'ailleurs , la pluie de fer et de feu qui ne cesse de le couvrir en rend la défense impossible. C'est un enfer!... (Ici, avec une poignante amertun^e, un de ces gardes dit : — Les républicains ne sont-ils pas des damnés?). Mais cependant il reste encore des fédérés dans le fort d'Issy. Des simples gardes, ^car, là aussi, les officiers ont décampé (sic). Les officiers passeront bientôt à l'état de mythe. L'on n'en verra plus de que loin, à Tabri des projectiles ; quelques cavaliers galonnés faisant de la fantasia, puis plus rien ; disparus comme des ombres chinoises.
« — D'où vient, dit-on à la suite de ces reproches, que le fort d'Issy soit encore debout? — Pourquoi ne pas le faire sauter? Voulez-vous donc en faire une espèce de taureau à la Phalaris pour les républicains? Peut-on s'y maintenir, oui ou non? — Si oui, détruisez avec ses pièces les batteries qui le pétrissent; sinon , immolezle. — Nous n'y retournerons pas, disent deux gardes nationaux, nous l'avons échappé trop belle pour tenter une seconde fois l'impossible. Nous n'y retournerons pas, à moins alors que tout le monde marche. Il serait trop commode, après la victoire, de venir chercher sa part du gâteau sans avoir mis la main à la pâte.
u Ils ont raison ! ils ont raison ! Que tout le monde marche , et ce sera fini tout de suite ; sans cela, la guerre s'éternisera. D'autant plus qu'officiers et sous-officiers en ont assez à Versailles. Ne viennent-ils pas de faire une manifestation pour forcer -l'Assemblée à en finir avec Paris? Que tout le monde s'en mêle, et le dieu du travail aura vaincu le dieu de la guerre.
u Beaucoup de chefs de légion ne sont pas ménagés non plus. Les traits acérés sont décochés contre eux par une grande quantité de gardes. — Ils les appellent mîrliflors, — Ces hautes payes, disentils, ne font pas de la besogne pour trente sous. Organisateurs, les
sous LA COMMUNE. 261
appelle-t^oQ?... Organisateurs de quoi? Jamais les bataillons n'ont été aqssi désorg^anisés , aussi délabrés, aussi pieds-nus. — Le café, voilà surtout leur champ de bataille. — Ils font la g^uerre entre deux absinthes. La guerre en artistes... pas méchante du tout, et surtout pas dang^ereuse. — La guerre en artistes ! reprend un autre (Ah! ceci est cruel), la guerre en artistes, lorsque avant-hier un garde a reçu en pleine figure la cervelle de son ami qui se battait à ses côtés. — Mon Dieu ! mon Dieu ! voyez ! s'écria-t-il à moitié fou. — Cet ami f aimait bien, répondit froidement un garde, qui continuait à faire le coup de feu. — Voilà, s'écrie-t-on , des exemples à donnera tous les galonnés fouinards qui pullulent dans la garde nationale.
« Je comprends que tous ces discours, toutes ces nouvelles, impriment aux cœurs des auditeurs la plus grande défaillance. Car, moi qui^en déduis les exagérations, je ne puis chasser du mien une grande tristesse.
« On compte beaucoup sur la Commune pour répondre à la sommation de M. Thiers par un manifeste à Versailles, dans lequel, rétablissant les faits, on fera un appel suprême à Tarmée, qui ne demande peut-être pas mieux que de changer de drapeau.
u La barricade de la rue Peyronnet devient une blague à Paris. On en fait gorge chaude, et cela se comprend. Tous les jours il n'est question dans les journaux que de cette malheureuse barricade, a — La barricade Peyronnet a été prise par les fédérés. — « La barricade Peyronnet est occupée par nous. — La barricade Pey- «ronnet ou Péronnet est en notre pouvoir, etc., etc. » Les vaudevillistes prendront ce titre pour une pièce. En attendant, le peuple prend cela en dérision , et il faut éviter à l'avenir d^en parler si souvent. — On dît aussi que, au rebours du bon sens, l'on donne à ceux qui ne savent pas se tenir en selle les chevaux les plus beaux et les plus fougueux. (Est-ce vrai?)
