CLUB DE LA RÉVOLUTION
Ancienne église Bernard, rue Affre, XVII I^ arrondissement,
section de la Chapelle.
Tous les soirs y à huit heures, réunion publique»
u 21 floréal an 79.
tt Les membres réunis en séance publique, au nombre de trois mille environ, ont voté à l'unanimité les résolutioiis suivantes:
« !• Suppression de la mag^istrature qui a précédé et anéantissement des codes ; leur remplacement par une commission de justice cfaarg[ée d'élaborer un projet de lois en rapport avec les nouvelles institutions et aspirations du peuple.
u Suppression des cultes , arrestation immédiate des prêtres comme complices des monarcbiens , cause de la g^uerre actuelle ; la vente de leurs biens , meubles et immeubles , ainsi que ceux des fuyards et des traîtres qui ont soutenu les misérables de Versailles, le tout au profit des défenseurs du droit.
it 3*» Retrait du décret sur le Mont-de-piété, son remplacement ainsi qu'il suit : Les objets déposés au Mont-de-piété seront rendus gratuitement ; y auront seuls droit les défenseurs de la cité , ainsi que les citoyennes, mères, filles, sœurs, épouses et femmes des citoyens morts pour la défense de Paris , qui justifieront de leurs droits.
u ¥ Tout porteur d'une reconnaissance achetée sera passible de l'amende pu de l'emprisonnement, et verra sa reconnaissance saisie.
a 5® Suppression des maisons de tolérance.
« 6° Les travaux et entreprises pour la Commune devront être donnés aux différentes corporations ouvrières. . ,
« Exécution d'un otage sérieux toutes les vingt-quatre heures . jusqu'à la mise en liberté et l'arrivée à Paris du citoyen Blanqui , nommé membre de la Ciommune.
a Four le bureau y un des membres :
li A. Bérard. n
u On avait, dit M. Malon, espéi^é un moment dans l'intervention efficace des villes ; cette intervention était devenue la dernière
chance de la Commune avant le combat des barricades. Le délégué aux relations extérieures , espérant à tort des soulèvements immédiats qui feraient diversion , adressa aux grandes villes ce pressant appel :
Aux grandes villes.
« Après deux mois a une bataille de toutes les heures, Paris n'est ni las ni entamé.
« Paris lutte toujours , sans trêve et sans repos, infatigable, héroïque, invaincu.
« Paris a fait un pacte avec la mort. Derrière ses forts , il a ses murs; derrière ses murs, ses barricades; derrière ses barricades, ses maisons , qu'il faudrait lui arracher une à une , et qu'il ferait sauter, au besoin , plutôt que de se rendre à merci.
« Grandes villes de France, assisterez-vous immobiles et impassibles à ce duel à mort de l'avenir contre le passé , de la République contre la monarchie?
« Ou verrez-vous enfin que Paris est le champion de la France et du monde, et que ne pas l'aider, c'est le trahir?...
« Vous voulez la République , ou vos votes n'ont aucun sens ; vous voulez la Commune , car la repousser, ce serait abdiquer votre part de souveraineté nationale; vous voulez la liberté politique et l'égalité sociale, puisque vous l'écrivez dans vos programmes ; vous voyez clairement que l'armée de Versailles est l'armée du bonapartisme , du centralisme monarchique , du despotisme et du privilège, car vous connaissez ses chefs et vous vous rappelez leur passé.
« Qu'attendez-vous donc pour vous lever? Qu'attendez-vous pour chasser de votre sein le«5 infâmes agents de ce gouvernement de capitulation et de honte, qui mendie et achète, à cette heure même, de l'armée prussienne , les moyens de bombarder Paris par tous les côtés à la fois?
a Attendez-vous que les soldats du droit soient tombés jusqu'au dernier sous les balles empoisonnées de Versailles?
« Attendez-vous que Paris soit transformé en cimetière et chacune de ses maisons en tombeau?
« Grandes villes, vous lui avez envoyé votre adhésion fraternelle ; vous lui avez dit : « De cœur, je suis avec toi. » '
« Grandes villes , le temps n'est plus aux manifestes : le temps est aux actes , quand la parole est au canon.
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« Assez de sympathies platoniques. Vous avez des fusils et des munitions : Aux armes! debout , les villes de France!
