‹ Le fond de la société sous la CommuneChapitre 73 sur 117 · PASGHAL GROUSSET AU CLUB · texte numérisé non relu

PASGHAL GROUSSET AU CLUB

•Nous retrouvons dans nos notes sur Paschal Grousset une

note écrite après le siège. Nous demandons la permission de la

reproduire telle quelle. Elle porte la date du 6 février 1871.

«La liberté n'est pas seulement le droit individuel d'agir,

c'est le respect du droit d'agi'r reconnu chez autrui. Liberté,

tolérance, doivent être synonymes. Mais comment à l'impétuosité despotique de notre tempérament imposer la patience de supporter la manifestation d^une opinion , d^une doctrine , d'un sentiment absolument contraires à l'opinion, à la doctrine, au sentiment que nous avons? Désespérant de vaincre l'adversaire parla parole, et irrité de ce que nous appelons son entêtement orgueilleux, on l'écrase, on l'extermine si l'on peut. On croit ainsi mettre fin à la discussion et assurer son propre triomphe/ Il n'en est rien. Les cœurs généreux et fiers protestent contre la violence , épousent la cause des victimes , et se chargent de la vengeance. Alors les haines, les luttes ne finissent plus. Elles finiront, lorsqu'on se sera fait chez nous une juste idée de la liberté, et que, pour assurer le respect de l'opinion qu'on professe, on montrera le respect de l'opinion contraire, dans la plénitude de sa manifestation, sauf à la combattre avec la raison ou le raisonnement.

. «J'ai entendu hier, au club du gymnase Triât (5 février), Paschal Grousset oser dire que le décret de Bordeaux excluant des candidatures à la prochaine Assemblée les anciens candidats officiels, était l'acte le plus sublime, le plus admirable qui se soit produit depuis le A steptembre. Et le public d'applaudir! Que diraient les républicains si, au lendemain d'une restauration monarchique, le premier soin du pouvoir était de déclarer indignes et incapables du mandat législatif tous ceux qui précédemment auraient fait acte et profession de répubL'canisme? Combien ils trouveraient monstrueux, et ils auraient raison, qu'un homme osât s'attribuer un tel droit, attentatoire au droit de l'électeur ! — Cependant, aujourd'hui, ils déclarent sublime le décret de Gambetta ! »

^- Nous aurions mieux fait, sans doute, au lieu de reproduire ces réflexions , , de donner une idée du club Triât , où nous sommes allé passer quelques heures. Mais les clubs ne se ressemblent-ils pas tous ?

Le club Triât, qui n'a été ouvert, si nous ne nous trompons, que pendant l'armistice, était très-paisible. Tout le monde était d'accord, ou ceux qui avaient des opinions ma/^onnan/e^ se gardaient bien de les exprimer. Comme les orateurs laissaient souvent la

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tribune inoccupée, un membre du bureau, doué d'une loquacité déréglée, était chargé de remplir les intervalles de viduité. Il parlait alors de toutes choses à tort et à travers, et ne s'arrêtait que lorsqu'il avait débité une monstruosité ,.pour s'écrier : Ne dites pas le contraire, j'y étais ! — Et personne ne s'avisait de contester. Du reste , dès que l'espoir de la venue de l'orateur tant attendu se manifestait, notre homme, avec une ponctualité prussienne , arrêtait son robinet et s'asseyait , aussi satisfait de se taire que de parler. Quel sujet précieux pour un club! Là, nous entendîmes professer par un ouvrier, qui frappait sur la tribune comme s'il eût frappé sur l'enclume, un cours d'histoire d'Amérique aussi neuf qu'éloquent. L'orateur inventait à mesure qu'il parlait, et redoublait d'assurance à mesure qu'il inventait. Alors parut le délégué de tous les comités de Paris, dont la parole allait entraîner irrésistiblement le club, lorsqu'une voix s'éleva pour demander, en promettant son appui, que préalablement le délégué justifiât, par des témoignages, du titre qu'il avait pris. Où étaient ses pouvoirs?... Sçs pouvoirs! Personne n'y 9vait pensé! « C'est vrai ! — C'est absurde ! — Oui! — Non ! » Voilà le président, le bureau, l'assemblée sens dessus dessous. Le délégué, ahuri, bouleversé, s'esquive. On allait se séparer au milieu des rires et des cris, lorsque quelqu'un s'approcha mystérieusement du président. Ah! mon Dieu! serait-<e un orateur? quelle chance! — Soyez heureux; c'est un orateur; il s'avance! Les cheveux bien brossés, le col bien empesé , la redingote boutonnée jusqu'au cou, pâle et solennel, il s'avance! ! Pendant ce temps, le président s'était enquis des titres de ce grand homme à la notoriété , car bien que démocrate et poëte, il les ignorait, le malheureux! Il les fit connaître au club en nommant Paschal Grousset; mais il ne parla pas de Victor Noir, dont le cyprès projetait encore sur le visage de cet Âristogiton la teinte verdâtre qui lui donnait tant de distinction. Paschal Grousset posait pour le charmeur, le Capoul de la Commune. D'une voix nette , posée, timbre sec, il récita un petit boniment démagogique qu'il avait débité le soir même dans trente clubs , et où il y avait bien autant de venin que de mois. Puis, aussi solennellement qu'il s'était

avance, il se retira, beau comme l'antique qui orne la pendule d'une modiste , inexorable comme le Destin.

