ORDRE
« Le lieutenant Tribalet devra appréhender au corps et conduire
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3' Impunité de la violation de toutes les lois ;
h? Indiscipline encouragée par la faiblesse humanitaire de M. Trochu;
5** Obstacle apporté par le Gouvernement aux demandes de sortie contre l'ennemi qui eussent été un dérivatif à la fermentation des passions populaires. Au lieu de mettre en suspicion, par un ordre du jour qui était une flétrissure publique, le courage des gens de' Montmartre, mieux eût valu assurément lui fournir une occasion de se manifester, après une défaillance accidentelle. La haine des Prussiens les aurait distraits de la haine des bourgeois , dont ils ne se seraient plus occupés. A la colère qui résultait chez ceux-là de l'humiliation mêlée de basse flatterie qu'on leur avait fait éprouver, s'est jointe l'irritation de la population tout entière lorsqu'elle a appris subitement que la ville allait être livrée à l'ennemi. Montmartre a fait contre les bourgeois de Versailles et les généraux des sorties en masse qu'on ne lui avait pas fourni l'occasion de faire contre les Prussiens, et il a de cette sorte étrenné les canons vierges que la population avait payés de ses deniers et qu'elle avait été sur le point de voir livrer aux Allemands avant qu'ils eussent servi;
ô"* Affaiblissement du patriotisme pour la première fois dans ces mouvements révolutionnaires. Au lieu d'un intérêt universel, Paris invoque un intérêt local qui n'est qu'un prétexte ou un masque donné à la révolution. Aussi la sympathie du monde s'est retirée de lui. Un Autrichien nous racontait qu'à l'époque de l'armistice, il avait assisté à Vienne à la représentation d'une pièce à tableaux. Lorsqu'après beaucoup d'autres villes l'image de Paris apparaissait, elle était saluée d'une triple salve d'applaudissements : aujourd'hui cette même image est huée et sifflée ;
7° Le goût de la chasse à Fhomme , inné peut-être chez les Français. Les gens de la garde nationale parlent pour aller à la rencontre des troupes nationales comme s'ils allaient tirer sur des lapins. Ils se font merveilleusement à cette vie, où ils paraissent croire qu'ils remplissent leur devoir de citoyens et qu'ils font preuve de patriotisme ;
8^ Au fond, cette guerre est celle du prolétariat contre la
propriété et contre le patronage; à peu près tout ce qui est salarié est avec la Commune; tout ce qui est bourgeois fait secrètement des vœux pour l'Assemblée, secrètement, bien secrètement.
La France est peut-être le pays du monde où , eu égard au degré de culture intellectuelle et de moralité des classes moyennes , il y a le moins de courage civique. L'initiative individuelle y est nulle. Qu'un bourgeois ait une idée neuve, une intention généreuse, il n'osera jamais en tenter la réalisation avec ses seules ressources , sans l'encouragement moral ou matériel de l'État, sans le signe approbatif du maître. S'il se trouve dans une assemblée populaire où l'ignorance, la sottise risquent les plus dangereuses et les plus niaises propositions, il gardera le silence, il se bornera en sortant à hausser les épaules. D'où vient cette timidité couarde? De notre éducation, qui emploie huit ou dix ans d'efForts à niveler les volontés , à user les carac-
tères , à uniformiser les natures les plus disparates et les plus rebelles. On sort du collège, préparé à quoi? A la lutte contre l'autorité paternelle par la lutte incessante contre l'autorité du pion et du maître qu'on déteste et quelquefois qu'on méprise; préparé à la haine du travail, parce qu'en se voyant assujetti à des occupations ennuyeuses dont l'utilité n'est pas évidente, on y a pris une sorte d'antipathie pour toute occupation sérieuse. La volonté est brisée, incapable par conséquent de lutter contre les difficultés présentes et de tâter l'inconnu. Les plus sages passent des bancs dans la position sociale qui leur a été ménagée, qu'ils remplissent tant bien que mal, frappés d'une incapacité de vouloir irrémédiable et d'une impuissance indélébile. Ils sont habitués à ne rien oser par eux-mêmes, ni en bien ni en mal. On a pu juger ce que valait la bourgeoisie, sous le rapport de l'élan et de l'énergie , dans la guerre étrangère et dans la guerre civile.
— Le grand signe de l'abaissement deâ caractères en ce temps-ci, est l'absence absolue de sincérité. Ou on ne pense pas, et alors on répète des leçons apprises dès l'enfance ; ou on s'est fait
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une opinion propre et on n'ose pas l'exprimer quand elle choque l'opinion reçue. Notre amour de la tranquillité, notre indifférence pour les questions de principe, notre lâcheté intellectuelle, pour touJt dire, nous rendent timides ou complaisants jusqu'à la servilité.
Eh bien , si nous voulons sortir régénérés des malheurs qui nous accablent, il faudra avoir le courage et la force de dire tout haut ce que souvent la plupart de nous se disent tout bas. Rendons au nom que nous sommes fiers de porter sa signification primitive : le premier témoignage de la fierté du Franc, de l'homme affranchi, c'est la franchise.
Arrière donc l'esclavage du mot, de la formule, de la banalité! {Idem.)