« Voilà ce que j'ai recueilli de plus saillant aujourd'hui. — Mauvais bruits, qu'il faudrait tâcher de démentir; sinon le courage pourrait manquer au moment de mettre le pied sur la terre promise. On dit, ce soir, que le fort d'Issy est évacué. »
La lutte à laquelle nous assistons est moins celle des villes et des campagnes que l'antagonisme des classes, et elle laissera chez elles de profonds ressentiments. Alors que la bourgeoisie
faisait son devoir contre les Prussiens, sans héroïsme, comme elle sait faire son devoir, les gens de Belleville semblaient réserver leurs forces contre l'ennemi intérieur. Il y a deux choses qu'elle ne leur pardonnera pas : la première, c'est d'avoir été désarmée par elle à la suite d'une véritable surprise. On accepte les conséquences d'une défaite dans une bataille loyalement engagée , on ne se résigne pas aux conséquences d'un guetapens. La seconde chose que la bourgeoisie ne pardonnera pas, c'est que ceux qui se sont si mal battus contre les Prussiens se soient si bien battus contre des Français. (Écrit le 10 mat 1871.) Un apologiste de la Commune me disait : « L'Empire a fait le 2 décembre, la Commune a fait le 18 mars ; le succès a absous le premier, il absoudra le second. Question de fait ! »
Une proclamation du Gouvernetnent national avait été affichée sur les murs de Paris , elle se terminait ainsi : « Parisiens, pense;s-y mûrement : dans très-peu de jours nous serons dans Paris. La France veut en finir avec la guerre civile. Elle le veut, elle le peut, elle le doit. Elle marche pour vous délivrer. Vous pourrez contribuer à vous sauver vous-mêmes , en rendant l'assaut inutile et en reprenant votre place dès aujourd'hui au milieu de vos concitoyens et de vos frères. »
Hélas ! les Parisiens y pensaient mûrement. Ils pensaient et à l'impuissance absolue à laquelle on les avait réduits en les abandonnant, et aux dangers de toutes sortes dont ils étaient menacés , bien heureux lorsque leurs réflexions n'étaient pas interrompues parla chute d'un obus ou l'explosion d'une botte à mitraille partis du Mont-Yalérien !
A cet appel aux Parisiens, la Commune répondit par un décret qui ordonnait la confiscation des biens et la démolition de la maison ' du sieur Thiers , se disant chef du pouvoir de la République française.
Cette vengeance de la Commune, qui semble lâche et ridicule lorsqu'on la voit s'exercer sur des pierres, fut très-sensible au cœur du Président de la République , et plus d'une
sous LA COMMUNE. 263
fois il lui est arrivé publiquement de regretter sa maison , sa chère maison, en faisant valoir, comme c'était son droit, tous les sacrifices que lui a coûté son dévouement infatigable aux intérêts publics.
RAPPORTS DE POLICE
Bourse. — « M. Thiers n'est pas l'homme qu'il faut, dit-on, pour gouverner la France ; il est trop vieux.
li On dit que la Commune ne devrait pas faire abattre la colonne Vendôme. Qu'on enlève la statue, ton ne tient pas à t oiseau y et qu'on la remplace par celle de la République.
a On dit que lorsque l'artillerie versaillaise va commencer la grande attaque, il n'y aura pas moyen de lui résister. Tout est bien préparé pour que cette opération réussisse , et on plaint les pauvres fédérés* pour ce moment-là. Les Versaillais n'ont pas voulu occuper le fort d'Issy la première fois qu'il a été évacué , certains qu'ils étaient de le posséder quand ils le voudraient. Ils l'ont laissé réoccuper par les fédérés, potir les prendre au piège encore une fois. S'ils avaient voulu , ils les auraient écrasés, tous hier. »
Concorde, — « On blâme tous les généraux de l'Empire pour n'avoir pas voulu combattre les Prussiens , et parce qu'ils se battent maintenant contre les Français, on les traite de lâches.
a Les. membres de la Commune n'ont pas encore pu s'entendre, dit-on, et la désunion se propage de plus en plus. Ceci se confirme, du reste, par les démissions et les révocations de ce jour. Le comité de salut public est révoqué, et le délégué à la guerre se retire. Le citoyen Félix Pyat a de nouveau donné sa démission. Cela sent le pataugeage. Au lieu de s'occuper d'organiser les affaires de l'intérieur, la Commune devrait d'abord s'occuper de la garde nationale et de lui donner de bons chefs. Les fédérés sont fort mal commandés , et les affaires intérieures ne souffriront pas pour attendre quelques jours de plus. »
Quartiers populeux.
