DÉPÊCHE TÉLÉGRAPHIQUE
« 2 mai 1871, 4 heures 30 soir.
Comité de salut public à guerre et à place,
« Le comité de salut public tient absolument à ce qu'on garde Issy à tout prix et jusqu'à nouvel ordre. Prendre les mesures nécessaires et sans délai.
" Pour le comité de salut public,
u Arnaud , Félix Pyat.
A P. C. CT. Signé : Rebilla. »
les fédérés jugés par janssoulé.
« Citoyen Masson ,
u Le 4 avril dernier, comme lieutenant d'ordonnance du défiint chef de légion Viellant, je commandai la reconnaissance qui fut faite en avant des machines blindées.
« J'avais demandé soixante volontaires au 61« bataillon de la ^arde nationale et au 78' bataillon, tous deux appartenant à la I8« légion.
<i Je pus attester que mes volontaires possédaient le sang-froid et le mépris du danger. Pendant quarante minutes il nous fallut ramper pour revenir au point de départ, car le feu de l'ennemi, qui n'avait éclaté qu'après que nous étions arrivés à dix-huit cents mètres des machines, nous défendait de rester debout.
« Le même jour, la panique s'emparait des deux bataillons , et malgré les braves cités , les postes étaient abandonnés.
«Depuis, la démoralisation occasionnée par l'inconstance de l'esprit parisien , plus encore que par l'argent des agents de Versailles , rend le service de guerre presque impossible.
« Les bataillons du centre sont contre la guerre. Les bataillons républicains des faubourgs sont gangrenés par l'ivrognerie , et corrompus , en partie , par des réactionnaires.
« 11 feut vivre dans ce milieu pour bien l'apprécier. Il faut entendre la féroce brutalité des êtres que la terreur domine, s' exprimant par ces cris :
u — Où en sommes-nous? Nous sommes f Après Trochu...
« Cl iiseret ! Après Cluseret. . . Rossel ! . . . Les Dombrowski , etc. , etc. , « n'ont pas même fait une action d*éclat..., etc., etc.
u Citoyen Masson, je suis auteur dramatique, mais je suis des Pyrénées, et j'ai le cœur hardi, ferme et fier du montagnard. J'ai servi sept ans, de dix-huit à vingt-cinq ans, dans les chasseurs à pied... J'ai fait les guerres d'Afrique et de Crimée.
« Donc je suis susceptible de dire juste.
u Aujourd'hui, il faudrait à tout prix que l'on réunît dans toutes les légions les poignées de braves qui vont combattre , et qu'on relevât par eux le moral de la garde nationale, découragée en partie.
u J'ai la ferme espérance, en six jours, à partir de l'heure de la réunion qui aura lieu demain au soir, et que le citoyen Vermorel présidera, que j'aurai de six à sept cents volontaires.
sous LA COMMUNE. iÔ7
« Si ,1e citoyen Masson nous vient de suite en aide , j'espère de prompts résultats.
« J'ai soumis au citoyen Vermorel une proposition de solde.
« Je gradue à partir du garde , auquel je donne trois francs par Jour. Un franc pour sa femme.
« Et cependant la discipline sera d'une sévérité semblable à celle qui régit les compagnies de discipline en Afrique.
« En cela je n'exagère pas. Je sais comment prendre les hommes. Déjà j'ai obtenu ce résultat à Asnières. Mes lascars étaient les plus mauvais sujets du 258*^ bataillon.
a Ils faisaient la police d' Asnières !
« Tout pour notre cause ! Aller à Cayenne ou à Lambessa serait plus triste dix fois que de mourir sur le champ du combat K
u Seulement, sachons mourir avec utilité pour la cause.
« Salut et fraternité.
u Signé : R. F. Janssoulé. »