‹ Le fond de la société sous la CommuneChapitre 74 sur 117 · MORGUE DE PARIS · texte numérisé non relu

MORGUE DE PARIS

» Reçu à la Morgue deux corps du sexe féminin et des débris de corps humain envoyés par M. le membre de la Commune.

« Ce 17 mai 1871.

« Pour le greffier,

a GuiBLAIN. »

D'où vient cette note mystérieuse? Quelles étaient ces femmes? Comment des débris de corps humain étaient-ils dans la possession d'un membre de la Commune? Evidemment ces cadavres ne venaient pas du fleuve, mais bien d'une de ces exécutions dont on n'a jamais connu et dont il faut désespérer de connaître le nombre et les causes.

Le jour de l'explosion de la cartoucherie de l'avenue Rapp ,. la Commune rendait le décret suivant :

u La Commune de Paris,

«Considérant que l'église Bréa, située à Paris, 76, avenue d'Italie (XIII« arrondissement), est une insulte permanente aux vaincus de Juin et aux hommes qui sont tombés pour la cause du peuple ,

a Décrète :

u Art. !•'. L'église Bréa sera démolie.

« Art. 2. L'emplacement de l'église s'appellera place de Juin. « Art. 3. La municipalité du XIIP arrondissement est chargée de l'exécution du présent décret. »

u Ce décret mit le comble à la haine de la bourgeoisie. Il fut mal libellé; on aurait dû rappeler que Bréa avait fait fusiller,

sous LA COMMUNE. 387

quelques heures avant son arrestation, quatre-ving^ts prisonniers à qui il avait promis la vie sauve, et que, quelque regrettable que fût sa mort , elle fut expliquée par l'indignation qu'avait causée sa récente cruauté, w (Malon, p. 328.)

Nous avons eu Thonneur de oonnaftre particulièrement le général Bréa. C'était un brave officier, avantageux de ^a personne, plein de confiance en lui-même, aimé de tout le monde, et bien éloigné de mériter cette accusation de cruauté, qu'on lui adresse certainement pour la première fois. Au reste, M. Malon blâme ce décret odieux, surtout dans les considérants qui le motivent. Mais il trouve là l'occasion de justifier l'insurrection de juin. « Les héros de juin, dit-il, doivent être relevés de Tanathème dont les bourgeois, après les avoir mas- 'sacrés, ont frappé leur souvenir. » A la bonne heure! nous n'avons rien à répondre à cette logique. Les héros de juin qui ont assassiné le général Bréa, sont les frères des héros du 18 mars qui ont assassiné les généraux Clément Thomas et Lecomte. Pourquoi donc blâmer le décret de la Commune? Les bétes féroces ont droit à une ^gale justice.

FÉDÉRATION DES FRANGSr MAÇONS DE PARIS. COMMISSION PERMAHBHTB D*IiyiTIATiyE ET DE PROPAGANDE.

tt Paris, 17 mai 1871.

Guerre.

u Fusils à tir rapide provenant du désarmement des francs* fileurs.

M Chargé dix wagons, chemin de fer de ceinture, à l'embranchement du chemin de fer du Nord , partis direction de Saint-Denis.

M Chemin du Nord insuffisamment gardé. (Communiqué par ]es

employés du Nord.)

(Pas de signature .)

« Ne vaudrait-il pas mieux laisser les fusils à tir rapide aux sédentaires que de les envoyer à Versailles? »

Andreux , fabricant d'armes : « Je fais des sabres pour les memr bres de la Commune qui seront plus que beaux, » (17 mai.)

Ces sabres plus que beaux arrivaient tardivement, car ils ne pouvaient servir que pour la parade, et l'heure de la parade était passée.

COMMUNE .DE PARIS. COMITÉ .DE SALUT PUBLIC

« Paris, ce 17 mal 1871.

« Citoyen Délégué ,

. a Un citoyen rappelle au comité de salut public tout le parti qu'il serait facile de tirer de la position de l'Arc de triomphe pour balancer l'action de l'ajctillerie du Mont-Valérien et des batteries de Courbe voie.

« Le terrain de l'Arc de triomphe se trouve à 58 mètres au-dessus de celui de Paris et de la plaine de Longchamps. Les chambres qui se trouvent au-dessus de lîi voûte sont élevées de 50 mètres au-desr sus du sol. Or, le Mont-Valérien n'a que 125 mètres d'altitude. L'on pourrait de là non-seulement répondre au Mont-Valérien et à Courbevoie , mais balayer tout le bois de Boulogne.

« De plus, nos canons se trouveraient parfaitement abrités par

les chambres du monument, largues à l'intérieur de plusieurs

mètres.

« Salut et fraternité.

« Le secrétaire de la guerre y

u Signé : A. Héruette. »

« J'ai l'honneur de vous annoncer qu'en exécution d'un arrêté du délégué de la g^uerre, les sergents-majors doivent donner l'indemnité à toutes les femmes , légitimes ou non , de tous les g;ardes nationaux qui remplissent leurs devoirs de citoyens.

