EX-PRÉFECTURB DE POLICE. — CABINET. — 2* BUREAU
« Paris, 20 mai.
MESURES d'ordre ET DE SÛRETÉ GPÉNÉRALE> A PRENDRE POUR LE GRAND FESTIVAL DU 21 MAI 1871.
Cl l^ Il est expressément défendu de stationner sur la place de la Concorde ;
(( 2° Il est expressément défendu , pendant la durée du festival , de monter sur les parapets des quais et des ponts a voisinants, n
Des termes de cet article , il ressort que ce qui était défendu pendant le festival , était permis après. On ne voit pas alors le but de la défense.
u 3° La circulation des voitures sera interdite sur les points où Tag^g^lomération des personnes viendrait à rendre cette mesure nécessaire. Dans ce cas, tout cocher sera tenu à chang^er son itinéraire sur l'injonction des préposés à la surveillance, n
La rédaction n'est pas .heureuse. Sauf ce détail , ce sont les mêmes prescriptions que du temps où florissait M. Boitelle.
it 4t^ Défense expresse est faite aux étalag^istes, marchands forains, limonadiers et saltimbanques^ de stationner dans l'avenue Gabrielle (sic). Fa g^rande avenue des Champs-Elysées et l'avenue du Cours-la-Reine. »
Les bombes qui pleuvaient sur, l'avenue et jusqu'au delà du rond-point, équivalaient à la plus énergique défense de stationner.
Les quatre autres articles, comme dans les affiches signées Piétri.
Qu'on dise après cela que la Commune n'aimait pas Tordre j et les gendarmes ! Seulement, elle donnait à ces derniers le nom
de préposés à la surveillance. M. de Kératry, au commencement de la guerre , les avait appelés gardiens de la paix.
L'idée de ce festival, dont la célébration devait coïncider
' avec l'engagement des combats décisifs sous Paris, était encore
une mauvaise queue du siège, qui avait eu une si grande part à
la démoralisation publique. Le Gouvernement d'alors avait
trouvé sublime d'ouvrir les théâtres et de faire marcher de front
pour les citoyens le plaisir et le devoir, et quel devoir! En festinant, de leur côté, les communards se ravitaillaient moralement devant la mort qui s'avançait.
Si MAI.
Le dimanche soir, vers sept heures, commençaient à descendre de Passy des gardes nationaux qui annonçaient l'entrée des troupes. La porte d'Auteuil avait été ouverte par un courageux citoyen, M. Ducatel, auquel Paris doit peut-être la conservation des monuments et des trésors artistiques qui lui restent , et qui suffisent à lui maintenir le premier rang entre toutes les capitales du monde. Il aurait fallu encore deux autres jours au moins, peut-être huit , pour ouvrir la brèche, et puisqu'on était décidé à n'ordonner Tassant qu'après la brèche faite, nous laissons à penser quel aurait été, pendant ce temps-là, le sort de la capitale ! Paris était au pouvoir de véritables hordes auxquelles personne ne songeait à tenir tête ouvertement, et qui pouvaient piller, saccager, brûler à leur fantaisie, comme on le verra. La poudre, les armes manquaient aux citoyens honnêtes, et si quelqu'un eût fait mine de s'opposer aux hommes déterminés qui allaient combattre derrière les barricades , il eût été infailliblement et immédiatement fusillé. A côté des gens de la Commune qui avaient d'avance fait le sacrifice de leur vie, se trouvaient les rodomonts qui, à la première odeur de la poudre, disparaissent, mais de loin font mille démonstrations terribles, et dont la lâcheté est capable de toutes les cruautés. Je me souviens qu'en rentrant chez moi je trouvai ce jour-là une dizaine de gardes nationaux qui s'étaient placés en tirailleurs à l'entrée de l'avenue de l'Empereur, tout près de l'avenue Montaigne. Ils s'appelaient les uns les autres , tenant leur fusil en position, comme si l'ennemi allait paraître au haut de l'avenue et devait rencontrer une résistance désespérée. Au fond, ce que gardaient ces braillards ridicules, ce qu'ils étaient disposés à défendre avec tant d'enthousiasme et de démonstrations guerrières, ce n'était point la Commune, mais une pièce de viande formidable , la moitié d'un bœuf, qu'ils durent laisser au corps
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de garde, et qui menaçait d'empester le quartier lorsque , trois ou quatre jours après , on se décida à l'enlever ou à l'enfouir.
Il pouvait être neuf heures du soir; à huit heures, Delescluze avait démenti dans une affiche la nouvelle déjà répandu^e, et dont il savait la parfaite exactitude , de l'entrée des troupes nationales. « L'observatoire de l'Arc de triomphe nie l'entrée des Versaillais; du moins, il ne voit rien qui y ressemble. Le commandant Renard vient de quitter mon cabinet, et affirme que la porte d'Auteuil n'a pas été forcée, etc., etc. » Delescluze, pour avoir combattu énergiquement l'Empire , mentait comme lui , mentait toujours.
M. Malon raconte à peu près en ces termes la dernière séance de la Commune :
« Vint l'affaire Cluseret. Miot remplit le rôle d'accusateur ; il ne put articuler aucun grief sérieux, et Cluseret fut déclaré libre. »
Les communeux avaient encore emprunté aux traditions de la première révolution de mettre en prison à tort et à travers les généraux malheureux. Mais on les déclarait non coupables sans plus de façons qu'on les avait déclarés suspects.
« Vermorel parlait, quand entra Billioray ; il lut une dépêche de Dombrowski, que je cite de mémoire^ dit M. Maloi^ (p. 344). La voici :
Dombrowski à guerre et à Comité de salut public.
u Mes prévisions sont réalisées. La porte de Saint-Gloud a été franchie à quatre heures par l'armée versaillaise. Je rassemble mes forces pour les attaquer. J'espère les rejeter de l'enceinte avec ce que j'ai d'hommes; envoyez-moi cependant des renforts. Ce grave événement ne doit pas nous décourager; conservons surtout notre sang-froid. Rien n'est perdu encore; si par impossible les Versaillais restaient en possession de cette partie du rempart, nous ferions sauter ce qu'il y a de miné, et nous les tiendrions en respect de notre seconde ligne de défense appuyée sur le viaduc d'Auteuil.
« Restons calmes, et tout sera sauvé; nous ne devons pas être vaincus !
Dombrowski. »
Après cette lecture , « on convint de se rendre chacun dans son arrondissement respectif pour organiser la défense , si besoin était... Jules Vallès, qui présidait cette dernière réunion, déclara la séance levée , et les membres de la Commune se séparèrent. Beaucoup de ces hommes de combat ne devaient plus se revoir. . . »
Nous n'avons point l'intention de raconter le combat oti les uns périrent, où les autres se dérobèrent par la fuite au châtiment qu'ils avaient mérité , pas plus que nous n'avons voulu écrire dans ce livre une histoire complète de la Commune. Nous nous bornerons à achever le dépouillement des archives de la justice militaire. Il se trouve là plusieurs pièces qui aideront à comprendre le dénoûment fatal, qu'on aurait pu , il nous semble , avancer de quelques jours , au grand profit de la civilisation et de l'humanité.