LES RESPONSABILITÉS
«On me dit que je suis trop sévère pour l'Assemblée de Versailles, en la rendant responsable des faits et gestes de l'exécutif; qu'elle a été trompée par le petit homme; qu'elle ignorait la vérité sur Paris; qu'elle est toute disposée à entrer en négociations pacifiques, et que , tout autant qu'à nous , le sang versé par la guerre ^civile lui fait horreur.
« Sans examiner si l'Assemblée eût été dans ces sentiments après un succès des armes versaillaises , et si nos avantages seuls ne la portent pas à des idées moins provocatrices , je dirai qu'aux yeux de tous les hommes, les complices sont criminels à l'égal de celui qui accomplit le crime, et qu'il ne suffit pas de renier Jésus pour n'être pas apôtre ; je dirai que l'Assemblée de Versailles, en reconnaissant qu'elle s'est laissé lier pieds et poings par Thiers, avoue au moins son impuissance à protéger le pays qui l'a nommée contre les entreprises d'un homme de mauvaise foi, et que c'est donner sa démission politique. Je dis enfin que l'histoire ne tiendra pas compte de subtilités semblables, et que le sang répandu retombera sur la tête de ceux qui ont donné pouvoir à celui qui l'a répandu. •
ti La seconde excuse est bien misérable. Quoi ! une Assemblée française prétend ignorer quel est l'esprit de la capitale! Mais que ne sont-ils venus, ces représentants? que n'ont-ils interrogé la ville qui venait de souffrir la guerrç et la faim? Et ils ne l'ont pas fait. Gomment ont-ils accepté un mandat aussi redoutable que le leur, ne sachant pas s'ils représentaient l'opinion publique? Au lieu de se mettre en communication avec le foyer de tous les mouvements, au lieu de poser la main sur son cœur, pour porter devant le monde politique témoignage de la façon dont il existait, ils se sont fait des arguments des dépositions de quelques traîtres; ils se sont dit •
(( Après tout , l'opinion de Judas est aussi parole d'Évangfile! n etiig ont sig^né des deux mains et en fermant les yeux , lorsque Thiers leur a présenté l'ordre de mettre des g^endarmes en campa(yne, l'ordre de faire tuer des Français par des Français , l'ordre de mettre à leur nom une tache de sang^ !
« Et c'est lorsque le meurtre est déjà accompli, lorsque la misère et la mort se disputent la proie qu'ils leur ont jetée, que ces députés viennent dire tranquillement : « Que voulez-vous, nous ce avons sig^né de confiance, nous; nous étions bien le jury; mais « l'accusateur nous a dit que le prévenu était coupable ; nous n'a- «vous pas cru devoir entendre la cause. Nous en sommes vraiment u bien contrariés, à cause des conséquences; mais nous ne savions u pas de quoi il s'agissait ! »
(c Et c'est cela que l'on nous demande d'accepter pour une excuse!
« Voyons ! parlons franc : l'Assemblée de Versailles est sincèrement saisie de remords; si elle a peur d'accepter jusqu'au bout un rôle odieux, qu'elle s'éveille , qu'elle rejette ce malheureux vieillard qui s'éteint dans la folie du sang; ; alors Paris verra ce qu'il voudra faire, ce qu'il voudra pardonner, ce qu'il voudra oublier. Mais s'il en est autrement , quelque discrétionnaire que soit le pouvoir confié à Thiers, se^ actes sont leurs actes, et c'est sur l'Assemblée tout entière que pèsera l'effroyable responsabililé.
u Signé : Edouard Moreâu. »
Dans un livre qui cherche à faire connaître le fond delà société sous la Commune de Paris, doit figurer l'article suivant, trouvé dans les papiers de la Commune, quelle que soit la répugnance que nous éprouvions à en reproduire textuellement certains passages. Il est évidemment dû à une plume exerôée. L'auteur n'a fait qu'exprimer l'opinion d'une grande partie de la population, en accusant M. Thiers de conspirer pour la monarchie et de trahir la République. Les événements ont montré à quel point s'égaraient ces folles et furieuses colères. Ils nous dispensent de tout commentaire sur cette diatribe : ■