Il Paris est beaucoup plus calme aujourd'hui que ne pouvaient le faire supposer les événements d'hier. Les quelques groupes que je vois sont presque exclusivement composés de femmes : cela s'explique par la levée d'aujourd'hui, qui n'est pas encore la levée en masse,
réclamée par toutes les citoyennes que j'écoute causer ce matin. (Il est bon de dire que ces citoyennes sont les femmes des braves fédérés qui se battent peut-être en ce moment pour la Commune.) Oui, disent-elles, voici beaucoup de bataillons qui partent, mais regardezles, chacun d'eux se monte à peine à deux cent cinquante hommes, c'est-à-dire de nos maris. Ils s'en vont, eux, tandis qu'un tas de mollasses restent chez eux, et que les égoïstes vont à l'atelier gagner leurs petits six francs. Nos hommes^ eux, vont se faire trouer la peau pour trente sous! — Et pour la République ^ ajoute une jeune fille avec âme. — Soit, répondent les femmes; alors que tout le monde s'en mêle , et l'on aura cette République ! Que tout le monde s'en mêle, voilà ce que j'entends dire continuellement. Que faut-fl faire pour cela? Un manifeste! non un poulet révolutionnaire, mais un manifeste rédigé comme savaient le faire nos pères de 92.
« Tant que le vent de la Révolution ne viendra pas fouetter le cœur de Paris, vous ne briserez pas le cercle qui vous entoure. Pour entendre parler les hommes aujourd'hui, il faut aller près du théâtre de la guerre , où se trouvent de nombreux gardes. C'est ce que je fais. Tous devisent fort vivement sur les événements, qui un jour se heurtent, se bousculent, se renversent et se détruisent pour laisser la place à d'autres, dont l'existence n'est pas moins éphémère. Ce qui ressort de tout ce que j'entends est qeci :
« — Tout est confus : les affiches d'hier et celles d'aujourd'hui ; le comité de salut public renouvelé; la Commune parlant de ses généraux... (en a-t-elle ?) ; la démission de Rossel ; le fort d'Issy place entre deux drapeaux (est-ce le rouge ou le tricolore qui flotte?); les positions que l'on perd lorsqu'il y a tant de commandants (beaucoup trop); les moyens énergiques dont on parle toujours et qui ne font jamais de mal aux Yersaillais, etc., etc. C'est louche, disent beaucoup de gardes nationaux, ça sent son Trochu à. plein nez ^ Ce que Ton n'admet pas , ce sont les commissions et souscommissions qui empêchent l'exécution rapide des opérations. Si ces commissions militaires étaient composées de soldats, on pourrait les admettre à la rigueur, quoique tous ces contrôles nuisent énormément à la défense , mais tout cela n'est composé que de citoyens entièrement étrangers au militarisme, et cela fait leur éloge. Or, pour faire un bon civet, il faut, etc., etc. — Et remarquez,
1 M C'est une capitulation à la Bazaine que mitonne Trocliu», disait-on sous le siège. Triste enchaînement des faiblesses humaines!
sous LA COMMUNE. 265
ajoute-t-on, qu'au-dessus de toutes les commissions, il y a la Commune, contrôlant et mêitie dirigeant la Guerre; Commune ne recelant dans son sein, et cela fait son élog^e, que de braves ouvriers et d'honnêtes journalistes, plumes courageuses, héroïques même, mais qui ne valent pas des épées.
u Eh bien , et le général, où est-il? Bref, on regrette beaucoup le citoyen I^ossel.On comprend parfaitement que, sans commandement suprême, aucun général ne pourra vaincre. Le peuple ne craint pas la dictature dans un pays où il n'y a que de la garde nationale , et tous ceux que j'entends discuter aujourd'hui veulent que tous les comités et sous-comités, s'ils continuent d'exister, laissent entièrement la place au général, capable et républicain, qui répondra de la victoire sur sa tête.
