‹ Le fond de la société sous la CommuneChapitre 7 sur 117 · PARTIE OFFICIELLE (19 mars · texte numérisé non relu

PARTIE OFFICIELLE (19 mars

Fédération républicaine de la garde nationale , organe

du' Comité central.

Si le Comité central de la garde nationale était un gouvernement, il pourrait, pour la dignité de ses électeurs , se dispenser de se justifier. Mais comme sa première affirmation a été dé déclarer « qu'il ne prétendait pas prendre la place de ceux que le souffle populaire

^ Tous les documents inédits que nous emprunterons aux papiers laissés par la Commune et réunis, après l'entrée des troupes, au ministère de la guerre, seront guillemetés. Ce guillemet indiquera qu'ils sont publiés pour la première fois.

avait renversés » , tenant à simple honnêteté de rester exactement dans la limite expresse du mandat qui lui a été confié, il demeure un composé de personnalités qui ont le droit de se défendre.

Enfant de la République qui écrit sur sa devise le grand mot de Fraternité, il pardonne à ses détracteurs; mais il veut persuader les honnêtes gens qui ont accepté la calomnie par ignorance.

Il n'a pas été occulte: ses membres ont mis leurs noms à toutes les affiches. Si ces noms étaient obscurs, ils n'ont pas fui la responsabilité, — et elle .était grande.

Il n'a pas été inconnu, car il était issu de la libre expression des suffrages de deux cent quinze bataillons de la garde nationale.

Il n'a pas été fauteur de désordres, car la garde nationale, qui lui a fait l'honneur d'accepter sa direction , n'a commis ni excès ni représailles, et s'est montrée imposante et forte par la sagesse et la modération de sa conduite.

Et pourtant , les provocations n'ont pas manqué ; et pourtant, le Gouvernement n'a cessé, par les moyens les plus honteux, de tenter l'essai du plus épouvantable des crimes : la guerre civile. Il a calomnié Paris et ameuté contre lui la province.

Il a amené contre nous nos frères de l'armée qu'il a fait mourir de froid sur nos places, tandis que leurs foyers les attendaient.

Il a voulu vous imposer un général en chef.

Il a, par des tentatives nocturnes , tenté de nous désarmer de nos canons , après avoir été empêché par nous de les livrer aux Prussiens.

Il a enfin, avec le concours de ses complices effarés de Bordeaux, dit à Paris : « Tu viens de te montrer héroïque ; or, nous avons peur de toi, donc nops t'arrachons ta couronne de capitale, n

Qu'a fait le Comité central pour répondre à ces attaques? Il a fondé la Fédération ; il a prêché la modération , — disons le mot , la générosité; au moment où l'attaque armée commençait, il disait à tous : « Jamais d'agression , et ne ripostez qu'à la dernière extrémité! M

Il a appelé à lui toutes les intelligences, toutes les capacités; il a demandé le concours du corps d'officiers ; il a ouvert sa porte chaque fois que l'on y frappait au nom de la République.

De quel côté étaient donc le droit et la justice ? De quel côté était la mauvaise foi ? ' *

Cette histoire est trop courte et trop près de nous, pour que chacun ne l'ait pas encore présente à la mémoire. Si nous l'écrivons à la

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veille du jour où nous allons nous retirer, c'esit, nous le répétons, pour les honnêtes gens qui ont accepté légèrement des calomnies dignes seulement de ceux qui les avaient lancées.

Un des plus grands sujets de colère de ces derniers contre nous est l'obscurité de nos noms. Hélas ! bien des noms étaient connus, très-connus, et cette notoriété nous a été bien fatale !...

Voulez-vous connaître un des derniers moyens qu'ils ont employés contre nous? Ils refusent du pain aux troupes qui ont mieux aimé se laisser désarmer que de tirer sur le peuple. Et ils nous appellent assassins, eux qui punissent le refus d'assassinat par la faim !

D'abord, nous le disons avec indignation : la boue sanglante dont oii essaye de flétrir notre honneur est une ignoble infamie. Jamais un arrêt d'exécution n'a été signé par nous; jamais la garde nationale n'a pris part à l'exécution d'un crime.

Quel intérêt y aurait-elle? quel intérêt y aurions-nous?

C'est aussi absurde qu'infâme.

Au surplus , il est presque honteux de nous défendre. Notre conduite montre, en définitive, ce que nous sommes. Avons-nous brigué des traitements ou des honneurs ? Si nous sommes inconnus, ayant pu obtenir, comme nous l'avons fait, la confiance de 215 bataillons, n'est-ce pas parce que nous avons dédaigné de nous faire une propagande ? La notoriété s'obtient à bon marché : quelques phrases creuses ou un peu de lâcheté suffit; un passé tout récent l'a prouvé.

