‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 115 sur 396 · I.E TEMPS ENGENDRE LE CHANGEMENT · texte numérisé non relu

I.E TEMPS ENGENDRE LE CHANGEMENT

Et cette jeune fille, — et cette jeune fleur Chacune d’elles dans sa sphère,

Elles semblaient dans leur fraîche candeur Trop belles tontes deux pour vivre sur la terre.

Depuis longtemps hélas ! et la fille et la fleur Ont disparu de la fenêtre ;

O Temps ! O mort ! oh ! quel songe enchanteur Et de vie et d’amour vous rendez vain . . . peut-être !

GREENE (EOBERT)*

Le Temps engendre le Changement.

Avec le temps goutte d’eau qui roupille Sur la pierre se creuse un lit ;

Avec le temps, et malgré sa coquille,

Maître Colimaçon monterait au zénith.

Avec le temps sous les coups de la brise Choit le pin qui se cache au ciel,

Avec le temps un coeur froid se ravise, S'affriole à Vénus, et cède à son appel.

Où les friinats là sévissaient naguère,

Là maintenant flamboie un fen ;

Où le dédain engendrait haine amère,

S’éveille le désir cet ardent boutc-feu.

Avec le temps l’Espérance a sa chance;

Elle a l’art de sécher nos yeux,

Avec le temps j’éprouve préférence Tour ce que dédaignais. — Dans les deux cas heureux !

GREENWELL (DORA).*

L’Enfant nouée.

Quand sont bien longs, bien chauds du bd été les jours, En dehors de la porto au soleil on m’asseoie ;

Lors nombre de pensera viennent à moi toujours, Qu’autres enfants n’ont pas, mais qui sont dans ma voie.

Nous sommes frères, sœurs, vraiment pas moins de six, Tous forts, tous grands, hormis moi qui suis bien chétive, Us disent les voisins que du tout ne grandis,

“ En bonté,” dit papa, “ sa croissance est active !”

l’enfant nouée.

Entendant dire un jour que je n'étais comme eux,

(Les enfants sont bien fous !)— Moi je crus qu’en nourrice J'avais été changée !.. A mes plus petits vœux Si je n’e'tais des leurs, serait-on si propice ?

Car nous sommes heureux dans notre intérieur,

Autant que l’on peut l’être ; — et si parfois mon père A le front soucieux, de sa mauvaise humeur One n'ai le contre-coup, ni non plus de ma mère !

Ils vinrent 1 mon lit une nuit, m’en souviens,

Croyant que je dormais, disant : “ Pauvre petite !

Oh ! pour te redresser nous donnerions nos biens !

Mais c’est l’ordre de Dieu — petite sois bénite !"

Et sentis sur ma joue un long ruisseau de pleurs !

Lors à ces bons parents j’aurais bien voulu dire :

“ Ne vous affligez pas, ne sens grandes douleurs !” . .

Mais suffoquant, sur moi, je n’eus assez d’empire !

Ainsi ne soufflai mot ; trop plein était mon cœur ;

Et lorsque maintenant je sens quelque souffrance,

Oh ! vraiment j’ai grand soin de la cacher de peur D’augmenter leur chagrin et leur désespérance.

Les Dimanches d’été vers les champs tout en fleurs.

Père dans scs bons bras ine porte avec ivresse,

Lorsque je suis contente, il verse de doux pleurs,

Et ma mère sourit oubliant sa tristesse.

Mais ce qu’aime le mieux, c’est dans les jours d’hiver Quand mes frères quittant l’école, ou leur ouvrage,

S’en reviennent le soir. — Leur premier mot si cher ! . . C’est : “ Comment va Bessie ? ” . . oh ! le gentil langage !

Oh ! je les aime bien tous les quatre, oui tous,

Mais frère Jean, je crois, je l’aime davantage,

Lorsque j’ai de l’humeur, si sur ses deux genoux Il me prend, suis heureuse, et dans le bonheur nage !

Oh ! je sais qu’une fois qu’il fut là bas ! là bas!

Pour faire île l’ouvrage, oh ! qu'étais mal à l’aise !

Que je le désirais ! . . Quand j’entendis son pas,

Que j’eusse donc voulu pouvoir quitter ma chaise !

Et puis quand je regarde aussi ma sœur Ilannah,

Dieu 1 qu’elle me paraît et jolie et proprette,

Bien plus belle vraiment qu’Emilie ou qu’ Emma Quoique chacune soit aimable et gentillette !

LA SŒUR DE CltABITÉ.

Je pense quelque fois que c’est parce que suis Sans plaisirs, sans chagrins, et tout à fait seulette,

Que l’on me conte à moi soit plaisirs, soit soucis . . . Car elle me dit tout ma charmante sœurette,

Ce qu’elle ne dirait à nul autre par Dieu !

Hier elle m'a fait voir de Guillaume qu'elle aime Le si bel anneau d'or, en attisant le feu ;

“Quand serons mariés," m'a-t-elle dit, “toi-même

"Tu viendras avec nous.” — Mais ça ne se peut pas, Ici que ferons-nous après son mariage ?

Oh 1 nous serons bien seuls ! . . m'est avis qu’en ce cas Quitter mes bons parents, ce serait grand dommage !

Et puis le cher docteur aux pronostics si vrais,

Dit que je puis un jour prendre soudain croissance; Mais quand même serais nouée à tout jamais Si le bon Dieu le veut, faut prendre patience !

Avec un tel penser n'aurai plus de chagrin ;

Et puis je prierai Dieu qu'il me rende bien bonne,

En présence du Christ qui pour le genre humain Expira sur la croix . ■ . qu’est ma pauvre personne I

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