‹ Le fond de la société sous la Commune: décrit d'après les documents qui constituent les archivesChapitre 85 sur 100 · LES BARRICADES. — LES MASSACRES · texte numérisé non relu

LES BARRICADES. — LES MASSACRES

Aux allégations des apologistes de la Commune, qui répètent sans cesse que les incendies sont ou des accidents causés parles projectiles creux qu'échangeaient dans la lutte les deux partis, ou des actes isolés de fureur, de rage, de démence et d'ivresse , il est facile d'opposer les témoignages les plus authentiques et les plus formels. En voici un , entre autres, venu à notre connaissance. Il émane d'une personne dont l'honorabilité et la véracité rendent toute espèce de doute impossible , M. Mahé, chirurgien principal de la marine, resté, par ordre, à l'ambulance du ministère pendant le siège et pendant la Commune.

Dans la nuit du mardi au mercredi, vers minuit, le colonel Brunet vint trouver le chirurgien Mahé pour lui communiquer un ordre que celui-ci a eu entre les mains et qui était ainsi conçu :

mon pauvre garçon , vous voilà bien avancé maintenant que vous êtes aveugle. — Qu'est-ce que ça vous fait? n reprit l'autre brutalement. Cependant le docteur, dont l'ambulance avait reçu nombre de blessés qu'il soignait et pansait à mesure, s^aperçut avec surprise que le nombre en diminuait insensiblement, et bientôt il n'en eut plus que deux , que des brancardiers se disposaient même à lui enlever.

u II soupçonna avec raison cette précaution des fédérés de cacher quelque sinistre projet, un incendie ou une explosion, aux conséquences de laquelle ils voulaient dérober leurs frères , et dès lors il s'opposa énergiquement à ce qu'on lui enlevât ses blesses sans son autorisation, qu'il n'accordait que lorsque l'encombrement était trop grand. Sur ces entrefaites, une Sœur vint l'avertir qu'un charretier conduisant un caisson voulait traverser sbn ambulance ; il courut s'y opposer, car lé passage des munitions de guerre par la porte donnant sur la rue Notre-Dame des Champs pouvait attirer sur la maison des Dames de Sion les projectiles des Versaillais. Un jeune fédéré, à moitié ivre, lui signifia sa volonté de passer; sur quoi le docteur le saisit et le porta presque à bout de bras devant le commandant de la barricade. Ce personnage, nommé Lisbonne, ancien placier compromis dans une aventure scandaleuse, se tenait au coin de la rue, un pistolet à la main. Le docteur lui exposa ce qui se passait, et déclara qu'il s'opposait au passage du caisson. — Il n'y a que moi ici pour commander, dit Lisbonne. — Et moi, je vous dis que le caisson ne passera pas; et j'ai le droit de l'exiger, car voilà soixante-quatre des vôtres que je soigne, que j'ampute; et ce n'est pas fini : vous allez perdre ici tout votre monde , et vous ne garderez pas la barricade. — Je le sais bien, dit Lisbonne; mais j'attends les Yersaillais au Panthéon; d'ici là nous allons faire sauter et brûler les maisons qui sont là , à droite et à gauche. — Mais, dit le docteur, songez que ces maisons sont habitées ; vous n'avez pas Tintention, je suppose, de faire périr tant de femmes, de vieillards et d'enfants? » Lisbonne parut réfléchir un instant, puis il dit au docteur : « Je vais vous les envoyer. » Effectivement la maison de Sion reçut plus d'une centaine de familles chassées de leurs habitations qu'on allait incendier, trop heureuses encore d'échapper ainsi aux horreurs de ce désastre.

u Bientôt l'explosion annoncée eut lieu ; la maison du n* 51 s'écroula , les autres furent dévorées par les flammes du pétrole, en même temps que la pièce de sept des fédérés tonnait contre les Ver-

