‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 152 sur 396 · JONES (SIR WILLIAM · texte numérisé non relu

JONES (SIR WILLIAM

Hymne à Bhawanî.

Lorsque le temps dormait dans le sommeil sacré, Qu'un chaos ténébreux, noir, couvait désœuvré Sur le vaste océan ; — la puissante Nature Sur les flots endormis assit sa quadrature,

Jusqu'il ce qu'au-dessus de l’abîme oit l’Amour Jeune se blottissait, comme craignant l’autour La colombe en son nid ; et d’or et de lumière Un chaud rayon du ciel se fit jour sur la terre.

Ce rayon ruissela brillant de plus en plus,

PuiB rayonna vainqueur ; tandis que le Lotus Entr’ouvrant tendrement sa coupe enchanteresse Sur les tranquilles eaux se pâmait d’allégresse, Laissant monter aux vents jusqu’au ciel le plus pur Scs parfums énivrants et ses jupes d’azur,

Tandis que sur sa feuille et la perle et l'opale Ornaient de Bhawanî la couche orientale.

Reine de la Nature, ô toi Mère des Dieux,

Ton feu fécond tit naître un déluge de feux Sur le bouton s’ouvrant, car doucement assise De tes doigts tricotant d'une façon exquise,

De rayons du soleil ce voile gracieux Resté mystiquement toujours mystérieux,

Tu donnas à la flamme amoureuse un message.

Et la rougeur au front on goûta ton ouvrage.

Bonne Déesse, autour de ton trône amoureux En habits pailletés, un monde poissonneux Vivait, les uns fendant bénignement les vagues,

Les autres s’énivrant de propos parfois vagues,

Mais dès que ton ponvoir en réveilla l’essaim,

Les Caïmans, les Orcas, oui tout ce peuple vain Fier jusque là du fer ornant sa carapace,

Sentit de par l'Amour un défaut de cuirasse.

HYMNE À BHAWAtfl.

Mais voilà que soudain de nouvelles vapeurs Foi nent un baldaquin à d'immenses hauteurs,

C’est de la jeune Indra dans les nouveaux domaines, D'insectes et d’oiseaux sont couvertes ces plaines, Voltigeant, courtisant, pourchassant leurs amours.

De rayons diaprés teignant les eaux toujours,

Les femelles laissant déchirer leur tunique,

Mais n’en chantant pas moins au ciel un doux cantique.

Et maintenant orné d'îlots voluptueux,

Comme étoiles au ciel rit le désert aqueux,

De criques tout au tour de forêts ondoyantes Viennent en folâtrant des troupes abondantes De tout petits petiots formant de gais troupeaux,

Que guident leurs parents sur le miroir des eaux ;

Ou devisant entr’eux quelque couple fidèle . . .

Car aucun animal à l’Amour n’est rebelle.

Et ce n’est seulement parmi les animaux Qu’existe ton pouvoir; mais parmi ces joyaux Qui dansent au soleil sur leurs tiges feuilleuses Et sont les ornements de nos forêts ombreuses ;

Depuis co grand palmier de ses frères le Roi Qui de son éventail daigne faire l’octroi A ces chefs empourprés, enfants de la nature,

Qui viennent au printemps saluer sa verdure.

Tout au-dessus du Gange existe un doux Képhir En respirer la brise est un divin plaisir;

Sous cette brise aimée à chaque instant plus neuve Voyez se soulever le noble front du Fleuve,

Il regarde la fleur de ce frais Cécata

Qui jette son parfum vierge autant que Vesta,

A sa belle compagne à le suivre empressée,

Et lui prodigue ainsi son souffle et sa pensée.

Ainsi donc la Nature en son vaste parcours Danse et vibre joyeuse, et pullule toujours ;

Ses formes sont tantôt fluides ou compactes,

Mais le feu les féconde, et cela sans entr’actes ;

La terre, — elle est vivante en son opacité,

Par sa force en hiver, par sa force en été,

Et tout en se couvrant d'un manteau de verdure Aux êtres qu’elle abrite ofl'ro une nourriture.

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