LA VIOLETTE
A vivre du présent, puisqu'il présent j’existe,
Mais à me disposer — et même à l’improviste A prendre mon essor selon la loi de Dieu Quand tout se fane, hélas ! sans regret, vers ce lieu Oh l’homme peut enfin visager face h face Pendant l’éternité l’Auteur de toute grâce 1
La Violette.
Pourquoi bien mieux que dame Rose T’aimé-je, ô ma petite fleur?
Simplement en voici la cause C’est qu’ enfant j'aimais ton odeur.
Plus d’une flenr a mon suffrage,
La Violette a mes amours,
C’est que, ne passai mon jeune âge Dans jardins ou bosquets toujours.
Mon jardin, c’était ma fenêtre,
J’avais placé sur son auvent Un joli vase, oh mon bien-être Ma fleur, point ne craignait le vent.
C’était mon orgueil et ma joie,
La voir mon unique plaisir ;
Du noir chagrin j’étais la proie Si ne l’apercevait grandir.
Pour développer sa croissance,
Je la plaçais au beau soleil,
Pour moi c’était une espérance Je n’eus jamais plaisir pareil.
La feuille large se déploie.
Le bouton brise sa paroi,
La fleur paraît . . . Dieu ! quelle joie ! C'était le monde entier pour moi !
Enfin, on le croira sans peine,
De sa touffe quand du milieu Surgit la fleur h douce haleine Oht que j’admirai son œil bleu !
Je cueillis deux des violettes,
Ah 1 pour moi quel don précieux ?
Je croyais que fleurs si parfaites De moi rendraient jaloux les cieux.
MATIN, MIDI JST 80111.
Qui ne voudrait vivre en arrière Redevenir encore enfant,
Pour retrouver dans sa carrière Du plaisir aussi réchauffant!
Mon cœur, ccrte il est mort au monde, Mes yeux ont bien souvent des pleurs, Mes fleurs ont passé comme l’onde, Mais je me plais à leurs odeurs.
Que nature de sa main jette
Ses plus beaux trésors tous les joura,
Je préfère la Violette,
Elle fut mes premiers amours !
Matin, Midi et Soih.
Fraîche et belle, elle vint, comme vient le matin, Avec ce front si pur qu’ignore le chagrin ;
Tendre, douce, angélique on eut dit qu'à la terre Elle n’appartenait cette enfant de lumière.
Jamais encor soupir n'avait ému son cœur,
Elle ignorait encor le chagrin, la douleur ;
Point ne savait non plus que sous un doux sourire Se cache d’un amant souvent le faux délire.
Ainsi je la connus à son premier matin,
Mais son midi ce fut un long jour de chagrin ; Cette taille si svelte, et ce si beau visage Furent soudain usés et flétris avant l’âge.
Cet œil naguère encor pétillant de gaîté,
Conservait sa douceur, mais n'avait plus d’été ; Autrefois d'une fée elle avait le sourire,
Et maintenant c’était celui d'une martyre.
Je la revis plus tard, lors tout était fini,
Le terme de ses maux approchait, — l’infini !
Son regard résigné disait la paix de l’âme,
Et sa beauté première avait encor sa flamme.
On eut dit : elle dort 1 que pourtant, ô douleur ! Son âme était partie ... et bien loin pauvre fleur ! Calme au matin, midi rudoya sa constance,
Mais le soir ressemblait au sommeil de l’enfance!
Ai: ROUOE-GOHUK.
Au Boüoe-Goboe.
Doux diantre inentendu dans l’éclat de l’été, Verse tes notes sur l’automne, Courtise sa tranquillité Et dis-lui de ne pas abdiquer sa couronne
Dont l'homme est fier
Trop tôt devant le front sourcilleux de l’hiver.
Le chant délicieux du merle vers le soir,
Et le doux chant de l’alouette,
Sont bien faits pour nous émouvoir, Mais aucun de ces chants ne vaut la voix discrète De ton doux chant
Qui de la paix divine est l’emblème touchant.
Le Bon Temps pour Moubir.
La jeunesse est le bon temps pour mourir, Avant que du printemps la lueur virginale N’ait vu s’évanouir sa pourpre orientale;
Pendant que notre cœur rêve un doux avenir,
Pendant que la force intrépide Bouillonne dans un sang rapide.
Oui celui-là qui la jeunesse au front De l’Euxin verdoyant teint rouge le rivage,
Et va chercher la gloire au milieu du carnage,
Par lui bien des regards, hélas ! se terniront ;
Mais bien que triste objet de larmes, Pour-lui n’existent plus d’alarmes.
Toi jeune fille aux belles tresses d’or Dont ne chôment jamais, ne jeûnent les pensées,
Dont les douces gaîtés sont vite dépensées ;
Peut-être ton bon ange en toi voit un trésor,
Et qu’il te fait jà l’épousée Du Trépas . . . pour ton Elysée 1
Ceux-là que Dieu, selon Mathusalem,
Aiment beaucoup, beaucoup, meurent jeunes d'années, Avant que le péché n’ait de leurs destinées Flétri le cours; — car Lui vers sa Jérusalem
Prêt à récompenser leur zèle Pour l’Eternité les appelle !