LA RAPIDITÉ DU COURS DK LA VIE
La terre lui fournit ravissante couchette,
Oh ! qu'il fut bienfaisant l’ombrage du berceau !
Le zéphir amoureux de sa flamme discrète Eflleura d’un baiser la fleur à vol d'oiseau !
“ Le matin accueillit avec des pleurs de joie Ses pétales déjà rougissant au soleil,
D’un regard bienveillant tout velouté de soie Le soleil, lui, guetta de ses boutons l'éveil :
Lorsque la Heur hélas ! un soir pencha la tête,
Et tomba tristement au fort de son orgueil ;
Et la corruption seule en fit la conquête,
Et son oeil en scella le précoce cercueil.
“Quelque méchant frimas, un ver rongeur peut-être. Ont miné, sous-miné la belle et noble fleur,
Par des moyens obscurs détruisant son bien-être,
Sans nul doute ils auront mis à bas sa fraîcheur.
Mais de son doux parfum quand déplorez la perte, Sachez qu’ici bas l'homme a tout semblable sort,
11 surgit à la vie, et sa fleur est ouverte,
A peine un jour, hélas ! quand il tombe, il est mort !
“Une ombre qui s'en va courant sur la pelouse,
Un ruisseau tout chantant courant le guilledou,
Un songe que détruit souvent l'aube jalouse,
Une étoile toujours qui file on ne sait oh ;
Une heure de soleil, ou de paix, ou de guerre,
Un sommeil éveillé, de vents un tourbillon,
Un joujou solennel, telle est sans commentaire De l’homme l’existence à long ou court bouillon.
“ Et cependant avant que la voix de la vie Ait perdu son écho, — que de choses, bon Dieu !
A faire, à supporter oh le ciel nous convie 1 . .
Entre l’ange et la bête est un juste milieu,
Et ce milieu, c’est l'homme I . . affaissé dans l'ornière D'appetits sensuels, et de grossiers plaisirs,
Il convoite souvent les vils biens de la terre Plutôt que de porter vers le ciel ses désirs.
“ Homme 1 qu'un noble but t’épure et t’aiguilloune Par l’espoir de gagner le séjour des élus,
Et. ne soupire pas d’une voix monotone
Que tout est vain sur terre ; et qu’il n’est rien de plus !
HYMNE À BHAWANÎ.
Quoiqu'il nos faibles yeux se voilent bien des choses, Assez nous est donné pour connaître et savoir Que la vertu nous mène au frais sentier des roses,
Et le vice à l'impasse appelé désespoir."