‹ Le fond de la société sous la Commune: décrit d'après les documents qui constituent les archivesChapitre 40 sur 100 · COMMUNE DE PARIS. COMMISSION DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

COMMUNE DE PARIS. COMMISSION DE LA GUERRE

« Paris, le !«' mai 1871.

Au citoyen Rossely délégué de la guerre.

a Citoyen ,

« Le Comité central salue votre nomination comme délégué à la guerre.

« C'est une garantie pour lui que la défense va prendre une vigueur qui jusqu'à présent lui a fait défaut, et que tous les moyens d'action seront employés. Pour assurer tous les services , il vous faut, en dehors de casernes spécialisées, des hommes éprouvés, des patriotes à sang révolutionnaire, qui n'ont qu'un but, le salut de la République.

« A ce titre, la commission de défense du Comité central vous offre son concours absolu. Elle demande que vous lui donniez le contrôle général des travaux de défense, et celui de Tartillerie. En résumé , pleins pouvoirs pour commander sur place les réparations nécessaires , et sur notre signature et le timbi^e du Comité faire délivrer aux forts, aux bastions, les munitions que l'artillerie nous demanderait.

« Quelques-uns de nos membres étant mécaniciens, nous pourrions visiter les ateliers, surveiller les travaux, les activer, etc.

« Salut et fraternité.

« Les membres de la commission de défense du Comité central, a {Ont signé) : Heuzelot, Laroque, Bisson, Rousseau, m

« Nathanîel Rossel , capitaine du génie dans l'armée régulière , s'était échappé de Metz aprùs la capitulation de Bazaine, et avait rejoint l'armée de la Loire, où son intelligence, sa science, son courage, son dévouement, le firent nommer colonel à titre auxiliaire. Il était à Nevers quand éclata le 18 mars. Il envoya immédiatement sa démission , et arriva le 21 mars à Paris. Le Comité central, sur une recommandation pressante, le nomma chef de la 11* légion, à BatignoUes, où Rossel fit la connaissance des deux Dombrowski, de Wroblewski et d'Okolowicz, encore simples particuliers. Un nommé Alphonse Ducamp, reconnu plus tard pour avoir appartenu à la police impériale, l'arrêta le 3 avril au matin, et le conduisit à la préfecture de police. Charles Girardin et moi nous le fîmes relâcher et le présentâmes à Cluseret, qui l'accepta avec empressement pour son chef d'état-major, et le nomma en outre président de la cour martiale. Tels furent les débuts de Rossel à là Commune. » (Malon, p. 208, en note.)

RAPPORT DE POLICE

Bourse. — « On dit que les membres de l'hôtel de ville ont commandé plusieurs ballons, afin de pouvoir se sauver au moment où les troupes versaillaises entreront dans Paris.

« Le délégué à la guerre a été, dit-on , arrêté parce qu'il a voulu faire évader l'archevêque de Paris. D'autres disent que c'est parce qu'il a envoyé plusieurs bataillons au feu sans cartouches. Les hommes de Ja Commune ne peuvent pas s'entendre. S'ils sont les maîtres encore quelques jours , ils se feront tous arrêter à tour de rôle. La semaine dernière c'était F. Pyat, aujourd'hui c'est le délégué à la guerre , demain ce sera son successeur, et ainsi de suite. Ils sont du reste sur le point de mettre la clef sous la porte, parce qu'ils savent bien ce qui les attend.

a Pour avoir la paix , il faut que la garde nationale dépose les armes ; si elle ne veut pas le faire de bonne volonté , on l'y forcera , et ce sera sous peu.

« Les HO'^ et 227* bataillons sont partis aujourd'hui. Ue rendezvous était pour une heure, place de la Bourse. Cinq ou six gardes du 227« ont laissé partir leur bataillon parce qu'il leur manquait, disaient-ils, les effets de campement. Ils sont arrivés au lieu de la réunion à trois heures et demie. Un garde du 149", en état d'ivresse.

sous LA COMMUNE. 193

disait qu'il voulait faire du service à l'intérieur, mais qu'il ne voulait pas aller au feu, et c'est pour cela qu'il a laissé partir son bataillon.

« Beaucoup de g^ardes ayant reçu l'ordre de partir, se plaignent qu'on ne leur a pas encore donné des effets, tandis qu'on en a donné en double à d'autres. Ils ne veulent pas partir sans être habillés. »

Concorde, — « Un habitant de Paris , ayant plus de quarante ans, a été arrêté il y a deux jours parles Versaillais à Châtillon , et conduit au poste par quatre hommes. Le capitaine, qui se trouve être le fils d'Aurelle de Paladines, lui a demandé son laisserpasser; il n'en avait pas. Il lui a demandé d'où il venait. « De Paris, a-t-il répondu , et j'y retourne. — Je ne puis vous laisser aller, dit le capitaine; je vais vous faire conduire chez le colonel, qui vous donnera probablement un mot pour pouvoir traverser nos lignes. » Arrivé chez le colonel , il a subi l'interrogatoire suivant : « D'où venez-vous? — Le prisonnier : De Paris. — Le colonel : Canaille! s'écria-t-il. — Pardon, colonel, dit le prisonnier, il y a d'aussi honnêtes gens à Paris qu'à Versailles, — Taisez -vous, reprend le colonel toujours sur le même ton, vous resterez à Châtillon. n Le prisonnier s'est sauvé dans la nuit , et il a pu alors rentrer hier à Paris. Ce fait est raconté par le prisonnier lui-même. »

Quartiers populeux.