Nous, chargés d'un mandat qui faisait peser sur nos têtes une terrible responsabilité, nous l'avons accompli sans hésitation, sans peur, et dès que nous voici arrivés au but, nous disons au peuple qui nous a assez estimés pour écouter nos avis, qui ont souvent froissé son impatience : » Voici le mandat que tu nous as confié : là où notre intérêt personnel commencerait, notre devoir finit; fais ta volonté. Mon maître, tu t'es fait libre. Obscurs il y a quelques jours, nous allons rentrer obscurs dans tes rangs, et montrer aux gouvernants que l'on peut descendre la tête haute les marches de ton Hôtel de ville, avec la certitude de trouver au bas l'élreinte de ta loyale et ix)buste main . »

Paris, 19 mars 1871.

Les membres du Comité central de la garde nationale :

Ant. Arnaud ,'Assi, Billioray, Ferrât, Babigr, Ed. Mokeau, C. Dupont, Varlin, Boursier, Mortier, Gouhier, Lava-

LETTE, Fr. Jourde, Rousseau, Ch, Lullier; Henry Fortuné, G. Arnold, Viard, Blanchet, J. Grollard, Barroud,

H.. GÉRESME , FabRE , POUGERET , BOUIT.

(Extrait du Journal officiel de la République française , publié à Paris.)

PAPIERS DE LA COMMUNE

« Paris, le 7 avril 1871 < .

« Citoyen général {à Ciuseret)^

« Je suis soldat et pas avocat. En cette qualité, j'obéis coûte que coûte aux ordres qui me sont donnés et j'exige la même obéissance de ceux qui m'ont choisi pour les commander. Le 19 mars, .à dix heures et demie du soir, j'ai reçu l'ordre de m'emparer des deux forts de Montrouge et de Vanves avec mon bataillon, fort d'environ 450 hommes. Après bien des marches et contre-marches, occasionnées par la confusion de mots d'ordre, je suis arrivé ainsi devant le fort de Montroug;e à cinq heures du matin le 20, avec 35 hommes environ. Le commandant de ce fort ne voulait pas se rendre, je l'ai fait surveiller par un caporal et 8 hommes. Je suis entré avec le restant de mqs hommes, et par surprise, dans le fort de Vanves, ainsi que mon sous-lieutenant, M. Lenoire, dans celui d'Issy ; on m'eût donné l'ordre de prendre le Mont-Valérien que cet ordre aurait été exécuté, et nous n'aurions pas à déplorer aujourd'hui les malheurs qui sont arrivés par l'incurie qui a suivie (sic) la journée du 18 mars ; il est temps et gr^nd temps qu'il y ait unité de commandement.

« Le 21, j'ai été investi du commandement supérieur de nos forts que j'avais pris, avec le grade de lieutenant-colonel, par le colonel Henry qui agissait d'après le commandement de l'Hôtel de ville (Comité central). J'ai toujours fait mon devoir; j'ai pris sur moi de faire occuper militairement le plateau de Châtillon, de le faire armer au détriment du fort de Vanves , d'en donner le commandement au brave commandant Othon, du 219« bataillon, d'y envoyer des renforts et enfin de le protéger par l'artillerie des forts sous mon commandement , quand le 4'avril je reçus un ordre qui me notifiait ma révocation.

^ Nous plaçons à la date du 19 mars eette lettre datée du 7 avril, parce que les événements qu'elle raconte commencent au 19 mars , dix heures et demie du soir.

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« Mon premier mouvement a été l'obéissance , j'ai remis à mon successeur les quelques renseignements que je supposais lui être utiles, en présence du citoyen Le&ançais, auquel j'ai seulement demandé si c'était la continuation du plan Trochu, puis je suis rentré chez moi. Le lendemain 5, je me suis présenté chez vous, hôtel du ministère de la g^uerre , mais il y a tellement de demandes de places (le soleil fait grouiller les insectes), que je n'ai pu vous parler ; j'ai prié un citoyen , qu'on m'a dit être le commandant Arnold, je l'ai prié de demander mon entrée, il est revenu en disant, comme en pleiii Empire, que c'était chose jugée. J'ai dû me mettre à la table de l'huissier, qui n'a rien de changé que la chaîne ; j'ai dû, dis-je, vous écrire un mot qu'on m'a conseillé de faire court. Je me suis conformé à cette sage observation , je n'ai pas de réponse, il me semble que cela en vaut la peine.

a Vous qui avez tant eu à vous plaindre des injustices, soit dans l'armée française, soit comme citoyen américain résidant en France, j'ai peine à m' expliquer cette lenteur à m'entendre. Eh bien , ne trouvant pas en cette circonstance votre conduite conforme à vos écrits, je viens aujourd'hui, fort de mon droit, vous dire que je ne reconnais pas à la Commune, pas plus qu'à l'Empire ainsi qu'à la Royauté, le droit de condamner le plus infime de ses sujets sans l'entendre, sans même lui faire connaître les griefs qui sont la base de l'accusation.

