‹ Le fond de la société sous la CommuneChapitre 66 sur 117 · INVIT^^TION A ASSISTER A LA CHUTE DE LA COLONNE VENDÔME · texte numérisé non relu

INVIT^^TION A ASSISTER A LA CHUTE DE LA COLONNE VENDÔME

Au Citoyen délégué à la guerre.

« J'ai l'honneur de vous faire part que c'est aujourd'hui lundi , 15 mai , de deux à trois heures , qu'aura lieu la descente de la colonne sur la place Vendôme.

« La consigne est donnée pour que sur la présentation de votre carte on vous laisse passer librement.

« Gi-contre, vous trouverez un laisser-passer 4 votre nom, plus d* autres à remplir pour vos amis.

« Salut et fraternité.

a Le major commandant de la place Vendôme.

a Mayer. 7)

Le major parait ne pas avoir été récompensé de sa gracieuse invitation, qui a été également adressée à des officiers allemands, comme on le verra (page 327) ; elle porte cette note au crayon rouge, qui semble être de la main de Delesduze : « Par arrêté en date du...., vous avez été révoqué de vos fonctions. »

ITous entendions Lisbonne tout à l'heure admettre comme une éventualité de guerre qu'on brûlerait le petit Vanves. Le citoyen A. Gailleux aurait voulu qu'on détruisit les propriétés cléricales d'Issy. Il blâme des ménagements qui ne peuvent que compromettre le succès , et quel succès ! Il vaut là peine qu'on ne lui marchande aucun sacrifice ! La République fondée permettra de se passer à tout jamais de gendarmes , de soldats et de prêtres. Voilà la république que comprennent et la seule

dont beaucoup de gens , à l'exemple du citoyen Gailleux , veulent aujourd'hui. La vraie et saine république n'a pas de pires ennemis que ces insensés.

« Paris, le 15 mai 1871.

« Citoyen Delescluze ,

' « Le poste important que vous occupez ne permet à personne de vous entretenir de faits puérils et sans importance; cette lettre n'a d'autre but que d'appeler votre attention sur l'attitude du moment.

u Le peuple est un maître difficile à servir, qui ne se rend pas toujours un compte exact des obstacles que l'on rencontre pour trouver les moyens de salut qui doivent amener le triomphe définitif des principes que vous avez propagées toute votre vie, et dont l'avènement est assuré si on vous seconde ; sa défiance contre les hommes qui ne sont pas de sa caste ne provient que de la trahison de ceux soi-disant des nôtres qui sont à Versailles. Gomme vous avez suivi la route contraire, vous n'avez pas à craindre son mécontentement , car autant il est sévère pour les traîtres , autant il est reconnaissant pour ceux qui , comme vous , le servent avec abnégation et dévouement.

« La tâche ardue que vous remplissez dans les circonstances douloureuses où nous nous trouvons , les bruits de trahison qui circulent, sont des entraves apportées à votre labeur. Les partisans outrés d'un arrangement impossible (puisque vous défendez le droit et la justice) , la lâcheté de ceux qui se sont sauvés ou se cachent, l'esprit mesquin du bourg^eoisisme idiot qui ne sent pas que son véritable ennemi est à Versailles, sont criminels de ne pas vous aider.

u Les combattants qui jusqu'à ce moment ont donné des gages de patriotisme commencent à se lasser d'être toujours sur la brèche sans obtenir le concours de ceux dont l'intérêt est le plus engagé : * ils trouvent de la mollesse dans les chefs qui commandent ; le temps vous a manqué pour les rompre à une di^ipline inflexible. Certains s'absentent pendant l'action , et les privent d'une direction nécessaire pour donner l'entrain qui pourrait amener le succès.

« L'appréciation que je vous soumets est l'expression de plusieurs hommes qui ne se connaissent pas entre eux. Ces hommes 'étant honorables et patriotes , ces faits m'ont paru assez graves pour vous les signaler.

« En dehors des forts qui sont bien tenus , on trouve que les positions qui s'y rallient sont trop multipliées pour manquer de canons

sous LA COMMUNE. 307

pour les défendre efBcaœment, qu'il y a dang^er à se retrancher dans les villag^es suburbains , parce que la population qui y est restée est de cœur avec Versailles, à cause que Mac-Mahon qui commande est l'idole de ces brutes, ratapoils incorrigibles et in," conscients.

il En n^employant pas, par respect humain, les engins meurtriers des Versaillais ; en éparg^nant dans Issy les propriétés cléricales qui cachaient nos ennemis , dit-on , on a commis une faute que vous devez faire incomber à vos prédécesseurs , puisqu'au moment où vous avez pris les rênes elle était accomplie. Il ne faut pas, pour l'honneur du principe que vous représentez si vivement dans sa quintessence , que Ton jette le blâme à qui ne le mérite pas.

«La Commune, dont vous êtes, je crois, te membre le plus éclairé et le plus compétent pour rétablir la défense compromise par les tiraillements ou la trahison, vous doit tout son concours pour amener le succès définitif, et si elle assure les droits incontestables et toujours contestés de la classe déshéritée , sa g^loire sera immortelle. La République universelle jaillira et fera disparaître pour toujours les g^endarmes, jésuites et traîneurs de sabre, qui sont les fléaux de l'humanité.

« Ag^réez , je vous prie , cher Citoyen , le salut cordial de votre tout dévoué concitoyen.

« Signé : A. Cailleux. »

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