‹ Le fond de la société sous la Commune: décrit d'après les documents qui constituent les archivesChapitre 16 sur 100 · LES LOYERS A PARIS · texte numérisé non relu

LES LOYERS A PARIS

« La question des loyers ne tardera guère à recevoir une solution.

a II faut une loi qui réponde aux besoins des populations et au sentiment de l'équité.

« Cette loi est nécessaire , parce que la législation en vigueur confère au propriétaire des droits terribles contre le locataire qui ne paye pas son terme, sans qu'il ait à se préoccuper du motif qui l'empêche de payer.

a II a fallu que le cas de force majeure devînt général dans Paris, par suite du siège, pour que l'on comprît enfin ce qu'il y a d'exagéré, de cruel, et parfois d'injuste dans les prescriptions de la loi.

« Il convient donc de désarmer le propriétaire, en présence du cas de force majeure reconnu.

a Mais là doit se borner le rôle du législateur ou à peu près. "

« Si le législateur prétend exonérer de sa dette certaine classe de locataires aux dépens d'une catégorie de propriétaires ; s'il veut

créer des distinctions, des immunités, il basera une loi surPinjustice, portera atteinte à la moralité^ et donnera un prétexte et un appui à la mauvaise foi : il ff^vorisera les uns et ruinera les autres sans motifs plausibles , sans droit , sans raisons qui justifient les préférences et les défaveurs.

« Si le législateur déclare exonérés de leur, dette tous les locataires sans exception, le prix des loyers se trouvera nivelé, sans distinction de grandeur et de nombre des pièces qui composent les appartements , du luxe et du confortable qui y sont dus au propriétaire. La mansarde et l'appartement seront confondus dans l'appréciation de la valeur locative. Combien regrettera l'bomme qui a grelotté dans sa mansarde , de n'avoir pas choisi un de ces fastueux hôtels pour sa demeure! C'était le même prix. Rien à payer. Il était donc bien niais de se reléguer dans un chenil par un motif d'économie hors de propos !

« Si le législateur déclare libérés les seuls locataires qui ne peuvent pas payer, sans aller plus loin en ce qui concerne l'intérêt du propriétaire, voilà nos propriétaires qui ont, sans s'en douter, mis à la loterie en acceptant leurs locataires. Les numéros sont-ils bons, tant mieux pour eux; sont-ils mauvais, tant pis. Est-ce juste?

« Enfin il résulterait d'une loi aussi radicale, que tel qui aurait payé, parce que sa conscience, son bon sens lui disent qu'après tout c'est le toit d'autrui qui lui a servi d'abri , «et que son propriétaire a payé sa maison pour la louer, qu'il l'entretient, y gage un concierge, y fait des frais d'éclairage, etc., celui-là sera tenté de se dire : « En définitive ^ puisque la loi m'y autorise y à quoi bon payer? n '

u Or, une loi peut-elle abaisser le niveau de la moralité publique et porter atteinte à la bonne foi ?

« De toutes ces considérations, il résulte que la loi doit sauvegarder, dans une égale proportion , tous les propriétaires , et que, s'il y a une concession à faire aux locataires , elle doit être supportée proportionnellement à leurs revenus en loyers par tous les propriétaires. »

Nous n'avons donné place ici à cette lettre que parce qu'elle se rattache à l'un des grands griefs d'une partie de la population parisienne contre FAssemblée nationale. La guerre avait suspendu le payement des échéances et des loyers, en arrêtant