« Paris vous reg^arde, Paris attend que le cercle se serre autour de ses lâches bombardeurs et les empêche d'échapper au châtiment qu'il leur réserva .
« Paris fera son devoir et le fera jusqu'au bout.
« Mais ne l'oubliez pas , Lyon , Marseille , Lille , Toulouse , Nantes, Bordeaux, et les autres...
u Si Paris succombait pour la liberté du monde, l'histoire vengeresse aurait le droit de dire que Paris a été égorgé parce que vous avez laissé s'accomplir l'assassinat.
« Le délégué de la Commune aux relations extérieures,
« Paschal Grousset. »
M. Malon (la Troisième défaite du prolétariat français, p. 340), auquel nous empruntons cette pièce, Ta fait suivre des réflexions que nous reproduisons : o Avant que cet appel fût parvenu à son adresse , le 20 et le 21 mai , les Versaillais dirigèrent une furieuse et victorieuse attaque sur nos positions du sud-ouest... Un grand nombre de fédérés avaient tenté de rentrer (dans Paris) par les catacombes , s'y étaient perdus et y auraient tous péri sans le dévouement du citoyen Chollet... Voilà un de ces épisodes qui suffiraient à faire maudire les guerres. Pourquoi faut-il que la guerre soit si souvent une NÉCESSITÉ DU PROGRÈS! » Il parait que regorgement de cinquante mille Français les uns par les autres, le massacft-e des otages, l'incendie de Pari£ sont et restent aux yeux du citoyen Malon une nécessité du progrès. Ce brave homme; en considérant le nombre de gens qu'ila fait tuer, les ruines qu'il a laissées derrière lui, se croit tous les droits possibles au titre de bienfaiteur de l'humanité.
Nous avons reproduit V appel aux grandes villes^ qui a été publié dans le Journal officiel^ parce qu'il est un échantillon de l'éloquence creuse , emphatique et ridicule de ces jeunes bourgeois qui s'étaient jetés dans la Commune , avec l'espoir d'y jouer un rôle à la hauteur de leur présomption. Les meneurs
de la classe ouvrière savaient à peu près ce qu'ils voulaient, et le vague de leurs déclarations tient moins aux ténèbres de leur intelligence qu'à l'intention de ne pas laisser voir trop clairement l'objectif qu'ils poursuivent, c'est-à-dire l'asservissement du capital au prolétariat , la vraie question , la question sociale. Quant aux politiques , ils ne peuvent que divaguer, en reprenant des déclamations d'un autre temps, qu'ils rendent parfaitement ineptes et criminelles.
«Les expéditions étaient sanglantes, et souvent les phalanges prolétaires revenaient décimées. Que de fois on les a vues défiler devant l'hôtel de ville, noires de poudre, leurs drapeaux déchirés par la mitraille, quelquefois en lambeaux , les rangs éclaircis, mais le cœur haut, elles criaient dans le bruit des tambours battant la marche : Vive la République universelle ! Vive le travail! Vive la Commune! » (Màlon, p. 220.)
Le mot Vive le travail l était tout à fait platonique de la part de gens qui ne voulaient pas travailler. Nous aurions compris celui de Vivent les trente sous par jour sans travailler ! Mais c'eût été, en un mot, toute l'histoire de l'insurrection du 18 mars. La (in du siège avait apporté une perturbation dans la condition sociale des travailleurs à laquelle s'était faite et habituée une partie de la population. Obéissant à ses instincts de conservation, elle n'avait pas voulu se laisser déposséder, et elle avait défendu ses privilèges, qu'elle jugeait acquis et mérités, les armes à la main.
L'esprit conservateur est bien plus enraciné naturellement dans le prolétaire que M. Malon ne le suppose. Nous en avons fait bien souvent l'observation pendant le siège. Ceux qui allaient briser les clôtures en planches partaient en prolétaires , mais , la clôture brisée , ils revenaient en propriétaires chargés de ses débris, et il n'eût pas falli^ les leur disputer. Cet arbre est debout, il est à Pierre ou à Paul. Je l'ai abattu, il est à moi. Malheur à qui tenterait de me le dérober ! On se rappelle ce que Pascal a écrit sur l'origine de la propriété à l'enfance des
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sociétés. C'est à cette enfance qu'on voudrait nous ramener, tout vieux que nous sommes, au nom du prog^rès social.
