‹ Le fond de la société sous la Commune: décrit d'après les documents qui constituent les archivesChapitre 70 sur 100 · FÉDÉRATION DES FRANCS-MAÇONS ET COMPAGNONS DE PARIS · texte numérisé non relu

FÉDÉRATION DES FRANCS-MAÇONS ET COMPAGNONS DE PARIS

À Guerre,

« 18 mai.

u Poudrière au 39*^bastion abandonnée et non fermée.

u Le citoyen Cousin y a remédié en faisant faire- des clefs.

u II sig^nale aussi que des poudres , dans le poste-caserne, devraient être placées ailleurs.

u u demande un revolver pour la g;arde qu'il faut aux poudrières.

u Poudrière du manège rue de Grenelle Saint-Germain n'est pas suffisamment à l'abri des traîtres, n

{Au crayon : u Demander de foire faire des portes pleines pour les postes-casernes. Prévenir place de faire surveiller la poudrière du manég^e. »)

COMMUNE DB PARIS. — COMITÉ DE SALUT PUBLIC

« Paris, le 18 mai 1871.

Au Citoyen Delescluze.

« Le citoyen Assi est chargé de foire rentrer dans Paris les poudres amoncelées dans les galeries de Passy.

o II s'entendra, pour Texécution, avec les citoyens Fontaine et Andrieux ; ces munitions seront déposées de préférence dans les caveaux des églises des vingt arrondissements.

« Signé : P. Gambon, A. Arnaud, n

Je me souviens que le lendemain de l'entrée des troupes, j'allai trouver un capitaine de ligne qui campait à l'extrémité de l'avenue du Roi de Rome pour le prévenir de l'existence de cette formidable poudrière dans le voisinage de sa compagnie. Il me répondit brusquement : « Je n'ai pas besoin de vos communications. Nous savons ce que nous avons à faire. » Le

regard de ce capitaine, son attitude, manifestaient assez clairement le désir de provoquer de ma part quelque impertinence qui lui aurait donné le prétexte de me faire empoigner ; car il y avait des gens qui croyaient Paris peuplé de bêtes féroces et tout Parisien bon à pendre ou à coffrer.

Dans un livre où il faut tout dire à l'adresse de tous les partis, je cite ce fait personnel avec d'autant moins de scrupule, que cet officier faisait exception : j'ai vu beaucoup d'officiers, beaucoup de soldats, et ceux avec lesquels je me suis entretenu avaient des sentiments très-sages, très-justes, trèshonnétes , obéissant non à la haine et à la rage aveugle , mais au sentiment profond et réfléchi d'un devoir aussi impérieux que pénible à remplir. J'ai été frappé surtout du bon sens et de la résolution calme des simples troupiers. J'ai compris, en les voyant aller au feu , qu'il y a des jours où le soldat est un martyr, le champion héroïque de la civilisation , avec la parfaite conscience de la tâche qui lui incombe et du danger qu'il brave.

LETTRE d'un POETE, MEMBRE DE LA COMMUNE.

Le citoyen J. B. Clément, membre dé la Commune, était poète. Voici un échantillon des grâces badines de son style :

« Paris, 18 mai 1871.

« Nom de Dieu de merde,

« Assi et Picard , je vous brûle la gueule si démain matin vous ne m'envoyez pas à la mairie de Montmartre un homme avec mandat, chevaux et voitures, pour nous enlever de la poudre, des fusées, artifices Kouvische, Ruggieri, plus des caisses de balles pour mitrailleuses, plus pour voir les deux forteresses Babbi que nous avons là, plus la machine électrique pour éclairer la plaine. J'ai dit tout cela à la guerre , à la commis[sion] militaire. Je vais chez • le général de l'artillerie de Paris. Parlez , nom de Dieu ! à tous ces gens pour qu'il n'y ait pas double emploi.

« Je vous la serre.

it J. B. Clément. »

sous LA COMMUNE. 333

Ce pouvoir occulte qui, sous le nom de Comité central, avait fait la révolution du 18 mars , était resté le maître de Paris. A mesure que la situation s'aggrave, son action devient plus ouverte. Il s'empare de la direction de la guerre à la dernière heure, et Delescluze. lui-même parait se subordonner à lui.

FÉDÉRATION RÉPUBLICAINE DE LA GARDE NATIONALE

COMITÉ CENTRAL

« Au Peuple de Paris, tt A la Garde nationale,

« Des bruits de dissidence entre la majorité de la Commune et le Comité central ont été répandus par nos ennemis communs avec une persistance qu'il faut, une fois pour toutes, réduire à néant par une sorte de pacte public.

« Le Comité central, préposé par le Comité de salut public à l'administration de la guerre, entre en fonctions à partir de ce jour.

u Lui, qui a porté le drapeau de la Révolution communale, n'a ni changé ni dégénéré. Il est à cette heure ce qu'il était hier : le défenseur-né de la Commune, la force qui se met en ses mains, l'ennemi armé de la guerre civile, la sentinelle mise par le peuple auprès des droits qu'il s'est conquis.