Eh bien, il faut rendre justice à tout le monde : Paschal Grousset, arrivé au pouvoir^ n'a pas fait de mal ; il a peut-être essayé des corsets et des poignards , mais ne pouvant bouleverser le monde, il s'est borné aux seules fonctions que l'honnêteté lui eût permis de remplir sous la Commune, celles de conservateur des archives des affaires extérieures. Rien n'a été touché ni dérangé dans ce précieux dépôt , sauf, m'a dit mon spirituel ami M. Baschet, la calotte de M. l'archiviste, et encore M. l'archiviste n'est-il pas certain que ce ne sont point nos artilleurs qui l'ont prise. J'en demande pardon aux artilleurs!

Lorsqu'on se rappelle les scènes burlesques qui accompagnent ou précèdent les révolutions, on comprend le dilettantisme des individus qui, n'ayant rien de l'homme que la curiosité , se plaisent à ces spectacles où ils voient ruiner et massacrer leurs semblables , où le comique se mêle si constamment au tragique, que pour Fennemi du genre humain qu'on appelle le diable, ce doit être le sublime de la farce et comme la perfection de l'art.

On reconnaît aux décrets de plus en plus menaçants de la Commune que l'heure fatale approche : « Les attaques contre la République et la Commune seront déférées à la cour martiale. » Il est vrai que tous les journaux suspects avaient été supprimés. Le Gouvernement de Versailles était accusé d'un nouveau crime ^ le plus épouvantable et le plus lâche de tous, d'avoir fait sauter la capsulerie de l'avenue Rapp, événement mal connu , attribué par les uns à Delescluze lui-même , par les autres à la négligence des fédérés, toujours buvant, toujours fumant à côté de la poudre qu'ils étaient chargés de garder. Plus tard, Delescluze annonçait que les coupables avaient fait des aveux et subi la peine qu'ils méritaient. — Qu'^y a-t-il de vrai dans cette assertion? Y a-t-il eu des aveux quelconques, y

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a-t-il eu un châtiment , — qui n'aurait pu frapper que des innocents accusés de complicité avec Versailles?

Proposition faite ce jour à la Commune par un de ses membres. Le temps a manqué pour l'examen et l'adoption :

u Art. 1*^. Tout citoyen qui aura pris part à la défense des libertés communales et de la République, aura droit à une pension de trois cents francs, dont le premier trimestre sera payé trois mois après le jour où une victoire complète auta. été remportée par l'armée des défenseurs de la République sur celle des royalistes versaillais.

li Art. 2. Tout soldat de l'armée versaillaise, à quelque corps qu'il appartienne, venant se raLUQer sous la bannière de la Commune et de la République, aura droit à la même retraite.

tt Art. 3. Tout citoyen de la province qui prendra les armes pour défendre la République et les institutions communales , aura ég^alement droit à la même retraite.

« Art. 4. Tout officier et sous-officier de l'armée de Versailles, venant défendre le drapeau de la liberté , aura droit à la retraite proportionnellement à son grade. »

Extrait du Tribun du Peuple du 17 mai, de M. Lissagaray. Il renferme le passage d'une lettre d'un correspondant de Versailles. On voit que tout a été calculé par les partisans de la Commune pour le succès de l'insurrection , et qu'ils avaient escompté jusqu'à l'épuisement des forces de nos malheureux soldats revenant des prisons d'Allemagne :

« Ce qu'il faut dire à la province, ce n'est pas de se lever en armes , chose matériellement impossible , pour venir au secours de Paris, mais bien que Paris est en état de résister jusqu^à ce que la province ait organisé les manifestations qui se préparent de tous côtés, malgré les poursuites des parquets et les circulaires de M. Thiers, contre la continuation du siège. J'ai quitté Paris persuadé que tout assaut serait victorieusement repoussé. Depuis six jours , après avoir parcouru les principaux- cantonnements de l'armée de Versailles, je persiste plus que jamais dans mon opinion.

u Les proclamations du maréchal Mac-Mahon ne doivent pas plus vous décourager qu'elles ne parviennent à relever le moral

des troupes, qui sont profondément convaincues qu'un assaut serait horriblement meurtrier. La majeure partie des soldats se compose, vous le savez, de jeunes conting;ents peu habitués au feu et aux fatigpies d'une campag^ne rendue fort rigoureuse par la fraîcheur des nuits. Les soldats revenus d'Allemagne, usés par huit mois de captivité et de privations de toute nature , et auxquels il faut re- ^Eiire un tempérament et une discipline, obéissent sans entrain. »

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