MINISTERE DE LA GUERRE
« Paris, le 15 mai.
« La démission du citoyen Gaillard père, chargé de la construction des barricades et commandant des barricadiers, est acceptée à ce double titre.
« Le bataillon des barricadiers placé sous ses ordres est dissous. Les hommes qui le composent sont mis à la disposition du directeur du génie militaire, qui avisera à la continuation des travaux commencés dans la mesure qu'il jugera convenable.
« Le délégué civil à la guerre, u Gh. Delescluze. »
La révocation du citoyen Gaillard, dont nous donnons lefacsimile avec la signature de Delescluze, dut arracher des larmes au grand écrivain de la Commune , celui que l'irrévérencieux comte de Rochefort appelait i?acme ûfe buis^ parce que la nature a fait onduler un peu à tort et à travers son dos et ses jambes. 11 rend, dans son Histoire de, la Commune (p. 341), un éclatant témoignage au génie artistique de Gaillard père : « Gaillard père, s'écrie-t-il, fit construire des barricades avec un grand art et beaucoup de goût, » comme ses chaussures sans doute.
Les troupes nationales se sont bien gardées de toucher à des ouvrages faits avec tant d'art et de goût; elles ont passé à côté.
MINISTERE DE LA GUERRE
Avis donné par le colonel Lisbonne.
« Paris , 15 mai 1871.
a Les forces qui sont au village de Yanves seraient suffisantes, si c'étaient des troupes sérieuses.
« Mais le lycée entre Vanves et Issy doit être occupé par les Versaillais, qui d'un moment à l'autre vont mitrailler le petit
Vanves, et la garde nationale battra en retraite. En ce cas, elle pourra rentrer dans Paris par la route et la porte de Châtillon.
« Une fois le village vide des nôtres, les remparts pourraient le canonner et faire évacuer les Versaillais, déjà maintenus par une ligne de tirailleurs placés d'avance à cinq cents mètres des fortifications.
« Ce serait le meilleur moyen de réoccuper le village , dans le cas où on reculerait à le brûler,
« Le commissaire civil à la guerre,
« Signé : More au. »
COMMUNE DE PARIS. — COMITÉ DE SALUT PUBLIC
' Délégué du XVI* arrondissement à guerre,
« Paris, le 15 mai 1871.
« Les 38' et 72" bataillons de Passy, qui font depuis deux nuits un service excellent aux remparts, y montrent une grande vigilance, et ont déjà perdu plusieurs hommes enterrés cejourd'hui, ont reçu du général Dombrowski , ce matin , Tordre d'aller à Asnières. Ces bataillons ne sont pas , à mon avis , et c'est aussi l'avis de la commission municipale, dans un état d'armement et de préparation générale qui leur permette de faire immédiatement un service hors des remparts. D'un autre côté, il n'est pas douteux qu'ils se battront toujours mieux dans leur arrondissement, actuellement très-attaqué , qu'au dehors. Il n'y a donc pas lieu, je pense , à les envoyer ailleurs sans nécessité absolue, puisque là ils peuvent être aussi utiles.
« Faites en sorte qu'ils soient autorisés à y rester. En ce moment, de mon côté, à mon retour à la Muette, j'en parlerai à Dombrowski , que je n'ai pu voir ce matin.
« Autre chose. Il y a urgence à faire cesser immédiatement, soit par démission, soit autrement, les fonctions du prétendu chef de légion Laporte ( sans élection ni commission régulière), dont le tort le moins grave est d'avoir démoralisé des bataillons que je juge, moi , excellents au fonds et qui n'ont pas à faire leurs preuves de courage. Tout le XVP relève contre Laporte des torts bien plus graves, et certains même le suspectent hautement. Mais avant en-quête plus complète, il faut agir vite, parce qu'il désorganise les
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forces de l'arrondissement, qui, dès qu'il sera remplacé, doubleront de valeur. S'il n'y a pas besoin de chef délégué provisoire , j'aviserai à en faire nommer un après-demain.
« J'envoie pour donner aperçu des services que rendent en ce moment les bataillons de Passy, dans Passy même , le rapport d'une compagnie de garde actuellement aux remparts.
u Signé : Ch. Longuet. »