(c L'évacuation du fort d'Issy n'enfante aucun découragement. Au contraire, ce fort était l'effroi de la garde nationale. Elle se sent plus à l'aise dans le village. »
REPUBLIQUE FRANÇAISE
COMMUNE DE PARIS. COMITÉ DE SALUT PUBLIC
« Paris, le 10 mai 1871.
u Citoyen,
u Le Comité reçoit une députation de gardes du 67* bataillon qui donne des renseignements sur la situation du bastion 68. Les gardes y sont à découvert , et le découragement semble s'être emparé d'eux.
u Veuillez vous assurer de la situation et y porter remède.
u Salut fraternel.
a Pour le comité de salut public,
« Le secrétaire de la guerre ,
« Signé : A. Héruette. »
MINISTERE de LA GUERRE.
« Paris, ce 10 mai 1871.
u Mon cher Henry ,
a Au XV* arrondissement, le 45» bataillon, drapeau en tête, conduit par Vinot, le colonel du Champ de Mars, se promène, criant : A bas la légion!
« Fais cerner t arrondissement par la force, use de quelques ca^
valîers sûrs^ fais charger au besoin y et fais arrêter surtout les
officiers »
u Bien à toi.
a Signé : Masson. »
LE FORT d'iSSY DU 2 MAI AU 10 MAI.
« Issy, 2 mai, 6 heures 25.
u Mon cher Général,
u Le ralentissement du feu de l'ennemi me fait présag^er une attaque formidable pour cette nuit. N'ayant point de chemin couvert pour sortir du fort , il est urg^ent que vous empêchiez l'investissement complet.
« Ce qui est non moins urg^ent, c'est la question des vivres. Je n'en ai point encore reçu. Vous savez que sans cela je suis perdu,
u II me faut encore des artilleurs et du gfénie. Je n'en ai presque . point.
u Enlevez bien vite le pain. Et n'oubliez point les voitures d'ambulance.
a Je n'ai pas un officier d'artillerie. Je me trouve dans ce fort avec quelque énergfie, c'est possible, mais il faut un peu de spécialité dans une position semblable.
« Si vous trouvez cet officier, envoyez»le moi, et mettez-le vite à
la tête du fort.
« A vous.
•a Général Eudes. »
« Fort dlssy, le 3 mai 1871.
u Laissez passer la citoyenne Biaise, se rendant à Paris, aller et retour, avec des voitures d'ambulance.
« Le secrétaire et état-major,
a Doucher. »
« 4 mai 1871.
« Ordre est donné à la citoyenne femme Alvin , de réquisitionner des voitures, n'importe où, n'importe à qui, pour le transport des blessés.
u Le sous^hef d! état-major, n
sous LA COMMUNE. 267
Ces pièces , mauvais chifFons de papier salis par les mains qui les ont souvent déployés et fermés , portent toutes le cachet : République française , Commune de Paris ; et dans le champ du cachet : Fort d'Issy.
« \9SY^ le 6 mai 1871.
« Le commandant du 110* bataillon demande que son bataillon soit relevé le plus tôt possible; l'armement est complètement en mauvais état , les hommes sont fatigués.
« Le bataillon est parti pour le Champ de Mars le 24 avril dernier, et de là au fort d'Issy, soit il y a treize jours.
« L'effectif du bataillon était, au départ, de 310 hommes; aujourd'hui, par suite de morts, blessures et maladies, il compte à peine 50 hommes qui se trouvent dans l'impossibilité de faire un service sérieux; de plus, ce bataillon est le seul de la 10* légion qui se trouve en campagne.
u Prière de donner immédiatement un ordre formel au bataillon de rentrer à Paris, pour le reconstituer et le mettre en état de sortir de nouveau avec sa légion.
u Le chef du 110* bataillon y
u Gh. Picard. »
u Colonel Lisbonne, u De suite hites soutenir notre ligne de retraite depuis la barricada des francs-tireurs de Paris, à gauche de l'église, en regardant le fort, jusqu'au séminaire. L'ennemi veut nous tourner.
u Le commandant du fort,
u RiST.
« Fort d'Issy, le 8 mai 1871. •
Ministère de la guerre (à la main).
u Citoyen Colonel Rossel, • u Une panique effrayante s'est emparée de la garnison. — Tout le monde est parti , et nous restons environ cinquante dans le fort. Quels sont vos ordres ? J'attends la réponse. u Salut.
« G. RisT.
« Lundi, 8 mai 1871. »