LE TROISIEME PARTI
tf Paris est républicain* c( Versailles est orléaniste.
sous LA COMMDNE. 159
ce Eh bien , le croirait-on ? Entre eux deux le bonapartisme exista encore. 11 est tellement déconsidéré, déshonoré, dénudé ^ que le nommer fait sourire. Cependant je dirai , en me rappelant tous les Bomba qui ont mis les peuples à la torture : a Méfiez-vous des « gouvernements de police, quels qu'ils soient. »
« 11 est évident que le premier Empire, au fond de sa tanière, se tient le langage suivant : « En se faisant la guerre , la Républi- « que et Forléanisme s'affaiblissent mutuellement , s'usent , se déci popularisent, à cause des sacrifices de sang qu'ils coûtent. levais « soigneusement entretenir une guerre civile dont je n'ai pas la « responsabilité de fait, et lorsqu'on se sera mitraillé jusqu'à l'éa cœurement , j'arriverai pour la seconde fois en sauveur de l'ordre, M en conservateur de la famille et en restaurateur de l'autel. »
a Cette manière de faire est tellement dans le tempérament impérial , qu'il suffit de la signaler pour que tout le monde reconnaisse sa présence dans nos affaires*.
» Je savais M. Thiers monarchiste ; je savais qu'il mentait effrontément en parljant avec nous de la République, qu'il ne lui donnait que le baiser de Judas ; mais je ne soupçonnais pas qu'il fût assez maladroit pour accepter l'Empire comme complice et pour assumer tout l'odieux du rôle qu'il joue en ce moment. Ce nain grotesque , ce Trilby ratatiné, comme disait jadis Alphonse Karr, a toujours maudit la fortune qui ne l'avait pas fait grand de six pieds et général ; et sur la fin de ses jours il enfourche un cheval de bataille dont Piétri lui tient l'étrier. Si cela n'était infâme, ce serait plaisant; si cette caricature était exposée à une vitrine au lieu de s'étaler aux regards de l'Europe, il y aurait certainement sujet à rire. Malheureusement cette pasquinade est féroce, et fait la parade dans le sang français, devant un public cosmopolite et dont le jugement sera sévère.
tt On peut s'étonner que l'orléanisme, qui hait l'Empire, lequel lui a confisqué ses biens royaux , accepte ses bons offices à cette heure fratricide ; on peut se demander avec stupeur quelle peut être la raison de cet accouplement aussi bizarre qu'horrible.
u La raison en est toute simple. Le Gouvernement de Versailles a pensé qu'il pourrait tout tenter contre le peuple de Paris tant qu'il lui tiendrait suspendu sur la tête l'épouvantail prussien. Bucrot, par une accusation indigne, en pleine Chambre, a dénoncé cette manœuvre, dont Trochu s'était servi avec succès. Pendant le premier siège de Paris par les Prussiens de Guillaume, le triumvi-
rat d'alors, qui sentait la révolution sourdre, l'a contenue en faisant appel à son patriotisme ; les Prussiens de Versailles, profitant de cet antécédent , ont pensé que l'usage en était bon, et, avant que les Prussiens de Prusse fussent partis, ils se sont dépêchés de jeter sur le pavé de Paris leurs provocations soutenues par de s baïonnettes et des mitrailleuses, reg^ardant par le trou de la serrure, comptant bien sur un nouveau succès. Mais Paris, lassé de ces tours de passe-passe , Paris, qui avait souffert pour rien , Paris jeta dehors , par le seul mouvement de son front frémissant , ces moustiques venimeux qui criaient Vive la République ! en pensant Vive le Roi !
u Trompés dans leur attente , dépossédés d'un pouvoir dont ils ont la nostalgie, ces malheureux, perdant la tête, ont réuni tout ce qui s'offrait à eux , quelque impure qu'en fût la source ; et à cette heure , affolés de peur, affolés d'ambition , ils dansent une carmagnole vertigineuse entre des escadrons de gendarmes, Thiers avec Rouher, Piétri avec Charette, et Eugénie avec d'Aurelles. La danse se paye par la faim et par la misère : peu importe ! La danse se paye par du sang : peu importe!... Allez la musique, de la danse macabre ! L'orléanisme et Eugénie se sont accouplés. La guerre civile a crié : Vive t Empereur ! Vive le Roi! »
La Commune y seul gouvernement légale titre piquant d'un article qui s'est trouvé dans les papiers de Delescluze. Pourquoi ne P avait-il pas envoyé au Journal officiel? Aurait-il jugé la thèse trop paradoxale? Ce n'est pas probable. Nous donnons à l'article la pubUcité qu'il méritait ; quoique tardive, elle réjouira les amis de la Commune :