u On parle beaucoup du remplacement au ministère de la guerre du citoyen Cluseret par le citoyen Rossel. Cela produit une certaine émotion dans les masses , et l'on attend à ce sujet de promptes explications. — Quelques citoyens s'obstinent à considérer la guerre civile comme terminée. — Écoutez, disent- ils. Rien!... Aucun bruit de canon aujourd'hui... L'on est en train de s'entendre en ce moment. Croyez-nous, l'on s'entend. — Trêve de quelques heures, répondent d'autres citoyens; la paix est impossible, aujourd'hui du moins. Le moment n'est pas encore venu. La paix? Mais alors la Commune trahirait Paris, car, en ce moment, Paris ne peut avoir la paix qu'en y laissant son âme. Ce serait sa ruine morale (déportations à part). — Pourquoi, demande-t-on dans différents groupes, des jeunes gens sont-ils incorporés dans l'armée sédentaire? Le décret, pourtant, dit catégoriquement : De dix-neuf à quarante ans le service est obligatoire. Il n'y a pas d'échappatoire;

pourquoi alors des exceptions? Sous Trochu cela pouvait passer ; mais aujourd'hui Ton ne peut le tolérer qu'en se dépopularisant. — Sommes-nous, oui ou non, soldats de la révolution? Oui. Eh bien, donc, agissons révolutionnairement. — Et encore, ajoutet-on , ce décret, tej qu'il est, représente la déesse Révolution avec un bras et une jambe de moins. La voulez-vous au complet? Décrétez alors la levée en masse; l'org^anisatiôn de la garde nationale, ainsi qu'on la pratique en ce moment,' est plutôt sa désorganisation. La levée en masse, et alors les hommes de quarante à cinquante ans qui veulent et qui savent se battre (ils l'ont prouvé) pourront marcher sans que leurs femmes , qui s'appuient sur le décret, leur barrent le passafje. La levée en masse ?. . . Mais les femmes (du moins, la plus grande partie) approuveraient de tout cœur. Ne sont-elles pas indignées de voir leurs maris exposer bravement leur vie, tandis que sur leur carré de jçunes j... f... (comme dit le Père Duçhêne) sont encore à monter leur première garde? — Du reste, finit-on par dire, cette mesure énergique, devant laquelle on recule, il faudra la prendre, à moins d'ouvrir les portes aux casse-tête et à leurs frères les goupillons. — Ce n'est pas dans un seul quartier que* j'entends dire cela , mais dans tous les quartiers populeux. — Quelques citoyens de la Haute-Marne ont convoqué leurs concitoyens pour aujourd'hui , salle du Cirque national , réunion toute de paix, vingt-cinq centimes d'entrée , sans consommation. Je vais de ce côté. A une heure, cent cinquante citoyens se trouvent devant la porte. Mauvaise recette ! Le théâtre équestre n'aura jamais eu pareil^oîco. — Décidément, les rangs réactionnaires s'éclaircissent de plus en plus. Quelques jours encore, et la Commune n'aura plus de brebis égarées. — Un citoyen fort riche, à ce qu'il paraît, dit au milieu d'un groupe qu'il a été à Versailles, et raconte ce qui suit : « A Versailles, si vous voulez vivre à l'hôtel , cela vous coûte quarante francs par jour. La terreur blanche est en ce moment la souveraine de l'endroit. Ltes-vous nouvellement arrivé dans la ville du ci-devant Roi-Soleil , aujourd'hui cité du roussin , les uns vous regardent d'un air menaçant, d'autres vous suivent, tous vous surveillent comme si vous étiez un malfaiteur en rupture de ban. L'on a peur de se parler, et si, lorsque l'on se rencontre, on est assez audacieux pour cela, le décousu et la banalité président à votre conversation : — Tiens, c'est vous? — Oui, c'est moi. — Par quel hasard? — J'allais vous adresser la même question. — Ah ! c'est que... — Qui, naturellement... Et votre dame? — Merci,

socs LA COMMUNE. 195

pas mal, — elle est morte... — Et vos enfants? — Parfiaitement, je n'en ai pas. i — Ah! — Oui... Au revoir!... — Adieu. » Et Ton se sauve, car déjà Fœil d'Argus est là qui darde sur vous. » — Autre chose qui donne une idée de festime que les Yersaillais ont pour la capitale du monde civilisé : J'entre chez un épicier, dit le citoyen. Trois garçons sont là , les hras ballants ; pas un client. — Une livre de sucre, s'il vous plaît. (Personne ne bouge.) — Une livre de sucre, répétai-je. (Même empressement à me servir.) Mais, sacrebleu, ne m'entendez-vous pas, ou bien vous fichez- vous de moi? — Qu'est-ce que c'est? dit tout à coup le patron en sortant de Tarrière-bou tique. Vous faites bien le malin ! Vous arrivez sans doute de Paris? — Sans doute. — Ah! Et sans doute aussi vous faites partie de la crapule qui Thabite?... — Vous êtes un insolent, dis-je alors; je suis propriétaire de huit maisons à Paris, — en effet, j'ai quatre-vingt mille livres de rente, — et je vais vous faire arrêter, si vous ne me servez à l'instant. — Pardon, monsieur, pardon, dit alors le couard Versaillais en étant sa casquette, je ne savais pas...

Garçons, servez donc monsieur! Qu'est-ce que vous f là ? »

«La franc-maçonnerie, l'Alliance républicaine, avec toutes les conséquences que Ton tire de ces deux grands appuis; l'arrestation du général Cluseret, annoncée dans le Cri du peuple , et enfin les bruits de paix, font à peu près tous les frais de la journée, n

Page 1