‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 127 sur 396 · LE PETIT AVEUGLE · texte numérisé non relu

LE PETIT AVEUGLE

“ Tu dis que les arbres sont verts,

Tu dis que les fleurs sont bien belles,

Et que ces donneurs de concerts Sont beaux — que belles sont leurs ailes,

“ Voir !... que cela doit être beau I . . Cependant la fleur embaumée Moi je la sens— j’entends l’oiseau,

Je sens l’ombre sous U ramée I

“Ainsi Dieu m’a donné beaucoup,

Bien qu’il m’ait refusé la vue,

Mais, sœur,” reprit-il tout à coup,

“ Là haut, au ciel, de par la nue

“ Est-il des aveugles, dis-moi ? ”

— “ Non, mon cher Edouard, la lumière Est vive et pure . . . mais pourquoi Cette question singulière ? ”

— “ C’est que j’aimerais bien voir Dieu, 11 est si bon pour moi, Marie ! ”

Bien peu de temps, après ce vœu,

Près de son lit sa mère prie.

Sur sa joue, il sentit un pleur:

“ Oh 1 ne pleure pas, bonne mère,

Je vais voir Dieu, car dit ma sœur Là haut chacun voit la lumière !

"Je t'y verrai, Marie, au ciel.

Mais toi quand tu viendras, ma mère, Appelle Edouard. — A ton appel Il reconnaîtra ta voix chère.

“ Car hélas ! jamais ici bas Il n’a pu jouir de ta vue,

Maman je ue te connais pas,

Mais ta douce voix m’est connuo.”

Pauvre enfant, il ne parle plus !

Mais sourit encore à sa mère,

Et Dieu dans le ciel des élus Ouvrit ses yeux à la lumière !

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