‹ Le fond de la société sous la Commune: décrit d'après les documents qui constituent les archivesChapitre 76 sur 100 · HISTOIRE DU COLONEL HENRY · texte numérisé non relu

HISTOIRE DU COLONEL HENRY

Ce colonel Henry avait d'abord été juge à la cour martiale, puis colonel résidant à l'École militaire, et directeur des mouvements militaires. La police communarde s'en est beaucoup occupée.

sous LA COMMUNE. 351

Renseignements au général et à Raoul Rigault,

« Il est affirmé au citoyen Momnom (?), 7, rue des Solitaires, que le colonel Henry, nommé membre de la cour martiale, se cachait sous ce pseudonyme, que son véritable nom était Prodhomme , excaissier de Guilloch in , 64, rue de Rennes (lequel Guillochin aurait des reproches fondés et sérieux à lui faire). Il devrait en résulter qu'en sa qualité de membre de la cour martiale, les arrêts seraient entachés de nullité ; de là, déconsidération pour la cour.

« Le citoyen Momnom (?) a cru de son devoir de sig^naler ce fait afin que vérification soit faite , et il s'est adressé pour ce au Comité central . »

Le Comité central craignant de trouver sous ce faux nom un espion de Versailles, ordonne des recherches. La police de Rigault demande qu'on lui fournisse au moins le prénom et le lieu de naissance. Enfin elle arrive à établir cet état civil : « Nom : Prodhomme ; prénom, : Henri ; âge : vingt-sept ans ; lieu de naissance : Versailles; profession : ingénieur; domicile : boulevard Haussmann , 74; (en 1869) il a habité la Belgique. Résultat des recherches : il fait une demande en 1869 pour fonder un journal : American Tablet (International gazette), journal qu'il doit écrire en anglais. »

Derrière la page , ces lignes écrites au crayon rouge :

u C'est bien le Henry Prodhomme recherché ; il cache son nom pour garder pied chez les Versaillais en cas d'insuccès.

« Gâcher (?) »

Renseignements donnés par Lavallette. — Etait-ce le caissier de Guillochin? Était-ce un ingénieur? En tout cas, c'était bien Prodhomme, comme le prouve cette lettre écrite par son père :

« Dipianche soir (21 mai).

u Mon bien cher enfant ,

« Nous avons été avec Méliné entendre le concert des Tuileries. Le major Mayer a été moins roide que toi avec ses officiers, car il y FIGURAIT avec tout son état-major.

« C'est bien demain lundi qu'a lieu le concert de l'Opéra ou plutôt la grande représentation.

u Tu as promis une loge à Méliné et si tu peux la lui procurer,

^ elle ira avec ta mère et Louise.

« Si ce n'est qu'un ballet , j'irai seul.

« En tout cas , je te verrai dans la journée pour savoir ce qu'il

faut t'envoyer pour t'habiller.

u N'oublie pas de causer avec l'intendant Moreau si tu le vois

avant ma visite.

u Je t'aime bien.

M Ton père,

Personnelle. Le colonel Henry, commandant l'état-major au ministère de la g^uerre, 82 , rue Saint-Dominique.

Ainsi, €6 père, dont le fils se faisait appeler le colonel Henry et qui lui-même lui donnait ce nom, ne voyait dans l'usurpation criminelle de ces hautes fonctions qu'une occasion de se procurer gratuitement des billets de spectacle.

Et ce major qui assiste au concert avec tout son état-major, pendant que les troupes de Versailles battaient en brèche les remparts du Point-du-Jour à la porte des Ternes, et qu'un assaut paraissait imminent !

Le jour où le père Prodhomme écrivait à son bien cher enfant, nos soldats entraient à Auteuil ; le lendemain , ils étaient dans Paris. Le père Prodhomme ne put donc aller à l'Opéra. Son fils fut pris , et , dit-on , fusillé ; lui-même , ce type du héros parisien qu'a célébré Henri Monnier, arrêté , en sa qualité de père de Henry , tomba malade et entra à l'hôpital de Versailles. En est-il sorti? J'aime à le penser. S'il est vivant, il pleure son fils , il maudit la destinée , il maudit surtout le Gouvernement qui a renversé la Commune , ce bon temps des beaux uniformes et des concerts des Tuileries. Un jour de plus, et il aurait pu jouir de la loge à l'Opéra qui lui avait été promise ! Voilà l'impression que lui auraient laissée ces temps affreux, et tout l'enseignement qu'il en aurait tiré.

Nous trouvons , dans le carton Police , une affiche concernant cette grande représentation de l'Opéra qui a été remplacée parla grande tragédie des sept jours.

sous LA COMMUNE. 353

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