« Je demande donc justice , je vais plus loin , je prétends que les 450 hommes que je comma^idais dans la nuit du 19 au 20 pour l'exécution du coup de main qui m'était confié, que ceux qui se sont sauvés sont des lâches; et cependant eux seuls ont passé les nuits dans leurs lits avec leurs familles, touchant leur solde régulièrement. Je n'ai rien touché depuis le 1" mars , on n'a payé les hommes fidèles à leur poste que sur la menace que j'ai faite de faire arrêter l'officier payeur Ce bataillon-là porte le n° 214 et est du

XI" arrondissement

u C'h. Morel,

• tt 225, rue de Gharenton. »

A cette lettre se trouve jointe la note suivante :

« P. S. Pourquoi, si le Mont-Valérien nous gêne, ne pas le faire sauter ? On peut aller dessous par un chemin couvert.

« Signé: Lenoire, Terlier, Bara, Leblanc, Dubog. »

Nous demandons au lecteur la permission de transcrire dans ce livre quelques-unes des notes que nous avons prises au milieu des événements qui s'accomplissaient sons nos yeux. Il nous a semblé qu'elles pourraient parfois aider à expliquer les malheurs dont nous avons été accablés. Les observations et réflexions portant sur l'ensemble de la situation feront l'objet d'un chapitre détaché.

La démoralisation de certains corps de l'armée, au 18 mars, n'était pas due seulement au siège; elle était due à la situation dans laquelle ils s'étaient trouvés pendant Farmistice. Voici une note écrite à cette époque :

• — Nous regrettons certaines clauses de la capitulation de Paris. On a cherché à dissimuler aux défenseurs de Paris l'immensité de l'humiliation de la patrie. Peut-être aurait-on obtenu des conditions moins onéreuses pour la France si l'on avait moins tenu à ménager la susceptibilité de la capitale? Tout se paye à un vainqueur impitoyable , et s'il consent à ménager la forme, c'est sur le fond même qu'il se dédommage. Les plus grands désastres sont réparables lorsque, dans les nations qui en sont victimes , ils produisent des impressions profondes et des résolutions énergiques. Or, le devoir des gouvernements est de faire naftre , de développer ces impressions et ces résolutions. Si ces soldats qui errent dans nos rues, désarmés, réduits à chercher des distractions dans leur oisiveté forcée, participaient davantage aux malheurs de la patrie, ne s'y montreraient-ils pas plus sensibles ? L'abjecte inertie à laquelle ils se trouvent condamnés révolte ceux d'entre eux qui ont l'âme fière et élevée , beaucoup plus que ne les auraient fait souffrir les rigueurs des dures lois de la guerre. Ils envient le sort de ces prisonniers qui , ayant pu être libres en donnant leur parole, l'ont refusée et ont préféré aux jouissances de la liberté les souffrances de la captivité, comme si elles étaient un témoignage de leur ardent amour pour la patrie avec laquelle ils ont voulu souffrir encore.

{Écrit après la conclusion de l'armistice,)

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La manière dont a élé signifiée au peuple la conclusion de la capitulation serait de nature à faire penser que le Gouvernement de la défense nationale avait plus peur des faubourgs que des Prussiens. Cette opinion est fortifiée parles restrictions imposées au droit de réunion et à la liberté de la presse , bien peu de jours avant l'armistice, par la suppression du Réveil et du Combat, par la fermeture des clubs. Jusque-là, les journaux et les clubs n'avaient pu faire tort qu'à ïa défense en divulguant les plans de nos généraux, l'état de nos fortifications, de nos ressources , et jusqu'aux éléments d'agitation intérieure ; et le Gouvernement ne s'en était pas inquiété. II se vantait de vaincre, en. dépit des obstacles que son ineptie laissait accumuler. Mais du moment qu'il craint de rencontrer l'indignation d'une population tout entière , irritée d'avoir été livrée dans l'élan même de son patriotisme, il oublie cette magnanimité dont il avait fait un pompeux et intempestif étalage, et confisque momentanément les libertés. (Idem.)

La grosse question est celle des élections pour la constitution de la Commune. Le Comité central a convoqué les électeurs pour le 22. Lui reconnaîtra-t-on ce droit? Quarante journaux protestent contre une prétention criminelle. Douze représentants de la Seine, un grand nombre de maires et adjoints de Paris sont d'avis qu-e le Gouvernement doit adopter deux mesures qui sauveraient tout : V élection des chefs de la garde nationale, rétablissement d'un conseil municipal nommé par tous les citoyens,-

Déjà Paris devient la sentine de la civilisation. C'est le Comité central lui-même qui le constate publiquement, sous la signature de tous ses membres.

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