tout commerce, et en tarissant toutes sources de revenu. Ilfal-

lait rentrer dans l'état normal. L'Assemblée fit sur les loyers et sur les échéances une loi détestable qui mécontenta tout le monde à Paris. Il y eut cependant quelque chose de pire que la loi , ce fut la manière dont on l'appliqua, et qui varia selon la composition de chaque tribunal. Ici on sacrifiait entièrement les propriétaires aux locataires, et là les locataires aux propriétaires. Cette justice fonctionnait à la turque, sans appel, et sabrant de belle façon les affaires. Nous regrettons de ne pouvoir en donner des exemples. Nous nous bornerons à dire que nous avons vu un de ces tribunaux , en deux heures , prononcer sur quarante affaires, sans instruction préalable. Il aurait mieux valu pour un malheureux locataire être jugé par n'importe quel pacha que par MM. Edouard Delessert, Jacquet, Remondon et Guilmin, que présidait ou plutôt que régentait un M. Baulant , ancien avoué. Plus royalistes que le roi, nous avons vu ces pontifes de la propriété refuser à un locataire un dégrèvement de loyer que le propriétaire lui avait accordé, comme s'ils étaient chargés de protéger la propriété contre ses propres faiblesses ! C'est à la discrétion de juges si expéditifs que s'est trouvée livrée la population parisienne, car il n'y avait contre leurs arrêts que le recours en cassation, et on sait ce qu'il coûte.

Il semble que le Comité central eût dû se dissoudre aussitôt les élections terminées. Il l'avait annoncé solennellement. Après les élections, il changea de langage ; la Commune eut deux pouvoirs qui ne cessèrent de se trouver en rivalité. Nous donnerons sur ce point l'opinion d'un de ses ardents et fidèles partisans, M» Lissagaray, qui a publié à Bruxelles une histoire apologétique de la Commune sous ce titre: L^s Huit journées de mai derrière les barricades, (Bruxelles, 1871, in-18.) Nous ferons à cet ouvrage et à celui de M. Malon, que nous avons déjà cité, d'assez nombreux emprunts. Rien de plus instructif pour nous que ce que pensent et que ce qu'impriment les défenseurs de la Commune à l'étranger, où ils se sont réfugiés. D'ailleurs, l'historien a le devoir d'entendre les vaincus aussi bien que les vainqueurs , et de contrôler les uns par les autres leurs témoignages.

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La Commune laissa vivre cette autorité (le Comité central) qui n'avait plus de raison d'être*, et le plus grand désordre s'ensuivit. Tel bataillon, commandé parla Commune, exigeait le contre-seing du Comité central ; tel autre se mettait en mouvement sur un simple ordre du Comité. C'était bien la Commune qui donnait le drapeau, passait les revues , présidait au départ des bataillons ; mais le Comité, s'appuyant sur la place Vendôme, réglait le roulement, étendait ses attributions de conseil de famille, et, comme ceux de la Commune, ses membres portaient l'écharpe et le ruban rouge, différencié seulement par une frange d'argent.

A la moindre difficulté avec leur commandant, les gardes nationaux portaient plainte au Comité central, qui, pour ménager sa popularité, donnait presque toujours raison aux réclamants. La discipline était aussi inconnue aux officiers qu'aux simples gardes.

(LiSSAGARAî, p. 18.)

M. Lissagaray accuse presque le Comité central d'avoir été secrètement favorable aune soumission à Versailles, et d'avoir contribué a affaiblir la défense.

La bourgeoisie commence à émigrer. C'est un mouvement analogue à celui qu'on avait vu dans le temps qu'a procédé ^ le siège, lorsque tant de gens bien portants étaient partis avec leurs bagages pour la Belgique et l'Angleterre, car lia Bretagne et la Provence étaient encore trop rapprochées de l'armée prussienne. On est heureux de voir ces bons citoyens, gracieux et potelés, faire l'ornement de la Bourse et de nos promenades.

Le Gouvernement avait alors pour forces quelques sergents de ville, quelques gendarmes et peu de bourgeois. Les jeunes fugitifs étaient allés s'amuser ou se distraire au loin. Avaientils tort? Au point de vue du devoir, certainement; au point de vue des encouragements et des récompenses qu^on donne chez nous à l'accomplissement du devoir, ils avaient raison. Ils sont aujourd'hui ex œquo avec les braves qui sont vivants, et des braves morts ils se moquent; ils disent, en marchant sur la terre • qui couvre leurs restes :

Vaut mieux lâche debout que vaillant enterré.

^ Après l'élection de la Commune.

Extrait du Journal officiel de la Commune :

La Commune décide :

Les citoyens Duval, Berg^eret et Eudes, retenus loin de Paris par les opérations militaires, sont remplacés à la commission executive par les citoyens Delescluze, Cournet et Vermorel.

