RAPPORT DU GÉNÉRAL LA CÉCILIA, COMMANDANT EN CHEF
l'armée du CENTRE.
« Sur mon ordre, le fort.de Montmartre a dirigé hier soir un feu violent de plusieurs heures sur les batteries que les Yersaillais cherchent à établir dans le parc de Bagneux.
il Le résultat de cette canonnade, quoique assez bon, n'a pas été cependant celui que je désirais obtenir par le manque d'obus à pétrole et de 'bombes incendiaires.
« 11 faudrait remédiera ces inconvénients dès aujourd'hui.
u A la porte de Versailles, un obus tombé dans une embrasure a tué les sept servants d'une pièce de 24, sept marins, c'est-à-dire sept de nos meilleurs artilleurs.
il Comme toujours, le colonel Lisbonne, le lieutenant-colonel Plavicard des Francs-Tireurs de Paris, les Vengeurs, les Tirailleurs de Montrouge ont été admirables de sang-froid, d'intrépidité.
(I... Les bataillons de la garde nationale font en général fort bien leur devoir, mais beaucoup d'entre eux auraient besoin d'être relevés, car ils sont bien fatigués...
« Il est urgent de m' envoyer des bataillons frais pour relever plusieurs des miens qui ne tiennent plus. »
Ces gens-là parlent toujours de leur devoir.
Dans une lettre de Bergeret du 9 mai à Delescluze , il dit en terminant : u Là où vous ni enverrez, je resterai, car je suis l'homme du devoir, et ma vie est à la Commune. »
Une lettre du secrétaire général de la marine , en date du 20 mai, recommande à l'attention du colonel Henry la lettre
suivante , qui fait connattre la situation désespérée des défenseurs de la Commune sur un des points les plus importants de la défense , le pont du chemin de fer, près de Levallois :
it Mon cher Lande wiski (?),
u Je lis dans V Officiel: Les batteries de Levallois enterrent (?) le feu des batteries versaillaises. C'est absolument faux. Les hommes dont je t'ai fait Pélog^e sont indig^nement abandonnés et la plupart morts ou blessés. Ceux qui restent sont dég^oûtés à cause de l'ig^norance et de la prétention de ceux qui sont venus les remplacer.
« Mon cher ami, je suis presque foudroyé. Les pointeurs versaillais ne sont pas, j'ig^nore pourquoi*, aussi bons que les nôtres. Les feux de leurs batteries ont été éteints et leurs canons plusieurs fois démontés par les nôtres, devant moi. Mais depuis quarante-huit heures nous faisons la risée des réactionnaires. Le lieutenant Facaud est allé chercher des munitions qu'il a peine à trouver. Le lieutenant Bussière dort toujours pendant les intervalles , joue au billard, et est un cuistre. Pour comble de malheur, la batterie du soir (nuit) est toujours ivre-fou. Premier coup, tués 18 hommes , sept heures trois quarts; témoin, le commandant du 87«, .*. Cottereau. Ils nous ont envoyé pour dessert une boîte à mitraille à l'ambulance... Pour couronnement de l'édifice, Montmartre tire sur nous. Et voilà quatre jours il nous (a) blessé quatre hommes. Soutiens ce que je te dis, je ferai tombé à genoux devant moi qui dira le contraire.
« Tout est abandonné, tout est oublié, tout est vendu, et malgré cela, il est si facile de vaincre ! Je m'en charge, des ordres et de l'argent et tout est fait. Les hommes que je t'ai signalé n'ont paru dans aucun journal. lie malheureux marin d'Orange a trois éclats d'obus dans le corps et il veut encore combattre.
a Les hommes sont oubliés.
u Je suis au désespoir comme celui qui , ayant devant lui une splendide table, meurt de laim parce qu'on lui a attaché les bras à un centimètre du premier morceau. Quelle bonheur!
« Ton ami et coreligionnaire.
« Signé : Collet (ou Follet).
« Levallois, pont du chemin de fer. »
Une citoyenne (20 mai') se plaint des défections. « A la préfecture, où il devait y avoir soixante hommes, il s'en trouve douze, et n'ont pas de chef faute d'hommes pour faire des élections; il y a trois jours, le capitaine Moreau a conduit ses hommes à Auteuil, les y a laissés et est revenu pour donner sa démission vl ayant pas assez <f hommes; à Vaug^irard de même, etc. Monsieur Delescluze et compatriote, tout cela ne va pas, etc. »
« 20 mai.
« Un service de dons patriotiques et quêtes en faveur des blessé», des veuves et des orphelins de la g^arde nationale, sera créé au ministère de la guerre par le Comité central pour mettre un terme aux spéculations effrontées d'escrocs qui, sur tous les points de Paris, font journellement des quêtes dont les pauvres ne profitent point. »
COMMUNE DE PARIS. — COMITÉ DE SALUT PUBLIC
« Paris, 20 floréal an 79.
(Textuel.)
u Citoyen Delescluze ,
« Nous vous demandons, dans l'intérêt de notre cause, de charger le citoyen Dombrow^ski d'organiser la cavalerie en voie de formation et de l'autoriser à supprimer une partie de son état-major, trop nombreux et en partie inutile.
« De plus , il y aurait urgence de faire arrêter le colonel Henry, sous le prétexte , au définitif trop réel , de dilapidation des deniers de l'État, quoique, d'après renseignement, nous craignions beaucoup plus, et le faire passer devant la cour martiale. Nous demandons votre avis.
« G. Ranvier. »
(De sa main,)