« Au nom donc de la Commune et du Comité central , qui signent ce pacte de la bonne foi, que les soupçons et les calomnies inconscientes disparaissent, que les cœurs battent, que les bras s'arment, et que la grande cause sociale, pour laquelle nous combattons tous, triomphe dans l'union et la fraternité.

« Vive la République !

• « Vive la Commune !

« Vive la Fédération communale !

M Paris, 19 mai 1871.

« La commission de la Commune , (t Bergeret, Champ y, Géresme, Ledroit, LoNGLAs, Urbain.

« Le Comité central, « MoREAu, Pyat, B. Lacorre, Geoffroy, Gouhier, Prudhomme, Gaudier, Fabre, Tiersonnier,

BONNEFOY, LaCORD, ToURNOIS, BaROU, ROUS- SEAU , Laroque , Maréchal , Bisson , Ouzelot , Brin, Marceau, Lévêque, Chouteau, Avoine fils, Navarre, Husson, Lagarde, Audoynaud, Hanser, Soudry, Lavallette, Château, Va- LATz, Patris, Fougeret, Millet, Boullenger, BouiT, DuGAMP, Grelier, Drevet. >)

Par suite du décret paru à V Officiel y il ne reste plus à Paris que dix-sept journaux.

Ce sont :

Le Rappel, — Le Vengeur, — Le Cri du Peuple, — Le Réveil du Peuple. — Le Père Duchêne, — Paris^Libre, — Le Tribun du Peuple, — Le Salut public, — - Le Journal officiel, — La Vérité,

— Le Journal populaire. — Le Bulletin du Jour, — La Politique,

— La Constitution, — \J Avant-Garde. — U Estafette — et le Fédéraliste^ d'Odysse Barot.

Extrait de la séance de la Commune du 1 9 mai :

« Le CITOYEN PRÉSIDENT. — Voici Une rectification du citoyen Mortier.

« Le CITOYEN Mortier. — Je viens protester contre une erreur des sténographes qui ont écrit Mortier pour Pottier. Je demande à ce que rectification du feit soit insérée à V Officiel, Si la sûreté générale faisait évacuer ou fermer toutes les églis&s de Paris, elle ne ferait que prévenir mes désirs. Ce que je pourrais lui contester, ce serait la fermeture complète de ces maisons , car je désire les voir ouvertes pour y traiter de l'athéisme et anéantir par la science les vieux préjugés et les germes que la séquelle jésuitique a su infiltrer dans la cervelle des pauvres d'esprit. »

Avons-nous calomnié les communeux en supposant la possibilité d'une entente de leur part avec M. de Bismarck, conformément aux intentions que celui-ci avait £ait connaître le 12 mai? A ceux qui douteraient, npus recommandons la lecture de ce passage d'un article de Jules Vallès, publié dans le Cri du Peuple du 19 mai. On verra avec quel respect ce membre de

la Comtnune parle de nos ennemis, et les sentiments élevés qu'il leur attribue :

« Que le Gouvernement de Versailles ait sollicité ce secours des Prussiens, c'estf possible, c'est probable. Ce serait le méconnaître que de l'en supposer incapable. Qui a livré et bombardé Paris, peut bien le livrer encore et le faire bombarder par d'autres.

« Mais que les Prussiens aient accordé ce concours y accepté ce rôle odieux y c'est ce qui semble moins probable. Il doit répugner à ces vainqueurs de se faire gendarmes, à ces soldats de se faire bourreaux,

« Le Gouvernement de Versailles veut la destruction de Paris. Il verra peut-être son désir satisfait. Mais il n'aura pas le triste et odieux honneur de l'avoir accompli. S'il s'allie à la Prusse, ce sera Paris qui se détruira lui-même et qui s'ensevelira Sous ses ruines, plutôt que de laisser fouler le pavé de ses rues par les bombardeurs. n

Cet hommage rendu à la magnanimité de nos ennemis, qu'on déclare trop gens d'honneur pour prendre un rôle odieux, n'arrive-t-il pas bien à propos?

Le même journal publie, en effet, dans ce numéro où il.juge les Prussiens incapables de se faire gendarmes et bourreaux, cette lettre, qui montre à l'œuvre dans notre malheureuse patrie la terreur prussienne :

« Une lettre nous informe que deux habitants d'Yvetot auraient été fusillés par les Prussiens. Nous trouvons la confirmation de ce fait dans le Nouvelliste de Rouen, qui publie en tête de ses colonnes le Communiqué suivant de l'autorité prussienne :

Notification.

«Les nommés Prosper Boivin, garçon boulanger à Yvetot, et François Grandin, vannier à Routes, accusés d'avoir attaqué, le !•' mai, deux soldats prussiens, et de les avoir 'blessés de coups de bâton , ont été condamnés , par un conseil de guerre , à la peine de mort et fusillés à Yvetot le 8 mai.

u Cette exécution est portée à la connaissance des habitants du département, qui sont informés que si de semblables faits se repro-

(luisaient, les coupables seraient poursuivis conformémenf aux lois de la guerre.

u Le lieutenant général commandant la deuxième division (finfanterie prussienne ,

M VoN Pritzerwitz. »

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