« Le chef de la 3* légion , u Colonel Spinoy. »>

Voici en quels termes le Gouvernement était accusé d'avoir fait sauter la cartoucherie de l'avenue Rapp. Dans cette proclamation odieuse, on parlait d'iNViNGiBLES moyens de défense , mots sans signification , s'ils n'avaient désigné le pétrole et les matières incendiaires devant lesquelles il semblait que Paris dût s'anéantir et la France reculer épouvantée.

sous LA COMMUNE. 329

Rapport du délégué civil à la guerre au comité de salut public.

u Hier, vous appreniez l'épouvantable forfait commis dans nos murs par nos infâmes ennemis, et vos cœurs patriotiques ont frémi d'indig^nation contre les coupables, et de douleur pour, tant d'innocentes victimes.

u La cour martiale est saisie.

u Justice sera faite sans retard.

« Aujourd'hui , nous ne pouvons encore vous donner le nombre exact des victimes, lequel, heureusement, est bien au-dessous de ce qu'on avait à craindre

« En somme, une cinquantaine de blessés; la plupart des blessures sont lég^ères : voilà tout ce qu'auront çagné les hommes de Versailles.

« La perte en matériel est sans importance , eu égard aux immenses approvisionnements dont nous disposons ; il ne restera à nos^nnemis que la honte d'un crime aussi inutile qu'odieux, lequel, ajouté à tant d'autres, à défaut de nos invincibles moyens de défense, suffirait à tout jamais pour leur fermer les portes de Paris.

u Tout le monde a fait plus que son devoir; nous avons peu de morts à déplorer.

« Paris, le 28 floréal an 79.

« Le délégué civil à la guerre ,

u DelESGLUZE. n

tt Considérant que dans les jours de révolution, le peuple, inspiré par son instinct de justice et de moralité, a toujours proclamé . cette maxime : u Mort aux voleurs ! »

« La Commune de Paris , « Décrète :

u Art. 1». — Jusqu'à la fin de la guerre, tous les fonctionnaires ou fournisseurs accusés de concussion, dépradation, vol, seront traduits devant la cour martiale; la seule peine appliquée à ceux qui seront reconnus coupables sera la peine de mort.

(( Art. 2. — Aussitôt que les bandes versaillaises auront été vaincues , une enquête sera faite sur tous ceux qui , de près ou de . loin, auront eu le maniement des fonds publics. »

u En même temps se faisaient jour des menaces de coup d'État de la majorité contre la minorité , du Comité central contre la Ciommune, des chefs militaires contre la Commune et le Comité.

(( Au milieu de cette fermentation anarchique, de ces dangers intérieurs qui se traduisaient par des conflits de pouvoir, on ne prévoyait pourtant pas que le jour de la défaite fût si proche. Les femmes continuaient d'entretenir une véritable agitation révolutionnaire; leurs clubs étaient nombreux, et ]eur action se faisait sentir dans tous les arrondissements. Des bandes d'enfants promenaient dans les rues de petits drapeaux rouges en chantant la MarseiUaîse et en criant Vive la Commune !

u Quant aux journaux, ils étaient remplis d'une parfaite sérénité et annonçaient tranquillement que, si les Versaillais entraient, ils ne sortiraient pas. » (Malom, p. 336.)

« 18 mai.

« Citoyen,

(( Dans la séance de la Commune du 9 mai, vous vous êtes exprimé ainsi :

u Le comité de salut public n'a pas répondu à ce qu'on atten- « dait de lui. Il a été un obstacle au lieu d'être un stimulant. Je u dis qu'il faut qtûU disparaisse, »

u Si l'on vous avait écouté , on aurait fait disparaître ce comité^ et la Commune ne serait pas dans la déplorable situation où elle se trouve. Vous avez trop d'intelligence pour ne pas reconnaître que le gouvernement communal est en désarroi et que le comité de salut public, sur lequel vous avez porté un jugement bien fondé le 9 mai , en est une des principales causes.

u II y a dans le sein de la Commune des hommes ardents, des tièdes, des traîtres, oui, des traîtres, et j'en m des preuves. Je ne vois pas de citoyens réunissant toutes les qualités nécessaires pour diriger convenablement le char municipal. Les ardents le feront culbuter comme les traîtres; les tièdes le feront rester en chemin. Il faudrait des hommes sages, honnêtes, grands partisans de la légalité en tout et pour tout, afin d'attirer les esprits fiévreux au lieu de les aliéner.

« Vous connaissez le proverbe : u On prend plus de mouche» avec du miel qu'avec du vinaigre. » La violence produit la réaction,

sous LA COMMUNE. 331

et d'après une maladroite proclamation aux gardes nationaux , du 27 floréal , le Gouvernement de Versailles serait disposé à rétablir la monarchie, sans doute parce qu'il sait les irrégularités de la Commune à Paris , et non de la République.

« Signé : Persillon. »

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