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sailJais. Dans Porig^ine , ils en avaient une autre ; mais cédant à une panique , ils s'étaient enfuis après l'avoir enclouée. Celle qu'ils avaient fait arriver plus tard ne leur servit pas longtemps. A cette période de la lutte, l'artilleur chargé de la servir n'était pas plutôt à portée d'y mettre le feu, qu'il tombait frappé d'une balle; plusieurs se succédèrent et eurent le même sort , jusqu'à ce qu'il ne restât plus que deux artilleurs ; alors ils ramenèrent la pièce dans la rue Notre-Dame des Champs. Un lieutenant de fédérés fit entrer ses hommes dans la maison de Sion, dont il comptait faire une seconde redoute , et il demanda au docteur s'il y avait là des Versalllais. Celui-ci affirma qu'il n'y en avait pas. Sa femme représenta au lieutenant le péril auquel il exposait cette centaine de vieillards et de femmes réfugiés s'il engageait le combat dans leur dernier asile. Il était prêt à se retirer, lorsqu'une femme , parlant des Versaillais, s'écria malheureusement : Les voilà ! L'officier se tournant alors vers ses hommes , leur cria : A vous autres ! et chacun prit un poste de combat dans cette rue. Le docteur sortit de là, où il soignait ses blessés, et s'engagea sur l'honneur à ne pas laisser entrer les Veçsaillais dans la maison , à la condition que les fédérés n'y resteraient pas. Ceux-ci se retirèrent, bien heureusement, car en même temps les lignards entraient par un autre côté, et il y aurait eu un massacre auquel n'auraient pu échapper les familles des réfugiés.

a Le docteur apprit plus tard , par deux agents de police qui étaient venus prendre des renseignements , que Lisbonne avait été arrêté à Vincennes. Retenu au lit par une blessure, on le gardait à vue. Le docteur écrivit en sa faveur une lettre où il- lui rendsfit ce témoignage qu'il avait permis l'évacuation des maisons destinées au feu. Le docteur fournit également un certificat au sieur Refauvelet, attestant qu'il l'avait fait mettre dans une maison d'aliénés. — Refauvelet et sa femme ont été retenus à Versailles, ainsi que le cordonnier de la rue Bréa et un menuisier, son voisin. Le portier de la maison que les insurgés avaient fait sauter fut fusillé; un autre portier du n° 6, rue Vavin, a été détenu à Versailles. »

« A dix heures , l'hôtel de ville n'était plus qu'un brasier. Le vieil édifice témoin de tant de parjures, où tant de fois le peuple installa des pouvoirs qui se retournèrent contre lui, ne devait pas survivre à son véritable maître. »

En adoptant la manière de voir de M. Lissagaray, il faut convenir qu^il resterait bien peu de maisons debout , si on punissait chacune d'elles des mauvaises actions de ceux qui ont passé sous son toit.

Gomme un exemple de l'épouvantable anarchie à laquelle Paris était en proie, M. Lissagaray cite la mort du comte de Beaufort , officier fédéré , massacré par des fédérés , malgré Delescluze et des membres de la Commune. « Il fallut céder pour éviter une mêlée affreuse... Ce fut le signal d'exécutions sans nombre ; la défiance et Tirritation croissaient en raison du danger. » (P. 87.) « Malheur à tout individu suspect ou soupçonné de Têtre. »

A propos des incendies :

«Nous étions pétrifié et étonné, nous ne comprenions pas la folie incendiaire qui poussait les envahisseurs de Paris à brûler les beaux quartiers qu'ils habitaient et les palais qui étaient leurs apanages, et nous étions loin de supposer alors qu'au mépris de l'évidence on avait accusé les défenseurs de la Commune d'avoir brûlé la capitale, quand il suffisait d'ouvrir les yeux pour voir les bombes versaillaises allumer d'immenses incendies et tout réduire en cendres. » (Vésinier, p. 391.) « Les abattoirs , les docks et les entrepôts, comme nous l'avons dit , ont été réduits en cendres par les assiégeants : on estime les pertes à plus de vingt millions. » (P. -400.) Il appelle les soldats (dans une seule page, 4-01) démons de F assassinat , scélérats^ affreux incendiaires, misérables , bourreaux infernaux. On jugera par là du ton de l'ouvrage.

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