Dombrowski est nommé commandant de la place de Paris en remplacement de Bergeret.
La Commune répète sans cesse dans ses proclamations au peuple : « Ils ont commencé, ils ont commencé! » ou bien ; « Ils assassinent ! »
— J'ai entendu à cette époque des gens respectés, intelligents, occupant de hautes positions, répéter avec la Contmune : « C'est le Gouvernement de Versailles qui a attaqué. La Commune ne fait que se défendre. » Et voilà où en est l'esprit public en France dans les classes éclairées ! Qu'attendre des basfonds?...
Cluseret , dans ime proclamation de ce jour à la garde nationale , accusait l'une des causes de l'insurrection , cette vanité puérile des gens du peuple qui attachent plus de prix aux signes extérieurs du commandement qu'au commandement luimême. Le siège avait donné de grandes proportions à cette maladie du galon.
« Citoyens ,
« Je remarque avec peine qu'oubliant notre origine modeste, la maladie du galon, des aiguillettes, des broderies, commence à se faire jour parmi nous.
« Ne renions pas notre origine , et surtout n'en rou glissons pas. Travailleurs nous étions, travailleurs nous sommes, travailleurs nous restons. »
Paroles sensées, où se retrouve l'ancien officier de l'armée française , fourvoyé dans mille aventures dont la plus triste a été celle de la Commune.
Encore un inventeur.
PAPIERS DE LA COMMUNE
Aux Citoyens membres de la commission executive ^ à [Hôtel de ville.
it Citoyens,
« Je m'empresse
« J'ai une révélation d'une portée peut-être beaucoup plus favorable à notre cause à faire. C'est un plan que je crois presque infaillible , c'est-à-dire un piège dans lequel les hommes maudits de Versailles tomberaient vraisemblablement ^ et si ce coup réussissait y ce serait [anéantissement de ce Gouvernement, que Paris ne veut plus souffrir,
a S'il plaît aux honorables citoyens membres de m' entendre ce soir, je leur expliquerai, en moins de dix minutes, ce dont il s'agit. L'écrire serait un peu trop long ; néanmoins je désire le faire connaître, et je suis tout aux ordres de la commission executive.
Signé : Morel.
M Paris, 7 avril 1871. »
PAPIERS DE LA COMMUNE
Au Comité central.
ic Au nom de la délégation de la Guerre formée par vous depuis deux jours ,
« Nous venons, après nous être froidement rendu compte de la situation, et passé en revue les établissements y dépendants, vous dire à tous que ce qui s'offre le plus nettement à notre pensée , est que la réaction qui attire incessamment nos troupes dans un guetapens à. Versailles, peut, en quelques heures, envelopper d'un seul coup tous les établissements qui sont abandonnés , et faucher par
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cela même tout ce qui peut, par son dévouement, permettre l'établissemeift de Tordre et de la liberté, idéal de tout cœur généreux et français.
u La visite des différents bureaux affectés à notre service nous permet de constater que tous les gens qui ont jadis occupé ces bureaux n'attendent qu'un sig^ne pour y rentrer.
« De plus, les différentes armes et munitions distribuées et cachées dans ces bureaux nous donnent assez la mesure des dispositions d'esprit de ces gens.
u La gent domestique, laissée dans l'établissement par hasard, « ne peut avoir qu'un rôle à jouer, celui de ^espionnage de nos propres actes.
il Vous n'en douterez plus , quand vous saurez que le concierge d'un établissement qui possède encore une quantité énorme de munitions de tout genre, apprenant ce matin que lesdites munitions sont connues de la Commune, est immédiatement parti pour Versailles (concierge rue Notre-Dame des Champs).
u Qu'y va-t-il faire ?. . . .
u Autre cas grave à vous révéler :
« La police, si bien faite par les sergents de ville sous le régime de l'infâme Bonaparte, l'est, à l'heure qu'il est, par les femmes de ces misérables qui nous assassinent à Versailles.
« Croyez-en les braves cœurs qui s'unissent pour vous parler ainsi, des mesures instantanées sont à prendre.
« Donnez dpnc plein pouvoir pour que chacun, selon ses fonctions , arrive de suite à servir la cause commune.
« Nous vous le répétons, pas une minute n'est à perdre.
« N'allez pas nous croire alarmistes , il n'en est rien. C'est avec le plus grand sang-froid que nous avons constaté, et c'est encore lu qui préside à nos appréhensions.
« Paris, 7 avril 1871.
« Le chef d'armement général,
u Signé : Léon Bbin. n
u 1* secteur, — Ne pas laisser sortir un citoyen Cornez avec un ordre de Eudes. »
PAPIERS DE LA COMMUNE
« Paris, 7 avril 1871.
« Citoyens,
u Nous disposons à Paris d'un matériel de munitions formidable. C'est un véritable volcan à l'état latent ; mais il faut que vous vous dépêchiez sans plus tarder, et trouviez les hommes de l'administra, tion où se fabriquent des garg^ousses pour pièces de 7, Si vous mettez la main sur ces hommes précieux, nul doute que vous assuriez la victoire du peuple.
« Vite ! vite ! vite !
« Votre bien dévoué ,
« Emile Oudet. »
PAPIERS DE LA COMMUNE