Le citoyen Cluseret est délégué au ministère de la guerre.

Les citoyens Blanchet et Géresme sont délégués à la commission de justice.

Paris, Hôtel de ville, 3 avril 1871.

3 avril, 11 heures 20.

Colonel Bourg oin à directeur général, ^

Bergeret et Flourens ont feit leur jonction; ils marchent sur Versailles. Succès certain.

3 avril, 2 heures.

Vers quatre heures du matin, les colonnes commandées par le général Du val et le colonel Flourens ont opéré leur jonction au rond-point de Courbevoie. A peine arrivées, elles ont essuyé un feu nourri ouvert par le Mont-Valérien.

Les troupes se sont alors abritées derrière les murs et les maisons. Ainsi garanties, les commandants ont pu organiser un mouvement qui a complètement réussi, et les deux Colonnes ont pu franchir les lignes et se mettre en marche sur Versailles.

Le général Bergeret , en tête de ses troupes , les a entraînées au cri de Vive la République! et a eu deux chevaux tués.

Le feu de l'armée de Versailles ne nous a occasionné aucune perte appréciable.

M. Malon, l'auteur de La Troisième défaite du prolétariat français y ne raconte pas les faits de la même manière : « Les pertes furent sérieuses ; beaucoup d'hommes étaient tombés , plusieurs centaines furent faits prisonniers , et Flourens n'était pas revenu. Cerné dans Ruelavec quelques braves Bellevillois, il eut la tète fendue d^un coup de sabre par un officier de

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gendarmerie du nom de Desmarest. Ainsi mourut , assassiné par un sicaire, ce chevalier errant de la Révolution, » etc.

M. de Galliffet disait de son côté : « La guerre a été déclarée par les bandes de Paris.

« Hier et aujourd'hui elles m'ont assassiné mes soldats.

a C'est une guerre sans trêve ni pitié que je déclare à ces assassins, » etc.

Il est certain qu'à partir de ce jour les soldats n'hésitèrent plus , et que des deux côtés on se battit avec acharnement, parfois avec férocité.

L'attaque des fédérés avait été mal concertée; nous avons trouvé dans les Papiers de la Commune cette lettre de G. Flourens à Bergeret, écrite au crayon quelques heures avant sa mort.

u 10 heures uû quart.

u Mon cher Bergeret,

« J'ai dix mille hommes de la 2* légion à l'avenue des Ternes , pleins d'ardeur, et ne demandant qu'à marcher sur Versailles. Fixemoi bien si c'est toi qui commandes notre colonne , à quelle heure nous partirons (je crois que cinq heures serait le mieux), et donnemoi ma direction. Si ce n'est pas toi qui commandes l'aile droite, je demande à la commander. — L'esprit de chacun est excellent, mais il ne faut, à aucun prix y manquer d'aller ce soir à Versailles. Agir autrement, ce serait tuer la révolution et la Commune. Nous serons vainqueurs, cela ne peut même faire un doute, mais il faut agir énergiquement .

« Je suis à toi de cœur, et j'attends ta réponse, et surtout de savoir si c'est toi qui vas commander. Je suis pleinement d'accord avec le colonel Basché.

« G. Flourens. »

Derrière la deuxième page double :

« Dis-moi en définitive à quelle heure il faut marcher pour être d'accord avec les autres colonnes.

« G. Flourens. »

Pendant que cette expédition des fédérés allait se briser contre Tarmée nationale et qu'elle échouait misérablement, la Commune prenait des gages, ce qu'elle appelait des otages. Même avant que le décret contre les otagçs fût promulgué (il porte la date du 5), Raoul Rigault avait incarcéré l'archevêque de Paris. M. Bonjean, le membre le plus libéral peut-être du Sénat, avait été arrêté au début de l'insurrection. Voici le facsimilé de l'ordre d'incarcération de Mgr Darboy, de la main de Rigault. On sait comment l'abbé Lagarde échappa au sort qui le menaçait. '

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

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